C’est l’été, et oui, vous avez le droit de planquer votre corps

Maintenant que c’est l’été pour de vrai (c’est à dire qu’on n’a plus besoin de se trimballer en pull d’hiver en plein mois de juin), que les jupes, shorts, hauts à manches courtes et autres maillots de bain sont enfin à l’ordre du jour… c’est le moment pour moi de faire un article qui va peut-être un peu à contre-sens des messages habituels sur le sujet.

Vous avez le droit de ne pas supporter le regard jugeant sur votre corps qui « sort de la norme ».

Que vous soyez gros.se, maigre, handi, trans, que vous portiez quelques part sur votre peau les marques d’un objet tranchant utilisé pour gérer vos émotions…
Vous avez le droit d’appréhender ce moment.
De ne pas sauter de joie à l’idée du retour des beaux jours.
De ne pas avoir « la body positive attitude » chevillée au corps.

Entendons nous : je ne suis de loin pas en train de vous dire « cachez ce corps, il dérange dans le paysage ». Votre corps, honnêtement, je l’aime, ou au moins je le respecte.
Vos corps qui portent d’une manière ou d’une autre les signes tangibles d’un parcours compliqué, qui indiquent que vous vous bouffez votre ration de regards oppressifs, moqueurs, stigmatisant, de rejets… Ouais, ils me font me sentir un peu plus proche de vous que des personnes dont le corps « se fond dans la masse ».
Alors non, je n’ai aucune raison de vous ordonner de les cacher, vos corps. De loin pas.

Par contre, je comprends que vous ayez, des fois ou chaque jour, du mal à le montrer. Du mal à vous en foutre du regard des autres. Du mal à encaisser les moqueries, le mépris, le dédain, les insultes, les regards lourds de sous-entendus. Du mal à encaisser ce qui est, au fond, notre quotidien quand on a un corps qui sort des normes socialement admises.

Alors oui, je comprends que le retour des beaux jours vous fasse peur.
Alors oui, je comprends que vous envisagiez peut-être de boycotter piscine et plage, et d’avoir trop chaud sous vos habits longs pendant tout l’été plutôt que de montrer quoi que ce soit de votre corps.

Vous n’être pas « lâche » pour autant. Vous n’êtes pas « un.e mauvais.e militant.e » pour autant. Vous n’êtes pas indigne de lutter contre toutes ces oppressions pour autant.

Et je voulais vous dire : je ne vous aime et ne vous respecte pas moins parce que vous avez peur, pas la force, pas l’énergie d’affronter les regards.
Je voulais vous dire : vous n’êtes pas moins beaux/belles/belleaux que les personnes qui ont la possibilité d’affronter ces regards et qui le font.
En mini-jupe  et mini-top, en short et t-shirt, ou en manches longues et jeans, votre corps est digne de respect.
Et vous êtes, de toutes manières, courageux.ses. Et je sais que, de toutes façons, vous luttez. Chacun.e à votre manière.

Envoyez chier les personnes qui vous diront « T’as qu’à t’en foutre, du regard des autres ».
Les Yaka, les Taka, les Yfô, iels ne savent pas. Iels ne sont pas dans votre tête. Iels ne sont pas dans votre vie.

Faites les choses comme vous les sentez.
Vous n’avez pas le sacro-saint devoir d’être une icône militante à chaque fois que vous mettez un pied dans la rue.

Peut-être qu’un jour vous vous sentirez assez sur.e de vous, assez solide pour affronter différemment ces regards, et pour leur répondre par un doigt tendu bien haut, une réplique cinglante ou un souverain mépris.

Vous savez, il y a quelques années, si on m’avait dit que je serais capable d’être en paix avec mon corps, j’aurais ricané jaune.
Et pourtant c’est arrivé.
Alors qui sait… peut-être que demain, dans un mois, dans un an… Vous regarderez aussi derrière vous en vous disant « tiens, je ne me serais pas cru.e capable de m’en foutre, et pourtant oui, ces regards chargés de mépris et d’oppression ne me démontent plus la gueule ».

Mais quoi qu’il en soit… Vous êtes des personnes valables, dignes d’être aimées, dignes d’être respectées. Et vous êtes important.es.

