Homophobie vs racisme : quoi et comment dénoncer ?

Un article qui comprendra surement plus de questions que de réponses…

N’étant pas hétéro, je ne peux pas ne pas être touchée, révoltée, en colère, quand je lis que des personnes sont menacées, violentées, torturées, emprisonnées ou mises à mort à cause de leur homosexualité.
Où que ça soit dans le monde.
Ici ou ailleurs.

Ca me touche droit au bide, avec à chaque fois la pensée obsédante : ça pourrait être moi.
Je pourrais être la personne agressée, ici ou ailleurs.
je pourrais être la personne emprisonnée, si tant est que les caprices de la géographie m’aient fait naître ailleurs.
Je pourrais être la personne mise à mort.

Alors quand je lis « 7 hommes emprisonnés au Sénégal pour cause d’homosexualité« , ou autres horreurs dans ce genre là, j’ai envie de hurler l’information, de faire tourner la pétition, tout ça.

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Après, j’ai aussi lu les réactions – tout aussi légitimes je pense – de personnes qui craignent que ce genre de partage et de mobilisation n’attisent le racisme. Que ça soit dans une optique néocolonialiste (« Nous qui sommes tellement en avance sur vous, nous allons vous apprendre la vie »).

Et on ne peut pas dire que ces craintes soient infondées, quand on voit le nombre de personnes qui se découvrent une grosse envie de lutter contre l’homophobie, ou contre le sexisme, si ça leur donne l’occasion de casser au passage sur « les Africains », sur « les musulmans » , ou encore de faire valoir la supériorité de nos sociétés occidentales sur… tout le reste du monde en fait.

Pour autant, je n’arrive pas à me dire qu’il ne faut pas, jamais, sous aucun prétexte, dénoncer les actes homophobes qui se passent dans d’autres cultures.
Ca me touche trop, ça m’écorche trop la gueule pour arriver à juste me taire, fermer les yeux très fort pour ne pas voir, et attendre que le changement se passe.

A plus forte raison… On parle souvent de laisser la parole aux concerné.es. Et c’est vrai, c’est important, c’est capital même. Bien sûr que si on étouffe la parole des personnes LGBT+ vivant directement sur place sous notre parole de personnes LGBT+ occidentales, on fait plus de mal que de bien.

Mais par contre… La parole des concerné.es, dans des pays où l’homosexualité est passible de sanction pénales, elle peine souvent à se faire entendre. Parce que les gens ont la trouille, et ma foi c’est plus que largement compréhensible…
Est-ce que j’assumerais aussi « facilement » mon orientation sexuelle publiquement si je risquais de me retrouver en prison, ou éventuellement torturée ou tuée à cause de ça ? Sincèrement, j’aimerais bien dire que oui, que je serais courageuse et brave, mais sincèrement, je n’en suis de loin pas sure. Parce que voyez-vous, je tiens « un peu » à la vie, quand même…

Alors est-ce qu’on peut raisonnablement attendre uniquement la parole des concerné.es, quand elle est étouffée sous la menace ?
Est-ce vraiment complètement inutile et contreproductif de dénoncer ce qui se passe ailleurs ?

Est-ce qu’en faisant gaffe à la manière, en faisant gaffe à recadrer les réactions qui friseraient de trop près le racisme, il n’est pas possible (et utile ?) de dénoncer ce qui se passe « ailleurs », quand ce qui se passe ailleurs nous retourne les tripes comme si on les essorait dans une centrifugeuse ?

Est-ce que « les concerné.es », dans une telle situation, ça n’est pas aussi toutes les personnes LGBT+ qui se sentent immédiatement solidaires et touchées par ce qui arrivent à d’autres personnes LGBT+ quelque part dans le monde ?

Est-ce forcément raciste de dénoncer les crimes transphobes et homophobes à la pelle au Brésil ?
Est-ce forcément raciste de dénoncer l’arrestation de ces 7 homosexuels au Sénégal ?
Est-ce forcément xénophobe de hurler devant la situation des personnes homosexuelles en Russie ?

Où se situe la limite entre le respect (normal et légitime) des autres cultures, et l’indifférence puante envers des gens qui morflent et qui n’ont que peu de possibilité de faire entendre leur voix parce que ça pourrait leur couter la vie ?

8 phrases qui se terminent par des « ? » sur un article de moins de 700 mots… je vous avais dit qu’il y aurait plus de questions que de réponses…

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Vita Liberté : La pub 100% Low Cost (et grossophobe, aussi)

Les articles se suivent, et se ressemblent un peu.

