Petit récit de psychophobie médicale

JE SUIS FURIEUSE.

Et, histoire que le fait d’être furieuse puisse éventuellement servir à illustrer ce qu’est la psychophobie du milieu médical, je vais vous raconter une histoire toute fraiche du jour.

Je n’en ai été que témoin et pas victime, mais c’est avec l’accord de la première concernée que je fais ce récit.

Donc… Aujourd’hui (enfin, hier, vu l’heure), j’ai accompagné une amie chez le médecin.
Chez le chirurgien orthopédiste, plus précisément.
Elle a des gros problèmes à un genou depuis des années, qui se sont aggravés il y a quelque mois. Le premier orthopédiste consulté lui dit qu’il va falloir opérer, du coup il l’envoie chez un chirurgien orthopédiste à l’hôpital du coin.
Jusque là : quoi de plus normal.

Vu qu’elle n’a pas vraiment eu que des bonnes expériences avec le milieu médical, elle était moyennement rassurée de ce rendez-vous, donc je lui ai proposé d’y aller avec elle, pour être là en soutien si le médecin s’avérait pénible.
Toujours rien de très original.

Mais c’est maintenant que tout cela se pimente de psychophobie bien crasseuse :

Il se trouve que cette amie a des troubles psychiques.
Vous me direz que ça n’a rien à voir avec son genou (et vous auriez bien raison, d’ailleurs !), mais il se trouve que l’hôpital psychiatrique où elle a été hospitalisée à plusieurs reprises dépend du même centre hospitalier que celui où elle avait ce rendez vous pour son genou.
Dossier médical informatisé et centralisé oblige, le médecin était donc tout à fait au courant de ses troubles psychiques.
Il avait même lu le détail de sa dernière hospitalisation psychiatrique (Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer l’intérêt pour un chirurgien orthopédiste d’aller lire le détail d’un compte rendu d’hospitalisation psychiatrique ? A part la curiosité malsaine, hein ?)

Et il se trouve que ce bon monsieur, dans le courant d’un rendez-vous destiné à examiner un GENOU, a passé à la limite plus de temps à poser des questions quant à ces troubles psychiques.
« Et le moral, ça va comment ? »
« Vous avez été hospitalisée combien de fois en psychiatrie ? »
« Ces marques – montrant des marques d’automutilation – c’est quoi ? »
« Vous avez fait ça avec quoi ? » (MAIS QUEL EST LE FOUTU INTERET DE SAVOIR SI ELLE S’AUTOMUTILAIT AVEC UN CUTTER, UN RASOIR OU UN FIL A COUPER LE BEURRE, SINCÈREMENT ?!)
« Vous avez fait ça ailleurs ? » (dit en lui prenant d’autorité les bras pour examiner ses bras).
« Vous n’avez jamais été hospitalisée en PLAFA ? » (L’équivalent suisse de l’HDT) (MAIS QUEL EST LE FOUTU RAPPORT AVEC SON GENOU, MONSIEUR ?)
« J’ai vu que vous aviez un peu bougé sur l’image de l’IRM, c’est parce que l’IRM vous angoisse ? » (Non, sombre merdeux, c’est parce qu’elle avait un mal de chien au genou à force de rester dans la même position. Vous savez… SA FOUTUE DOULEUR AU GENOU POUR LAQUELLE ELLE VOUS CONSULTE !)
« On va devoir vous faire un scanner, mais si ça vous angoisse, on va pas faire de scanner, hein, ça ne sert à rien que vous bougiez pendant le scanner aussi ». (Non mais faudrait savoir, mec, il est nécessaire, ce scanner, ou non ? Parce que s’il est nécessaire, vous êtes quand même en train de dire qu’au lieu de chercher un moyen de faire en sorte que l’examen soit le moins angoissant possible, vous êtes prêt à ne pas faire un examen nécessaire à une patiente, PARCE QU’ELLE A DES PROBLEMES PSY ?!)

Résultat du rendez-vous (alors que, rappelons le, elle était envoyée à cet hôpital pour préparer une opération qui semblait être une évidence au premier orthopédiste qui l’a examinée) : un rendez vous pour un scanner. Et « Je ne sais pas si ça va servir à quelque chose de vous opérer vu que vos douleurs sont chroniques ».

Elle a attendu ce rendez-vous pendant des mois. Mois pendant lesquels l’état de son genou a largement empiré sa dépression (parce que figurez vous qu’être coincée à la maison à ne rien pouvoir faire, parce que trop de douleurs au genou, c’est pas exactement connu pour être bon pour le moral, n’est-ce pas ?).
Et la réponse de ce médecin, alors qu’elle était supposée repartir avec une date d’opération, c’est « On verra après le scanner si on vous opère, mais je ne pense pas » ?

Alors vous me direz que je suis un peu mauvaise langue, hein… Mais moi, j’ai quand même la très très sale impression que les préjugés de ce bon monsieur sur les troubles psychiques ont très fortement pesé dans la balance…
Parce que c’est bien connu, hein, quand on a des troubles psy, tout est psychosomatique, tout est « dans la tête ». C’est bien connu, hein, la dépression, ça protège de toutes les autres maladies et blessures. C’est évidant, n’est ce pas…? BULLSHIT !

Psychosomatique

Et cette situation, elle a un air de déjà vu, aussi dans mon entourage direct :

Une amie (en dépression à ce moment là) avait de violentes douleurs au ventre.
Répétitives. Par crise.
Cette blague là a duré des mois. Des mois durant lesquelles ont lui a dit, de manière récurrente, que ses douleurs étaient psychosomatiques, que c’était des crises d’angoisse… Tout ça, parce que le corps médical savait qu’elle était en dépression.
Il a fallu (au bout de plusieurs mois de galère) qu’un médecin ait l’idée de l’examiner réellement (au bout de plusieurs mois, il était temps…) pour qu’il découvre que ses « crises d’angoisses » et ses « douleurs psychosomatiques » étaient en fait des calculs biliaires.
(Des calculs biliaires, j’en ai eu aussi, et je peux vous assurer qu’en terme de douleur insupportable, c’est assez magistral…).