Passez un bel été, quoi qu’il en soit.
Et bonnes vacances pour celleux qui en ont.

no wrong way to have a body
« Il n’y a pas de mauvaise manière d’avoir un corps ». Illustration de Rachele Cateyes

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Chère Christine Boutin…

Chère Christine,

Il n’est pas dans mes habitudes de m’adresser à toi.

Je t’avouerais que, en tant que personne pas hétéro, je n’ai pas une immense estime envers toi, avec les prises de positions que tu peux avoir concernant l’homosexualité (et, de manière plus générale, envers tout ce qui sort de la norme « hétérosexuelle cisgenre »).

Par contre, il va falloir qu’on cause d’un truc.
Je te promets, je vais faire l’effort d’essayer de rester bien sage et bien polie. Si toutefois je devais y faire des entorses, crois bien que j’en suis désolée, mais figure toi qu’il y a des trucs qui me prennent un peu trop aux tripes pour que je puisse faire office de modèle de self-control.

Parlons un peu d’Orlando, Christine, si tu veux bien.

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Parlons, plus précisément, de CA.
Ton tweet de « compassion », là.

Quand je l’ai lu, quelques heures après avoir appris le massacre d’Orlando, crois bien qu’il n’a apporté aucun apaisement à ma tristesse et à ma colère.
Bien au contraire.
Je vais t’expliquer l’image que j’ai eu en tête à la lecture de tes mots. Pardonne moi, elle n’est très glamour.

Je t’ai imaginée en train de nager avec volupté dans le sang encore chaud des victimes, avec le sourire béat que tu arbores sur ta photo de profil Twitter.
Et te lavant dans ce sang, pour que l’odeur du sang encore chaud couvre l’odeur crasseuse de ta propre homophobie.
(Oui, je t’avais dit, c’est pas très glamour).

Ton manque de respect et ton hypocrisie m’ont n’ont fait que rajouter à mon envie de gerber et de hurler, bien présente depuis que j’avais appris le carnage.

C’est d’ailleurs pour ça que j’ai attendu quelques jours avant de t’écrire cette  petite bafouille, histoire qu’elle ne soit pas un ramassis de gros mots tous vener qui ne te donnerait, assurément, pas très envie de lire ce que j’ai à te dire.

Donc.

Je me permets de te rappeler, Christine, que tu as, dans un passé pas si lointain, déclaré tranquilou bilou que « l’homosexualité est une abomination ».
J’imagine que tu t’en souviens aussi bien que moi, vu que tu as même été condamnée pour ces mots.

Dans le cadre de toutes les horreurs balancées par La Manif pour Tous (pour tous les homophobes serait une dénomination nettement plus adéquate, mais bon, j’imagine que ça serait chipoter sur les mots ?), tu as toujours été en bonne position pour appuyer et enfoncer le clou dans notre crâne.
Nous sommes des abominations.
Ah non, j’oubliais. Tu n’as rien contre les homosexuels, juste contre l’homosexualité. Hum. Permets moi de ne pas trouver que ça fasse une si grande différence, hein, parce que figure toi que OUI, en t’attaquant à tout un pan de notre identité, c’est aussi à nous que tu t’attaque, want it or not.

Sais-tu, Christine, que tout ce bousin a amené à une nette montée de l’homophobie, des agressions et des violences homophobes ?
Sais-tu, Christine, que chaque années se suicident en France nettement plus de personnes LGBT+ que le nombre de personnes qui ont été tuées à Orlando ?
Sais-tu, Christine, que ces suicides ont pour ingrédient non négligeable l’homophobie, la biphobie, la transphobie, et tout ça ?
Moi, ces suicides, je les appelles des meurtres, en fait.
Des meurtres psychologiquement induits.
La personne tue son corps oui, mais avant ça, c’est toutes ces discriminations qui tuent sa personne.
Alors, figure toi, Christine, que je ne vois pas forcément une différence si immense que ça dans ton attitude ou dans celle d’un mec qui prends une arme à feu et qui tue 50 personnes LGBT+.
Les moyens sont différents.
Mais le résultat, c’est quand même, in fine, la mort de personnes.
Alors bon, que le flingue ait été dans sa propre main ou dans la main d’une autre personne… ça reste l’homophobie (et autres LGBT-phobies) qui tue, hein.

