[Traduction]Quand la transphobie et la psychophobie se donnent la main pour pousser un ado au suicide

J’ai décidé de traduire cet article (l’article original est ici), initialement paru en anglais sur Gaystarnews, un site LGBT, parce qu’il témoigne de manière criante des conséquences de la transphobie du personnel médical, ajoutée à la psychophobie qui fait qu’un ado suicidaire n’est pas pris au sérieux dans ces besoins parce qu’après tout, c’est juste « un dingue », et qui se préoccupe de la parole d’un dingue, à plus forte raison quand c’est un adolescent…

Au delà de mettre en lumière cette situation précise, c’est aussi une manière de rappeler clairement que non, mégenrer délibérément quelqu’un n’est pas un acte anodin. Mégenrer une personne trans, c’est cracher sur qui est cette personne. C’est lui rappeler que l’entier de la société se prend le droit de décider à sa place de son identité.
Et oui, ça peut tuer. Ca tue, en fait. Beaucoup trop souvent.

RIP, Kyler.

(Comme à chaque traduction, je vous rappelle que je ne suis ni traductrice professionnelle, ni bilingue. J’ai certes un niveau d’anglais correct, mais il est tout à fait possible que j’aie laissé passer des erreurs de traduction. N’hésitez pas à me les signaler en commentaire.)

 Un adolescent trans se suicide après avoir été répétitivement traité de fille par les infirmier.es de l’hôpital.

« Iels empiraient sa situation. Iels l’ont complètement traumatisé ».

kyler
Kyler Prescott lors de la cérémonie des promotions

Un adolescent s’est suicidé après avoir été nargué répétitivement par le personnel de l’hôpital alors qu’il était en surveillance rapprochée pour prévenir un suicide.

Kyler Prescott, qui avait tout juste 14 ans quand il est décédé, était envahi par l’anxiété et la dépression quand il a mis fin à ses jours en mai 2015.

Dans les semaines précédent sa mort, l’adolescent du Sud de la Californie avait été admis dans l’unité de psychiatrie infantile de l’Hôpital pour Enfants Rady, à San Diego, pour une surveillance rapprochée de 72 heures pour prévenir un suicide.

Mais pendant son séjour là bas, le personnel de l’hôpital s’est continuellement adressé à Kyler comme étant une fille. « Il est tombé dans une spirale ».

« Il était envahi par l’angoisse », explique sa mère Katherine Prescott. « Le personnel de l’hôpital le faisait aller de pire en pire. Iels le traumatisaient complètement ».

Cette semaine, Katherine Prescott s’est portée partie civile contre l’hôpital auprès de la Court de District de Californie du Sud, affirmant que le personnel médical a violé durant le séjour de Kyler les lois fédérales et les lois de l’Etat protégeant les individus contre les discriminations.

Et, bien que Prescott insiste sur le fait qu’elle ne blâme pas l’hôpital pour la mort de son fils, elle veut que les responsabilités soient mises en évidence pour « être sûre que cela n’arrivera pas à d’autres enfants et adolescents ».

« Quand mon fils était désespéré, j’ai fait confiance à l’Hôpital pour Enfants Rady pour assurer sa sécurité et son bien-être », a dit Prescott au Washington Post.

« Les hôpitaux sont supposés être des endroits surs, qui aident les gens quand ils en ont besoin. Au lieu de se remettre à l’hôpital, Kyler est allé encore plus mal parce que le personnel l’a continuellement traumatisé en le genrant au féminin et en ignorant ses sérieux problèmes de santé. »

« C’est douloureux de témoigner, mais je veux faire ce qu’il faut pour qu’aucun autre parent ou enfant n’ait à traverser ces épreuves. »

L’Hôpital pour Enfants Rady a San Diego dispose d’un service spécialisé dans les questions de genre, pour aider des jeunes à gérer leur dysphorie de genre.

Dans un communiqué, l’hôpital affirme que « Notre priorité absolue est de fournir le plus haut niveau de soins à nos patients et à leurs familles ».

« Bien que la politique de l’Hopital Rady est de ne pas faire de commentaire sur des procédures juridiques en cours, nous assurons que chaque accusation de faute professionnelle, incluant la discrimination, est investiguée en profondeur et qu’il y a un suivi à ce sujet », ont-ils ajouté.

Kyler a écrit un poème dans les semaines précédent sa mort.

« Je l’ai cherché pendant des années, mais j’ai l’impression de m’éloigner de lui à chaque jour qui passe.
Il est enfermé dans ce corps, attaché par les chaines de la société qui l’empêchent de s’échapper.
Mais un jour, je briserai ces chaines. Un jour, je le libèrerai.
Et je pourrais finalement me regarder dans le miroir. Et me voir –
Le garçon que j’aurais toujours dû être ».

 

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[Traduction] Sociopathie, trouble borderline, psychose : 3 maladies psychiques qu’on doit arrêter de haïr

Cet article est paru en anglais sur le site Everyday Feminism. Vous pouvez trouver sa version originale ici
Comme je le précise à chaque traduction, je ne suis pas ni traductrice professionnelle, ni bilingue, et il est possible que j’aie laissé passé quelques erreurs de traductions. N’hésitez pas à me les signaler, je les corrigerai au plus vite.


Quand j’avais 19 ans, j’ai suivi un cours appelé « psychopathologie ». C’était un cours au sujet de la maladie psychique, et c’était mon premier pas dans mon parcours pour devenir travailleuse sociale et psychothérapeute.

A l’époque, pourtant, je n’étais pas vraiment focalisée sur le fait d’apprendre à analyser les autres personnes. J’étais plus intéressée au fait d’apprendre à me comprendre moi-même.

Toute ma vie, j’avais lutté avec des schémas de comportements et d’émotions dont je savais qu’ils étaient « mal », mais que je ne semblais pas arriver à contrôler.

Je mentais compulsivement à propos de choses en apparence sans queue ni tête. J’étais terrifiée à l’idée d’être abandonnée, au point que j’étais furieusement, parfois abusivement, bouleversée quand je pensais que mes amis se voyaient sans moi. J’étais pleine de dégout envers moi-même et de colère, que je contenais et que j’évacuais dans l’automutilation.

J’étais charmante et je me faisais facilement des amis, mais mes amitiés ne duraient jamais plus d’un an ou deux  – et à chaque fois qu’une amitié se terminait, je me détestais au point de vouloir mourir.

J’ai failli mourir, deux fois, par suicide.

Et, bien sûr, j’avais grandis en tant que femme trans dans le placard, racisée, dans une société cisgenre et raciste. Aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai été pleine de rage, de peur et de dégout de moi-même, résultant des messages constants que la société, les amis et la famille m’envoyaient pour me dire que j’étais déviante, mauvaise, pourrie jusqu’au trognon.

Beaucoup de mes collègues thérapeutes aiment plaisanter à propos du fait qu’on se tourne vers ce métier en premier lieu pour nous « soigner nous-même ». Quand j’y repense, j’étais vraiment à la recherche de moi-même dans mon manuel de psychopathologie. Je voulais des réponses aux questions que je me posais depuis que j’avais environ 6 ans.

