MON esprit, MES choix !

« Tu devrais voir un psy ».
« Ne vas surtout pas voir de psy, c’est tous des vendus aux pharmas qui gavent leurs patient.es de médicaments ».
« Prends tes cachets ».
« Ne prends surtout pas de médicaments ».
« Bois de la tisane ».
« Tu devrais faire de la méditation ».
« Tu devrais aller à l’hôpital ».
« Les hôpitaux psy c’est des prisons, faut surtout pas y aller ».
« Tu ne devrais pas fumer d’herbe, ça va empirer les choses ».
« L’herbe c’est le bien, ça va t’aider à dormir, à être moins angoissé.e ».
« Tu devrais faire du sport ».
« Tu devrais manger bio, les additifs alimentaires causent les troubles psy ».
« Les diagnostics c’est juste des étiquettes du système, il ne faut pas que tu tombes là dedans. »
« Il faut absolument que tu sois diagnostiqué.e »
« Dans telle autre culture, tes symptômes sont considérés comme un don, tu devrais te rendre compte que dans le fond, tu as de la chance »
« Tu ne fais pas ce que je te conseille, c’est que tu ne veux pas réellement t’en sortir »
« Tu dois absolument… »

illustrations injonctions

Il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça, il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça, il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça… En boucle.

Ca, c’est le quotidien quand tu es malade psy, neuroatypique, fou, folle, cinglé.e.

Tout le monde se sent en droit d’avoir son petit avis sur ce que TU devrais faire avec TON PROPRE esprit.

Parfois même les autres personnes malades psy ou neuroatypiques, d’ailleurs. Qui oublient que ce qui est vrai pour elles, ce qui marche pour elles… N’est pas forcément une vérité universelle pour toutes les personnes malades psy ou neuroatypiques. Ni même pour toutes les personnes avec le même diagnostic.

Comme si tout le monde savait mieux que toi ce dont tu as besoin, ce dont tu n’as pas besoin, ce qui se passe dans ta tête, ce qui te fait souffrir, ce qui ne te fait pas souffrir, ce qui te soulage, ce qui ne te soulage pas.

Ca ne vous parait pas dingue, à vous ? Aussi dingue que tous les symptômes possibles et imaginables ?
Et ça ne vous rendrait pas dingue, littéralement dingue, au sens médical du terme, qu’on vous ressasse sans cesse que ce que vous ressentez est faux, que ce que vous faites est faux, que ce que vous décidez est faux ?
Ca ne vous rendrait pas dingue, qu’il y ait à peu près autant d’injonctions (souvent contradictoires d’ailleurs) qu’il y a de personnes dans votre entourage, et autant de reproches de ne pas suivre ces injonctions qu’il y a d’injonctions ?

Moi, ça m’impressionne, à quel point on peut être dépossédé de son propre esprit, de son propre cerveau, de ses propres neurotransmetteurs qui fonctionnent ou ne fonctionnent pas, de sa propre lecture du monde.

Alors oui, vous me direz peut-être « Mais c’est logique, vu que la maladie psy altère les perceptions, c’est normal qu’on sache mieux que la personne malade ce qui est bon pour elle ».

Et en plus, vous avez une bonne excuse : là où la maladie physique se voit, s’observe… la maladie psychique ne se voit pas. Elle ne se mesure pas avec des radiographies, des analyses. (Quoi que… ça n’est pas tout à fait vrai : l’imagerie médicale commence à pouvoir mettre en évidence les différences de fonctionnement cérébral entre une personne neuroatypique ou malade psy, et une personne neurotypique ou sans trouble psy. Mais le fait est que malgré tout, savoir que telle ou telle zone du cerveau est plus ou moins active ne vous permet pas, pour autant, d’avoir une « photographie », une idée précise de ce que perçoit et ressent la personne concernée)

Avec toute la bonne volonté du monde, vous ne pouvez PAS voir le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre, fusse-ce une personne très proche.
Donc vous ne comprenez pas tout, vous spéculez, vous essayez d’imaginer, de vous mettre à la place. De trouver des solutions. D’aider (parce que oui, c’est souvent plein de bonnes intentions, sincères qui plus est).
Mais vous savez quoi ? Ca ne marche pas.
Même si vous êtes aussi passé « par là ».
Parce que personne ne passe « par là » exactement de la même manière. Et personne ne gère sa situation exactement de la même manière.

Et en plus d’être forcément faussé parce que vous projetez VOTRE vision de ce qui est bien, bon, aidant sur la vie de quelqu’un d’autre… C’est nocif.