Du coup, des fois qu’il y ait des médecins qui lisent ce blog, j’ai envie de vous rappeler, chères blouses blanches, un truc qui pourrait sembler basique, mais qui ne l’est manifestement pas pour beaucoup de médecins :

Une personne atteinte de troubles psychiques peut aussi être physiquement malade.
Promis. Ca arrive.
Et quand elle est malade ou blessée physiquement, ses troubles psychiques n’ont pas à entrer en ligne de compte dans la qualité des soins que vous lui prodiguez…

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Etre gros, ça arrive aussi aux enfants ! (et c’est pas une raison pour les faire chier)

Cet article, il est un peu spécial.
Parce que je l’écris SURTOUT pour les enfants et les adolescents.

Je suis grosse depuis… Bah depuis toujours.
A l’école, j’étais déjà « la grosse », celle qu’on emmerdait sur son poids.
Et celle qui se coltinait les conseils / les remarques / les conneries des adultes à propos de mon poids.

Et à cet âge là, j’aurais bien voulu avoir des idées pour me défendre, parce que c’est à cette époque là que j’ai le plus souffert des remarques sur mon poids, des moqueries des autres enfants, mais aussi des attitudes des adultes.

grossophobie

Quand on est un enfant ou un ado, on est supposé obéir aux adultes (surtout quand c’est nos parents, nos profs, ou toute autre personne chargée de s’occuper de nous).
Et c’est d’autant plus difficile de se défendre quand c’est ces adultes qui ont des attitudes merdiques par rapport à notre poids.

Je vais vous raconter un truc :

A Noël, ma tante m’offrait toujours des chocolats… tout en me disant « Je ne devrais pas t’en offrir, avec ton poids ».
A chaque fois, j’avais envie de lui lancer les chocolats un par un dans la figure.
Mais à chaque fois, vu que c’était une adulte et que c’était ma tante, ben je me taisais. Et éventuellement j’allais pleurer dans les toilettes après.

Mais, avec le recul, des années après, je pense que même si elle était une adulte et moi une enfant, puis une adolescente, elle n’avait pas le droit de se comporter comme ça, et que j’aurais eu le droit de la remettre à sa place.

Mais remettre à sa place un adulte, quand on est enfant ou adolescent, ça demande un peu de stratégie, si on ne veut pas se faire répondre « Non mais c’est pour ton biiiiien, je sais mieux que toiiiii, j’ai vécuuuuu, moi ! » (Ce qui est vraiment une réponse de merde, mais beaucoup d’adultes s’en servent à tour de bras !).

Alors, vu que maintenant je suis une « vieille » (Humpf !), et que j’ai l’avantage de me souvenir de ce que c’est d’être un enfant gros, et aussi de savoir ce que c’est d’être un de ces emmerdeurs d’adultes, je vais essayer de donner quelques petites idées et pistes pour se défendre, quand on est enfant ou ado, contre les attitudes pénibles des adultes au sujet de notre poids.

Quand on essaie de nous priver de quelque chose qu’on aime manger « pour notre bien »

Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé, mais à moi oui : quand j’étais enfant, ma mère refusait que je prenne des récréations que j’aimais bien. Elle me donnait des pommes, pour la récré. Manque de chance, je n’aime PAS les pommes. Mais alors vraiment pas. Et ça ne s’est pas arrangé en me forçant à en manger pendant des années à chaque récréation !

Et elle ne me donnait pas des pommes « parce que les pommes c’est sain » (ce que j’aurais à la limite pu comprendre, même si me donner un fruit que je n’aime pas, ça ne reste pas la meilleure idée du monde !). Non. Elle me donnait des pommes « parce que ça au moins c’est pas gras ni trop sucré, avec ton poids c’est important ».

Inutile de dire que mes récrés, souvent, elles passaient à la poubelle à peine arrivée à l’école, hein !

Alors, j’ai envie de vous dire : ne vous laissez pas imposer des trucs que vous n’aimez pas.

Et vous avez le droit de le dire, aussi. Même si c’est un adulte. Même si c’est votre père, votre mère, votre éduc.
Vous aimez pas, vous aimez pas. POINT.

Quand on regarde tout ce qu’il y a dans votre assiette, tout le temps, et qu’on vous fait tout le temps des remarques dessus 

Ma fameuse tante qui me faisait des remarques sur le chocolat, elle faisait aussi des remarques sur tout ce que je mangeais, aux repas de famille.
Tu sais, les remarques super chiantes :
« T’es sure que tu veux reprendre des frites ? »
« Tu penses pas que tu as mangé assez de pain ? ».
« Tu devrais reprendre des légumes, à la place ».

(Ta gueule, Tata, ta gueule !)
(Ah, c’est pas ce qu’il faut dire pendant un repas de famille ? Zut…)

Sinon, comme réponse avec un peu plus de tact (parce que des fois, le tact, c’est utile pour éviter de se brouiller avec toute sa famille en un seul repas…) :