Alors ouais, ta compassion, elle a quand même un sacré sale goût d’hypocrisie, de « je redore mon blason en grignotant comme un bon charognard les cadavres encore chauds des mort.es d’Orlando ».
Et honnêtement, ça passe pas.
Ca me reste en travers et ça me laisse un goût de bile dans la bouche.

Il va falloir que tu assumes, Christine.
Tu ES homophobe.
Le fait que tu n’aies pas pris un flingue pour dégommer des homos ne fais pas de toi quelqu’un de notablement plus respectable que le mec qui a tiré dans le tas à Orlando, tu sais ?
Apporter ta « compassion » aux victimes, en oubliant soigneusement de mentionner que cet attentat est un attentat HOMOPHOBE, c’est une tentative pathétique et malhonnête pour noyer le poisson de ta propre homophobie. Mais il nage bien, le poisson, figure toi. Nous, on ne l’a pas oubliée, ton homophobie.

Et j’ai une petite question, Christine…
Si le mec n’avait pas été musulman, mais un des bons intégristes catholiques comme il y en a tant dans tes suiveurs… Aurais-tu eu la même réaction ?
Permets moi d’en douter.

Allez, toute bonne soirée, Christine.
Je te laisse en tête à tête avec ta conscience.
Elle ne doit pas toujours être de très bonne compagnie, ta conscience.

Amicalement – ou pas.

Lau’.

[Orlando] Ils faisaient juste la fête, bordel.

Me demandez pas un article, des mots choisis avec soin.

J’ai juste le gerbe, l’estomac au bord des lèvres, les larmes aux yeux mais les yeux secs.

Je ne les connaissais pas, mais j’aurais pu être l’un.e d’entre deux.

50 morts dans une boite LGBT+ à Orlando.

50 morts.

50-morts-merde.

« L’homophobie tue ». « La transphobie tue ». On le dit tous les jours, on le dit, on le gueule, on le répète jusqu’à l’overdose.
Mais même si on le sait, j’crois pas qu’on soit préparé à ça.
Préparés à entendre que en une heure ou quelque chose comme ca, un mec armé d’armes à feu a effacé de la planète 50 personnes juste parce qu’elles aimaient « pas les bonnes personnes ».

Je n’ai pas peur, j’ai mal.

J’ai mal de me dire qu’on dérange assez pour qu’on nous tire dessus.
J’ai mal de dire que quand je tiens dans la rue la main de la personne que j’aime, c’est cette haine qu’on peut susciter.
J’ai mal merde.

J’ai mal de savoir que des crevures qui hier encore nous crachaient à la gueule tweent aujourd’hui « solidarité avec Orlando » (Ouais, c’est pour toi, Boutin, ouais c’est pour toi Poutine).

J’ai pas envie d’avoir à penser aux merdeux islamophobes qui vont se régaler du sang des 50 personnes buttées froidement.
J’ai pas envie de devoir choisir chaque mots pour pas qu’ils puissent récupérer quoi que ce soit. J’ai juste envie de leur cracher à la gueule et qu’on en finisse.

Cette nuit, je m’abrutis de musique et j’ai mal au bide.
Je me « milite » pas. Je ne réfléchis pas.

J’ai juste mal au fond de mes tripes.
Et on est beaucoup à avoir mal.

On n’arrêtera pas d’aimer, n’en déplaise aux merdeux armés jusqu’aux dents, n’en déplaise aux homophobes-bien-comme-il-faut-qui-ne-tuent-pas-mais-qui-méprisent.
On n’arrêtera pas de vivre pour vos beaux yeux.
On n’arrêtera pas de baiser.
On n’arrêtera pas de jouir.
On n’arrêtera pas de construire notre avenir.
On n’arrêtera pas de lutter.
On ne se terrera pas.
On ne retournera pas dans les placards moisis dont vous voudriez qu’on ne soit jamais sorti.es.

Étouffez vous avec votre haine, nous on continuera de vivre et d’aimer.

Mais ce soir, laissez-nous juste chialer et ramasser les morceaux de nos tripes étalées à la une des journaux.

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Loi Travail : Caen, 12 avril – Témoignage de manif’

Cet article n’est pas de moi.
Il a été écrit par une amie à moi, suite à une manifestation à laquelle elle a été mêlée un peu par hasard en avril à Caen.
L’amie n’ayant pas de moyen de le diffuser directement, elle me l’a fait parvenir, pour que je le publie sur mon blog, pour qu’il ait un peu plus de visibilité qu’un bête post sur Facebook.

