Le consentement expliqué avec des arachides (ou « Non, consentir à un rapport sexuel ne signifie pas consentir à n’importe quel acte »)

Cet article comporte la description précise d’un abus sexuel. Si vous ne vous sentez pas de lire ça, c’est le moment de fermer cette page. Prenez soin de vous avant tout.

Il y a quelques semaines, à Lausanne, en Suisse, un homme a été condamné pour viol (à de la prison avec sursis, hum. Mais bref. La sanction prononcée n’est pas le sujet de cet article, même s’il y aurait fort à dire sur le fait de condamner un violeur « uniquement s’il recommence », n’est-ce pas ?).

Pour revenir en bref sur ce qui a motivé cette condamnation:

Après s’être connus via une appli de rencontres, l’homme et sa partenaire ont eu une relation sexuelle. Qui était – sur le principe – consentie des deux cotés.
MAIS après une première pénétration avec un préservatif, l’homme a demandé à sa partenaire des jeux sexuels sans préservatif, ce qu’elle a refusé.
Puis, il l’a à nouveau pénétrée, en lui tenant les poignets ce qui fait qu’elle n’avait aucun moyen de voir que, en fait, entre les deux pénétrations, il avait retiré sa capote… Chose qu’elle n’a donc vu qu’à la fin du rapport sexuel.

A plus forte raison, alors que la femme, légitimement très inquiète du risque de MST, demandait à l’homme de passer un test de dépistage, il a disparu de la circulation, ne donnant plus signe de vie.
Pour assurer sa sécurité, la femme a dont dû passer par le (lourd et contraignant) traitement de prophylaxie post-exposition pour au moins éviter le risque de VIH, n’ayant aucun moyen de savoir si l’homme était ou non porteur du virus du SIDA.

Cette condamnation a fait couler beaucoup d’encre dans la presse et dans les commentaires sur les sites des journaux.
Beaucoup d’encre qui, à vrai dire, ne fait pas vraiment du bien à lire. (Si vous tenez vraiment à vous écorcher les yeux, les commentaires de cet article sont représentatifs d’une bonne partie des horreurs qu’on a pu lire sur le sujet…)

Beaucoup de commentateurs (mais aussi un chroniqueur judiciaire d’un journal genevois, avocat de son état, donc faisant figure d’autorité en matière de droit) se permettent des propos carrément infects sur la victime du viol.
Qui « n’assume pas ».
Qui « est une manipulatrice ».
Qui « n’a pas à se plaindre, après tout, elle a voulu du cul, sinon elle n’aurait pas été sur Tinder ».
Qui « n’avait qu’à porter un préservatif féminine », et qui « est irresponsable de ne pas l’avoir fait ».

Et évidemment, plaignent ce « pauvre homme », dont la vie est « brisée » par cette « condamnation injuste ».

J’avoue qu’il m’est assez difficile de rester pédagogue, diplomate et modérée face à de tels propos, mais bon. Je vais essayer quand même.

Et utiliser des arachides pour vous expliquer le problème.

arachide

Et pour ce faire, je vais vous demander un petit effort d’imagination.

Transformons pour un instant cette situation de relation sexuelle en une invitation à manger chez quelqu’un.
Vous acceptez l’invitation d’une connaissance pour un repas, mais au moment de discuter du menu, cette personne vous propose de vous préparer un poulet à l’arachide. Vous lui précisez alors : « Non. Ne mets pas d’arachide dans le repas, j’y suis allergique ».

Au moment du repas, cette personne vous sert un plat contenant des arachides, qu’elle prend soin de dissimuler dans une sauce.
Trouvez-vous ça normal ?

J’imagine que la réponse est unanimement non, n’est-ce pas ?

Vous trouveriez même probablement qu’il est complètement légitime de déposer plainte contre cette personne qui a mis votre santé en danger en toute connaissance de cause, vu que vous aviez pris soin de lui préciser votre allergie à l’arachide. Et que vous trouveriez juste que cette personne soit condamnée alors qu’elle a joué avec votre santé.

Pourquoi cela serait-ce différent concernant la relation sexuelle ?

J’imagine aussi que vous serez d’accord pour dire que sous le terme générique de « relation sexuelle », on peut, tout comme en cuisine, avoir une multitude de menus différents. Et que pas tout le monde est tenu d’accepter chaque menu. Et aussi que certains menus comportent plus de risques que d’autres, n’est-ce pas ?

Pourquoi donc ce qui vous parait – totalement légitimement – inacceptable dans votre assiette devient acceptable dans le cadre d’une relation sexuelle ?

