Les troubles psy : facteur explicatif lors d’actes criminels violents ?

Ces derniers temps, avec la vague d’articles et discussions fleurant bon la psychophobie qu’on voit surgir à chaque acte terroriste (ou considéré comme tel) commis par « des fous », la réponse assez unanime des personnes luttant contre la psychophobie est de rappeler que les troubles psychiques ne sont pas la cause, et de ramener la discussion sur le plan sociétal.

Et c’est important de le faire (ramener la discussion sur un plan sociétal, donc).

Par contre, au fil du temps, un malaise face au coté « sans nuance » de cette réponse est monté en moi.

Parce que à force de dire « les troubles psychiques n’ont rien à voir avec ça », j’ai quand même le sentiment qu’on passe à coté d’une partie de la réalité.
Et qu’on pourrait bien, à aller uniquement dans cette direction là, avoir sans le vouloir une attitude qui serait, elle aussi, psychophobe dans son refus de prendre en compte cet aspect-là de la réalité.

Je m’explique :

Prenons le jeune homme qui a tiré sur des gens dans un centre commercial en Allemagne.

Très rapidement, les journaux ont titré sur sa dépression (dont je vais supposer qu’elle est réelle. A priori, il avait un suivi psychiatrique à ce sujet, j’imagine donc que ça n’était pas pour passer le temps qu’il allait voir un psy, n’est ce pas ?).

La réponse unanime des militant.es contre la psychophobie a été de rappeler – à juste titre – que prendre un flingue et tirer sur des gens ne fait pas précisément partie des symptômes typiques de la dépression.

Et ça, évidemment, je ne vais pas dire le contraire : effectivement, ça n’est pas la dépression qui rend violent.

Par contre (et c’est là que j’ai un certain malaise à voir complétement évacué le facteur « troubles psychiques »), tout ce qu’il y a AUTOUR de la dépression peut amener, et ça j’en suis passablement persuadée, à des passages à l’actes aussi extrêmes que celui ci.

La colère générée par la stigmatisation des troubles psychiques, en premier lieu.
Dans le cas du jeune homme qui a tué plusieurs personnes à Munich, on sait qu’il était visiblement, entre autres, victime de harcèlement scolaire.
Sans dire que c’est une excuse, sans dire que ça « donne le droit » de tuer des gens, je peux concevoir que la colère et l’impuissance accumulées, ravalées, digérées, absorbées jour après jour, puissent amener à haïr l’humanité entière, ou à trouver des boucs-émissaires dans tel ou tel groupes de personnes.
Et donc à de tels passages à l’acte.
Je le répète : ça n’est pas un « permis de tuer », ni une explication unique, ni LA cause.

Mais nier complètement que ça puisse être un facteur, même au nom de la déstigmatisation des troubles psychiques, je le ressens vraiment comme une pente glissante, dans la mesure où on se permet de passer un grand coup de gomme sur tout un aspect de la réalité d’une personne pour éviter qu’elle ne rejaillisse sur les autres personnes atteintes de troubles psychiques.

Le besoin d’appartenance, ensuite.

Je vais vous dire un truc : quand j’allais vraiment mal, ce qui m’a tenue debout, c’est de me sentir « faire partie » d’un groupe. De pouvoir me reconnaitre dans d’autres personnes.
J’ai eu du bol : ce besoin, j’ai pu le combler en me rapprochant d’un forum d’entraide consacré aux troubles psychiques, où j’ai rencontré des gens « comme moi », qui sont devenus des amis (y compris IRL), des piliers, des soutiens précieux, et qui, aussi, m’ont permis de me sentir utile au travers de cette entraide, de voir que je n’étais pas une merde absolue, que je pouvais aussi apporter quelque chose autour de moi.
Je suis sérieuse quand je parle de « chance ». C’est pour beaucoup les hasards des rencontres, IRL et sur internet qui m’ont offert cette opportunité.

Mais ça m’amène à une certaine compréhension (et là encore, ça ne veut pas dire « c’est une excuse », mais bien « c’est un facteur explicatif ») envers des personnes qui vont se raccrocher à des appartenances disons… nettement moins recommandables, extrémistes violents de tout poil…

J’ai vu, dans des circonstances similaires, une personne de mon entourage se raccrocher à un groupe crasseusement néo-nazi et violent.
C’était assez effrayant de le voir répéter comme un bon perroquet bien dressé les discours de ses nouveaux « amis », quasiment mécaniquement.
Quand on discutait avec lui, en le connaissant un peu, on réalisait vite que dans le fond, il s’en foutait totalement, des idées politiques de ces gars. Il avait juste enfin trouvé des gens qui l’acceptaient tel qu’il était (ou du moins, qui en donnaient l’impression), et il aurait été prêt à énormément de trucs (y compris bien dégueulasses) pour continuer d’être accepté.

Faudrait-il uniquement le condamner pour les idées racistes et la violence qu’il véhiculait à l’époque, parce que « la dépression ne rend pas néo-nazi », ou ne serait-il pas plus utile (et moins psychophobe…) de prendre en compte – sans justifier et dédouaner pour autant – ce qui n’avait amené à ça, à savoir, oui, aussi ses troubles psy, son isolement, et son besoin d’appartenance ?