D’où le fait qu’il parait … pas mal de temps après les faits relatés.

Pour celleux qui pourraient imaginer derrière l’auteure de ce texte une personne critiquant sans nuance les forces de police, je tiens à préciser que ça n’est pas le cas.
Autant elle dénonce ici la violence démesurée, et la police comme outil d’un système qui s’applique à réduire au silence toute critique sociale, autant elle n’a pas de problème à reconnaitre l’utilité de la police quand elle fait réellement un travail au service de la population).

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Je m’baladais sur l’avenue… Non, en fait, c’était une rue piétonne. Pour vous situer l’ambiance, imaginez la rue où il y a plein de bars, de cafés et de commerces , là où les familles en goguette par ce joli jour ensoleillé de vacances flânent ou s’installent en terrasse avec leurs enfants. Moi je sirotais justement un verre en terrasse en regardant les passants. Je venais de passer une échographie de grossesse et j’avais besoin de me remettre au calme de mes émotions.

J’ai commencé à entendre des gens scander des slogans plus loin dans la rue. Le cortège de manifestants n’était pas bien gros. D’ailleurs plus qu’une manif, j’ai observé une distribution de tracts par des étudiants motivés. Franchement, s’il y avait des « casseurs » parmi eux, ils étaient plus discrets que ma fille de trois ans quand elle fait un caprice. J’ai eu la curiosité de me lever de ma chaise et de suivre un peu ces sympathiques militants, histoire de voir ce qu’ils arriveraient à faire avec pour seules armes quelques tracts, une unique pancarte et leur bonne volonté visible. Il faisait beau, ça me ferait de la marche et…

Et tout a basculé. La procession s’est arrêtée, nous étions encore dans la rue piétonne, encore tout près des cafés, des familles au soleil… Et j’ai vu des voitures de police, à une petite vingtaine de mètres de distance de moi. La BAC, brigade anti criminalité. Et attention, hein, les gus n’avaient pas revêtu l’aimable uniforme du gardien de la paix que vous seriez tenté de solliciter pour vous indiquer votre chemin. Non, j’ai vu des hommes en tenue anti émeutes, boucliers levés.

Des passants. Des enfants et des mères de famille attablés non loin. Des étudiants pacifiques qui n’ont pas manifesté une once d’agressivité. Et… des hommes de la BAC qui ont chargé. Ca a été relativement bref. Mais !

Mais moi, à la base, je venais dans cette rue me détendre et profiter du beau temps. Et, au final, parce que certains ont voulu partager leurs convictions sans la moindre violence, même assez joyeusement, en distribuant ça et là de petits bouts de papier imprimés… Parce que j’ai fait quoi, cinquante mètres de marche dans la même direction que le cortège, je me suis retrouvée face à des personnes qui, ayant pourtant pour mission officielle de servir et protéger la population, ont chargé avec un équipement offensif et défensif important, un groupe de jeunes uniquement armés de papier… ah, et soyons juste, d’un vilain mégaphone !

Je ne vous ai pas énoncé l’objet des revendications des étudiants. Pour ceux qui suivent l’actualité, il est facile à deviner, je pense. Et au fond, qu’importe ? Pour moi, il n’est pas utile de le connaître, ni même de savoir si je sympathise avec cette cause ou non. Le fait est que ce à quoi j’ai assisté, ça renvoie à plusieurs questions bien plus importantes que ces interrogations, à mon humble avis.

Non parce que, avant de savoir si on adhère à un message, ce serait bien que ceux qui cherchent à le délivrer aient la possibilité technique de le faire. Et figurez-vous qu’il me semble moins facile de communiquer ses idées tout en s’enfuyant face à une charge de professionnels armés et entraînés. Sans parler des compétences sportives que ça requiert, les quidams ainsi alpagués seront assez peu tentés de rester discuter tout en risquant eux-mêmes de recevoir quelques coups ou projectiles.

A partir du moment où des gens ne font rien de plus que de déambuler dans une rue en tendant des tracts et en chantant des slogans, ne contenant ni incitation à la haine, ni insultes, il n’y a aucune légitimité à les museler par la force. Et qu’on ne vienne pas me parler de l’illégalité de telles manifestations à cause de l’état d’urgence. Parce qu’une soixantaine de personnes qui expriment une opinion ensemble, ça me paraît bien moins inquiétant pour l’ordre public que la réaction disproportionnée des forces dudit ordre au beau milieu d’un endroit particulièrement fréquenté par ceux qui n’ont rien demandé à personne, avec le risque d’en atteindre certains.