Oui, forcer quelqu’un (par la violence ou par la ruse) à un « menu » sexuel qui ne lui convient pas est un viol, MEME SI LE RAPPORT EN LUI-MÊME ETAIT CONSENTI.
Cela ne s’applique pas uniquement au port ou non du préservatif (oui, je t’ai vu, le petit malin là-bas dans le fond, qui pense que mon analogie ne tient que lorsqu’il y a un risque pour la santé physique de la personne…) : subir par exemple (et parce que c’est un grand classique du genre, malheureusement) une sodomie à laquelle on n’a pas consenti met AUSSI notre santé en danger. Peut-être pas directement notre santé physique (quoi que…), mais notre intégrité psychique. Est-il besoin de rappeler l’existence du syndrome post-traumatique très fréquent chez les victimes d’abus sexuels, avec son cortège de troubles anxieux, troubles dépressifs et suicides ?

Dire oui pour une bouffe entre amis ne signifie pas forcément être d’accord de manger des arachides, ni d’ailleurs être obligé de finir son assiette.
Dire oui pour un acte sexuel ne signifie pas forcément être d’accord pour toute forme d’acte sexuel, ni d’ailleurs être obligé d’aller jusqu’au bout de ce qui a été prévu si sur le moment on ne le sent plus.

Et c’est quand même sacrément triste de devoir rappeler ces évidences, parce qu’elles sont visiblement très loin d’être claires pour tout le monde.

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6 réflexions sur “Le consentement expliqué avec des arachides (ou « Non, consentir à un rapport sexuel ne signifie pas consentir à n’importe quel acte »)

  1. Juste un petit commentaire pour vous laisser savoir quant tant qu’homme je trouve cela choquant et que je me réjouis de ce verdict. Peut-être ainsi ne perdez-vous pas foi en nous, les hommes, puisque la lecture des commentaires sur internet est souvent déprimante. Bref, on est nombreux derrière vous mesdames, même si malheureusement on reste peut-être trop discret/silencieux par rapport aux machos en tout genre. Continuez votre (notre enfaite) combat car celui-ci paie. Je ne sais pas si je suis devenu plus attentif à la cause féministe, mais je crois plutôt qu’à travers les réseaux sociaux votre voix est devenu plus visible. Alors faisons-là résonner ensemble.

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    1. Bonjour !

      Je me doute que votre commentaire est plein de bonnes intentions et a pour but de me (nous, si on inclus les lecteurs.trices du blog) rassurer sur le fait que le combat paie. Ca, c’est cool.

      Par contre, y a un vrai problème avec le fait que dès qu’on parle de trucs comme les abus sexuels, la violence conjugale ou autre… Y ait toujours un/des hommes pour venir rappeler que « Oui mais on n’est pas tous comme ca ».

      C’est vraiment passer à coté du problème :

      Le problème n’est pas individuel, avec d’un coté les violeurs / hommes violents qui sont des « méchants », et de l’autre, bah… le reste du monde.

      Le problème est un problème de société, qui donne implicitement et explicitement le message que les femmes sont inférieures aux hommes, et donc sont leurs « subordonnées » en tout, y compris au lit, et que donc ils peuvent utiliser cet avantage social pour passer joyeusement par dessus des trucs comme euh… par exemple le consentement.

      Très honnêtement, je ne pas pas que ce type soit fondamentalement « méchant », ou « mauvais », ou autres considérations morales (ou, s’il l’est, je m’en fous un peu, c’est pas ça le problème). Je pense largement que ce qui amène à ce genre de situations, c’est pas le fait qu’il y ait des individus « mauvais », mais un fonctionnement de société qui dépasse largement une échelle individuelle.

      Et à chaque fois qu’on ramène le problème à « on n’est pas tous comme ça », on sort de cette réflexion globale pour arriver à résumer le problème à de l’individuel.

      2ème problème : se dire « je ne suis pas comme ça », c’est faire l’économie de se poser aussi des questions sur soi-même, en terme de « Est-ce que j’ai toujours, et ai toujours eu, un comportement irréprochable en terme de consentement ? ».
      Parce que la culture du viol, ça n’est pas uniquement les cas « spectaculaires » qui arrivent jusqu’à la une des journaux. C’est aussi (et même surtout, proportionnellement) toutes les « petites » (entre très gros guillemets, parce qu’elles sont extrêmement destructrices aussi) choses qui amènent à plein de ces abus sexuels silencieux, dont on ne réalise souvent que plus tard le caractère abusif et destructeur.
      La culture du viol, c’est aussi toutes ces fois où le consentement est présumé et pas vérifié, sur la base de « qui ne dit mot consent » (phrase qui me fout de l’urticaire à elle seule depuis que j’ai réalisé ce qu’elle veut vraiment dire…).
      La culture du viol, c’est aussi le pseudo devoir conjugal, le fait que ça soit acquis que dans un couple il y ait du sexe.
      La culture du viol, c’est aussi insister pour avoir du sexe, oh, sans violence, juste en redemandant encore et encore jusqu’à ce que la personne en face dise oui…

      C’est tout ca, et tout plein d’autres trucs encore.