Comment vous vous sentiriez, vous, même sans neurotransmetteurs en pagaille, même sans neuroatypie, même sans trouble psy… Si votre entourage se mettait subitement à vous dire sans cesse que vous devez douter de ce que vous pensez, ressentez, décidez pour vous-même ?
Sachant que pas mal de troubles psy ont déjà en eux-même pour effet de saper la confiance en soi-même, est-ce que vous mesurez à quel point, en donnant à une personne le message que tout ce qu’elle pense est faux, vous faites « le jeu » de la maladie, vous renforcez ce sentiment de ne rien valoir, d’être inapte et incapable ?

Si on parle souvent de respecter le choix des gens concernant leur propre corps (« Mon corps, mes choix » étant une phrase qui parlera surement à pas mal de personnes même vaguement sensibilisées en terme de féminisme), on oublie souvent que c’est vrai aussi concernant l’esprit. Y compris d’un esprit qui ne fonctionne pas tout à fait dans la norme.

Mon esprit, mes choix.

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Requiem pour un harceleur

[Ne cherchez pas une vocation militante à cet article. C’est du défoulement, du vidage d’abcès. S’il a une utilité, c’est peut-être d’être un témoignage parmi plein d’autres quant au harcèlement. Fondu dans une masse bien trop massive. Et, aussi, éventuellement, de dire qu’on a le droit de ne pas sacraliser les morts et de garder notre colère contre eux malgré leur mort. La mort n’efface et ne pardonne pas tout.
Je ne pense pas avoir donné dans cet article de détails permettant de le reconnaitre. Si toutefois vous deviez le reconnaitre, je vous demande, par respect pour sa famille, de ne pas rendre public son nom. Ça ne changerait plus rien. Il est mort. Il ne paiera plus rien. Et sa famille n’a pas à payer pour lui. Elle a le droit de faire son deuil, de pleurer sa mort.]

C.

Tu ne seras ici qu’une initiale. Ne crois pas que c’est toi et ta mémoire que j’essaie de protéger, ta réputation je m’en fous, tu n’imagines pas à quel point.
C’est par respect pour ta famille, et uniquement pour elle, que je ne donne pas ton nom. Et aussi par respect pour mes principes. Les dénonciations publiques sont à mon sens une porte beaucoup trop dangereuse pour que j’accepte de la pousser.

Pourtant, je le sais, et tu le sais aussi : je ne mens pas.

Alors tu es mort ?
C’est fini, pfiou, envolé, y a plus.
La nouvelle de la mort d’un mec de mon âge serait supposée me toucher.
Ou la nouvelle de la mort d’un enfoiré est peut-être supposée me faire plaisir.

Mais en fait, non, ça ne me fait pas plaisir.
Ca ne me fait pas plaisir, du tout, de voir les hommages à ton nom, les articles de presse qui vantent ta générosité, ta gentillesse, ta bonté. Qui pleurent la mort d’un homme bien, trop tôt, tellement trop tôt. Bla. Bla. Bla.
Qui parlent du fait qu’il était impossible d’être en conflit avec toi, tellement tu étais merveilleux.
Ouais, les articles de presse. Parce qu’entre temps tu avais « réussi ». Tu avais glâné ta petite respectabilité merdique, ton succès, ta pseudo-célébrité de pacotille de journaliste de bas étage.

Ca ne me fait tellement pas plaisir que ça ré-ouvre, 11 ans après, la plaie des 8 mois d’enfer que tu m’as fait passer.
« Nous a fait passer » serait plus exact, parce que je n’étais pas seule dans cette merde (et c’est d’ailleurs de ça que tu as tiré ton emprise, vu que tu m’utilisais comme arme contre ma meilleure amie, et réciproquement). J’y étais d’ailleurs surement moins qu’elle, vu les liens qu’elle avait avec toi.
Mais je ne vais parler que pour moi. Parce que mes mots ne sont pas les siens, qu’elle dirait surement les choses autrement.

Tu étais le petit ami de ma meilleure amie.
La première fois que je t’ai vu, j’ai été mal à l’aise en face de toi. Pourquoi ? Je n’en sais rien. J’ai cherché à rationaliser ce malaise, cherché à me dire que je n’avais aucune raison d’avoir peur de toi.
Et j’y suis arrivée. J’ai oublié ce signal d’alarme irrationnel, je l’ai laissé dans un coin.
Et je t’ai trouvé « gentil et généreux », moi aussi.
Comme tous ces gens qui pleurent ta mort.
Je t’ai parlé de moi, aussi, un peu. Sans savoir à ce moment là que chaque mot, chaque truc un peu personnel que je t’avais révélé me reviendrait dans la gueule plus tard.

Jusqu’à ce que tu la trompes. Oh, je n’ai pas arrêté de te trouver « gentil et généreux » pour si peu. Je me suis dit, comme elle d’ailleurs, que tu étais paumé, que tu avais fait de la merde.
Tu es venu chialer ton « désespoir » de « l’avoir perdue » en la trompant.
J’ai été triste pour toi, triste que tu ailles mal.