Que des casseurs saccagent des lieux, ou s’en prennent aux pauvres péquins du coin, à la rigueur, ça m’angoisse moins que le fait qu’une profession dédiée à la protection et à la chasse aux criminels se mobilise avec autant de violence dans des conditions ne le nécessitant en rien.

Si l’état d’urgence signifie qu’on n’a plus le droit d’émettre un avis publiquement sans risquer des coups, au minimum, alors en quoi protège-t-il sa population, qui n’a plus la possibilité de faire connaître son opinion, et donc de faire respecter ses besoins et ses aspirations ? Quelle est la menace supérieure qui implique qu’on soit de facto réduits au silence sur des enjeux politiques ou sociétaux afin de la tenir éloignée ?

Cette petite mésaventure m’a enragée. Handicapée et enceinte, que se serait-il passé si la charge s’était poursuivie juste 5 minutes de plus ? Je ne pouvais pas fuir, moi… Et les autres, à peine plus loin ? Et c’est avec ce sentiment de colère que je me suis définitivement jointe aux militants, qui ont remonté jusqu’au lieu de leur AG sans autres encombres… J’ai assisté à cette AG.

Ce que j’ai vu ? Des jeunes responsables, qui, portés par ce pour quoi ils se battaient, arrivaient malgré tout à débattre dans le respect à quatre-vingt dans une amphi sans micro, à structurer la planification de leurs futures actions, sans céder à des envies de violence qui me paraîtraient sinon excusables, au moins justifiables.

Si vous avez en tête l’idée que ces jeunes ne sont que des petits branleurs qui se mobilisent juste pour éviter les cours et ne savent pas de quoi ils parlent, dites-vous que certains sont prêts à se lever plus tôt que pour aller en cours, pour organiser des choses aussi passionnantes qu’un atelier de confection de pancartes ou des négociations pour obtenir des salles où se réunir. Dites-vous aussi qu’ils pourraient en remontrer à nos députés, nos sénateurs et à notre gouvernement niveau pragmatisme, respect du temps de parole de chacun et capacité à essayer de concilier les attentes de ceux qui s’exprimaient. Dites-vous enfin qu’ils ne se contentent pas de prêt à penser mais ont une réelle conscience des enjeux qu’ils cherchent à défendre et des risques qu’ils encourent.

J’ai appris au fil de l’AG que le matin, des policiers avaient investi leur université. Molesté un de leurs camarades. Etc…

Je ne sais pas où on va… mais si vous acceptez qu’au nom de la lutte contre le terrorisme le gouvernement, la police ou une quelconque autorité réprime par une violence aveugle la moindre velléité d’expression collective d’une idée… vous troquez la peur de barbares plus ou moins lointain contre l’invasion réelle de barbares encravatés.

Caen 12 avril

Photo prise ce jour là à Caen, tirée du site Résistances Caen.

« Ceux qui parlent de se suicider ne le font pas » : démontage d’un mythe dangereux

Encore une fois, cet article ne sera pas « safe ». Il parle de suicide de manière cash, détaillée, et sans prendre de gants.
Si vous ne sentez pas de le lire, si vous pensez que c’est à risque de faire prendre l’ascenseur à vos propres idées suicidaires ou de faire remonter des sales souvenirs de suicides de proches : ne le lisez pas. Vraiment.
De toutes manières, si vous êtes vous-même concerné.e, il y a de fortes chance que cet article ne vous apprenne pas grand chose…

Par contre, il est hors de question que je fasse dans la douceur et dans l’allusif dans cet article.
Parce que le suicide c’est pas glamour, et parce qu’on ne fera pas tomber les idées reçues en effleurant timidement cette réalité du bout des doigts.

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suicide nounours

« Je vais faire mentir le vieil adage qui dit que ceux qui en parlent le plus en font le moins, je suis désolée, je t’aime ».

C’est le SMS qu’une amie a envoyé à sa meilleure amie, sa « soeur de coeur ». Quelques instants avant de mettre fin à ses jours d’une des manières les plus trash possibles : en se jetant sous un train.