Est-ce qu’il y avait quelque chose de cassé en moi ? Est-ce que ça pouvait être réparé ?

J’ai trouvé ma réponse dans ce manuel – dans un sous-chapitre appelé « Troubles de la personnalité, lettre B ». Mes « symptômes » collaient avec le profil d’un trouble psychique appelé Trouble de la personnalité borderline, une maladie associée à la psychopathie. C’était, selon le manuel, considéré comme incurable.

En d’autres termes, il y avait quelque chose de cassé en moi – et non, ça ne pouvait pas être réparé.

Dans l’idée d’être une professionnelle en santé mentale responsable, je me dois de préciser ici qu’il n’est pas conseillé d’essayer de s’auto-diagnostiquer en utilisant un manuel d’introduction à la psychologie. Ne faites pas ça chez vous !

Par contre, le point sur lequel j’ai envie de me concentrer ici, c’est le fait de vivre avec un trouble psychique qui est « moche » ou socialement indésirable – les troubles comme la psychopathie ou la schizophrénie paranoïde sont en général considérés comme indésirables, bizarres, dangereux ou monstrueux, même parmi les gens qui se considèrent comme « progressistes » à propos des troubles psychiques.

Je veux aussi me concentrer sur la manière dont les mécanismes oppressifs tels que la pauvreté, le racisme et la violence systémique, tout autant que les traumatismes personnels tels que la maltraitance dans l’enfance, sont en fait responsables de créer et maintenir les symptômes des maladies psychiques les plus détestées et craintes.

Les maladies « moches » : les maladies mentales pour lesquelles on n’éprouve pas d’empathie.

La stigmatisation accompagne toutes les maladies psychiques jusqu’à un certain point, mais ces dernières années, certaines maladies psychiques ont meilleure presse que d’autre. La dépression, par exemple, a souvent été représentée dans les médias mainstream, allant des webcomics à des documentaires.

Ces nouveaux messages tendant à suivre le message militant qui lutte pour la destigmatisation des troubles de l’humeur comme la dépression, luttant contre l’idée que les personnes sont responsables de leur état, alors que la dépression est causée par un déséquilibre chimique dans le cerveau.

Toutefois, un traitement similaire et un tel message publique est rarement étendu à des maladies psychiques pour lesquelles on éprouve moins facilement de l’empathie. Je parierais qu’un grand nombre de personnes veulent bien admettre qu’ils éprouvent de l’empathie au sujet de la dépression parce qu’ils ont eux-même été déprimés à un moment donné.

Je doute par contre qu’un nombre aussi grand de personnes diraient qu’elles éprouvent de la compassion pour les psychopathes, les menteurs pathologiques ou les personnes pathologiquement narcissiques.

Dans une société amoureuse de la rhétorique de la pensée positive, les personne soi-disant « toxiques », comme vivant avec les troubles que j’ai cité plus haut, sont devenues les croque-mitaines et les sorcières de la santé mentale – malgré le fait que les statistiques disent que quasiment une personne sur dix aux Etats-Unis présente des trais associés à l’un de ces troubles.

Le revers de la médaille, c’est que la culture populaire est obsédée par des représentations caricaturales ou fétichisées à propos de la psychopathie ou de la psychose, qui sont par exemple apparues à la télévision et dans les films : Dexter, Une Vie Volée, New-York Unité Spéciale, Le Silence des Agneaux, Hannibal, sont juste une partie des titres qui viennent à l’esprit à ce sujet.

Ca ne serait pas politiquement correct (au moins dans les milieux de gauche dans lesquels j’évolue) de dire que les personnes dépressives ou avec des troubles anxieux ne méritent pas de l’empathie, du soutien et de l’amitié.

Par contre, un des qualificatifs les plus dépréciatifs que même les plus acharnés des défenseurs du politiquement correct et de la justice sociale choisissent, c’est le terme « psychopathe ».

Cette attitude s’étend aussi aux professionnels de la santé mentale, pour qui le terme (trouble de la personnalité) « borderline » est souvent utilisé comme un résumé pour dire « patient pas coopérative que je n’aime pas ».

En tant que travailleuse sociale dans un service de psychiatrie de l’enfant, j’ai vu des professionnels décrire des enfants violemment agressifs ou manipulateurs – parfois dès 5 ans – comme étant des « psychopathes en devenir », « causes perdues », ou « bébé meurtriers ».

Ce qu’on oublie quasiment toujours, c’est que les gens ne sont pas agressifs ou manipulateurs sans raisons. Ils ne sont pas simplement des gens « méchants » envoyés sur Terre pour faire du mal aux autres. Les personnalités agressives ou manipulatrices sont le plus souvent développées en réponses à un terrain de vulnérabilité génétique et à de sévères traumatismes d’enfance et/ou systémiques.

Et même si la violence, la manipulation émotionnelle et les abus ne sont jamais acceptables, nous devons trouver des moyens de comprendre pourquoi les gens deviennent violents, manipulateurs ou abuseurs dans le but de les aider à arrêter – parce que l’emprisonnement et la mise à l’écart sont au mieux des pansements sur une jambe de bois.

Les facteurs sociaux de la santé – comme le fait d’avoir un toit, des parents, l’accès à l’éducation, à une alimentation suffisante et garantie, à des soins médicaux – sont massivement déterminants pour créer un environnement dans lequel les gens peuvent se développer psychologiquement dans un sens pro-social et non-violent.

Derrière l’agression et la manipulation, il y a toujours de la peur, et souvent un traumatisme. Quand on s’ouvre à cette réalité, on s’ouvre à la possibilité d’aider les autres à guérir de leur traumatisme, ainsi que de leur manipulation et de leur agressivité – et aussi à remarquer nos propres traumatismes, notre propre agressivité, notre propre manipulation, et à en guérir.

Les maladies mentales suivantes sont souvent mal comprises et diabolisées dans notre société – voici comment y réfléchir plutôt avec compassion.

1. « Psychopathie, « Sociopathie », ou Trouble de la personnalité antisocial

Il n’y a probablement pas de concepts psychologiques qui enflamment plus l’imagination du public que les termes « psychopathe » et « sociopathe ». Dans leur usage populaire, ces termes sont associés à tout et n’importe quoi, des harceleurs de cours d’école aux Supervilains d’Hollywood, en passant par les légendes urbaines sur des tueurs en série démoniaques.

Selon leur image dans les médias, les psychopathes/sociopathes sont des prédateurs, des loups au milieu du troupeau de moutons, qui vivent au milieu de nous sans qu’on les remarque, attendant juste d’attirer des personnes peu méfiantes dans leurs jeux diaboliques.

Vu l’énorme médiatisation autour du concept de psychopathe et de sociopathe, ça peut paraitre étonnant que ni la psychologie clinique, ni la psychiatrie aient adopté « la psychopathie » et « la sociopathie » comme des catégories diagnostiques valables.