– « Merci de te préoccuper de ma santé, mais même si j’ai [x] ans, je ne suis pas complètement stupide, on m’a déjà parlé de mon poids plein de fois, et maintenant c’est pas le sujet, je suis en train de savourer mon repas que j’apprécierais de pouvoir le faire sans tes remarques ». C’est poli, c’est posé, ça ne laisse pas de prise à la réponse facile de « Non mais tu ne me parles pas sur ce ton ! ».
– « Tu pourrais me passer le sel s’il te plait, [nom de la personne qui t’a fait cette théorie fumeuse sur ton poids] ?  »
C’est une manière polie de lui dire « Je n’en ai absolument rien à secouer des tes théories ». Sans l’envoyer bouler ouvertement, donc sans déclencher un incident diplomatique de classe interplanétaire au beau milieu du repas d’anniversaire de la grande-tante Alphoncine ou du Cousin Hubert.
– Faire semblant de ne pas avoir entendu. Sans rien dire, sans broncher, comme si la phrase alacon sur ton poids n’avait pas existé.
– Si la personne qui te fait cette remarque n’est pas quelqu’un avec qui tu vis, et que c’est quelqu’un que tu ne vois pas très régulièrement, lui faire remarquer qu’il/elle ne vit pas avec toi, et que c’est surement pas en un repas qu’il/elle va changer grand chose pour ce qui est de ton poids… et que du coup, tu aimerais bien profiter de ton repas tranquille.
– Si c’est les personnes avec qui tu vis tous les jours (et qui donc te font ce genre de remarque régulièrement) : répondre que tu es déjà au courant, vu qu’ils te l’ont déjà dit plein de fois.

Il y a surement plein d’autres situations possibles. Et plein d’autres réponses possibles, aussi.
La liste que j’ai fait là, elle n’a pas la prétention d’être complète, et je n’ai pas la Vérité Absolue !

Par contre, il y a un truc que j’ai envie de te dire.

Si tu es arrivé jusqu’à cet article, c’est probablement parce qu’on t’a, dans ton entourage, fait des remarques blessantes sur ton poids.
Et il y a une chose qui est vraie à 9 ans comme à 15 comme à 30 :

C’EST TON CORPS.

Et PERSONNE (même ton parent, même quelqu’un qui s’occupe de toi) n’a de raison valable pour être blessant vis-à-vis de toi. Encore moins sur ton corps.
Donc non, tu n’es pas « bête », « trop susceptible », « trop sensible », si tu prends mal qu’on te fasse des remarques blessantes sur ton poids, sur ton corps.
Le fait d’être enfant ou d’être adolescent ou d’être adulte ne change strictement rien à ça : c’est ton corps.

Si tu as envie, toi, pour toi, de perdre du poids, alors oui, c’est important que ton entourage te soutienne.
Par contre, te faire des remarques continuellement sur ton poids, ou profiter d’un repas de famille pour t’en foutre plein la gueule au sujet de ton poids, ça n’est pas du soutien, et c’est blessant.
Et on aura beau te répéter que « c’est pour ton bien », tu as largement le droit de mal le prendre, et de le dire. Parce que ce qui est « pour ton bien » n’est pas supposé être blessant, te donner envie d’aller pleurer dans les chiottes ou te gâcher le plaisir d’un repas de famille.
Vraiment.

Cher.es ami.es minces, arrêtez de me parler de ma santé !

« C’est pour ton bien que je te dis ça ! »
« Tu as pensé à ta santé ? »
« Le cholesterol, le diabète, l’hypertension, tu y penses ? »
« Tu vas mourir à 40 ans d’une crise cardiaque ! »
« Et tes articulations ? ».

STOP !

N’en jetez plus, cher.es ami.es minces.

Et puisque vous êtes arrivés là, prenez le temps de lire cet article jusqu’au bout, histoire que je vous explique pourquoi vos propos moralisateurs à vos ami.es gros.ses sur « Etre gros.se c’est pas bon pour la santé » sont complètement inutiles, et en prime carrément blessants et oppressifs.

Cher.es ami.es minces, pensez-vous vraiment que nous n’ayons JAMAIS entendu parler des risques liés à l’obésité ?

Certes, nous sommes gros.ses, mais nous avons néanmoins des oreilles pour entendre, des yeux pour voir et pour lire, un accès aux informations…
Donc, tout comme vous, nous avons entendu parler des risques du surpoids pour la santé.
PLEIN de fois.
Et même encore plus souvent que vous, vu que, étant gros.ses, vous n’êtes vraiment, vraiment pas la première personne à nous en parler !
Ces propos que vous nous tenez, ils n’ont rien d’originaux. Des gens qui nous répètent « pour notre bien » qu’on devrait maigrir, il y en a plein. PLEIN PLEIN PLEIN PLEIN !
Donc ce que vous nous dites : on le sait déjà.

Je ne vais pas dire que c’est complètement faux, hein.
Certes, l’obésité est un facteur de risque pour certaines maladies.
(Mais par contre, le facteur « Poids » seul n’est pas vraiment significatif. L’hygiène de vie, l’alimentation, l’activité physique, tout ça… sont également des facteurs tout aussi déterminants. Donc il ne suffit pas de voir que votre pote Alfred, votre cousine Gertrude ou votre ami.e Camille est obèse pour en tirer des conclusions sur sa santé.)

Mais comme dit : ON LE SAIT DEJA.

Voilà pourquoi ton message est inutile, cher.e ami.e mince : il ne fait qu’enfoncer une porte ouverte !

enfoncer une porte ouverte

Maintenant, je vais t’expliquer pourquoi en plus d’être inutile, il est blessant et oppressif :

Quand tu nous serines qu’on devrait maigrir pour notre santé, tu sous-entends qu’on n’aurait qu’à le vouloir pour maigrir.

Et ça, c’est VACHEMENT blessant, et c’est aussi vachement faux.
D’une part, l’obésité elle vient d’une multitude de facteurs sur lesquels on n’a pas forcément beaucoup de prise, ou en tous cas pas juste en le voulant très fort :

– Des problèmes de santé peuvent être à la source de l’obésité :
Problèmes hormonaux ou métaboliques, troubles du comportement alimentaires, prise de certains médicaments (en particulier corticoïdes et psychotropes) ou conséquences d’une blessure, maladie ou handicap qui diminue la mobilité…
Tous ces facteurs peuvent entrer en ligne de compte dans une prise de poids, et, vous en conviendrez, il ne suffit pas de claquer des doigts pour se débarrasser d’un problème de santé, n’est ce pas ?