Et puis.

Et puis avec le temps, tu as arrêté de chialer. Tu as commencé à exiger. Exiger que je lui demande de te parler, exiger qu’elle t’écoute, te parle. Alors que TU avais merdé. Exigé. Exigé.
Et à partir de là, tu n’as plus fait que ça. Exiger.
Exiger d’abord poliment, mais exiger quand même.
Et après beaucoup moins poliment. Parce que non. Je ne suis pas la Poste. Je ne fais pas passer des messages. Je n’allais pas tenter de la forcer à aller contre ce dont elle avait besoin.
Et ça, tu n’as pas aimé.

Et tu as commencé ton petit jeu. Celui qui a duré 8 mois. D’insultes. De menaces. De tentative pour m’éloigner d’elle, parce que j’étais un obstacle sur ta route. De tentatives pour la forcer – et tu as bien failli y arriver – à planter la vie qu’elle avait construit pour aller te rejoindre. Tout en jouant avec elle.
« On va se remettre ensemble ».
« En fait peut-être pas. »
« Mais si, quand même ».
Pendant 8 mois, mec.

8 mois où je l’ai vue crever à petit feu, où j’ai eu peur pour elle.

8 mois pendant lesquelles je recevais quotidiennement des mails d’insultes odieux, des mails de menaces aussi. Et quand je ne répondais pas aux mails, tu passais aux SMS, jusqu’à ce qu’excédée et lassée je réponde à tes mails.
Et si je ne répondais pas pendant assez longtemps, tu commençais à la harceler elle pour qu’elle me demande de te répondre. Ce que je faisais. Pour éviter qu’elle se ramasse l’orage.
8 mois.

T’as une idée de ce que c’est, 8 mois, C., quand à chaque fois qu’on ouvre sa boite mail, on se demande non pas SI on va avoir reçu de la merde, mais quelle quantité de merde, et de quelle nature cette fois-ci.
Des menaces ? Des insultes ? Les deux ? Ou peut-être quelques invitations à me suicider, en me décrivant précisément les méthodes qu’il te plairait de me voir utiliser. Ou éventuellement dénigrer mes proches, vu que tu savais que je suis capable d’encaisser beaucoup, mais pas qu’on touche aux gens que j’aime.

Il a fallu que j’aille jusqu’à garder consciencieusement tes mails. Oh, pas tous. Juste ceux de la fin. Juste ceux des quelques dernières semaines. Et que je te menace d’envoyer le tout à ton employeur, qui aurait été « ravi » d’apprendre que tu utilisais ta boite mail professionnelle et tes heures de travail à me harceler plutôt qu’à bosser.
A partir de là, étrangement, vu que je menaçais de toucher à ta façade, à ta pseudo-respectabilité de pacotille, à ta réussite professionnelle chérie… Tu as magiquement arrêté ton harcèlement.
J’ai pu le faire parce que mon amie avait trouvé la force de te couper les ponts complètement, et que tu n’avais plus la ressource de la harceler elle pour me me forcer à répondre.

Ces mails, je les ai relus en apprenant ta mort.
Parce qu’à force de lire que tu étais une merveille, j’en venais à douter de mes propres souvenirs.
C’était ta force, ça aussi. Donner une telle apparence de mec gentil qu’on en venait à ne plus rien comprendre à ce qui nous arrivait.

Et il semblerait que tu ne te sois pas arrêté après mon amie et moi.
Que tu aies refait le même genre de plan à la copine suivante. La même manipulation, la même emprise.
Avec elle aussi. Au moins avec elle.
En vrai, tu as fait ça à combien de personnes, Monsieur Respectabilité et Gentillesse incarnées ?

Alors tu vois, les articles dégoulinant de larmes qui annoncent ta mort… Non, ils ne m’ont ni rendue triste, ni fait plaisir. Ils m’ont foutu dans une colère noire. Ton impunité, ton image intacte de fragile, gentil et généreux, ça me fout littéralement la gerbe.

Ma seule satisfaction, ça n’est pas que tu sois mort, parce que les morts sont tellement sacrés et intouchables que jamais personne ne pourra dire ouvertement quel salopard tu étais.
Non. Ce qui me satisfait dans tout ça, c’est que tu es hors d’état de nuire. A plus personne.
Tu n’imagines pas combien je regrette de ne pas avoir porté plainte, et de ne pas t’avoir dénoncé à ton employeur.
Que tu n’aies pas été confronté directement aux conséquences de tes actes.

Contrairement aux articles élogieux sur ta petite personne… Je ne te souhaiterai pas « bon voyage », ni de « reposer en paix ».
Juste de te faire bouffer par les vers.
En espérant que tu sois moins toxique pour eux que pour les humains.