[Traduction]Quand la transphobie et la psychophobie se donnent la main pour pousser un ado au suicide

J’ai décidé de traduire cet article (l’article original est ici), initialement paru en anglais sur Gaystarnews, un site LGBT, parce qu’il témoigne de manière criante des conséquences de la transphobie du personnel médical, ajoutée à la psychophobie qui fait qu’un ado suicidaire n’est pas pris au sérieux dans ces besoins parce qu’après tout, c’est juste « un dingue », et qui se préoccupe de la parole d’un dingue, à plus forte raison quand c’est un adolescent…

Au delà de mettre en lumière cette situation précise, c’est aussi une manière de rappeler clairement que non, mégenrer délibérément quelqu’un n’est pas un acte anodin. Mégenrer une personne trans, c’est cracher sur qui est cette personne. C’est lui rappeler que l’entier de la société se prend le droit de décider à sa place de son identité.
Et oui, ça peut tuer. Ca tue, en fait. Beaucoup trop souvent.

RIP, Kyler.

(Comme à chaque traduction, je vous rappelle que je ne suis ni traductrice professionnelle, ni bilingue. J’ai certes un niveau d’anglais correct, mais il est tout à fait possible que j’aie laissé passer des erreurs de traduction. N’hésitez pas à me les signaler en commentaire.)

 Un adolescent trans se suicide après avoir été répétitivement traité de fille par les infirmier.es de l’hôpital.

« Iels empiraient sa situation. Iels l’ont complètement traumatisé ».

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Kyler Prescott lors de la cérémonie des promotions

Un adolescent s’est suicidé après avoir été nargué répétitivement par le personnel de l’hôpital alors qu’il était en surveillance rapprochée pour prévenir un suicide.

Kyler Prescott, qui avait tout juste 14 ans quand il est décédé, était envahi par l’anxiété et la dépression quand il a mis fin à ses jours en mai 2015.

Dans les semaines précédent sa mort, l’adolescent du Sud de la Californie avait été admis dans l’unité de psychiatrie infantile de l’Hôpital pour Enfants Rady, à San Diego, pour une surveillance rapprochée de 72 heures pour prévenir un suicide.

Mais pendant son séjour là bas, le personnel de l’hôpital s’est continuellement adressé à Kyler comme étant une fille. « Il est tombé dans une spirale ».

« Il était envahi par l’angoisse », explique sa mère Katherine Prescott. « Le personnel de l’hôpital le faisait aller de pire en pire. Iels le traumatisaient complètement ».

Cette semaine, Katherine Prescott s’est portée partie civile contre l’hôpital auprès de la Court de District de Californie du Sud, affirmant que le personnel médical a violé durant le séjour de Kyler les lois fédérales et les lois de l’Etat protégeant les individus contre les discriminations.

Et, bien que Prescott insiste sur le fait qu’elle ne blâme pas l’hôpital pour la mort de son fils, elle veut que les responsabilités soient mises en évidence pour « être sûre que cela n’arrivera pas à d’autres enfants et adolescents ».

« Quand mon fils était désespéré, j’ai fait confiance à l’Hôpital pour Enfants Rady pour assurer sa sécurité et son bien-être », a dit Prescott au Washington Post.

« Les hôpitaux sont supposés être des endroits surs, qui aident les gens quand ils en ont besoin. Au lieu de se remettre à l’hôpital, Kyler est allé encore plus mal parce que le personnel l’a continuellement traumatisé en le genrant au féminin et en ignorant ses sérieux problèmes de santé. »

« C’est douloureux de témoigner, mais je veux faire ce qu’il faut pour qu’aucun autre parent ou enfant n’ait à traverser ces épreuves. »

L’Hôpital pour Enfants Rady a San Diego dispose d’un service spécialisé dans les questions de genre, pour aider des jeunes à gérer leur dysphorie de genre.

Dans un communiqué, l’hôpital affirme que « Notre priorité absolue est de fournir le plus haut niveau de soins à nos patients et à leurs familles ».

« Bien que la politique de l’Hopital Rady est de ne pas faire de commentaire sur des procédures juridiques en cours, nous assurons que chaque accusation de faute professionnelle, incluant la discrimination, est investiguée en profondeur et qu’il y a un suivi à ce sujet », ont-ils ajouté.

Kyler a écrit un poème dans les semaines précédent sa mort.