(Pour l’anecdote, une fois qu’il a été en meilleur état psychique, il a totalement coupé les ponts avec ses « amis » néo-nazis, et, sans dire qu’il « n’est pas raciste », il ne l’est du moins pas plus que le quidam lambda non sensibilisé à la question, avec quelques bonnes vieilles idées reçues certes, mais qui n’irait jamais jusqu’à la violence et la discrimination consciente et assumée…).

La sur-médiatisation des actes criminels (en particulier terroristes ou jugés comme tels) n’aide en rien :

Là aussi sans excuser ni dédouaner, je peux comprendre la logique qui amène une personne à qui l’entier ou presque de la société renvoie qu’il est le looser absolu, la sous-merde dont la vie est sans utilité, à vouloir « partir sur un coup d’éclat ».
Et la « voie royale » pour faire un gros coup d’éclat, actuellement, c’est de prendre un flingue et de tirer dans le tas.
Là, les médias vont diffuser ton image, ta photo, ton nom. Tu vas sortir de l’anonymat et devenir « quelqu’un », après avoir été un « rien ».
(C’est d’ailleurs pourquoi je trouve particulièrement pertinente la demande des auteurs de cette pétition que les médias ne diffusent plus le nom, la photo et l’histoire des terroristes suite à un attentat).

Le virilisme de la société rentre aussi en ligne de compte : aller mal, pleurer, se faire aider, se faire soutenir, ça n’est pas des comportements que la société accepte de la part « d’un homme, un vrai ».
Ceci aussi est un facteur explicatif (ai-je déjà dit qu’une explication n’est pas une excuse ?) au fait que certains vont chercher à appartenir non pas à un groupe d’entraide ou que sais-je encore, mais à s’identifier à un quelconque mouvement violent : quoi de plus « viril » que de cogner, insulter, voire, pourquoi pas, prendre un flingue et tuer ?

Je conclurais cet article en disant que effectivement, NON, les troubles psys ne sont pas EN SOI générateurs de violence.
Par contre, la stigmatisation, l’isolement, la marginalisation des personnes malades psychiques font partie des facteurs à prendre en compte (ajoutés à pleins d’autres) quand on cherche à comprendre ce qui peut amener un mec dépressif de 18 piges à prendre un flingue et tirer dans la foule d’un centre commercial.
Dire « les troubles psy n’ont rien à voir avec l’acte criminel », c’est donc un raccourci sacrément hasardeux, qui ne permet ni d’aider des gens en détresse à ne pas s’embarquer dans des comportements criminels, ni de faire réfléchir la société sur les conséquences dangereuses possibles – y compris pour les autres – de la stigmatisation des personnes malades psy.

On ne peut pas lutter contre la psychophobie en ne luttant que pour les malades psy « qui nous arrangent », ceux qui ne font pas la une des journaux par des actes violents qui font flipper.

Squeezie : grossophobe, sexiste… What else ?

« Laisse passer le Ronflex ».

Voilà comment, en début d’une vidéo sur PokemonGo, Squeezie, youtubeur bien connu et très suivi, parle d’une femme visiblement « en surpoids » qu’il croise dans la rue lors de son tournage.

Après avoir déjà fait polémique il y a quelques temps avec une vidéo présentant un jeu « trop lol » qui banalise totalement le harcèlement de rue et les agressions sexuelles (lire à ce sujet cet article du blog « Sans Compromis » qui avait relaté l’épisode), Squeezie tape cette fois ci dans le bon vieil humour grossophobe.

C’est TELLEMENT original, n’est-ce pas, de comparer une personne grosse à un animal (réel ou imaginaire).
Mes lecteur.trices gros.ses pourront confirmer que « Sauvez Willy », « Mate la grosse vache », et autres déclinaisons zoologiques, c’est CARREMENT INEDIT, n’est-ce pas ?

Se foutre de la gueule d’une grosse, quelle originalité…

C’est déjà lamentable venant du quidam lambda, mais venant d’un youtubeur suivi par des milliers de personnes, c’est un message particulièrement crade qui est délivré : « Se foutre de la gueule des gros.ses dans la rue, c’est totalement acceptable, d’ailleurs, même Squeezie le fait ».
Chouette message, y a pas à dire.

Légitimer le harcèlement de rue grossophobe, quelle excellente idée… Bravo et merci, Squeezie, non vraiment. On avait TOUT A FAIT besoin de ça.

Ce brave Squeezie sait-il que beaucoup de personnes grosses / en surpoids / obèses sont littéralement mortes de trouilles à l’idée de sortir, précisément à cause de ce genre de bouse ?

Ce brave Squeezie en a-t-il seulement quelque chose à foutre, de ne pas enfoncer à coup de latte dans la tronche des personnes déjà stigmatisées dans la société ?

Manifestement : non.