C’est vrai, toutes ces fantaisies hollywoodiennes à propos de tueurs cinglés et d’ex-petites amies complètement folles ? Elles sont basées sur un fantasme, une construction culturelle sans rapport réel avec une réalité psychologique.

Le terme diagnostic réel le plus proche de l’idée populaire qu’on se fait de la psychopathie/sociopathie est « trouble de la personnalité antisociale », une maladie psychique caractérisée par de la difficulté à nouer des relations personnelles, un comportement violent et impulsif, et une apparente absence de remords et de préoccupation vis-à-vis des autres. Les individus diagnostiqués avec un trouble de la personnalité antisocial sont souvent impliqués dans des affaires criminelles et dans le système carcéral – en allant de la petite délinquance aux tueurs en série.

Toutefois, un trouble de la personnalité antisociale ne sort pas de nulle part. Les recherches prouvent que ce troubles de la personnalité à l’âge adulte est massivement associé avec des traumatismes dans l’enfance, des abus et de la négligence.

Les personnes avec des traits de personnalité antisociale répondent au monde extérieur avec une intensité et une violence proportionnelles à leur vécu intérieur d’insécurité – le sentiment d’être littéralement en danger physique – qui a été induit dans leur psychisme.

Rien de tout cela ne justifie un comportement violent, bien entendu. Mais ça nous aide à comprendre que la violence est un symptôme d’un système qui va bien au delà de l’individu seul. Un rejet et une haine irréfléchis envers ceux que l’on estime être trop agressifs pour faire partie de la société ne sont pas des réponses satisfaisantes.

On doit arrêter de se reposer sur des hospitalisations sous contraintes et sur le système carcéral pour racheter une bonne conscience à la société vis-à-vis de la violence qu’elle crée.

Nous devons trouver des meilleurs moyens de se comprendre mutuellement, et de vivre ensemble.

2. Trouble de la personnalité borderline

Un autre trouble psychique qui est associé avec la notion culturelle de « psychopathie », c’est le trouble de la personnalité borderline. Ce diagnostic est associé avec des traits d’instabilité émotionnelle et de dégout de soi-même, un sentiment intense de vide et un besoin immense d’intimité, de la manipulation envers les autres, et de l’automutilation.

Les représentations culturelles habituellement associées avec le trouble de la personnalité borderline incluent « l’ex-petite amie cinglée », « la mère folle », et à peu près tout ce qui est fait comme stéréotype de la « femme folle ».

Ca n’est pas un hasard, l’immense majorité des personnes diagnostiquées borderline sont des femmes – ce qui en soi indique qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Dans la culture des professionnels en santé mentale, les individus diagnostiqués borderline sont généralement considérés comme une plaie par la plupart des cliniciens – si un patient est compliqué, par exemple, ou impoli, il a des chances d’être catalogué à un moment donné à la va-vite comme étant « borderline » dans une réunion d’équipe.

Ce mépris se retrouve dans la culture populaire, qui perçoit souvent les personnes borderlines comme étant « trop envahissantes », « toxiques » et/ou « émotionnellement manipulatrices ».

Ce qui ne se dit habituellement pas à propos du trouble de la personnalité borderline, c’est qu’il est massivement relié avec des expériences traumatisantes, en particulier des abus sexuels et des maltraitances / négligences subies dans l’enfance.

C’est là que la féministe en moi veut en venir – Et si le diagnostic de trouble de la personnalité borderline était une manière sexiste de disqualifier les femmes (et d’autres personnes) dans leur réponse valables à des expériences traumatisantes, en les désignant comme « folles » ?

Ca ne serait certainement pas la première fois que le discours psychiatrique serait utilisé pour asseoir la domination patriarcale sur des réalités féminines physiques et psychiques – il fut un temps où les femmes qui disaient avoir été violées par leur mari ou leur père étaient régulièrement diagnostiquées comme étant « hystériques ».

Et quand je repense à ma propre enfance, à comment mon expérience de vie a contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui, cela fait absolument sens pour moi de coller au profil de diagnostic du trouble de la personnalité borderline (c’est d’ailleurs assez étonnant que personne ne m’ait jamais diagnostiqué avant que je trouve ce diagnostic par moi-même).

Parce que effectivement, c’est complètement sensé de devenir une menteuse quand on t’apprend que ta réalité est mauvaise, sans valeur, et va faire que tu seras blessée.

Ca fait sens, de manipuler les autres pour obtenir de l’amour, quand tu n’as jamais été capable de recevoir de l’amour autrement. Ca fait sens de se détester et de se faire du mal, quand personne n’a jamais pris le temps de te dire que les mauvaises choses qui te sont arrivées n’étaient pas toujours de ta faute.

Parfois, je me demande où se trouve vraiment la « maladie » – est-ce qu’elle est chez les personnes que la souffrance psychique et physique amène à réagir avec rage, peur, et – oui – parfois de la violence aux effets traumatisants d’une société oppressive ?

Ces gens que nous stigmatisons, exhibons dans les médias, criminalisons au delà de tout espoir qu’ils reçoivent les soins de santé mentale adéquats et respectueux dont ils ont besoin ?

Ou est-ce la société qui est malade ?

Est-ce que le trouble de la personnalité borderline est un « trouble », ou juste des gens qui réagissent comme chacun.e réagirait à des choses terribles ? A vous de me le dire.

3. Psychose

Au milieu des années 50, ma grand-mère est partie de Chine pour arriver dans une petite ville rurale du Canada. Elle ne parlait pas un mot d’anglais, n’avait aucun.e ami.e, pas de travail, et était coupée de tout lien avec la grande majorité des membres de sa famille.

Peu de temps après son arrivée, elle a développé un trouble psychotique sévère – ce qui est décrit par la psychiatrie comme étant « une rupture avec la réalité » – avec lequel elle a vécu pour le reste de sa vie.

Dans les moments les plus difficile, elle était extrêmement paranoïaque, impossible à comprendre, et en colère contre la terre entière.

A ce jour, la stigmatisation et la peur qui entourent cette histoire continuent de hanter ma famille. Après autant d’années, ça reste une plaie à vif. De par mon travail en tant que thérapeute, j’ai pu réaliser que la même aura de honte entoure beaucoup de famille dont un ou plusieurs membres ont vécu la psychose.

La psychose est généralement définie par le fait d’expérimenter des hallucinations (le fait de voir, entendre, percevoir, sentir ou goûter des choses qui « ne sont pas vraiment là ») et/ou des délires (avoir des croyances qui sont en rupture avec la compréhension majoritaire de la réalité, par exemple la croyance d’être dieu, ou d’être en contact avec des aliens).

Cette caractéristique de plusieurs troubles psychiques, incluant la schizophrénie, le trouble schizophréniforme, les épisodes maniaques et d’autres, est souvent considérée comme étant la marque des formes les plus sévères de troubles psychiques.