« Je l’ai cherché pendant des années, mais j’ai l’impression de m’éloigner de lui à chaque jour qui passe.
Il est enfermé dans ce corps, attaché par les chaines de la société qui l’empêchent de s’échapper.
Mais un jour, je briserai ces chaines. Un jour, je le libèrerai.
Et je pourrais finalement me regarder dans le miroir. Et me voir –
Le garçon que j’aurais toujours dû être ».

 

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Les attirances sexuelles sont-elles oppressives ?

Bon.

Un sujet qui fait régulièrement débat entre féministes, et que finalement, j’ai envie de décortiquer un peu ici.

Entendons nous, ce que je vais dire là n’engage que moi, ça n’est pas le reflet d’un quelconque courant féministe, c’est juste des réflexions entre moi et moi-même que je mets par écrit et que je fais partager.
Chacun.e en fait ce qu’iel veut, hein !

Donc :

Affirmer une préférence sexuelle (ou juste AVOIR une préférence sexuelle) qui exclut telle ou telle catégorie opprimée est-il synonyme a « être [quelque chose]-phobe » ?

En clair, pour donner un exemple :
L’hétérosexualité est-elle une marque d’homophobie, par exemple ?
Le fait de n’avoir des relations sexuelles qu’avec des personnes minces est-il une marque de grossophobie ?
Ou, à l’inverse :
Une personne mince qui n’est attirée que par des personnes grosses fétichise-t-elle forcément d’une manière malsaine les personnes grosses (ce qui est aussi une forme de grossophobie) ?

L’argument des personnes défendant ce point de vue est que nos attirances sexuelles font partie des construits sociaux, tout comme tout ce qui régit nos relations sociales / interpersonnelles.
Et que donc, on ne peut pas extraire les attirances sexuelles du champ de tout ce qui est influencé par les constructions oppressives de notre société (racisme, sexisme, homophobie, transphobie, etc etc).

Il me serait bien difficile de réfuter en bloc cet argument, à vrai dire.
Bien sûr que « qui nous trouvons belle/beau » et « qui nous trouvons attirant.e » est influencé par les critères de notre société.
A plus ou moins grande mesure, selon la prise de conscience et de distance que nous avons faite vis-a-vis de ces critères dominants, certes (et aussi selon que nous soyons nous-même plus ou moins proches des critères dominants).

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Mais par contre, je suis toujours mega mal à l’aise quand on en arrive à des débats comme :

« une personne qui ne couche pas avec des personnes grosses est-elle grossophobe ? ».
« une personne qui ne couche pas avec des personnes racisées est-elle raciste ? »
« une personne qui ne couche pas avec des personnes trans est-elle transphobe ? ».

Parce qu’en allant aussi loin que ça dans la réflexion, on en arrive vite à un truc TELLEMENT PAS ORIGINAL dans notre société, à savoir les injonctions autour du sexe.

Il y en a BEAUCOUP (beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup. J’ai dit beaucoup ?).
Il faut aimer le sexe, mais pas trop quand même si on est une femme – ou assignée comme telle. (coincée vs salope, quoi).
Il faut aimer telle ou telle position sinon on manque de piquant (ou on est une vieille bique coincée qui ne vit pas avec son temps).
Il faut … il faut plein de trucs, chacun.e a surement sa propre liste de « il faut » à fournir.

Et toutes ces injonctions, elles foutent un merdier sans nom dans une notion quand même UN TOUT PETIT PEU capitale autour du sexe, j’ai nommé :

LE CONSENTEMENT.

Et bon. Le consentement, c’est pas comme si notre société était vraiment vraiment très très protectrice envers cette notion hein. Mais alors vraiment, vraiment pas, même.
On est nourri.es dès le biberon à la culture du viol en poudre, diluée dans un jus d’injonctions, aromatisée avec un fort arôme de culture patriarcale.

Le devoir conjugal à satisfaire, l’injonction à une sexualité reproductrice efficace, tout ça tout ça tout ça… C’est déjà autant d’obstacles à une sexualité épanouissante, consentie, sans violence.

Chaque injonction autour de la sexualité en rajoute une petite couche à la difficulté d’avoir un consentement réel, complet, sans pression extérieure ni auto-pression.

Donc je suis quand même fichtrement mal à l’aise quand on va sur le terrain de la sexualité, des préférence et des attirances sexuelles, pour donner le message à des gens qu’iels sont oppressif.ves.

Parce que même si les critères de beauté communément admis (qui sont, comme il se doit, blancs, minces, valides, hétéro et cis, hein !) ont forcément un impact dans la représentation de la personne qu’on va avoir envie d’avoir dans notre lit…
La sexualité reste un sujet éminemment intime.