Ronflex
Pour les non-initié.es, Ronflex, c’est ce Pokemon. Squeezie n’a pas du prendre garde au fait qu’il a des griffes non négligeables, et qu’il pourrait bien se les prendre en travers de la figure, pour le coup…

Déjà bien en colère de cet nième vacherie grossophobe, un petit coup d’oeil au Twitter du youtubeur a parachevé le travail.

Une des dernières vidéos de Squeezie enfonce en masse les clichés du sexisme, de la grossophobie (encore), avec une petite touche de racisme et de classisme en rab. Et une bonne dose de slutshaming en guise de glaçage sur le gâteau de merde.

Ca fait rêver, n’est ce pas ?

Venez donc découvrir avec moi « Comment devenir répugnante ? », sa présentation d’un jeu qui permet d’endosser le rôle d’une moche qui veut devenir baisable (parce que c’est bien connu, les moches, les grosses, elles ne baisent pas, hein !).

Vous n’avez pas envie ?
Je comprends. Je me le suis infligée pour pouvoir écrire cet article en toute connaissance de cause, mais… AIE, MES YEUX, ILS SAIGNENT !

6 minutes 30 à entendre à quel point on est imbaisable si on est grosse et qu’on a de l’acné, à quel point à voir une nana « moche » se faire qualifier de « SDF qui a fait de la chirurgie esthétique », à voir Squeezie enfoncer les portes du slutshaming quant à la vie sexuelle de l’héroine du jeu… Ouais bon, je les aurais probablement utilisées plus agréablement en nettoyant mes chiottes.

Au delà des vidéos (dont je n’ai même pas envie de parler plus longuement, vu le niveau de leur contenu…), si j’ai décidé de prendre le temps de consacrer cet article à ces bouses, c’est parce que la visibilité dont bénéficie Squeezie, en particulier auprès d’enfants et d’adolescents, fait que ce genre de vidéo va bien au delà du simple « humour de mauvais goût ».

Je sais, je sais : Squeezie aime beaucoup se dédouaner en disant que « il n’est pas responsable du fait que les parents laissent leurs enfants regarder n’importe quoi sur internet ».

Pour autant, il ne crache pas dans la soupe quant il s’agit d’encaisser les revenus générés par ce public très jeune, n’est ce pas ?

Son choix d’adopter un langage « ado », il est délibéré et cible VOLONTAIREMENT ce public. Donc, want it or not, il DOIT assumer la responsabilité de l’impact sur ce jeune public de ce qu’il diffuse.

Dois-je rappeler que les « gros.ses », les « moches » font parties des cibles privilégiées du harcèlement scolaire ?
Dois-je rappeler que la banalisation du sexisme et du slutshaming contribue à la culture du viol, aux agressions sexuelles, y compris dans les cours d’école ?

Est-ce vraiment là le message qu’il souhaite faire passer à son public ?
Que les « gros.ses », les « moches » sont des trucs déshumanisés dont on peut se moquer à loisir ?
Que la femme est un bout de viande dont la valeur s’évalue au nombre de ses plans culs (Pas trop sinon c’est une salope, pas trop peu sinon c’est une moche frigide) ?

Est-ce qu’il va encore se dédouaner derrière la responsabilité des parents de contrôler ce que leurs enfants regardent, ou est-ce qu’il va, cette fois ci, prendre en compte ces remarques, et en tenir compte à l’avenir ?

Je crains malheureusement que l’attrait de l’argent facile, associé au succès de l’humour oppressif dans notre société, n’ait le dessus sur une certaine réflexion éthique sur les vidéos qu’il produit, mais… l’avenir nous le dira, n’est-ce pas ?

Et si on arrêtait de tailler sur les « homos refoulé.es » ?

« Le tueur d’Orlando ? Oooh, bah c’était un homosexuel refoulé, c’est pour ça qu’il a tué tous ces gens »

homosexuel refoulé

Cette phrase – et tout plein de variations autour de cette phrase – je l’ai BEAUCOUP trop lue ces dernières semaines.

Et à vrai dire, on la lit, voit, entend (et peut-être même que vous l’avez prononcée ?) à chaque fois qu’on parle d’une quelconque violence homophobe.

Et figurez vous que je l’ai lue venant autant d’homophobes assumés (qui en profitent pour insister sur le fait qu’il était avant tout un homosexuel, parce que vous voyez, c’est vraiment des dégénérés, ces homos, c’est bien connu).
Que de personnes hétéro « mais pas homophobes non non j’ai même un ami gay ».
Que de personnes LGBT+.

Et quand une phrase arrive à mettre d’accord autant de monde pour dire du caca, je me dis que ça vaut le coup d’en faire un article pour démonter un peu le truc…

Tout d’abord, pour préciser : je ne SAIS PAS avec certitude si le tueur d’Orlando était vraiment « un homosexuel refoulé » ou non, et à vrai dire, je n’en ai absolument rien à secouer, parce que ça ne change ABSOLUMENT RIEN aux motivations homophobes de son acte.
Et je ne suis pas DU TOUT en train de plaindre ce mec, hein, soyons clair : il a butté 49 personnes de sang froid pour leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre, ça n’est définitivement pas quelqu’un que j’ai envie de plaindre.