Non seulement c’est le genre de « folie » qu’il est souvent impossible de dissimuler, mais c’est aussi celui qui est le plus souvent rejeté socialement comme étant effrayant, bizarre, dangereux et dégoutant.

Les personnes psychotiques, souvent perçues à tort comme étant anormalement violentes par le grand public et par les personnes chargées de faire respecter la loi, ne sont en fait pas plus à risque d’être violentes que qui que ce soit d’autre. Par contre, cela ne les protèges pas de la discrimination à l’emploi et au logement, des violences policières et de l’emprisonnement.

Il n’est pas surprenant, à partir de là, de ne pas voir très souvent la psychose représentée dans les mêmes campagnes de sensibilisation aux troubles psychiques qui luttent pour destigmatiser la dépression et d’autres maladies psychiques « plus communes ».

C’est déjà assez difficile d’attirer l’attention du public sur des maladies qui rendent difficile le fait d’être heureux.se ou de socialiser dans des groupes – mais c’est carrément quasi impossible d’obtenir la sympathie du public vis à vis de celleux qui ont des troubles psychiques qui les amènent à vivre dans une réalité alternative.

Les personnes qui vivent, ou ont vécu, avec une psychose sont souvent décrit comme étant des « timbrés », « tarés », « causes perdues », et tout plein d’autres qualificatifs dégradants et péjoratifs autour de la maladie mentale. Je vois tout le temps cette attitude, autant dans les conversations des non-professionnel.les que dans celles des professionnel.les.

Et silencieusement, secrètement, je pense à ma grand-mère : une jeune femme seule, effrayée, piégée dans la pauvreté, le sexisme et le racisme, dans un pays étranger, persécutée par des visions horribles et des voix fantômes. Je pense à comment la psychose est souvent héritée d’une génération à l’autre.

Je me demande à quel point sa « folie » a été causée par les circonstances de sa vie ? Par l’oppression et la violence systémique, par le manque de réaction et le rejet des personnes autour d’elle ?

Et je me demande, si un jour j’ai des petits enfants, s’ils vont penser à moi, leur grand-mère folle, de la tendresse au lieu de la honte.

Aimer la folie

Rien n’est simple quand il s’agit de troubles psychiques complexes – il n’y a pas de réponses faciles, de slogans politiques, de webcomics ou de campagnes de sensibilisation qui peuvent englober la réalité complexe et difficile du fait de vivre avec un trouble qui peut être effrayant ou blessant pour les autres.

En tant qu’auteure et que mère, Jade Campbell écrit :

« C’est facile de partager des memes sur Facebook disant que vous êtes solidaires des personnes malades psychiques, mais tant que vous n’y êtes pas vous-même, dans le coeur du problème, vous ne pouvez  pas comprendre ce que c’est. Est-ce que vous accepteriez, si un incident lié à la santé mentale avait lieu en face de vous ? Est-ce que vous auriez de la compassion, ou est-ce que vous jugeriez ? »

Pourtant, la réalité de beaucoup d’entre nous, et de beaucoup de personnes que nous aimons, c’est de vivre dans la peur de leur propre esprit. Nous vivons dans la terreur de l’idée, de la possibilité, que nous soyons des marchandises avariées, incapables d’amener quoi que ce soit d’autre que de la douleur et de la honte à nous-même et à ceux qui nous entourent.

Je suis persuadée que personne « ne devient fou.folle » tout.e seul.e. Que nous vivons dans une société qui est génératrice de folie de par sa capacité à traumatiser, et par son déni et son rejet de sa propre complicité dans la création d’individus dérangés et violents.

Si chacun.e avait accès à la sécurité et aux soins, si notre système social était plus ouvert à la diversité des expériences psychologiques et de leur expression, je doute sincèrement que la maladie mentale telle que nous la connaissons existerait.

C’est ce pour quoi nous devons lutter : une plus grande compréhension des mécanismes qui font que l’oppression sociale et les traumatismes intergénérationnelles nourrissent la violence et générèrent plus de traumatismes. On doit réaliser que chacun.e existe sur un spectre qui va de la santé psychique à la maladie psychique, et que personne ne vit sans être affecté.e d’une manière ou d’une autre par le coté « maladie » du spectre.

Nous devons apprendre à reconnaitre, et à aimer la folie que nous trouvons dans chacun.e d’entre nous, pour être capable de mieux contenir et soigner la folie que nous rencontrons dans le monde.

Kai Cheng

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Kai Cheng Thom est une contributrice pour « Everyday Feminism ». C’est une femme trans d’origine chinoise, auteure, poétesse, et artiste de performances habitant à Montréal. Elle est également détentrice d’un Master en travail social clinique, et elle travaille à créer des soins de santé mentale accessibles et politiquement conscientisés pour la jeunesse marginalisée de sa communauté. Vous pouvez trouver son travail sur son site web et sur « Monster Academy« 

 

[Traduction] Qui sont les « bons schizophrènes » ?

[Cet article est traduit de l’article Who gets to be the « good schizophrenic » ? , initialement paru en anglais sur BuzzFeed.
Comme à chaque traduction, je rappelle que je ne suis ni traductrice professionnelle, ni bilingue, et que malgré un niveau correct d’anglais, je peux avoir fait des erreurs de traduction. Si vous en repérez, n’hésitez pas à me le signaler en commentaire de l’article.

De plus, pour respecter l’écriture initiale de l’auteure, et aussi étant donné la complexité du texte, je n’ai pas utilisé l’écriture inclusive dans cet article. J’espère que tout le monde pourra tout de même s’y intéresser, malgré cette entorse à mes habitudes.]

schizophrénie
Quand vous êtes désigné comme fou, avoir « le bon » type de diagnostic peut faire la différence entre une vie productive et une condamnation à perpétuité.

Chaque matin, je prends une petite pastille rose ; chaque soir je prends un et demi du même médicament rose. C’est, comme me l’explique mon psychiatre, ce qui m’a permis de fonctionner ces deux dernières années sans hallucinations ni délires. Mais quasi pendant toute l’année 2013, j’ai été une épave psychotique. J’appelle cette année « Mon année de mort ». Mon grand-père, que j’aimais, est mort, et j’étais trop cinglée pour pouvoir aller à son enterrement. En prime, mon année s’est terminée avec un sérieux délire psychotique appelé « Syndrome de Cotard », qui m’avait amené à penser que j’étais morte. J’ai passé quasi toute mon année à combattre des idées persécutantes : il y avait des araignées dans mon cerveau, mon mari avait empoisonné mon thé, il y avait des caméras m’espionnant dans chaque recoin de mon appartement, etc.

2013 a aussi été l’année où j’ai dû renoncer à mon dernier signe extérieur de santé mentale, autrement dit mon travail à plein temps dans une start-up en pleine croissance. Pendant des années, arriver à conserver un emploi avait été ce qui, comme je le pensais sincèrement et peut-être un peu désespérément, me différenciait des autres malades. Mais j’ai dû quitter mon poste parce que mon emploi, malgré divers arrangements, exacerbait ma maladie.