– Des facteurs socio-économiques peuvent rentrer en ligne de compte :
Manger sain, c’est vachement plus cher que de manger moins sain. La bouffe pas chère, c’est souvent du tout préparé, de la conserve, de la charcuterie, ce genre de choses. Donc pas forcément le plus sain et le moins gras.
Préparer de la nourriture saine, ça prend plus de temps (nettement plus de temps, même !) que de mettre une pizza au four. Et il y a pas mal de gens qui ne l’ont pas, ce temps, parce que boulot, parce que nécessité de s’occuper des enfants, parce que… plein de choses.
Faire du sport, ça prend du temps, aussi, d’ailleurs.

Et sur ces facteurs-là, vous serez bien d’accord avec moi que si on avait prise dessus en claquant des doigts, ça serait un peu le paradis, mais que euh… On en est assez loin, n’est-ce pas ?

Quand tu nous expliques patiemment qu’on met notre santé en danger, tu nous prends un peu pour des andouilles.

Sérieusement… tu penses qu’on vit dans une grotte et qu’on n’a jamais entendu parler de diabète, de cholestérol, d’AVC et tout ca ?
Non hein ?
A partir de là… pourquoi nous seriner un truc qu’on sait déjà, à part pour enfoncer un clou déjà bien douloureux, parce qu’on nous le serine partout (y compris les médecins, qui, sous prétexte de prévention, ont tendance à attribuer absolument TOUS nos maux à notre surpoids, et à ne pas nous traiter avec le sérieux qu’ils auraient pour traiter quelqu’un de plus mince…).

Aussi weird que ça puisse te paraitre : mon corps, mes choix, ça vaut aussi pour le gras.

Tu sais, ami.e mince… On est des êtres pensants, nous les gros.ses. Exactement comme toi.
Et peut-être bien que tout ça, on l’a réfléchi, pesé (!), mis en balance (!!), et qu’on a fait notre choix en toute connaissance de cause. Parce que oui, certaines personnes choisissent de devenir / rester gros.ses. Et en assument les avantages tout comme les inconvénients.
Et en fait, ça serait bien de ne pas nous traiter comme des êtres dénués de réflexion, de choix, de libre arbitre.
Je vais même te dire un secret : le gras n’empêche pas la réflexion par nous-même, pour nous-même.

Tu sais, ami.e mince… On est capable de te demander un coup de main si on en a besoin.
Parce que oui, des fois, on veut perdre du poids, aussi. Et si on a besoin de conseils, de soutien, tout ça… Avoir le support de ses ami.es, c’est précieux.
Mais s’il te plait… Tes conseils sur comment maigrir… Attends qu’on t’en demande, pour nous en donner.
Dans ce cas là, ton soutien sera précieux.
Mais autrement, tes conseils, ils blessent, ils infantilisent, ils usent.
Et c’est pas ce que tu veux. N’est ce pas ?

[Meurtre de Marie] Un « cas d’école » sur le victim blaming…

Pour les non-Suisses, qui n’ont pas bouffé à longueur de pages de journaux jusqu’à l’overdose d’indécence et de voyeurisme « l’affaire Marie »… Rapide explication des faits :

Marie
Marie.
Une jeune femme de 19 ans, qui a été violée et assassinée en 2013 par Claude Dubois, un criminel récidiviste (il avait déjà, plusieurs années avant, violé et tué son ancienne petite amie) qui avait bénéficié d’une peine convertie en arrêts domiciliaires avec surveillance par bracelet électronique).
Marie entretenait une relation avec lui, sans savoir pourquoi il portait un bracelet électronique (il lui avait semble-t-il menti sur son passé criminel).
Le fait que Dubois soit resté au régime d’arrêts domiciliaires fait polémique, parce que des signes avant coureur avaient permis de remarquer une montée en violence de l’homme (notamment des témoignages de ses collègues de travail à qui il avait tenu des propos inquiétants, mais aussi des posts évoquant ses fantasmes sexuels sur les réseaux sociaux), mais un vice de procédure avait fait qu’il était resté à ce régime d’exécution de sa peine.
Marie a été enlevée à la sortie de son travail, puis violée, tuée, et son cadavre abandonné dans une forêt.
Claude Dubois a avoué son crime.

Ca, c’est pour ce qui est des (tragiques) fait de cette horrible histoire, pour que tout le monde comprenne de quoi je parle. (Je me mets volontairement, pas de lien vers des articles de presse évoquant l’affaire, parce que je n’en ai honnêtement trouvé aucun qui parle de l’affaire d’une manière un minimum décente, en parlant des faits sans tomber dans le voyeurisme et la polémique « pour faire vendre »).

Avec l’approche du procès du tueur, l’affaire réapparait dans les journaux.

Outre l’habituel voyeurisme (tiens, si on fouillait l’entourage, qu’on exposait la famille du tueur et de la victime, etc etc), un aspect particulièrement gerbant en terme de victim blaming ressort allègrement dans la presse.

On épilogue sans fin parce que des posts du blog de la victime laisseraient penser qu’elle pratiquait le sexe rémunéré.
C’est d’ailleurs le centre de la défense mise en place par l’avocat de Claude Dubois.

Donc… Pour les journaux, pour la presse, pour beaucoup de monde… Le fait que la victime ait été une travailleuse du sexe (si c’est bien le cas) serait… Une foutue circonstance atténuante ?!
Comme si, quand même, elle l’avait un peu mérité, un peu cherché ?

Vous êtes sérieux, les gens, vraiment ?

Une fois de plus, on cherche chez la victime – qui de fait n’est même plus là pour se défendre – une part de la culpabilité.
Parce qu’elle était une femme, Marie aurait dû, pour avoir le droit d’être VRAIMENT mise complètement « hors de cause », être chaste, pure, ne pas aimer le sexe.
Parce qu’elle était une femme, la vie de Marie est scrutée au microscope.
Parce qu’elle était une femme et peut-être une travailleuse du sexe, Marie n’est pas « vraiment une victime », manifestement…
Et pourtant, Marie est morte.
Et pourtant, Marie, avant de mourir, a été torturée.