Après Causette, après la PETA, c’est Vita Liberté, « la chaine de salles de sport 100% Low Cost » qui nous gratifie d’une campagne de pub brillant de milles feux par sa grossophobie.

Je pourrais me dire « Oh, marre de râler tout le temps sur la même chose », mais il n’est pas question pour moi de « râler », mais de dénoncer. De faire tourner l’information.

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On admirera la finesse, la subtilité (et l’originalité incroyable, aussi) du slogan :

« Vous êtes grosses et moches … Payez 19 Euro 90 et soyez seulement moches ! »

Quoi ? Je pourrais donc devenir mince pour 19 Euro 90 par mois ?
(Ah mais par contre, je serai toujours moche, hein).

Y a pas à dire, ça donne envie.

Que dire… Que dire, à part que j’en ai marre ? Que dire à part que la grossophobie de notre société me fatigue. Me fatigue tellement plus que le fait de porter mes 130 kg, en fait.

Que dire, à part que je ne me contente pas du « mais c’est du second degré, vous avez pas d’humour ! » des réponses de Vita Liberté.

On me dira surement : « Mais c’est voulu, c’est parce que le bad buzz est plus vendeur que les bonnes campagnes de pub, vous faites leur jeu en en parlant ».
C’est vrai. C’est très probablement un bad buzz calculé et volontaire.
C’est très probablement pour qu’on parle d’eux.

Mais quoi ? Que faudrait-il faire, alors ?
Se taire ?
Avaler une couleuvre de plus, sans broncher ?
Se creuser un peu plus un ulcère à coup de rage ravalée ?
Lire sans moufter les commentaires immondes de tant de quidam lambda qui, sur la page FB de Viva Liberté, expliquent en long et en large que c’est trop vrai, que les gros.ses devraient faire du sport ?
Laisser faire, laisser dire, pour ne pas alimenter le « bad buzz » ?

Ma rage, je l’ai ravalée trop longtemps.
Ma rage, je l’ai retournée contre moi-même trop longtemps.
Ma rage, transformée en haine de moi-même, elle m’a pourri mon adolescence et mon entrée dans l’âge adulte. Je garde le souvenir cuisant des années passées à cacher mon corps à tout prix, à m’autoflageller d’être « un gros tas laid et suintant de gras » (grossophobie intériorisée, bonjour !).

Ces années là sont derrière moi, je n’ai plus honte de moi, de mon corps, de mon vécu, de qui je suis.
Mais je connais le prix, en efforts, en remises en question, en déconstruction, de cette confiance en moi. Je sais au prix de quelles galères je l’ai gagnée, cette confiance en moi.

Alors non, je refuse de me taire face à des bouses pareilles, je refuse de fermer les yeux sur l’affiche de Vita Liberté et sur toutes les autres merdes du même acabit.

Parce que, bad buzz ou pas, les « grosses et moches », elles se le bouffent dans la gueule, ce message.
Là où maintenant je réagis avec mon clavier et ma rage, il y a 15 ans, cette campagne de pub, elle m’aurait « juste » fait me dire un peu plus que j’étais une merde.

Vita Liberté, vous êtes vraiment prêts à assumer ça ? A assumer cette souffrance infligée ? A assumer votre participation au taux de dépression (5 fois plus élevé chez les personnes obèses que chez les personnes dont le poids est dans la norme, à cause de la stigmatisation dont elles sont victimes, selon cette source) ? A assumer par conséquent le taux de suicide lié à ces dépressions ?

Et au delà des conséquences sur l’estime de soi, au delà de la dépression… Saviez vous, Vita Liberté, qu’être gros.se entraine des discriminations à l’embauche, des discriminations dans le monde médical, des discriminations sur tout plein de plans ? Savez vous, aussi, que chaque fois qu’on banalise la grossophobie sous couvert d’humour comme vous le faites, c’est aussi ça qu’on encourage ?

Arrêtez deux minutes avec votre « second degré mais vous comprenez pas c’est de l’humour et de la communication ».
Maintenant, vous ne pourrez plus dire que vous ne réalisez pas les conséquences de cette campagne de publicité.
Les conséquences, vous les avez sous les yeux. Dans ce blog, mais aussi au travers des nombreuses personnes qui vous ont interpelé, notamment sur votre page Facebook.