Alors oui, « le privé est politique ».

Mais quand il s’agit de risquer de renforcer la culture du viol en rajoutant tout pleins de leviers de pressions implicites ou explicites (« Quoi ? Tu ne veux pas coucher avec moi ? Tu ne serais pas un peu grossophobe ? »), en rajoutant tout plein d’auto-pressions aussi (« Merde, je n’ai pas envie de lui donner l’impression de le.a rejeter à cause de son poids, mais quand même, je ne suis pas attiré.e par ellui, merde qu’est ce que je dois faire, merde merde merde »)…

J’ai quand même envie de dire qu’on se balade sur une pente allègrement savonneuse.

Et que je n’ai honnêtement pas envie – en l’état actuel de la société avec l’omniprésence de la culture du viol – de voir empruntée, pour ma part. Trop dangereux. Même « pour la cause », pour la déconstruction des préjugés, pour tout ca. TROP-DANGEREUX.

Il y a encore trop à faire dans la démolition caillou par caillou de la culture du viol pour pouvoir – à mon sens – se permettre de rajouter des pressions et des injonctions autour de la sexualité.

Par contre, qu’on s’entende bien, hein.

C’est pas une porte ouverte à dire tout plein de trucs cradement oppressifs à tour de bras et la bouche en coeur sous prétexte de justifier tes préférences sexuelles hein.
Ouais, toi là bas dans le fond, je t’ai vu, en train de préparer ton argumentation toute pleine de préjugés pour expliquer avec qui tu couches et avec qui tu ne couches pas.
Oublie l’idée. Tout de suite. Vraiment.

Tu couches avec qui tu veux hein. C’est pas le problème. (Ouais enfin. Tant que l’autre personne en a envie aussi. Cela va sans dire, mais dans notre société, j’ai quand même envie de le préciser, figurez vous !).
Mais, si tu as le droit de dire que tu te sens plus à l’aise de coucher avec [x type de personne], ça ne te donne absolument pas le droit de donner des raisons faussement « objectives » pour expliquer que les autres types de personnes sont repoussantes, hein.
Non.
Personne n’est « repoussant ».
C’est juste toi qui n’est pas attiré.e.
C’est pas pareil.
Et la différence est VRAIMENT VACHEMENT IMPORTANTE.

Et si vous arrêtiez de spéculer sur nos organes génitaux ?

« Eh, t’as vu, là ? C’est une meuf ou un mec ? »

Ce genre de phrase, « murmurées » (pas si murmurées que ça, d’ailleurs, sinon je ne les aurais pas entendues, remarquez) dans la rue ou les transports en commun, je ne compte pas le nombre de fois où j’en ai entendue.

Mon physique atypique (grande taille, épaules carrées, un peu de poil au menton… et des boobs) semble être de nature à alimenter la gazette interne de pas mal de monde.

C’est vrai quoi, c’est absolument CRUCIAL de savoir si la personne assise deux sièges plus loin que toi dans le bus a un vagin ou un pénis. Non mais je comprends, hein, ta vie en dépend, si tu n’arrives pas à répondre à cette question de la plus haute importance, tu vas mourir d’une surchauffe de tes neurones. Ou pire, la Terre va tomber dans une dimension parallèle et des aliens au genre ambigu vont prendre le contrôle sur notre civilisation. MINIMUM !

Si aujourd’hui, mon cheminement et mes réflexions personnelles quant à ma non-binarité m’ont fait gagner en sérénité face à ce genre de réflexions (en clair : je me soucie de ces remarques comme de ma première paire de chaussette), l’attitude qui va avec, les regards insistants, l’impression d’être un singe dans une cage de zoo à qui on ne va pas tarder à lancer des cacahuètes, ça a l’art de m’exaspérer au plus au point.
Je suis assez au clair avec moi-même et mon genre pour ne plus souffrir des remarques sur le sujet (« Tu as l’air d’un mec », « T’es pas une vraie femme », etc), mais par contre, oui, j’vous assure, j’apprécierais de ne pas être un genre de bête de foire, et de pouvoir faire mes trajets en bus peinard sans avoir à faire des battles de regards (parce que j’ai pour principe de ne pas détourner les yeux, face à ce genre de regard, histoire de leur foutre un peu la honte au passage) aussi régulièrement avec des gens (en plus, je suis grosse, merde alors, je cumule !).

Mais bref. Plus vraiment de souffrance, plus du tout de questionnements et de doutes sur ma propre identité. Juste un petit reste de colère.