Mais par contre, oui, ça vaut la peine de démonter un peu le mythe de « l’homosexuel refoulé sur qui on peut tailler peinard ».

D’après vous, pourquoi une personne homosexuelle « refoule » son homosexualité ?

Il y a ici une bonne vieille histoire d’oeuf et de poule à démonter ici.

Si l’explication hâtive tendrait à dire « Les gens sont homophobes parce qu’ils refoulent leur propre homosexualité », j’ai envie de vous demander :
Pourquoi les gens refoulent leur homosexualité ?

C’est vrai quoi ?

Pourquoi passer sa vie à (se) cacher ses véritables attirances sexuelles et/ou romantiques ?
Pourquoi passer sa vie seul.e, ou dans des relations amoureuses / sexuelles plus ou moins insatisfaisantes, parce qu’elle ne correspondent pas à qui on est vraiment, et à qui nous attire vraiment ?

Ça serait quoi le but ?

Hey… Attendez trois secondes… ça ne serait pas à cause de l’homophobie de la société ?

Ouaip.

Si l’homosexualité était quelque chose de « banal » dans notre société, je vous mets mes deux mains (et les pieds avec, tant qu’à y être) à couper que personne ne la « refoulerait ».
Si on pouvait arriver devant ses parents en leur présentant son copain / sa copine (du même genre que soi-même) sans avoir à craindre une réaction homophobe.
Si être homosexuel.le ne signifiait pas être exposé à toutes sortes de discriminations et de violences.
Si on ne pouvait pas encore, en 2016 – selon l’endroit du globe – finir en tôle ou condamné.e à mort pour homosexualité.
Si on n’avait pas à faire de « coming out », à « avouer sa différence »…

Est-ce que vous pensez FRANCHEMENT que des gens, comme ça pour le fun, auraient envie de se pourrir la vie à « refouler leur homosexualité » ?

Donc expliquer l’homophobie par l’existence des « homosexuel.les refoulé.es », c’est carrément prendre le problème à l’envers.

S’il y a des « homosexuel.les refoulé.es », c’est PARCE QUE la société est homophobe.
PAS-LE-CONTRAIRE !

A qui profite la thèse des « homosexuel.les refoulé.es » ?

Quand on dédouane la société d’une manière foireuse, il faut bien se dire que non seulement on dit un truc inexact, mais surtout (et c’est le plus problématique), on renforce des mécanismes de discrimination, d’oppression.

La thèse des « homosexuel.les refoulé.es » permet aux personnes hétérosexuelles de ne pas se sentir concernées par le problème.
« C’est pas nous, c’est les autres », c’est une bonne manière de botter le problème en touche, de ne pas s’attaquer à ses racines.
Et ça permet aux mécanismes oppressifs de perdurer sans réelle réflexion de fond pour y remédier.

Pouvoir « assumer son homosexualité », c’est un privilège, et les « homosexuel.les refoulé.es » ne sont pas des lâches mais des personnes opprimées

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai pu lire/voir/entendre cette histoire « d’homosexuel.le refoulé.e » y compris de la part de personnes LGBT+.

Si elle m’exaspère déjà venant de personnes non-concernées, elle me fait d’autant plus grincer des dents de la part de personnes concernées, à vrai dire.

Eh, vous avez déjà oublié que quand on n’est pas hétéro, on est exposé à pas mal d’emmerdes que les hétéros n’ont pas ?
Non ?

Et donc ?

Ca ne vous vient pas que parmi les personnes homosexuelles, il y en a quoi sont ENCORE PLUS exposées à ces risques que d’autres ?
Les personnes qui ont une famille qui est déjà estampillée « hardcore homophobe » avant même toute tentative de coming out ?
Les personnes qui vivent d’autres oppressions et qui ne se sentent pas capable d’encaisser en bonus les conséquences d’être out en tant que personne LGBT ?

Ca vous donne toujours envie de ricaner d’eux ?
Parce que si c’est le cas, permettez moi de vous dire que vous êtes de magistral.es enfoiré.es, hein.

Mais ouais. Dans tous les cas, les blagues vaseuses sur les « homosexuel.les refoulé.es », c’est juste une idée de merde.
Attribuer la cause de l’homophobie du monde à ces mêmes « homosexuel.les refoulé.es », c’est encore plus une idée de merde.
Et vous figurez vous que non seulement elle est merdique, votre idée… Mais en prime elle est carrément homophobe, votre idée de merde.

Oui, la grossophobie PEUT faire plonger quelqu’un dans l’anorexie

Je crois que cet article, il va justifier à lui seul le titre « Coups de Gueule » de mon blog.
Parce que je suis sacrément furax.
Fureur réactivée par des discussions récentes, mais c’est un truc récurant qui me pique le nez façon moutarde de Dijon extra-forte, ça n’est pas une discussion isolée, ça n’est pas une première, du coup, au lieu de rager stérilement, j’ai décidé d’en faire un article. Probablement très impopulaire, je le sais d’avance. Mais tant pis.