J’ai juste envie de répondre à ces journalistes, à ces avocats :

Qu’est ce que ça change, qu’elle ait ou non été travailleuse du sexe ?
Est-ce que ça donnait le droit de la violer ?
Est-ce que ça donnait le droit de la tuer ?
Est-ce que vous pouvez vraiment vous regarder dans un miroir en donnant publiquement le message que « tuer une prostituée, c’est moins grave que tuer une autre femme » ?
Est-ce que vous vous rendez compte que, dans chacun de vos articles qui épiloguent sur le sujet et dans chacune de vos prises de positions publiques sur le sujet, vous donnez le message « si vous avez envie de tuer ou de violer une meuf, choisissez une travailleuse du sexe, vous aurez moins d’emmerdes », et dédouanez non seulement Claude Dubois, mais aussi tous les potentiels futurs agresseurs ?

Ou plus simplement : Vos gueules !

[Pétition] Commune de Renens, ne foutez pas des dizaines de personnes à la rue !

Un article un peu différent de ce que je fais habituellement, vu que je m’éloigne un peu de mes sujets récurrents.

Mais cette sombre histoire se passe littéralement sous mon nez (je travaille juste en face, je passe devant tous les jours, je connais une partie des personnes qui habitent là), et je ne peux pas rester sans réagir, et sans tenter d’apporter un tant soit peu ma pierre à l’édifice…

Avenir 5

A Renens (Suisse), deux immeubles dont la structure est parfaitement saine sont laissés à l’abandon par la commune, qui en est propriétaire. Avec pour projet de les démolir, alors que rien n’est prévu en terme de construction à cet endroit.
Le projet prêterait à sourire s’il n’y avait pas en jeu le fait que des dizaines de personnes aient un toit : en attendant un projet de construction à cet endroit, la commune projette de planter … un champ de tournesols « pour ne pas avoir un terrain vague moche ».

Les habitants étaient supposés quitter les lieux fin janvier, mais s’opposent fermement à cette démolition sans projet.
Au rez de chaussée d’un de ces immeubles, un centre social qui apporte gratuitement conseils sociaux, aide pour des démarches administratives… Centre social qui sera lui aussi fermé lors de la démolition des immeubles.

Ces logements sont des logements à tarif abordable, rendant possible à des personnes à revenus modestes d’avoir un toit…

Alors que l’expertise de la Commune de Renens parle de logements insalubres, une expertise indépendante (par un architecte et un ingénieur mandatés par les habitants) parle d’immeubles dont la structure est parfaitement saine, mais qui font les frais du manque d’entretien par le propriétaire… Dont il est pourtant le devoir légal d’entretenir les immeubles qu’il loue.

Sachant que la parcelle où se trouvent ces immeubles est sur des terrains dont la commune pourra tirer un prix très intéressant, il est assez facile de voir la logique :

Laisse pourrir les immeubles.
Les déclarer insalubres.
Virer tout le monde.
Démolir.
Vendre ou louer le terrain à prix d’or.
Sous-sous plein la popoche.

Les habitants ont fait l’objet de pressions (agents de sécurité postés en bas de l’immeuble filtrant les entrées, menaces de « démolir leur porte et leurs fenêtres s’ils ne partent pas »), mais font solidairement front, et « occupent illégalement » leur propre logement.

Pour les soutenir, une pétition a été lancée. (Le lien est ICI)

Si vous souhaitez en savoir plus, voici deux articles écrits directement par le collectif qui résiste à ces démolitions :

Contre la démolition des maisons de l’Avenir 5 et 7 et l’expulsion de ses habitant.e.s : LIEN
Occupation au centre de Renens : LIEN

N’hésitez pas à signer la pétition, à faire tourner l’information.
Merci pour les habitant.e.s de ces immeubles.

Médics : double enjeu de la lutte contre la psychophobie

Bon. Je vais tenter de m’attaquer à un sujet épineux, douloureux, et qui est source de débats sans fin… au sein même des personnes luttant contre la psychophobie :

J’ai nommé : LES MEDICAMENTS PSY.

Médicaments

Classifiés en plusieurs catégories principales (anti-dépresseurs, neuroleptiques, thymorégulateurs – aussi appelés stabilisateurs d’humeur-  anxiolytiques, somnifères; avec quelques médicaments qui cumulent plusieurs de ces usages selon le dosage), les médicaments psy sont des médicaments très prescrits. Et qui font débat.

J’avoue que ma réponse sur le sujet aura bien du mal à être tranchée et absolue, et que c’est un vaste débat, que je vais essayer de débroussailler ici pour en mettre en lumière quelques uns des enjeux :

Arrêtez de traiter les médicaments psy différemment des autres médicaments.

Quand on a une jambe cassée, pas grand monde va trouver hors de propos de prendre des anti-douleurs pour ne pas avoir un mal de chien en permanence, n’est ce pas ?
Pourquoi, donc, quand une personne traverse une période difficile psychiquement (même si ça n’est pas forcément une situation qui est appelée à forcément durer pendant des lustres dans le temps), serait-il forcément critiquable de prendre des anti-dépresseurs et/ou des anxiolytiques et/ou des somnifères, pour que cette période difficile soit un peu moins douloureuse et compliquée à affronter ?

Quand on a une maladie physique chronique (par exemple, le diabète), pas grand monde va remettre en question les injections quotidiennes d’insuline pour que la personne puisse, tout simplement, ne pas mourir de sa maladie.
Pourquoi, pour le coup, serait-il bienvenu de critiquer un traitement psy au long court, comme c’est le cas dans des maladies psychiques chroniques, comme par exemple la bipolarité ou la schizophrénie ?