PETA : grossophobie, sexisme, validisme… Vous comptez vous arrêter, un jour ?

Cher.es lecteurs.trices, connaissez vous la PETA ?

Cette grosse organisation, internationale, milite pour les droits des animaux.
(Jusque là, ça a l’air bien, hein ? C’est vrai, c’est important que les animaux soient traités de manière éthique).
Je ne vais pas débattre ici sur toutes les questions des droits des animaux, sur le spécisme (= fait de considérer l’espèce humaine comme étant intrinsèquement supérieure aux autres espèces animales, et donc de considérer que les humains ont droit de vie, de mort et d’exploitation sur les animaux).
Déjà parce que honnêtement dit, je ne m’y connais de loin pas assez pour dire des trucs pertinents, et d’autre part parce que bah… C’est pas le sujet de cet article.

Parce que là, franchement, la PETA, je n’ai pas vraiment envie d’en faire l’éloge.
Vraiment pas. Du tout. Même pas un tout petit peu.
Je suis même PLUTÔT FURAX là tout de suite.

Parce que voyez vous, la PETA, sous prétexte de défendre les droits des animaux, elle cumule les campagnes PLUTÔT DOUTEUSES, et les déclarations VRAIMENT FOIREUSES.

Je vais donc décortiquer trois de leurs « exploits », qui m’ont sérieusement fait grincer des dents.
En commençant par le dernier truc en date à m’être tombé sous les yeux (yeux qui se sont instantanément écarquillés dans un gros WHAT THE FUCK PETA WHAT THE HELL ARE YOU DOING ?!) :

Voilà ce qu’on trouve sur le site de PETA France, dans leur FAQ (http://www.petafrance.com/faq-general.asp) :

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Oui.
Vous avez bien lu.
« De la même façon, un handicapé mental a des droits, même s’il n’est pas mignon ou si personne ne l’aime ».
Tranquille, la PETA enfonce la porte déjà largement ouverte de la discrimination envers les personnes handicapées. A plus forte raison handicapées mentales.

Breaking news : oui, les personnes en situation de handicap mental sont aimé.es. Par leur famille, par leur entourage, par leurs amis, par leurs potes (handicapés ou non, d’ailleurs), par les personnes qui s’occupent d’eux s’ils sont placés en institution, par… plein de monde, en fait.
J’ai bossé avec des personnes mentalement handicapées en institution, y compris avec des personnes âgées n’ayant plus vraiment de famille qui venait les voir ou se préoccupait d’eux, mais pour autant, je n’en ai jamais rencontré un.e seul.e qui ne soit pas aimé.e.

Pas mignons ? Ca veut dire quoi, mignon, déjà ? Non parce que j’ai pas de définition universelle de « mignon », moi. Explique moi, PETA, c’est quoi une personne mignonne ?
Correspondre à la « beauté classique des magazines » ? Rentrer dans les « standards de la beauté normés par la société » ? C’est ça, être mignon.ne ?
Vraiment ?

Oui, les personnes en situation de handicap mental sont aimées.
Non, elles n’ont pas à requérir la validation de la PETA (ou de la société, ou de qui que ce soit) sur leur beauté ou leur mignonitude.

Et, PETA, merci d’arrêter de les utiliser comme argument, comme des pions à votre disposition pour étayer vos arguments. Les personnes mentalement handicapées sont des personnes à part entière, pas des ressorts argumentatifs.

Tiens, on parlait de la validation de la PETA sur la beauté des gens…
Vous serez surement ravi.es d’apprendre que PETA s’éclate aussi à tailler dans le gras des personnes obèses :

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Traduction : Sauvez les baleines, perdez la graisse : devenez végétarien.

Voilà voilà.
Tout en subtilité, en finesse, n’est-ce pas ?
Je suis sûre que tout comme moi, vous êtes absolument bluffé.es par l’originalité du slogan en plus, non ?
C’est vrai quoi, les blagues vaseuses sur « Sauvez Willy !! » et autre variations autour du thème des cétacés, sur le passage d’un gros.se, c’est TELLEMENT INEDIT.
Oula.
Merveilleux. Donc… Pour défendre les droits des animaux, la PETA utilise les mêmes ressorts que les enfoiré.es grossophobes qui m’ont pourri mon adolescence.
Et c’est supposé… Me sensibiliser à quoi que ce soit, à part à l’envie de foutre le feu à ces affiches ?