En 2006, étudiante en licence à Stanford, j’ai commencé à présenter les symptômes d’un trouble schizo-affectif de type bipolaire, qui peut être décrit comme le mariage d’une schizophrénie et d’un trouble bipolaire. Le trouble schizo-affectif fait partie de la liste « Schizophrénie et autres troubles psychotiques » dans le DSM-5, et n’est pas une des 5 sous-catégories de la schizophrénie elle-même. Quoi qu’ils en soit, les deux troubles partagent le point 295 du DSM où sont décrits trois troubles – la schizophrénie, le trouble schizophréniforme et le trouble schizo-affectif – et sont du coup considérés comme apparentés.

Pourtant, mon diagnostic officiel – celui enregistré dans mon dossier médical – n’est devenu « trouble schizo-affectif » qu’au moment où je suis tombée tellement malade qu’on m’a prescrit un traitement par électroconvulsivothérapie (NdT : plus connue sous le nom d’électro-chocs). Mon trouble avait été suspecté, mais jamais officiellement diagnostiqué, en partie parce que le trouble schizo-affectif a un pronostic plus sombre et est plus stigmatisé que la bipolarité, et que même les psychiatres peuvent devenir hésitants face à ce qu’impliquent certains codes du DSM. Et aussi, la psychiatrie fonctionne en soignant les symptômes et pas la cause, ce qui fait que ma médication n’a pas été modifiée au moment de mon changement de diagnostic.

Dans « Blue Nights », Joan Didion fait remarquer que « Je n’ai jamais vu de situation où un diagnostic a amené à un traitement, ni à quoi que ce soit d’autre qu’à une fragilité confirmée, et donc renforcée ». Vivre à l’ombre d’un nouveau « code » n’a eu aucune fonction curative, mais ça a impliqué que « bien fonctionner » serait difficile, et ça m’avertissait du fait que dépasser ce diagnostic serait une manœuvre délicate. Un thérapeute m’avait déjà dit, quand j’avais un peu plus de vingt ans, que j’étais sa seule patiente qui était capable d’avoir un travail à plein temps. Avoir un travail, selon les chercheurs en psychiatrie, est considéré comme la caractéristique principale qui indique qu’on « fonctionne bien ».

Pendant ma première hospitalisation psychiatrique, j’ai rencontré deux patientes qui étaient traitées comme étant très visiblement différentes de nous autres – je les appellerai Pauline et Laura.
Pauline était une personne d’âge moyen, et bavarde.
Laura était la seule autre femme asiatique de l’hôpital, et ne parlait à personne.
Entre patients, nous parlions rarement de nos diagnostics – à cette époque, j’étais diagnostiquée comme étant bipolaire avec des traits de trouble de la personnalité borderline – mais tout le monde savait que Pauline et Laura étaient toutes les deux schizophrènes.

Pauline était amicale, et passait beaucoup de temps à se déplacer dans sa chaise roulante en monologuant de manière décousue à propos des « expérience de contrôle mental des psychiatres ». Ses histoires étaient assez paranoïaques pour qu’on se rende compte qu’elle était psychotique, mais étaient assez réalistes pour être perturbantes pour une personne fragilisée. Dans les périodes les moins cohérentes, ses histoires étaient dissoutes en un non-sens verbal appelé « salade de mots », dans laquelle chaque mot n’était que vaguement relié au précédent, et où l’entier de son discours ne voulait absolument rien dire. Ces problèmes de communication l’avaient amenée à être exclue sur ordre médical des sessions de thérapie de groupe, pourtant habituellement obligatoires. Je traitais Pauline comme si elle était contagieuse. Après chaque interaction avec elle, j’étais contaminée par l’angoisse d’être comme elle, même si à cette époque je n’avais pas encore connu d’épisode psychotique. Peut-être que je sentais la psychose en moi, bien qu’elle soit encore cachée à cette époque.

Et il avait Laura, avec qui je n’ai jamais interagi, parce que j’avais peur d’elle, et de la folie que son existence impliquait. Mais je me rappelle d’elle en train de hurler, alors qu’on la sortait de force des WC, interrompant sa tentative pour se faire vomir ses médicaments. « C’est du poison », criait-elle aux deux infirmières qui la tiraient par les bras. « Ils essaient de m’empoisonner ! Ils essaient de me tuer ! »

Une hiérarchie naturelle s’était mise en place dans l’hôpital, basée à la fois sur notre propre sentiment de « bien fonctionner », et sur l’évaluation que les médecins, les infirmières et les travailleurs sociaux qui nous traitaient avaient de notre « bon fonctionnement ».
Les dépressifs, qui constituaient la majorité de la population de l’hôpital, étaient au sommet de l’échelle, qu’ils soient ou non traités par électroconvulsivothérapie. Comme nous étions à l’Institut Psychiatrique de Yale (maintenant connu sous le nom de Hôpital Psychiatrique de Yale), beaucoup de ceux qui étaient hospitalisés pour dépression étaient des étudiants de Yale, et donc considérés comme des personnes brillantes qui étaient simplement en souffrance face à une situation difficile.
Au milieu de l’échelle, il y avait les personnes souffrant d’anorexie ou de trouble bipolaire – deux troubles qui pourtant ne sont pas directement liés, mais qui étaient ainsi regroupés par l’absence d’autres diagnostics au sein de l’hôpital. J’étais considérée comme faisant partie de ce groupe, et peut-être même qu’on me classait avec les dépressifs à cause de mon statut d’étudiante à Yale.
Les personnes atteintes de schizophrénie, enfin, étaient tout en bas de l’échelle, exclues des thérapies de groupe, perçue comme folles, comme démentes, et comme incapables de s’adapter à la normalité.

J’ai vu cette hiérarchie psychiatrique ailleurs – cette hiérarchie entre ceux qui pouvaient être considérés comme « fonctionnant bien » et « doués », et ceux qui peuvent être perçus comme n’étant capables ni de l’un, ni de l’autre. Un mème très partagé a circulé sur Facebook il y a quelques mois. Il listait les soi-disant avantages de diverses maladies psychiques. La dépression développerait la sensibilité et l’empathie ; le THADA rendrait les gens capables de traiter plein d’informations à la fois ; les troubles anxieux rendraient utilement prudent.
Je savais avant de lire la liste que la schizophrénie n’y apparaîtrait pas.
Comme au sein de chaque groupe marginalisé, il y a ceux qui sont considérés comme « plus adaptés socialement » que les autres.
Etre vu comme un échec par la culture dominante peut amener à vouloir de distancer des personnes du même groupe marginalisé qui sont considérées comme encore moins capable de succès.