Donc.

Pour commencer, commençons par ce sur quoi nous sommes – je pense – tou.te.s d’accord :

L’anorexie et/ou la boulimie sont des maladies où PLEIN de facteurs rentrent en ligne de compte.
Image de soi, vécu traumatique, autres troubles psy sous-jaçants, divers déclencheurs, toussa.
Ce sont des maladies complexes, multifactorielles, qu’on ne peut en tous cas pas résumer à « Vouloir perdre du poids pour avoir un corps de rêve ».

Là dessus, vous ne me verrez jamais dire le contraire, hein.

Par contre (et c’est là qu’on va commencer à avoir des désaccords, je pense…) :

Oui, parmi cette longue liste de facteurs qui rentrent en ligne de compte, il y a AUSSI la grossophobie de la société.
Ca fait partie de la donne. Pour une partie des personnes atteintes de boulimie / d’anorexie, ça a fait office de déclencheur, et/ou ça a fait partie des facteurs de fragilité.
En aucun cas je dis que ça suffit à expliquer l’anorexie / la boulimie de ces personnes. Je dis que c’est un des facteurs.

Prenons une métaphore.
Chacun des facteurs de risque est un gros caillou.
Vous avez un sac sur le dos.
On met un caillou dans le sac : à l’aise, vous le portez et vous continuez votre chemin.
Deux ? Ca va encore. Peut-être que ça va commencer à tirer un peu sur vos épaules, mais bon, rien qui soit de nature à vous empêcher de porter le sac et de continuer à marcher.
Trois ? Outch, le dos commence à faire la gueule.
Cinq ? Dix ? A un moment donné, vous allez vous casser la gueule sous le poids du sac.
(Et évidemment, le nombre de caillou qui vont suffire à vous faire vous casser la gueule, il n’est pas immuable, chacun.e arrivera à porter un poids différent, et même, selon le moment de votre vie, vous arriverez à en porter plus ou moins).
Évidemment, le dernier caillou ajouté au sac n’est pas LA cause de votre chute. Les autres cailloux pèsent tout autant dans le sac. Le dernier caillou, c’est juste le déclencheur de votre chute. Mais les autres cailloux accumulés dans le cas y jouent tout autant un rôle.

sac de cailloux

Dit comme ça, ça parait logique, non ?

Pourquoi, dans ce cas, nom d’un chien, est-il aussi tabou d’évoquer – parmi les personnes militant pour une déstigmatisation et une meilleure compréhension des TCA – ce foutu facteur « grossophobie » ? Ce foutu caillou, qui joue un rôle dans le fait que des gens se cassent la gueule, et se retrouvent embourbés dans l’anorexie et/ou la boulimie, ça semble impossible de le nommer sans se ramasser une volée de bois vert de la part de personnes concernées par les TCA, mais qui n’ont pas, dans leur sac à elle, ce foutu caillou « grossophobie ».

Bien sur qu’il n’est pas présent pour toutes les personnes atteintes d’anorexie et/ou de boulimie.
Personne ne dit le contraire.
Il y a des personnes anorexiques / boulimiques pour quoi ça n’a jamais joué de rôle.
Qui en sont arrivées à se casser la gueule pour tout plein d’autres facteurs, mais pas celui ci.

Mais ça n’est pas une raison pour nier le fait qu’il puisse faire partie du chargement de cailloux pour d’autres personnes.
Il n’y a pas « un modèle standard » d’anorexique, il y a tout plein de parcours de vie qui amènent à ce que la personne perde pied dans son rapport avec la nourriture / avec son corps / avec le contrôle (parce que oui, le contrôle, c’est un des cailloux très très très souvent présent dans le sac…).

Nier la réalité du facteur « grossophobie », c’est condamner les personnes pour qui les injonctions à la minceur / la grossophobie font partie de la donne à devoir porter leur caillou avec honte, parce qu’il n’est pas reconnu comme un facteur valable pour se casser la gueule.

Nier la réalité du facteur « grossophobie », c’est aussi ne pas tenir compte de ce caillou dans les soins apportés à la personne pour qu’elle puisse décharger son sac et se relever.

Nier la réalité du facteur « grossophobie », c’est, enfin, donner une sorte de feu vert au corps médical, aux gens, aux familles, aux … ‘fin à tout le monde, et à notre société en général… A continuer à enfiler peinard ce caillou dans le sac que portent les personnes en surpoids ou obèses. Et à s’en laver les mains si ça fait partie des choses qui vont faire que la personne s’embourbe ensuite dans le vaste merdier des TCA, « parce que les médecins et des scientifiques et même des personnes concernées ont dit que ça ne jouait pas de rôle dans les TCA ».

Et pourtant, ce déni, ce « non non non ça n’a rien à voir », je le lis souvent, je l’entends souvent.
Avec articles médicaux à l’appui, pour lui donner un peu de légitimité (parce que c’est bien connu, la médecine n’est jamais grossophobe, n’est-ce pas ? Oh… wait…).

Et honnêtement, ça me fout dans une colère noire.