Tant qu’à utiliser cet article pour faire autre chose que grogner, je rappellerai que la malbouffe est loin d’être le facteur le plus décisif en matière de surpoids ou d’obésité.
L’obésité est multifactorielle. Et a une foule de causes qui sont très loin de la fréquentation trop assidue du Mc Do et de la consommation abusive de viande. Parmi elles : les troubles du comportement alimentaire, la précarité financière (oui, la bouffe pas chère est rarement la plus saine…), les problèmes hormonaux, la prise de médicaments (corticoïdes ou psychotropes, en particulier, mais il y en a probablement d’autres qui peuvent entrainer une prise de poids), les problèmes métaboliques.
Non, la solution à l’obésité ne se résume pas à « arrêter de manger au Mc Do ». Et, by the way… Je connais des personnes végétariennes ou vegan en surpoids ou obèses…
Donc non seulement la campagne de pub de la PETA est grossophobe et blessante, mais en plus, elle repose sur du pur flan d’un point de vue médical.
Grossophobie : +100
Crédibilité : -100.
Bravo, PETA, bravo…

Et pour finir ce rapide tour d’horizon des campagnes et déclarations de la PETA qui m’ont fait grincer des dents, vous prendrez bien un peu de sexisme ?

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Cette campagne, signée Bryan Adams (merde, je préférais quand il était un des chanteurs de mon adolescence, tiens…), suinte magistralement de sexisme.
Et en prime, m’a fait ricaner.
Là aussi… OMG comme c’est révolutionnaire, comme idée, de comparer une femme (ici Zahia) à un assemblage de bouts de viande.
Euh… C’est tellement révolutionnaire que j’ai cette impression environ 10 fois par jour dans la rue ou les transports en commun, d’être un steak sur l’étalage d’un boucher, hein.
Chouette, défendons les animaux non-humain tout en reprenant allègrement le regard creepy qui se ramassent constamment les animaux humains femelles, hein, c’est une TELLEMENT EXCELLENTE IDEE.

Entendons-nous, ça n’est absolument pas la démarche de Zahia, le fait qu’elle ait choisi de poser pour cette campagne que je critique. C’est son corps, elle en fait ce qu’elle veut, c’est son droit le plus strict et ça n’a pas à être critiqué et jugé.
En revanche, la démarche du concepteur (homme, donc) de la campagne me dérange nettement, NETTEMENT plus.

PETA, sérieusement…
Lutter pour un traitement éthique des animaux non-humains, c’est bien.
Par contre, si pour ça tu te permets de renforcer une par une chaque discrimination à l’intérieur de la race humaine, je me permettrai (tant qu’à faire un truc utile aux animaux de tes campagnes de pub et de ta communication foireuse) de récupérer tes affiches pour en faire une litière 100% recyclée pour mes chats. Je suis sûre qu’il se feront un plaisir de faire caca dessus…

Chère Causette, on va encore s’engueuler, je crois !

Chère Causette,

Ayant écrit à ta rédaction sans avoir de réponse, tu me permettras d’utiliser mon blog pour m’adresser à toi, hein.
Je sais que tu n’es pas très fan du fait qu’on te critique publiquement, mais ma foi, si tu ne prends pas le temps de répondre aux personnes qui s’adressent poliment à toi, tu pourras difficilement les blâmer de rendre publiques leurs griefs, n’est ce pas ? C’est un peu le principe de la liberté d’expression, n’est ce pas ?

Causette, il faut qu’on parle de ton dernier « hors série » sur la manipulation.

Dans ce hors série, tu consacres un dossier à la « manipulation par l’industrie pharmaceutique ». L’idée avait l’air sympathique, au premier abord : dénoncer l’emprise qu’a l’industrie pharmaceutique sur le monde médical, ça ne me paraissait pas inintéressant, comme idée.

Malheureusement, elle est un peu partie en vrille, ton idée.

Elle est partie en vrille parce que, là où tu aurais pu te placer du côté des patient.es, tu as fait tout le contraire.

Parlons un peu, si tu veux bien, de l’espèce de jeu (ahah, c’est tellement ludique, la maladie, comme sujet… Non vraiment hein, qu’est ce qu’on se marre…) qui, sous la plume, la tablette graphique ou le stylo de Eric La Blanche, avec un pseudo-humour qui ne fera rire que les gens en bonne santé, nous demande de relier des « pseudos-maladies » avec « ce qu’elles sont en réalité ».