Le livre « Furisously Happy  : A Funny Book About Horrible Things » (« Furieusement Heureuse : Un Livre drôle au sujet de choses horribles »), de Jenny Lawson, m’a été souvent recommandé comme étant un livre hilarant qui faisait du bien aux personnes vivant avec des troubles psychiques. Lawson, la bloggeuse très appréciée qui tient le blog The Bloggess, a reçu plusieurs diagnostics, notamment la dépression et le trouble de la personnalité évitante. Elle explique dès le début de Furiously Happy qu’elle est sous anti-psychotiques – non pas qu’elle soit psychotique, mais parce que cela diminue la durée de ses épisodes dépressifs. « ll n’y a rien de mieux que d’apprendre qu’il y a un médicament qui peut soigner un terrible problème » écrit-elle, « sauf si tu apprends aussi que ce médicament permet de traiter la schizophrénie (ou éventuellement qu’il tue des des fées à chaque fois que tu le prends) ».
Cette phrase, pour moi, a tracé une ligne sur le sable : ma maladie psychique, et les médicaments que je devais prendre pour la soigner, faisaient de moi quelqu’un d’aussi peu fréquentable qu’une tueuse de fées. Mais si j’avais pris de l’Haldol en traitement d’une dépression, je serais restée du bon coté de la folie.

Lawson, j’ai envie de le penser, essaie d’être honnête mais n’a pas de mauvaise intention. Personne n’a envie d’être folle, et encore moins d’être vraiment folle – comme une psychotique. Selon les stéréotypes, les schizophrènes sont vus comme faisant partie des membres les plus dysfonctionnels de la société : nous sommes sans-abris, incurables, incompréhensibles, et nous sommes des assassins. Nous sommes des tueurs de masse comme James Holmes, Jiverly Wong, Maj. Nidal Hasan et Jared Loughner.
Les gens comme Elyn Saks, lauréate du Prix MacArthur, enseignante en droit à l’Université de Californie du Sud, avocate et auteure d’un mémoire acclamé par les critiques sur la vie en étant schizophrène font moins les gros titres.
Dans un article écrit en 2008, Saks raconte : « Quand ma demande de réadmission à la faculté de droit de Yale a été examinée, le psychiatre a suggéré que je devrais commencer par travailler pendant un an dans un travail sans responsabilité, pourquoi pas dans un fast-food, pour me permettre de consolider mes progrès pour mieux m’en sortir quand je serais réadmise à Yale ». Le critère pour qu’on lui donne le droit de retourner dans une faculté de droit de haut niveau comme celle de Yale semblait donc être d’être capable d’avoir un travail, pour prouver qu’elle était de retour parmi les gens productifs – tant la schizophrénie est perçue comme annulant les capacités qui avaient permis dans un premier temps à une personne comme Saks d’entrer en faculté de droit.

Mais Saks est exceptionnelle. Mon désir de me comparer à la lauréate d’un prix d’excellence en dit long sur mon ambition. Ca en dit long aussi sur mon désir de m’éloigner de la réalité de ceux qui ne vivent pas bien avec leur schizophrénie, et qui seraient en difficulté dans tous les cas pour travailler.
Pendant que j’étais en conflit avec ma compagnie d’assurance à propos de ma rente d’invalidité, j’ai péniblement essayé de leur expliquer que je suis incapable de travailler chez McDonald’s, mais que je suis capable de mener une affaire basée sur du travail en freelance. Mettez-moi dans un environnement stressant sans possibilité de contrôler mon environnement ou mon planning, et je commencerai rapidement à décompenser et à avoir des hallucinations redoutables. Par contre, pouvoir travailler à mon compte, même si ça représente tout de même un défi, permet plus de liberté quant à mon planning et exerce moins de pression sur mon esprit. Comme Saks, je « fonctionne bien », mais je suis une personne qui fonctionne bien avec une maladie imprévisible et invalidante. Je pense à cela en contemplant Susan, une femme décrite dans le livre d’Andrew Solomon « Far from the tree », qui est décrite comme répondant bien à la médication anti-psychotique : « Par moment, il y a des petites choses qui se déclenchent ici et là, mais ça dure seulement un jour ou deux. Certaines personnes, quand elles sont stressées, leur dos les lâche. Moi quand je suis stressée, c’est mon esprit qui me lâche. Mais après, il revient ».
Je n’ai surement pas le « bon genre » de folie. Parfois, mon esprit me lâche, et je me retrouve effrayée à l’idée qu’on empoisonne mon thé ou qu’il y ait des cadavres sur ma place de parking. Mais après il revient.

Vu que je suis capable d’accomplir des choses, je ne me sens pas à l’aise avec des personnes visiblement psychotiques, ou avec des personnes schizophrènes dont on s’attend à ce qu’elles ne dépassent pas un certain niveau sur la Sacrosainte Evaluation de leur Fonctionnement. Ma tendance à éviter les Pauline et les Laura perdure, et à vrai dire elle s’est même renforcée quand mon diagnostic a été modifié et est devenu plus proche du leur.
Je suis mal à l’aise, parce que je n’ai pas envie d’être associée au gars qui hurle dans le bus, ou à la femme qui raconte des trucs décousus dans un hôpital psychiatrique.
Je suis mal à l’aise parce que je sais que ces personnes, sur plein d’aspects, sont proches de moi d’une manière que les personnes qui n’ont jamais vécu la psychose ne peuvent pas comprendre, et parce qu’en les fuyant, c’est une grand part de moi-même que je fuis.
Dans mon esprit, il y a une ligne entre moi et les personnes comme Pauline ou Laura ; mais pour les autres cette ligne est mince, voire tellement négligeable qu’il n’y a pas de ligne du tout.

[Traduction] Témoignage de Wentworth Miller

[Comme à chaque traduction, je précise : je ne suis pas traductrice professionnelle, et, bien que je me débrouille correctement avec l’anglais, je ne suis pas non plus bilingue. Donc il est possible que je laisse passer des erreurs de traduction, et toute correction de votre part en commentaire sera la bienvenue. Merci]

Le post que je vais traduire est issu de la page FB officielle de Wentworth Miller, acteur américain connu en particulier pour son rôle dans la série Prison Break.

Il a en outre fait son coming out en tant que personne homosexuelle, et révélé avoir tenté de se suicider à cause de l’homophobie quand il était âgé de 15 ans.

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Wenthworth Miller
Aujourd’hui, j’ai découvert que je suis le sujet d’un meme sur internet. Ca n’est pas la première fois.

Cela dit, celui ci se démarque des autres.

En 2010, ayant presque arrêté mon métier d’acteur, je faisais profil bas pour plusieurs raisons.

La plus importante : j’étais suicidaire.

C’est un sujet sur lequel, depuis, j’ai écrit, parlé, partagé.

Mais à l’époque, je souffrais en silence. Comme tant de gens le fait. Mon combat était connu de vraiment, vraiment peu de personnes.

Honteux et en souffrance, je me considérais comme une marchandise avariée. Et les voix dans ma tête me poussaient à l’auto-destruction. Ca n’était pas la première fois.

Je combats la dépression depuis que je suis enfant. C’est un combat qui me coute du temps, des opportunités, des relations, et un bon millier de nuits sans sommeil.