Parce que j’ai vu des gens autour de moi sombrer dans les TCA avec pour déclencheur la grossophobie.
Parce que j’ai vu les TCA de ces personnes être complètement niés par le corps médical parce que « vous ne pouvez pas être anorexique / boulimique, vous êtes gros.se », jusqu’à ce que ces personnes arrêtent d’être grosses, qu’elles soient même en sous-poids, qu’elles aient des carences longues comme le bras, que leur coeur soit menacé par les pertes de potassium liées à la boulimie, et qu’enfin le corps médical se dise « Oh, y a peut-être quand même un problème… ».
Parce que j’ai vu des personnes autour de moi passer à un cheveu de crever à cause de cette merde là…

Et parce que j’ai passé à un demi-cheveux de tomber dans cette merde là, au moment où je suis sortie de mon hyperphagie. Parce que j’en pouvais tellement plus des « T’es trop grosse faut que tu perdes du poids » que j’ai commencé à me nourrir exclusivement de salade et de coca light.
Pendant 6 mois.
Que j’ai perdu du poids à une vitesse vertigineuse sans que personne ne s’en inquiète (bien au contraire, on me félicitait…).
Et que je n’ai réussi à casser la spirale que parce que dans mon boulot, j’avais la responsabilité d’autres vies humaines, et que je ne pouvais pas me permettre de ne pas tenir sur mes jambes sans risquer de foutre en danger d’autres personnes que moi. C’est ça, et uniquement ça, qui m’a donné l’impulsion pour me remettre à manger.
Mais j’ai continué à le porter longtemps, le caillou de la grossophobie. Il a pesé dans mon sac longtemps. Il m’a foutu sur le fil longtemps. Mais « ça n’est pas bien grave, n’est ce pas, vu que je suis grosse, j’ai de la marge »…
Et ça ne fait pas si longtemps que ça que je m’en suis débarrassée, de ce caillou… Et que j’ai pu faire la paix avec mon corps, mon corps gros et gras, mais que j’ai fini par apprendre à accepter.

Alors ouais, le déni sur la question, il m’arrache la gueule.
Il m’arrache déjà bien la gueule quand il vient du corps médical.
Il m’arrache déjà bien la gueule quand il vient du « quidam lambda ».

Mais il m’arrache doublement la gueule quand il vient d’autres personnes touchées par les TCA, dont on pourrait supposer qu’elles aient une ouverture d’esprit sur la question qui dépasse un peu celle du quidam lambda.

Alors s’il vous plait… Même si vous ne portez pas ce caillou là, vous personnellement, dans votre sac… Arrêtez juste de nier son existence. C’est tout ce qu’on demande.

C’est l’été, et oui, vous avez le droit de planquer votre corps

Maintenant que c’est l’été pour de vrai (c’est à dire qu’on n’a plus besoin de se trimballer en pull d’hiver en plein mois de juin), que les jupes, shorts, hauts à manches courtes et autres maillots de bain sont enfin à l’ordre du jour… c’est le moment pour moi de faire un article qui va peut-être un peu à contre-sens des messages habituels sur le sujet.

Vous avez le droit de ne pas supporter le regard jugeant sur votre corps qui « sort de la norme ».

Que vous soyez gros.se, maigre, handi, trans, que vous portiez quelques part sur votre peau les marques d’un objet tranchant utilisé pour gérer vos émotions…
Vous avez le droit d’appréhender ce moment.
De ne pas sauter de joie à l’idée du retour des beaux jours.
De ne pas avoir « la body positive attitude » chevillée au corps.

Entendons nous : je ne suis de loin pas en train de vous dire « cachez ce corps, il dérange dans le paysage ». Votre corps, honnêtement, je l’aime, ou au moins je le respecte.
Vos corps qui portent d’une manière ou d’une autre les signes tangibles d’un parcours compliqué, qui indiquent que vous vous bouffez votre ration de regards oppressifs, moqueurs, stigmatisant, de rejets… Ouais, ils me font me sentir un peu plus proche de vous que des personnes dont le corps « se fond dans la masse ».
Alors non, je n’ai aucune raison de vous ordonner de les cacher, vos corps. De loin pas.

Par contre, je comprends que vous ayez, des fois ou chaque jour, du mal à le montrer. Du mal à vous en foutre du regard des autres. Du mal à encaisser les moqueries, le mépris, le dédain, les insultes, les regards lourds de sous-entendus. Du mal à encaisser ce qui est, au fond, notre quotidien quand on a un corps qui sort des normes socialement admises.

Alors oui, je comprends que le retour des beaux jours vous fasse peur.
Alors oui, je comprends que vous envisagiez peut-être de boycotter piscine et plage, et d’avoir trop chaud sous vos habits longs pendant tout l’été plutôt que de montrer quoi que ce soit de votre corps.

Vous n’être pas « lâche » pour autant. Vous n’êtes pas « un.e mauvais.e militant.e » pour autant. Vous n’êtes pas indigne de lutter contre toutes ces oppressions pour autant.