      Et dans ces dynamiques là, personne ne peut complètement dire, avec certitude, en se regardant droit dans les yeux dans le miroir « Non, moi je ne suis pas comme ca » en étant à 100% honnête.

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  2. Bonjour,

    Je pense que vous vous méprenez. Je ne passe pas à côté du problème, puisque je me réjouis de cette condamnation comme je l’ai expliqué. Je ne me suis pas plus étendu car je n’ai pas besoin que l’on m’explique avec des cacahuètes, cela s’avère être évident pour moi. Je ne viens pas vous dire on est pas tous comme cela (une évidence également), je venais simplement contrebalancer les commentaires abjectes que l’on retrouve sur ce genre d’article, tous comme je le fais avec les commentaires racistes, partant du postulat qu’un peu de positif ça fait toujours du bien. Je l’ai fait en tant qu’homme car c’est ce que je suis, mais je ne vous ai pas fait la lecture en disant que l’on est pas tous comme cela.
    Je constatais que l’on était parfois trop silencieux et pas assez impliqué dans ce combat, car comme le dis le proverbe, qui ne condamne pas acquiesce ( pas pour les relations sexuelles on est bien d’accord). J’offrais ensuite ma récente réflexion comme quoi vous deveniez plus visible, que ce soit par des motions comme celle déposée à la ville de Lausanne contre le harcèlement de rue ou par les articles partagées par mes amies et sur facebook. Une sorte d’encouragement.

    C’est un phénomène de société il est évident. Les femmes ont 20% des dialogues dans l’industrie du cinéma, Hollywood offre une vision extrêmement objectisée de la femme. Vous touchez 20% de salaire en moins à travail égal et un con du nom de Trump vient de signer un décret pour couper le financement des ONG qui promeuvent l’avortement à l’étranger… Pour n’en citer qu’une petite partie. Mais le changement de la société se fera par le bas, c’est-à-dire par une prise de conscience individuelle qui sera transmise de génération en génération à travers une éducation qui promeut l’égalité entre les sexes.

    Le fait que la société ne promeut pas cette égalité ne justifie pas les actes de certains et ce faisant oui il y a des salauds. Et si les hommes ressentent parfois le besoin de se justifier et de se distancier, un peu à l’image des musulmans lors d’attentats terroristes, c’est en partie de votre faute. J’ai entendu de nombreuse fois, tu ne peux pas comprendre, tu es un homme et d’autres amalgames du genre partant du postulat que forcément il y a des choses qu’en tant qu’homme on ne peut/veut pas comprendre, voir ou que sais-je.

    Votre point deux en est ailleurs un exemple. Vous partez du principe que je ne remets pas en question et que je ne sais pas ce qu’est qu’est la culture du viol puisque vous me l’expliquez. Non je n’insiste pas pour avoir du sexe ou en tout cas plus depuis un certain temps, oui je suis au courant que la majorité des viols prennent place au sein du couple.

    Il se trouve que oui je peux dire je ne suis pas comme cela. J’ai été élevé par mes deux grandes soeurs et ma maman. J’ai donc un profond respect pour la gente féminine bien qu’imparfait (qu’il l’est?). Je suis sorti avec des femmes qui ont été abusées, je sais l’impact que cela à sur la vie de ces personnes et de leur couple également. Et dans mon couple actuel c’est moi qui explique à mon amie qu’il y a des choses qu’elles ne devrait pas accepter qu’on lui dise en tant que femme (ne venant pas de moi).

    Voyez, j’en arrive à me justifier et c’est un peu dommage alors que je vous félicitais juste de votre combat. Bref, j’ai finis de faire ma victime car on est hors sujet par rapport à l’article. Je souhaitais juste mettre les choses au clair par rapport à votre commentaire. Je comprends tout fois votre raz-le-bol par rapport aux trop souvent maladroits  » je ne suis pas comme ça ».

    Bonne continuation.

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