Les médicaments ne sont pas une fin en soi

Par contre, effectivement, un argument des « anti-médicaments » qu’il est très difficile, et qu’il serait carrément malhonnête de balayer du revers de la main, c’est que les médicaments psy sont prescrits à tour de bras, y compris par des généralistes, et y compris sans travail thérapeutique en parallèle.

Et c’est vrai.

Une anecdote que je cite souvent à ce sujet, c’est un échange un peu houleux que j’ai eu avec mon généraliste, quelques mois après la mort de mon père.
J’étais ado, et effectivement, je n’allais pas très bien suite à la mort de mon papa. Peu de gens sauteraient de joie dans ces circonstances, et je n’ai pas fait exception à la règle.
M’a-t-il proposé une oreille attentive pour en parler ? Non.
M’a-t-il suggéré d’aller voir un psy pour avoir un espace pour évacuer et faire quelque chose de cette période difficile ? Non.
Par contre, il m’a proposé des anti-dépresseurs.
Que j’ai refusé, en lui disant qu’être triste n’est pas une maladie, et que j’avais le droit d’être en deuil de mon père sans qu’on me file des cachetons. (Imaginez ce dialogue avec un petit ton d’ado rebelle… Que je n’ai d’ailleurs jamais perdu, mais bon, ça c’est une autre histoire).

J’ai vu beaucoup (beaucoup trop, d’ailleurs !) de personnes autour de moi – que ça soit des personnes avec un trouble psy avéré ou des personnes traversant une période douloureuse temporairement – être clairement mal prises en charge par des généralistes leur filant des médics sans aucun suivi en parallèle, voire même par des psychiatres basant leur suivi UNIQUEMENT sur les médicaments, sans réel travail thérapeutique en parallèle.

Et c’est un réel problème. Dont les premiers à faire les frais sont les personnes en souffrance.
Et qui est un double problème, parce que ces abus et ces excès rendent aussi difficile de faire entendre que, malgré tout, les médicaments psy sont parfois nécessaires, et n’ont pas à être critiqués en bloc, sans nuance, et sans réelle connaissance du sujet.

Les médicaments sont une béquille, et oui, il y a des gens qui ont besoin de béquilles toutes leur vie.

Un argument souvent entendu de la part des « anti-médics nuancés », mais qui reste quand même problématique pour les personnes ayant besoin d’un traitement à long terme, c’est :

« Les médicaments sont une béquille temporaire, mais à long terme c’est problématique ».

Quand on dit « béquille », on imagine l’entorse, la fracture.
On a plus ou moins tou.te.s déjà eu des béquilles suite à une entorse ou à une fracture, n’est-ce pas ?
Et oui, dans ces cas là, après un certain temps, une fois la blessure suffisamment soignée pour pouvoir marcher correctement, on arrête de se servir des béquilles.
C’est le cas aussi pour une partie des traitements par médicaments psy : ils aident à affronter une période difficile, une dépression réactionnelle à un événement, des troubles du sommeil dans une période de gros stress, ce genre de choses.
Pour poursuivre l’analogie avec une entorse, le fait d’avoir de la kiné aide à soigner l’entorse, tout comme le fait d’avoir un suivi thérapeutique est important pour soigner en profondeur.

Par contre, j’ai un ex-pote de lycée qui marchera toute sa vie avec des béquilles.
Il a une malformation d’un genou, pas opérable, qui fait que, toute sa vie, il boitera et aura des douleurs insupportables s’il marche sans béquilles.
Personne n’aurait l’idée de lui dire « Non mais mec, souffre en silence et marche sans béquilles », n’est-ce pas ?

Pourquoi, alors, n’a-t-on pas le même regard face à une personne qui aura peut-être besoin toute sa vie de médicaments (je dis « peut-être », parce que je connais des personnes qui, malgré une maladie psychique importante et invalidante, ont fait le choix de se passer de médicaments. C’est un choix, tout comme ce pote aurait parfaitement le droit, pour lui, de choisir de serrer les dents et de marcher sans béquilles) ?
Parce que oui, tout comme il existe des situations physiques qui imposeront à long terme d’utiliser des béquilles, il y a des maladies psychiques qui sont chroniques (ou au moins, longues. Pas tout le monde tombe d’accord sur la possibilité d’en guérir, à terme, ou non, mais quoi qu’il en soit, ce sur quoi tout le monde d’accord, c’est que c’est au minimum très long, voire des maladies qui seront présentes à vie)
C’est le cas, notamment, de la schizophrénie, de la bipolarité, du TPL (trouble de la personnalité borderline).

Pourtant, je peux vous assurer que les personnes prenant des médicaments à long terme entendent très régulièrement des personnes « bien intentionnées » leur dire qu’iels devraient arrêter les médicaments, que c’est pas bon, que « les médics ne sont pas une solution », tout ca. Alors même que certaines de ces personnes ne pourraient tout simplement pas vivre avec une qualité de vie un minimum correcte sans ces médics.
Et avoir à se battre constamment contre ces injonctions, avoir à se justifier tout le temps, c’est une réelle source de souffrance.
Et – sous-tendue – il y a l’idée que « les troubles psychiques ne sont pas des maladies ».

« Non mais les médicaments, ça ouvre la porte à la sur-médication ».

Alors oui, la sur-médication, c’est mal.
Et oui, c’est quelque chose qui existe, en particulier – mais pas seulement – en hôpital psychiatrique.
Défoncer les gens aux médicaments et « sédater les troubles », c’est une solution de facilité qui est – trop – utilisée, plutôt que de prendre le temps d’écouter, de réconforter, de parler.
Combien de personnes de mon entourage se sont entendues répondre, alors qu’iels allaient voir un.e infirmier.e pour parler parce qu’iels se sentaient mal : « Je vais vous donner votre réserve de médicament », alors que ça n’était pas du tout la demande de la personne d’avoir un médicament, mais bien d’avoir un échange, une discussion humaine pour gérer l’angoisse ou autre.