« Je suis sur les rails ».

C’est les derniers mots au téléphone d’une autre amie à son copain.
Elle était vraiment sur les rails. Elle est morte quelques secondes après.

Les gens qui parlent de se suicider ne le font pas, disiez-vous ?
J’ai donc dû faire un cauchemar, c’est ça ? Ces deux amies ne sont pas vraiment mortes ?
J’aimerais bien, hein. J’aimerais tellement.
Mais malheureusement, je crois que ça ne marche pas comme ça.

Ces amies sont loin d’être des cas isolés.
Les statistiques démontrent qu’environ 3/4 des personnes qui mettent fin à leur jour en ONT parlé.

Déjà bien avant de perdre trois amies par suicide, je trouvais gerbante cette idée reçue de « les personnes qui parlent de se suicider ne le font pas », avec tout ce qu’elle implique de minimisation de la souffrance des personnes concernées et de non-prise en compte du risque suicidaire BIEN REEL chez ces personnes.

Inutile de préciser que le fait d’avoir perdu trois amies dans ces circonstances là, trois amies qui avaient PARLE de leurs idées suicidaires et n’avaient pas été prises en compte à la juste mesure de leur souffrance n’a fait que décupler ma rage contre cette idée reçue psychophobe.

Elle est dangereuse a bien des aspects, que je vais développer ici :

– Elle amène les gens à se taire sur leur souffrance.

Cette idée reçue est tellement répandue et ancrée dans la société qu’elle ne fait que rendre tellement plus difficile le fait de dire « j’ai envie de mourir », le fait de parler de ça.
Qui aurait envie d’exposer des pensées aussi douloureuses, avec un tel risque de se faire répondre par un haussement d’épaules et une minimisation de la situation ?
Or, parler, c’est quand même LA porte d’entrée pour avoir de l’aide et du soutien.

– Elle peut amener des gens à passer à l’acte.

Exprimer ses idées suicidaires et espérer qu’elles vont être prises en compte, c’est parfois le dernier fil qui retient une personne à la vie.
Se faire envoyer balader et taxer de manipulateur.trice, de « demandeur.euse d’attention qui n’a pas réellement l’intention de mourir » peut sincèrement être LE déclencheur, la goutte d’eau qui amène une personne à effectivement passer à l’acte, ou à le faire de manière tellement radicale qu’il n’y a plus de secours possible…
J’ai très honnêtement la conviction que dans le suicide d’une de mes trois amies, cet élément a été déterminant.
Les urgences psychiatriques, où elle a passé sa dernière nuit « pour se mettre à l’abri », qui pourtant avaient été informées par moi-même ET par son psychiatre du fait qu’elle faisait ses adieux à tout le monde, et qu’elle était vraiment à risque de passer à l’acte, ont taxé ces adieux de « manipulation » (selon les propres mots de l’infirmière qui m’a répondu au téléphone quand je les ai appelé…), et lui ont confisqué son portable « pour qu’elle arrête d’inquiéter ses proches ».

Connaissant cette amie, je reste persuadée que cette maltraitance médicale sur fond de « Parler de son suicide = ne pas vraiment vouloir le faire = manipuler ses proches » a contribué à la manière radicale dont elle a mis fin à ses jours (en se jetant sous un train, donc).
Comme une manière de dire à ces personnes qui ne l’avaient pas pris au sérieux : « Ah ouais ? Je voulais pas vraiment crever ? Regardez un peu, pour voir ». (Oh, évidemment, je ne serais pas assez naïve pour penser que ça ait pu être LA seule cause de son suicide hein. Evidemment que non. Elle allait déjà extrêmement mal bien avant cette réaction complètement à chier des professionnels aux urgences psy. Mais contribué. Et c’est déjà beaucoup trop, de « contribuer » au suicide de quelqu’un…).

– On voit ce qu’on veut bien voir, on entend ce qu’on veut bien entendre.

Je rappelle la statistique : 3/4 des suicidé.es avaient parlé de leurs idées suicidaires.
3/4, c’est quand même une majorité indiscutable.
Pourtant, cette idée reçue qui dit que ceux qui en parlent ne le font pas a la vie dure. Très dure.
C’est paradoxal, n’est-ce pas ?

Pas tant que ça, en fait.