Et je voulais vous dire : je ne vous aime et ne vous respecte pas moins parce que vous avez peur, pas la force, pas l’énergie d’affronter les regards.
Je voulais vous dire : vous n’êtes pas moins beaux/belles/belleaux que les personnes qui ont la possibilité d’affronter ces regards et qui le font.
En mini-jupe  et mini-top, en short et t-shirt, ou en manches longues et jeans, votre corps est digne de respect.
Et vous êtes, de toutes manières, courageux.ses. Et je sais que, de toutes façons, vous luttez. Chacun.e à votre manière.

Envoyez chier les personnes qui vous diront « T’as qu’à t’en foutre, du regard des autres ».
Les Yaka, les Taka, les Yfô, iels ne savent pas. Iels ne sont pas dans votre tête. Iels ne sont pas dans votre vie.

Faites les choses comme vous les sentez.
Vous n’avez pas le sacro-saint devoir d’être une icône militante à chaque fois que vous mettez un pied dans la rue.

Peut-être qu’un jour vous vous sentirez assez sur.e de vous, assez solide pour affronter différemment ces regards, et pour leur répondre par un doigt tendu bien haut, une réplique cinglante ou un souverain mépris.

Vous savez, il y a quelques années, si on m’avait dit que je serais capable d’être en paix avec mon corps, j’aurais ricané jaune.
Et pourtant c’est arrivé.
Alors qui sait… peut-être que demain, dans un mois, dans un an… Vous regarderez aussi derrière vous en vous disant « tiens, je ne me serais pas cru.e capable de m’en foutre, et pourtant oui, ces regards chargés de mépris et d’oppression ne me démontent plus la gueule ».

Mais quoi qu’il en soit… Vous êtes des personnes valables, dignes d’être aimées, dignes d’être respectées. Et vous êtes important.es.

Passez un bel été, quoi qu’il en soit.
Et bonnes vacances pour celleux qui en ont.

no wrong way to have a body
« Il n’y a pas de mauvaise manière d’avoir un corps ». Illustration de Rachele Cateyes

Chère Christine Boutin…

Chère Christine,

Il n’est pas dans mes habitudes de m’adresser à toi.

Je t’avouerais que, en tant que personne pas hétéro, je n’ai pas une immense estime envers toi, avec les prises de positions que tu peux avoir concernant l’homosexualité (et, de manière plus générale, envers tout ce qui sort de la norme « hétérosexuelle cisgenre »).

Par contre, il va falloir qu’on cause d’un truc.
Je te promets, je vais faire l’effort d’essayer de rester bien sage et bien polie. Si toutefois je devais y faire des entorses, crois bien que j’en suis désolée, mais figure toi qu’il y a des trucs qui me prennent un peu trop aux tripes pour que je puisse faire office de modèle de self-control.

Parlons un peu d’Orlando, Christine, si tu veux bien.

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Parlons, plus précisément, de CA.
Ton tweet de « compassion », là.

Quand je l’ai lu, quelques heures après avoir appris le massacre d’Orlando, crois bien qu’il n’a apporté aucun apaisement à ma tristesse et à ma colère.
Bien au contraire.
Je vais t’expliquer l’image que j’ai eu en tête à la lecture de tes mots. Pardonne moi, elle n’est très glamour.

Je t’ai imaginée en train de nager avec volupté dans le sang encore chaud des victimes, avec le sourire béat que tu arbores sur ta photo de profil Twitter.
Et te lavant dans ce sang, pour que l’odeur du sang encore chaud couvre l’odeur crasseuse de ta propre homophobie.
(Oui, je t’avais dit, c’est pas très glamour).

Ton manque de respect et ton hypocrisie m’ont n’ont fait que rajouter à mon envie de gerber et de hurler, bien présente depuis que j’avais appris le carnage.

C’est d’ailleurs pour ça que j’ai attendu quelques jours avant de t’écrire cette  petite bafouille, histoire qu’elle ne soit pas un ramassis de gros mots tous vener qui ne te donnerait, assurément, pas très envie de lire ce que j’ai à te dire.

Donc.

Je me permets de te rappeler, Christine, que tu as, dans un passé pas si lointain, déclaré tranquilou bilou que « l’homosexualité est une abomination ».
J’imagine que tu t’en souviens aussi bien que moi, vu que tu as même été condamnée pour ces mots.

Dans le cadre de toutes les horreurs balancées par La Manif pour Tous (pour tous les homophobes serait une dénomination nettement plus adéquate, mais bon, j’imagine que ça serait chipoter sur les mots ?), tu as toujours été en bonne position pour appuyer et enfoncer le clou dans notre crâne.
Nous sommes des abominations.
Ah non, j’oubliais. Tu n’as rien contre les homosexuels, juste contre l’homosexualité. Hum. Permets moi de ne pas trouver que ça fasse une si grande différence, hein, parce que figure toi que OUI, en t’attaquant à tout un pan de notre identité, c’est aussi à nous que tu t’attaque, want it or not.