C’est inacceptable. On est tou.te.s d’accord là dessus, et les patient.es psy sont les premier.es à le dénoncer.

Mais, OUI, des fois, recevoir sa réserve, c’est un moyen de pouvoir juste aller dormir sans angoisser pendant des heures, et c’est pas un mal dans l’absolu. C’est mal quand c’est utilisé comme solution de facilité, c’est mal quand c’est imposé aux personnes et pas proposé, c’est mal quand c’est la réponse unique.
Mais ça n’est pas mal « dans l’absolu ».

C’est le lobby des pharmas qui dicte la psychiatrie
Oui, c’est vrai.
Et c’est faux, aussi.

(J’arrête là, ou j’essaie d’expliquer un peu plus précisément ?).
(On me souffle dans l’oreillette qu’il serait de bon ton d’expliquer. Ouais. Ok. Mais après venez pas vous plaindre que mon article est un pavé kilométrique, hein ?)

Oui, le lobby pharmaceutique a un rôle. En particulier dans la rédaction du fameux DSM, la « bible de la psychiatrie », le manuel le plus utilisé de diagnostic des troubles psy.
Et oui, c’est sacrément problématique, parce qu’il y a clairement un conflit d’intérêt flagrant entre les intérêts financiers des pharmas (qui, pour se mettre des sous-sous plein la popoche, n’ont pas tellement de scrupule à psychiatriser des situations qui n’ont pas lieu d’être vues comme des troubles, et à préconiser des traitements médicamenteux), et l’intérêt des patient.es, qui est d’avoir le traitement le plus adapté, y compris s’il n’est pas celui qui va le plus ramener de fric aux pharmas…

Par contre, il y a aussi beaucoup de psychiatres qui prennent le DSM avec des pincettes, qui l’utilisent comme outils mais pas comme La Vérité Absolue, et qui ne sont pas des distributeurs automatiques à médicaments…

Et il y a (et c’est bien là le problème avec la remise en question absolue, sans nuance, de tout ce qui est dans le DSM) des troubles décrits dans le DSM qui sont bien réels, qui sont des vraies maladies, avec une vraie souffrance pour les personnes qui en sont atteintes.
Et la remise en question – nécessaire – de l’implication des pharmas dans la rédaction du DSM ne doit en aucun cas se faire sans nuance, et au détriment des patient.es.

Or, la remise en question du DSM, elle se fait souvent de manière binaire :
« Les pharmas sont impliqués, donc tout ce que le DSM dit est faux, donc tu n’es pas vraiment malade, vu que c’est imaginé par les pharmas ».
Et vu que la société est déjà de base très encline à ne pas voir les troubles psy comme étant des vraies maladies (« Prends sur toi », « C’est une question de volonté », « Tu t’inventes des problèmes »), cette remise en question de l’implication des pharmas est bien souvent un prétexte à enfoncer les portes ouvertes de la psychophobie…

« Dans d’autres cultures, on traite les troubles psy sans médicaments et on a de très bons résultats ».

Là, je m’aventure sur un sujet que je connais trop peu pour pouvoir vraiment le développer.
Mais, même en partant du principe que c’est uniformément vrai (ce dont je doute, honnêtement. Mais vu mon manque de connaissances dans ce domaine, je ne vais pas aller dans le sens de la critique de ces approches, ça serait déplacé d’avoir un regard critique sur des cultures qui ne sont pas la mienne, à plus forte raison sans réellement les connaître en profondeur), il y a un gros problème à aller dans ce sens là sans nuances et à en tirer la conclusion qu’on pourrait, ici et maintenant, se passer des médicaments.

D’autres cultures, d’autres sociétés, ont une organisation sociale différente. Qui souvent implique plus d’entraide, de solidarité, autour des personnes en difficulté.
Des grilles de lecture différentes au sujet des troubles psy, de la souffrance.

Transposer UN élément (« Le fait de traiter les troubles psychiques sans médicaments ») d’une culture, sans transposer le reste, sans faire évoluer de manière globale la société, est un complet non sens.

Et même en imaginant qu’une évolution de la société aille dans un sens qui permette un accompagnement non médicamenteux uniquement autour des troubles psychiques se fasse… Elle prendra du temps.

Et en attendant, remettre sans nuance en question l’usage des médicaments, c’est laisser des gens en souffrance.
Et donc, encore une fois, sacrifier la qualité de vie et la santé (voire la vie, parce que le suicide est une issue bien réelle et bien trop fréquente aux troubles psychique) de personnes qui n’ont pas à faire les frais d’une réflexion sans nuance et à l’emporte-pièce sur les médicaments.

Réfléchir au sujet des médicaments est une nécessité quand on lutte contre la psychophobie.
Mais le faire sans nuance et au détriment des personnes concernées est, en soi, psychophobe.

Kayden Clarke, une victime de plus de la psychophobie de la police

Important : cette personne s’appelle Kayden Clarke.
J’ai modifié mon article après avoir appris que c’est un jeune homme trans* et qu’il est mégenré par les médias, ce que je ne savais pas au moment où j’ai écrit mon article.
Par contre, la vignette lors des partages faits avant la modification reste sous le titre que j’avais mis initialement, merci WordPress. Je vais tenter de remédier à ça, mais en attendant que j’y arrive – si j’y arrive – , toutes mes excuses pour le mégenrage dans la vignette)

Il y a quelques mois, un de mes contacts Facebook me passait une vidéo que j’avais trouvée tellement touchante que je l’avais relayée. (lien)
Il montrait comment le chien d’assistance de Kayden Clarke, jeune homme autiste Asperger, aidait son maître à gérer une crise d’angoisse durant laquelle il se frappait.
(Note : la vidéo avait été publiée sous le nom que Kayden portait avant sa transition, vu que Kayden était un jeune homme trans* et qu’il avait transitionné récemment)
Outre le coté touchant de la vidéo, elle m’avait permis de découvrir le fait qu’il y avait également des chiens d’assistance formés à accompagner leur maître pendant une crise d’angoisse, ce que je ne savais strictement pas.