PAR CONTRE :

Je regarde autour de moi, dans mon entourage, et je réalise à quel point je suis privilégiée d’avoir un caractère, un mode de fonctionnement et un entourage bienveillant qui me permettent de ne plus en souffrir.

Parce que c’est de loin pas le cas de tou.te.s mes potes et ami.es.

Je vois des personnes à qui je tiens (personnes trans, personnes non-binaires, personnes cis avec un physique atypique) se prendre de plein fouet ces remarques, ces regards.
J’en vois ne plus oser sortir. J’en vois rechercher désespérément la validation des autres sur leur physique, sur leur passing, sur leur droit à vivre simplement normalement, sans être constamment remis.es en doute et en question. J’en vois haïr leur corps qui leur attire autant d’emmerdes et de mépris. J’en vois haïr les gens. J’en vois y laisser des morceaux de leur santé mentale.

Et ça, nettement plus encore que mes récurrentes battles de regards dans le bus ou dans la rue, ça me fout dans une colère noire.

Alors, petit rappel à qui voudra bien le lire, en espérant qu’il atteindra aussi des gens qui justement font ce genre de réflexion et ont ce genre de regard :

CE QU’ON A DANS LE SLIP NE REGARDE QUE NOUS.
A moins que vous ne prévoyiez de coucher avec moi (et honnêtement, si c’est le cas, je peux vous annoncer d’emblée que ce genre de regard insistant ont tendance à faire l’effet d’un extincteur à libido, façon neige carbonique sur un incendie !), vous n’avez absolument pas besoin de savoir ce que j’ai dans le slip.
Je vous assure, aucune catastrophe planétaire ne vous guette si vous n’avez pas réussi à déterminer si votre voisin.e de bus était un mec, une nana, ou aucun des deux. Vraiment.

Et aussi :

CE QU’ON A DANS LE SLIP N’EST PAS SUFFISANT POUR DÉTERMINER SI ON EST UNE NANA, UN MEC OU AUTRE.
Le sexe (les organes génitaux, tout ca) ne détermine pas le genre.
Oui, je sais, c’est bizarre pour beaucoup d’entre vous, cette notion.
Je ne peux pas vous en blâmer, il m’a fallu aussi pas mal de lectures, de réflexions, d’échanges avec d’autres personnes, tout ça… Pour me mettre au clair là dessus.
Mais ouais : on peut être une femme avec un pénis. Un homme avec des ovaires. On peut aussi ne se reconnaitre pleinement dans aucun des deux genres « communément admis » (on parle alors de « non-binarité »). On peut aussi avoir des organes génitaux qui sont un mélange des deux (on parle alors de « personnes intersexes »).
Bref… C’est un peu plus compliqué que juste « vagin = femme », « pénis = homme ».
Je ne peux que vous conseiller de vous documenter un peu (google est votre pote pour la vie. Et puisque je suis quelqu’un d’éminemment sympathique, vous pouvez même poser des questions en commentaire à cet article. Si elles sont formulées avec un doigt de respect, j’y répondrai au mieux de mes possibilités).

Mais surtout… S’il vous plait : arrêtez de nous scruter comme des bêtes de foire dès que vous avez du mal à déterminer notre genre ou notre sexe. C’est pas grave, que vous ne sachiez pas exactement ce qu’on se trimballe dans le slip, ou si on s’identifie comme un homme, une femme, ou autre. Par contre, c’est vraiment grave que vous soyez aussi humiliant.es et déshumanisant.es.

Et si on est un peu plus, pour vous, qu’une personne dans le bus, et que vous devez savoir nous genrer pour savoir comment vous adresser à nous, ben… Demandez. Avec un peu de tact, si possible.

(By the way, pour les personnes qui se demanderaient, me concernant, comment je préfère qu’on s’adresse à moi : Je m’appelle Lau’, je suis de genre non-binaire, et pour ce qui est de « il, elle ou neutre », je m’en fiche éperdument, parce que les trois font références à des choses qui existent en moi, donc aucun n’est faux. Je parle de moi au féminin par habitude, et par simplification : je suis assignée femme, et vu que ça n’est pas entièrement faux – ni entièrement vrai d’ailleurs – ben, j’ai choisi de continuer à parler de moi au féminin, pour ne pas me prendre la tête. Mais c’est un choix personnel, hein, et vous n’avez aucun droit d’en faire une généralité et de décréter que ça vous donne le droit de continuer de genrer TOUTES les personnes non-binaires par leur genre assigné à la naissance).

are you a girl or a boy