En 2010, dans la période la plus difficile de ma vie adulte, je cherchais partout du soulagement/réconfort/distraction. Et je me suis tourné vers la nourriture. Ca aurait pu être n’importe quoi. La drogue. L’alcool. Le sexe. Manger était devenu la seule chose dont je pouvais me réjouir. Sur laquelle je comptais pour tenir le coup. Il y a eu des périodes où le temps fort de ma semaine, c’était un bon repas et un nouvel épisode de Top Chef. Parfois c’était suffisant. Ca DEVAIT être suffisant.

Et j’ai pris du poids. La belle affaire.

Un jour, pendant une balade à Los Angeles avec un ami, on a croisé le chemin d’une équipe de tournage qui tournait une téléréalité. Sans que je le sache, il y a avait des paparazzi dans les parages. Ils m’ont pris en photo, et ont publié les clichés côte à côte avec des images de plus tôt dans ma carrière. « Du bloc au gros tas ». « De sportif à gras ». Etc.

Ma mère avait des « amis » qui sont toujours les premiers à vous amener les mauvaises nouvelles. Ils ont trouvé un de ces articles dans un magazine populaire, et le lui ont envoyé par mail. Elle m’a appelé, inquiète.

En 2010, alors que je combattais pour ma santé mentale, c’était bien la dernière chose dont j’avais besoin.

Pour faire court : j’ai survécu.

Et ces photos aussi.

J’en suis fier.

Maintenant, quand je vois cette photo de moi dans mon t-shirt rouge, un de mes rares sourires sur le visage, ça me rappelle mon combat. Mon endurance et ma persévérance face à toute sorte de démons. Certains intérieurs. D’autres extérieurs.

Comme un pissenlit qui pousse dans une faille du béton, je m’accroche.

Malgré tout. Et toujours.

La première fois que j’ai vu ce meme apparaitre dans mon fil sur les réseaux sociaux, je dois bien admettre que ça m’a fait mal. Mais comme pour tout dans la vie, je dois lui donner un sens. Et le sens que je donne à cette/mon image, c’est la Force. La Guérison. Le Pardon.

Pour moi, et pour les autres.

Si vous, ou quelqu’un que vous connaissez, traversez/traverse ce combat : on peut trouver de l’aide. Tendez la main. Envoyez un SMS. Envoyez un mail. Appelez. Il y a des gens qui tiennent à vous. Ils attendent de vos nouvelles. Affectueusement. – W.M.

 

[Traduction] Voilà en quoi le féminisme peut être bon pour la santé mentale

[Note : Bien qu’ayant une plutôt bonne compréhension de l’anglais, je ne suis ni bilingue ni traductrice professionnelle. Il est donc possible que je laisse passer des erreurs de traduction. Si c’est le cas, n’hésitez pas à me les signaler en commentaire, et je rectifierai]

Cet article a initialement été posté sur le site anglophone du Huffington Post, à l’URL suivante : http://www.huffingtonpost.com/entry/how-feminism-could-be-good-for-mental-health_55d34452e4b0ab468d9e60cb

Si je peux me permettre une petite critique sur cet article, ça serait le fait qu’il omet de parler des problématiques spécifiques à la santé mentale des personnes identifiées comme femmes (que ça soit les personnes assignées femmes à la naissance ou les femmes trans*) :

  • Les femmes sont les victimes majoritaires d’abus sexuels et de violences conjugales (pas uniques, mais majoritaires. Je ne veux pas passer sous silence le fait que des hommes également vivent ces situations, mais le fait est que les femmes sont majoritaires parmi les victimes de ces violences), ce qui a un impact sur leur santé mentale (en particulier en terme de syndrome post-traumatique).
  • Le sexisme a un impact non négligeable sur la qualité des soins psychiatriques et psychologiques reçus par les femmes : Si effectivement, comme l’explique l’article, les hommes sont sous-diagnostiqués par honte de demander de l’aide, il n’est pas rare par contre que les femmes soient victimes AU SEIN MÊME DES LIEUX DE SOINS PSYCHIATRIQUES (hôpitaux mais aussi en consultation) du sexisme, que ça soit par des injonctions à « prendre soin d’elles » (s’habiller de manière « féminine », perdre du poids, …), que ça soit par une minimisation de leurs ressentis « parce qu’on sait bien que les femmes sont émotives », que ça soit par des violences vécues de la part de patients hommes (plusieurs personnes m’ont raconté avoir vécu du harcèlement sexuel en hospitalisation psychiatrique), voire par des soignants (les situations de patientes psy abusées sexuellement par un psy ou par un infirmier ne sont malheureusement pas si rares que ça…).

Cette critique mise à part, cet article amène un éclairage que je trouve intéressant à faire partager – et donc à rendre accessibles aux non-anglophones – sur l’impact des clichés quant au genre dans le domaine de la santé mentale.

En voici donc la traduction :

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Féminisme en force, encore.

Dans une récente vidéo, la youtubeuse Ginny McQueen explique en quoi le féminisme peut avoir un puissant impact sur la santé mentale. « Ces deux choses ne semblent rien avoir à faire l’une avec l’autre », explique McQueen, avant d’expliquer en quoi « Le féminisme travaille à aider autant les hommes que les femmes dans le domaine de la santé mentale. »

McQueen explique que les femmes ont deux fois plus de probabilité que les hommes de recevoir un diagnostic de dépression, de trouble anxieux ou de syndrome de stress post-traumatique. Toutefois, les hommes représentent 82% des morts par suicide.

Elle dit que le patriarcat impose des paramètres rigides au sujet de « ce que les hommes et les femmes devraient être ». La pression à adhérer à des rôles de genre stricts peut exacerber des troubles émotionnels et psychiques pour certain.es, et en décourager d’autres de demander des soins psychiatriques.

« Les femmes sont diagnostiquées pour leurs troubles parce qu’elles cherchent de l’aide pour ces troubles », dit McQueen. Bien que les femmes soient souvent dévalorisées au sujet de leurs émotions, les rôles de genre traditionnels partent du principe que les femmes sont émotives, alors qu’on apprend aux hommes à être solides. « On ne dit pas aux femmes d’encaisser en silence ou d’être un vrai homme », dit-elle.

Beaucoup d’hommes souffrent de dépression ou de troubles anxieux, mais ils ont moins de chances de chercher de l’aide, à cause des rôles de genre traditionnels qui leur disent qu’ils ne peuvent pas exprimer leurs sentiments. « Le féminisme essaie de faire en sorte que chacun.e soit traité.e de manière égalitaire, y compris dans le domaine de la santé mentale », explique McQueen.

Le féminisme combat pour que les personnes de tous genres – femmes, hommes et personnes trans* – soient traitées de manière égalitaires dans tous les domaines de leur vie. Si notre culture rend plus acceptable pour une personne, quel que soit son genre, de chercher de l’aide, la santé mentale ne pourra que s’améliorer.

[Traduction] Si on parlait des autres causes de mort comme on parle du suicide

Avec l’autorisation de Josh (MHPOV.com), j’ai traduit de l’anglais au français cette petite BD, qui met mieux qu’on long pavé en évidence toute l’absurdité du regard de la société sur le suicide.