Danielle Jacobs

Aujourd’hui, je suis tombée sur un autre article (lien) concernant Kayden Clarke
Qui m’a foutu les larmes aux yeux, mais cette fois ci pas parce que j’étais touchée par la magnifique complicité entre un chien et son maître…
Mais parce que Kayden Clarke est mort.

Il a été tué d’une balle dans l’abdomen.
Par la police de sa ville.

Appelés parce que Kayden était suicidaire, ils l’ont trouvé un couteau à la main.
Et ils l’ont tué. D’une balle dans l’abdomen.

Alors par pitié, ne venez pas me parler de « légitime défense ».
Que Kayden ait pu menacer les policiers qui débarquaient chez lui alors qu’lui était suicidaire et probablement angoissé : c’est possible. (Soyons honnêtes trois minutes : si des policiers avaient déboulé chez moi à l’époque où je faisais de grosses crises d’angoisse, je ne pense pas que, dans la panique de la crise, je les aurais accueilli à bras ouverts, hein).
Mais c’était UN FOUTU COUTEAU.
Et les policiers étaient plusieurs.
Ils sont formés à désarmer quelqu’un qui les menace avec un couteau.
Ils sont équipés d’armes non létales, aussi (Taser).
Ils SAVAIENT que Kayden était autiste Asperger et suicidaire.
Et quand bien même ils auraient été obligés de faire usage de leur arme à feu… une balle dans l’abdomen n’est pas tirée pour stopper ou pour désarmer. Elle est tirée pour tuer.

Au delà de l’émotion et de la révolte…

Cela met en lumière, une fois de plus, à quel point la police n’est pas formée pour prendre en charge une personne atteinte de troubles psychiques ou neuroatypique.
Cela met en lumière, une fois de plus, que les personnes avec un trouble psy ou une neuroatypie sont en DANGER face à la police.
Kayden est loin d’être la première victime…
Début décembre dernier, à Rennes (France), Babacar Gueye, en pleine crise d’angoisse, armé d’un couteau avec lequel il était en train de s’automutiler, a été abattu de 5 balles.
Et avant Kayden, et avant Babacar… Tellement d’autres.

Pour l’anecdote, une discussion avec un pote, fraichement sorti d’école de police en Suisse, m’avait fait rire jaune.
Il m’expliquait que les consignes qu’ils avaient, face à une personne agitée en crise d’angoisse, étaient de l’immobiliser…
Je ne sais pas si vous avez déjà fait une crise d’angoisse. Moi oui (un peu plus qu’une, d’ailleurs).
Et je peux vous assurer que si un inconnu, même policier, avait tenté de m’immobiliser à ce moment là… Je ne me serais pas laissée faire sans broncher. Parce qu’à ce moment là, le contact physique aurait juste été pour moi insupportable, et le fait de me retrouver immobilisée, sans possibilité de fuir, m’aurait juste mis dans une rage et une terreur qui auraient dépassé toute possibilité de self control.

La police DOIT être formée à ces situations. DOIT apprendre à dialoguer avec une personne en pleine angoisse, ou en plein délire.

Mais quand on voit à quel point l’idée reçue de la prétendue dangerosité des personnes psychiquement malades est répandue dans la société, on peut bien imaginer que c’est sous cet angle là, et uniquement cet angle là, qu’on forme les policiers, ces personnes chargées de « protéger la société ».

Mais la maladie psychique n’est pas un trouble à l’ordre publique…
Mais la maladie psychique n’est pas une menace…

Il faut arrêter de voir les « fous » comme des dangers potentiels. Et enfin commencer à voir la maladie psy pour ce qu’elle est : une source, au contraire, de vulnérabilité.

Et quand on sait que les statistiques prouvent que les personnes psychiquement malades ou neuroatyiques sont bien plus souvent victimes de violences que la population psychiquement dans la norme, il serait temps d’inverser le regard : ça n’est pas la société qui a besoin d’être protégée des fous… Mais les personnes avec un trouble psy ou une neuroatypie qui doivent être protégés de la violence des autres…

Il ne doit plus y avoir de Kayden , de Babacar.

Repose en paix, Kayden.
Et sois assuré que le combat pour la déstigmatisation des troubles psy et des neuroatypies continuera.
Sois assuré qu’on continuera de lutter pour que la police soit formée à ces situations.

Pour toi. Pour Babacar. Pour tou.te.s les autres victimes.
Et pour les personnes encore vivantes, qui n’ont pas à devenir des victimes de plus.

(Note : certaines personnes m’ayant fait remarquer que mon article peut entretenir l’amalgame entre « autisme » et « trouble psychique », je vais me fendre d’une petite explication de pourquoi j’inclus la dénonciation du meurtre de Kayden par la police dans la lutte contre la psychophobie.
D’une part : Kayden évoquait ouvertement, dans ses vidéos, le fait qu’au delà de son autisme Asperger, il était atteint de troubles psychiques (PTSD, troubles anxieux). On peut raisonnablement imaginer que lorsqu’il s’est retrouvé dans la situation où, suicidaire, la police a été appelée chez lui, son autisme Asperger n’était pour le moins pas le seul facteur en cause…
D’autre part : si le terme « psychophobie » était centré de manière plus spécifique sur les troubles psychiques, une solidarité et un rapprochement s’est rapidement créé avec la lutte contre la stigmatisation que vivent les personnes les personnes neuroatypiques. En effet, cette stigmatisation a le même ressort : la société stigmatise les personnes dont la pensée est hors de la norme psychique établie.)