J’ai ainsi découvert que je suis obèse non pas à cause de mon hyperphagie, mais à cause de ma gloutonnerie.
J’ai découvert que j’ai eu besoin d’un suivi psychiatrique de plusieurs années pour mon « impulsivité », et que le psychiatre qui a parlé de trouble borderline n’est selon toi qu’un escroc à la botte des pharmas.
J’ai découvert aussi les trois amies qui ont mis fin à leurs jours à cause de leur dépression sévère n’étaient quand même que de sacrés connes incapable de gérer un deuil correctement, à tes yeux. Et en tous cas pas des personnes malades qui ont succombé à leur maladie. J’irai leur raconter ça sur leur tombe, à l’occasion. Sans oublier de l’expliquer à leur famille, n’est ce pas ?

J’expliquerai aussi à la pote que sa fibromyalgie empêche de travailler normalement qu’elle n’est qu’une feignasse, que ses douleurs sont imaginaires, et qu’elle devrait quand même se bouger un peu le cul.
Je suis sûre que ça va l’aider plus que tous ces médicaments qu’elle prend « pour rien », hein, vu que sa maladie est inventée par les pharmas…

Sérieusement Causette… Tu te fous de notre gueule, hein ?

C’était une blague, cet article ? Tu t’es foiré dans les dates, ça devait paraitre le premier avril, c’est ça ?

Elle me fait pas rire, ta blague. Du tout.

Tu voulais taper sur la gueule des « puissants pharmas », et pourtant, c’est sur notre gueule à nous, les pas puissant.es, les stigmatisé.es, que tu tapes.

Parce que tu sais, quand on souffre d’une maladie invisible, toute cette merde là, tous ces lieux communs, on ne t’avait pas attendu pour les entendre.

Tu sais ce que c’est la psychophobie, Causette ?
On ne dirait pas, alors je vais t’expliquer : c’est le fait de stigmatiser les personnes malades psychiques.
Vu que l’essentiel de ta liste concerne les maladies psychiques, il aurait été utile que tu puisses te renseigner, avant de laisser publier une merde pareille, sur ce que vivent les personnes malades psychiques. Peut-être même que tu leur demandes directement, tiens. Et encore mieux : que tu leur laisses un peu la parole, au lieu de la donner à Eric La Planche et son humour douteux…
Parce que figure toi que la stigmatisation, la méconnaissance crasse, et les jugement à l’emporte-pièce comme ceux que tu as fait, ça tue des gens.
Parce qu’on nous répète tellement que « c’est juste une histoire de volonté » que plein de gens ne vont pas chercher l’aide dont ils/elles auraient eu besoin.

Si je peux me permettre un conseil, Causette… Arrête de nous prendre pour des abruti.es, tu veux bien ?
Sous couvert de pseudo-féminisme, tu n’es qu’un journal de plus qui véhicule des lieux communs dangereux.
Alors ton « plus féminin du cerveau que du capiton »… Tu peux te le garder, vraiment. Parce que si c’est ça l’image que tu as de l’intelligence féminine… Permets moi de te dire que moi, mon cerveau, mes maladies imaginaires et mes 130 kilos de gloutonnerie, on t’emmerde.

Cordialement.

Lau’

—-

Pour les personnes qui n’auraient pas eu sous les yeux le fameux hors série de Causette, je vous offre la chance (petit.es veinard.es…) de jeter un oeil au fameux jeux d’Eric La Blanche.

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(la qualité de l’image vaut ce qu’elle vaut. Du coup, au lieu de vous infliger de faire le jeu vous-même, je vous spoile la liste des solutions :

Tension normale – hypertension
Cholestérol normal – excès de cholestérol.
Taux de sucre normal – prédiabète.
Densité osseuse normale – Ostéopénie densiométrique
Gaité suspecte – syndrome de Sissi
Timidité – phobie sociale
Distraction – trouble déficitaire de l’attention
Caprices – syndrome de l’humeur explosive
Bougeotte – syndrome des jambes sans repos
Deuil – trouble dépressif majeur
Ménopause – trouble du climatère
Règles – syndrome dysphorique prémenstruel
Pas de soir chéri – dysfonction sexuelle féminine
Pas ce soir chérie – dysfonction érectile
Grattage – dermatilomanie
Obsession sexuelle – hypersexualité
Excès d’internet – cyberdépendance
Douleurs diffuses – Fibromyalgie
Glandouille – Maladie du désœuvrement
Optimisme – Trouble généralisé de la gaité.
Surveillance de l’alimentation – orthorexie
Tristesse – dysphorie
Impulsivité – trouble de la personnalité borderline
Indifférence – Trouble de la personnalité antisociale
Egocentrisme – Trouble de la personnalité narcissique
Besoin de plaire – Trouble de la personnalité histrionique
Réserve – Trouble de la personnalité évitante
Gloutonnerie – hyperphagie boulimique
Accumulation d’objets – syllogomanie