Un des biais de l’observation en sciences sociales, c’est la règle suivante : « On observe ce qu’on s’attend à observer ».

En clair :

Si on vous dit : « fais bien attention, si tu vois une pomme rouge c’est hyper important que tu te souviennes d’où elle est », si vous voyez une pomme rouge, elle vous saute aux yeux et il y a fort à parier que si deux heures après on vous demande « Où est la pomme rouge ? », vous soyez capable de répondre précisément.
Si on vous dit : « T’emmerdes pas avec les pommes rouges, c’est pas important », vous allez pouvoir voir une pomme rouge sans y prêter plus que ça attention, sans que ça ne s’inscrive dans les informations dignes d’intérêt et de mémorisation. Et il est probable que deux heures après vous ayez beaucoup plus de mal à vous souvenir d’où elle se trouve.

C’est ce biais cognitif (alimenté par la psychophobie ambiante) qui permet à cette idée reçue de s’auto-alimenter.

On est sûr que les personnes qui se suicident n’en parlent pas, et que les personnes qui en parlent ne sont pas réellement suicidaires.

DONC

Si une personne en parle, c’est perçu comme une information d’importance mineure, pas prise au sérieux dans l’instant, et pas non plus enregistrée comme étant une information importante.

DONC

Si la personne passe réellement à l’acte, il est totalement plausible que les fois où elle a RÉELLEMENT exprimé ses idées suicidaires aient été oubliées, évacuée du champ de pensée des personnes de son entourage.

On a donc une boucle sans fin :

On ne veut pas entendre, donc on n’entend pas, donc on se dit qu’il n’y a rien à entendre…

– Elle amène les professionnels à des réactions complètement inadéquates :

Parce que oui, les professionnels (je viens de le dire juste là au dessus, et je l’avais déjà dit dans un autre article) ne font pas exception à cette idée reçue.
Et si elle est déjà gerbante et choquante dans la bouche de personnes non (in)formées concernant les troubles psy, elle est encore plus à hurler dans la bouche de professionnel.les.
Et pourtant, elle est bien présente, on l’a vu, et les témoignages qui me parviennent via les divers groupes de lutte contre la psychophobie abondent dans ce sens…

Pourtant, pouvoir compter sur les professionnels dans ces situations qui sont DES URGENCES VITALES, c’est capital.

Pour toutes ces raisons, j’ai envie de vous dire « passez le message ».
Démontez à votre tour cette idée reçue dans votre entourage.
Dites aussi souvent que possible qu’elle est fausse.
Criez le, peignez le sur les murs, envoyez le par pigeon voyageur, faites comme vous voulez.
Démonter cette idée reçue, c’est sauver des vies. Vraiment.

Prendre au sérieux, c’est pouvoir tendre la main. D’une manière ou d’une autre.

Véhiculer cette idée reçue, concrètement, c’est aussi dangereux que de tenter de faire passer du cyanure pour de l’aspirine.

L’angoisse de l’abandon n’est pas un caprice

Cet article m’a été inspiré par plusieurs échanges sur des groupes féministes.

A plusieurs reprises, j’ai vu des échanges s’organisant à peu près comme ça :

– Une personne parle de son couple, et du fait que son/sa (ex) partenaire ne gère pas une rupture ou une prise de distance, et va mal.
– Les réponses tournent autour de « C’est de la manipulation / c’est pour te garder / c’est pour te faire souffrir / c’est un.e pervers.e narcissique ». Souvent avec force articles sur « les manipulateurs, comment les reconnaitre ? ».

Ces échanges, je me les prends à chaque fois comme un coup de poing dans la gueule.

Loin de moi l’idée de nier l’existence de relations malsaines, abusives, et de personnes manipulatrices.

Mais par contre, le raccourcis automatique entre une personne qui ne gère pas la rupture et une personne qui le fait sciemment pour manipuler / faire souffrir l’autre / garder l’autre sous emprise, c’est CARREMENT DEGUEULASSE.

(Et un bon petit chouilla psychophobe, aussi…)

Pas mal de troubles psy ont pour conséquence plus ou moins directe une angoisse massive d’être abandonné.e.
Et même sans aller forcément dans des diagnostics ou autres, si on a un vécu de rejet ou d’abandon (dans sa famille, ou dans d’autres cadres, type harcèlement scolaire), l’abandon, on connait, on a vécu, et … On garde les traces.
Et toute situation où on revit un « abandon » (réel ou supposé), c’est panique à bord.