Sais-tu, Christine, que tout ce bousin a amené à une nette montée de l’homophobie, des agressions et des violences homophobes ?
Sais-tu, Christine, que chaque années se suicident en France nettement plus de personnes LGBT+ que le nombre de personnes qui ont été tuées à Orlando ?
Sais-tu, Christine, que ces suicides ont pour ingrédient non négligeable l’homophobie, la biphobie, la transphobie, et tout ça ?
Moi, ces suicides, je les appelles des meurtres, en fait.
Des meurtres psychologiquement induits.
La personne tue son corps oui, mais avant ça, c’est toutes ces discriminations qui tuent sa personne.
Alors, figure toi, Christine, que je ne vois pas forcément une différence si immense que ça dans ton attitude ou dans celle d’un mec qui prends une arme à feu et qui tue 50 personnes LGBT+.
Les moyens sont différents.
Mais le résultat, c’est quand même, in fine, la mort de personnes.
Alors bon, que le flingue ait été dans sa propre main ou dans la main d’une autre personne… ça reste l’homophobie (et autres LGBT-phobies) qui tue, hein.

Alors ouais, ta compassion, elle a quand même un sacré sale goût d’hypocrisie, de « je redore mon blason en grignotant comme un bon charognard les cadavres encore chauds des mort.es d’Orlando ».
Et honnêtement, ça passe pas.
Ca me reste en travers et ça me laisse un goût de bile dans la bouche.

Il va falloir que tu assumes, Christine.
Tu ES homophobe.
Le fait que tu n’aies pas pris un flingue pour dégommer des homos ne fais pas de toi quelqu’un de notablement plus respectable que le mec qui a tiré dans le tas à Orlando, tu sais ?
Apporter ta « compassion » aux victimes, en oubliant soigneusement de mentionner que cet attentat est un attentat HOMOPHOBE, c’est une tentative pathétique et malhonnête pour noyer le poisson de ta propre homophobie. Mais il nage bien, le poisson, figure toi. Nous, on ne l’a pas oubliée, ton homophobie.

Et j’ai une petite question, Christine…
Si le mec n’avait pas été musulman, mais un des bons intégristes catholiques comme il y en a tant dans tes suiveurs… Aurais-tu eu la même réaction ?
Permets moi d’en douter.

Allez, toute bonne soirée, Christine.
Je te laisse en tête à tête avec ta conscience.
Elle ne doit pas toujours être de très bonne compagnie, ta conscience.

Amicalement – ou pas.

Lau’.

[Orlando] Ils faisaient juste la fête, bordel.

Me demandez pas un article, des mots choisis avec soin.

J’ai juste le gerbe, l’estomac au bord des lèvres, les larmes aux yeux mais les yeux secs.

Je ne les connaissais pas, mais j’aurais pu être l’un.e d’entre deux.

50 morts dans une boite LGBT+ à Orlando.

50 morts.

50-morts-merde.

« L’homophobie tue ». « La transphobie tue ». On le dit tous les jours, on le dit, on le gueule, on le répète jusqu’à l’overdose.
Mais même si on le sait, j’crois pas qu’on soit préparé à ça.
Préparés à entendre que en une heure ou quelque chose comme ca, un mec armé d’armes à feu a effacé de la planète 50 personnes juste parce qu’elles aimaient « pas les bonnes personnes ».

Je n’ai pas peur, j’ai mal.

J’ai mal de me dire qu’on dérange assez pour qu’on nous tire dessus.
J’ai mal de dire que quand je tiens dans la rue la main de la personne que j’aime, c’est cette haine qu’on peut susciter.
J’ai mal merde.

J’ai mal de savoir que des crevures qui hier encore nous crachaient à la gueule tweent aujourd’hui « solidarité avec Orlando » (Ouais, c’est pour toi, Boutin, ouais c’est pour toi Poutine).

J’ai pas envie d’avoir à penser aux merdeux islamophobes qui vont se régaler du sang des 50 personnes buttées froidement.
J’ai pas envie de devoir choisir chaque mots pour pas qu’ils puissent récupérer quoi que ce soit. J’ai juste envie de leur cracher à la gueule et qu’on en finisse.

Cette nuit, je m’abrutis de musique et j’ai mal au bide.
Je me « milite » pas. Je ne réfléchis pas.

J’ai juste mal au fond de mes tripes.
Et on est beaucoup à avoir mal.

On n’arrêtera pas d’aimer, n’en déplaise aux merdeux armés jusqu’aux dents, n’en déplaise aux homophobes-bien-comme-il-faut-qui-ne-tuent-pas-mais-qui-méprisent.
On n’arrêtera pas de vivre pour vos beaux yeux.
On n’arrêtera pas de baiser.
On n’arrêtera pas de jouir.
On n’arrêtera pas de construire notre avenir.
On n’arrêtera pas de lutter.
On ne se terrera pas.
On ne retournera pas dans les placards moisis dont vous voudriez qu’on ne soit jamais sorti.es.

Étouffez vous avec votre haine, nous on continuera de vivre et d’aimer.

Mais ce soir, laissez-nous juste chialer et ramasser les morceaux de nos tripes étalées à la une des journaux.

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