Parce qu’il est temps de cesser d’avoir un regard « moral » sur la dépression, et sur son issue parfois fatale par suicide, et que le monde commence à réaliser que oui, la maladie psy « c’est dans la tête » (effectivement, le cerveau se trouve dans la tête, breaking news. Mais ça n’en est pas moins un vrai organe, avec des vraies dysfonctionnements, des vraies maladies !), mais ça n’est pas pour autant une histoire de « volonté », de « demande d’attention », de « paresse », de « faiblesse ».

La dépression est une maladie. Rien de plus. Rien de moins. Et des fois, c’est une maladie mortelle. Dont il n’est pas plus « honteux » ou « ridicule » de mourir que si on meurt d’un cancer, d’une attaque ou dans un accident…

Voilà donc la BD, traduite de l’anglais au français :

Hebergeur d'image

[Traduction] 31 secrets de personnes vivant avec des troubles anxieux

(Note : je maitrise plutôt correctement l’anglais, mais je ne suis ni bilingue ni traductrice professionnelle. Donc il est possible que je laisse passer des fautes de traduction, si vous en repérez n’hésitez pas à me les signaler en commentaire, je ferai les modifications nécessaires)

Ayant personnellement connu les « joies » des crises d’angoisse, ce sujet me tient à coeur. Il est souvent difficile de faire comprendre à une personne qui n’a jamais vécu une crise d’angoisse ce qu’on peut ressentir à ce moment là, et qu’on ne peut pas « simplement » se calmer sur commande, en claquant des doigts.

Cet article est un recueil de 31 phrases que des personnes vivant avec des troubles anxieux ont envie de partager, de faire entendre, pour combattre la stigmatisation autour de ces troubles invisibles et souvent mal compris et minimisés.

Traduction de l’article « 31 Secrets of People Who Live With Anxiety ». Le site « The Mighty » est un site anglophone regroupant des articles au sujet du handicap (physique, mental et psychique), ainsi que de la santé mentale.

Les troubles anxieux sont la forme la plus répandue de maladie psychique aux États-Unis, d’après l’Association Américaine des Troubles Anxieux et de la Dépression. Cette maladie affecte 40 millions de personnes aux États-Unis. Cela représente 18% de la population des États-Unis.

Malgré cela, les personnes affectées par les troubles anxieux vivent encore avec une stigmatisation qui est souvent liée aux maladies invisibles. Nous avons donc demandé à nos lecteurs.trices vivant avec des troubles anxieux ce qu’ils voudraient que le monde puisse comprendre à ce sujet. Voilà ce qu’ils ont à dire.

1. « Je réalise que les choses qui m’angoissent sont ridicules. Malgré ça, je ne peux pas simplement arrêter. » – Erika Strojny Myers

2. « Je peux donner l’impression de ne rien faire, mais dans ma tête, je suis très occupée. » – Diane Kim

3. « Je ne sais pas toujours pourquoi je suis angoissée. » – Teri-Marie Harrison

4. « C’est paralysant. » – Marlene Pickering

5. « Je ne deviens pas simplement « nerveux ». Bon dieu, la moitié du temps, je ne suis même pas nerveux quand j’ai une crise de panique. Parfois, je ne peux identifier aucune raison à la crise de panique. Quand je suis anxieux et nerveux, je reconnais qu’une partie de tout ça est irrationnelle, mais je ne peux pas juste m’en débarrasser comme ça. Mon esprit et mon corps ne coopèrent pas avec ma raison. » – Alex Wickham

6. « Je ne suis pas ridicule ou théâtrale » – Melissa Kapuszcak

7. « On n’a pas besoin qu’on nous regarde comme si nous étions fous. On a besoin que quelqu’un soit compatissant. » – Kristen Cunningham

8. « Je ne veux pas me sentir comme ça. » – Jenny Genoway

9. « Après une journée chargée, surtout après avoir été dans la foule ou avoir eu affaire directement à beaucoup de monde, j’ai une « gueule de bois des gens » le lendemain. J’ai besoin de moments de solitude pour récupérer toute l’énergie dépensée. Je dois me reposer et remettre mon esprit à zéro. Si je ne le fais pas, je suis épuisée, submergée et irritable. » – Lisa Shuey

10. « Il est tout à fait possible de souffrir d’anxiété sociale et d’être une personne extravertie. » – May Daonna

11. « On ne peux pas juste arrêter de s’inquiéter. Il n’y a pas de bouton on/off. » – Kim Derrick-Bené

12. « Même si on a l’air d’aller bien en apparence, notre anxiété fait des ravages à l’intérieur ». – Cynthia Adams McGrath

13. « Je suis attaquée par quelque chose à quoi je ne peux pas échapper. » – Sherri Paricio Bornhoft

14. « Peu importe à quel point ça peut avoir l’air irrationnel, c’est vrai pour moi. » – Lorri Smith

15. « Dire « ça va aller » n’aide pas. » – Thea Baker

16. « Ca n’est pas un choix. Tu ne choisis pas l’anxiété, c’est l’anxiété qui te choisit. » – Patricia Lynn

17. « C’est parfois tellement épuisant et ça empêche tellement de se concentrer que je peux oublier des choses ou ne pas être productive. Mais ça n’est pas que je ne réfléchis pas, que je suis paresseuse, ou que je me cherche des excuses. » – Anna Powers

18. « C’est la réalité. Je ne surréagis pas. » – Kimberly Warren

19. « Les troubles anxieux sont une maladie. On ne peut pas juste guérir en claquant des doigts d’une maladie psychique. » – Heather Morello

20. « Les troubles anxieux et l’inquiétude, ça n’est pas la même chose. » – Amy Hrynyk

21. « La prière ne fait pas disparaitre ça. » – Kayla Gosse

22. « Le fait que je n’arrive pas à expliquer les sentiments qui causent mon anxiété ne les rend pas moins valides. » – Lauren Elizabeth

23. « Je ne suis pas folle. » – Peggy Hess

24. « Toute la logique du monde ne pourra pas empêcher mon coeur de tambouriner dans ma poitrine. » – Rebecca V Cowcill

25. « Même la tâche la plus simple peut parfois me submerger. » – Rhonda Bodfield

26. « C’est incontrôlable. » – Asia Pope

27. « Le fait que tu ne les comprennes pas ne rend pas mes peurs moins réelles. » – Vicki Happ

28. « C’est comme si tout le poids du monde était sur tes épaules. Tu te sens étouffé. » – Danielle Nicole Box

29. « Je ne fais pas ça pour avoir de l’attention. » – Georgia Tsaganis Johnson

30. « La plus petite chose peut me faire partir en vrille. Plus je me sens piégée, plus je me sens mal. Avoir de l’espace autour de moi me fait toujours me sentir mieux. » – Manda Ree

31. « Mon esprit est mon ennemi, donc j’ai besoin de toi à mes côtés. Parfois, j’ai même besoin que tu te battes à mes côtés. » – Erin Farmer-Perrine