Panique à bord, ça peut être les larmes à n’en plus finir, ça peut être les crises d’angoisses, ça peut être les idées suicidaires, ça peut être l’automutilation, ça peut être plein de trucs pas très glamour. Ca peut être aussi essayer de toutes ses forces de retenir l’autre, pour ne pas crever d’angoisse.

Tout ça je suis fort bien placée pour le savoir, parce que je l’ai vécu.

Par le passé, lors d’une rupture, je me suis littéralement retrouvée à m’accrocher aux jambes de la personne qui me quittait pour l’empêcher de partir (avec le recul, j’ai presque envie de rire tellement la scène a dû avoir l’air surréaliste, moi assise par terre accrochée à ses mollets pour l’empêcher de sortir de l’appartement, mais sur le moment, je peux vous assurer que j’avais surtout l’impression de crever sur place…)
Une autre fois, j’ai dû squatter chez des amis pendant quelques jours, tellement j’étais incapable d’affronter mon appart’, l’endroit où j’avais des souvenirs en commun avec la personne qui m’avait quitté, et encore plus d’affronter la solitude.

Alors ouais, on peut travailler sur soi.
Je l’ai fait, et je ne m’en porte que mieux, mais ça ne se fait pas en une heure ni en un an. C’est long, ça implique de trouver des ressources en soi qu’on est persuadé de ne pas avoir, ça implique de brasser dans des souvenirs douloureux, ça implique de s’accrocher.
L’angoisse de l’abandon, comme toute angoisse, ça n’est pas un caprice dont on peut se débarrasser simplement en le décidant, ou qu’on peut cacher magiquement pour ne pas faire chier les autres.

Et oui, les comportements que peut avoir une personne abandonnique pour tenter d’empêcher cet « abandon » (s’accrocher, supplier, négocier, inonder l’autre de SMS ou d’appels), ils sont difficiles à vivre pour l’autre.
Tout comme l’est le fait de voir l’autre sombrer. Oui, c’est « culpabilisant », mais ça n’est pas le but : on sombre VRAIMENT, on ne fait pas semblant pour faire culpabiliser l’autre.

Je ne doute pas du fait qu’il y ait des gens qui exploitent ça. Qui miment cette angoisse, qui font semblant. Qui utilisent ça pour garder quelqu’un sous leur coupe.
Ca existe. Malheureusement.
Doublement malheureusement, même :
– Pour leurs victimes.
– Pour les personnes souffrant REELLEMENT d’angoisses liées à l’abandon sur qui ça fait planer un doute pesant.

Mais ca ne donne pas le droit, à priori, sans autre, de dire « Non mais c’est un.e manipulateur.trice », « ça n’est pas sincère », « c’est une personne malsaine ».
Ca ne vous donne pas non plus le droit d’endosser un costume de psy au rabais pour faire des théories fumeuses comme « c’est de la manipulation inconsciente » comme j’ai pu le lire parfois.

Ca ne vous empêche pas de soutenir votre ami.e, votre pote, votre connaissance qui veut rompre et se retrouve confronté.e aux angoisses de son ex.
Ca ne vous empêche pas de le.a déculpabiliser, en lui rappelant qu’iel n’a pas à se forcer à rester avec quelqu’un qu’iel n’aime plus ou avec qui iel n’est plus heureux.se.
Qu’iel n’est en rien coupable des angoisses, du passé douloureux ou des troubles psy de son ex.
Qu’iel a de toutes manières le DROIT de rompre, qu’iel n’est pas « méchant.e » ou quoi que ce soit du genre.

Tout ça, vous pouvez très largement le dire.

Mais CA NE VOUS DONNE PAS LE DROIT DE JUGER DE LA REALITE OU NON DES ANGOISSES ET DE LA SOUFFRANCE DE QUELQU’UN.
Et je le dis en grand, en majuscule, et si c’était en réalité je vous le hurlerais dans les tympans avec un mégaphone.

L’angoisse autour de l’abandon est déjà source de bien assez de douleur et de panique comme ça.
La stigmatisation et le jugement des personnes autour n’aideront en rien.
Et la psychophobie ambiante non plus.