Vous apprécierez surement, si vous êtes atteint.e de l’une ou l’autre des maladies citées…)

[Traduction] Si on parlait des autres causes de mort comme on parle du suicide

Avec l’autorisation de Josh (MHPOV.com), j’ai traduit de l’anglais au français cette petite BD, qui met mieux qu’on long pavé en évidence toute l’absurdité du regard de la société sur le suicide.

Parce qu’il est temps de cesser d’avoir un regard « moral » sur la dépression, et sur son issue parfois fatale par suicide, et que le monde commence à réaliser que oui, la maladie psy « c’est dans la tête » (effectivement, le cerveau se trouve dans la tête, breaking news. Mais ça n’en est pas moins un vrai organe, avec des vraies dysfonctionnements, des vraies maladies !), mais ça n’est pas pour autant une histoire de « volonté », de « demande d’attention », de « paresse », de « faiblesse ».

La dépression est une maladie. Rien de plus. Rien de moins. Et des fois, c’est une maladie mortelle. Dont il n’est pas plus « honteux » ou « ridicule » de mourir que si on meurt d’un cancer, d’une attaque ou dans un accident…

Voilà donc la BD, traduite de l’anglais au français :

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« Sois fier.e de ce que tu es », ou comment culpabiliser celles et ceux qui n’y arrivent pas…

On vit dans un monde où les « Prides » se multiplient.
Dans un culte de la visibilité.
Pour contrebalancer les discriminations, les militant.es luttant contre tout plein de formes de discrimination ont fait le choix (que je ne critique en aucun cas, il est absolument nécessaire, ce choix !), de la visibilité. De montrer qu’on peut être homo/trans/gros.se/malade psychique/handicapé.e/racisé.e/toute autre catégorie socialement discriminée, et le revendiquer.
De montrer qu’on peut lutter contre l’injonction que nous fait la société à se terrer dans un trou de souris et à nous faire le plus possible oublier.

Sortir du placard.
Faire son coming-out.
Descendre dans la rue.

Mais aussi :

Ne pas plier devant les insultes.
Se blinder pour ne plus qu’elles nous touchent.
Etre fier.es de nous.

Tout ça, je l’ai dit, et je le répète parce que je pense qu’on ne le dira jamais vraiment assez… C’EST NECESSAIRE. Il faut le faire. Récupérer l’espace public, les médias, la parole. Imposer notre présence et notre existence, sans attendre un hypothétique monde meilleur où on nous laissera de la place.

Du moins… Il faut que des gens le fassent.

Je suis par contre un peu dubitative, et un peu inquiète, quand je vois cette visibilité devenir une injonction. Quand je vois les personnes qui disent leur désarroi face aux discriminations et aux insultes se voir enjoindre à « prendre confiance en elles », à « s’affirmer », à « ne plus se laisser atteindre ».

Mouais.

Des exemples ?

Ils seront, une fois encore, tiré d’échanges sur internet (on pourrait presque croire que je passe ma vie sur internet, hein, à force. Mais promis, des fois je sors de chez moi. Ca arrive!) :

Un journal publie un article sur le coming out de ne je sais plus quelle star quant à son homosexualité.
Dans l’échange de commentaires qui s’en suit, je lis notamment que « les stars homos devraient toutes faire leur coming out public, ça serait un message fort contre l’homophobie ».

Mouais… Et si elles n’en ont pas envie ?
Et si elles n’ont pas la force de se farcir des centaines de haters homophobes ?
Cela ferait-il d’elles des homos moins dignes de respect ? Des stars moins dignes d’intérêt ?

Autre exemple. Dans une discussion sur les insultes grossophobes, une personne dit qu’elle rentre chez elle en miettes à chaque fois qu’elle se fait insulter dans la rue.
Réponse : il faut que tu prennes confiance en toi, il faut que tu t’affirmes, « ton corps tes choix ».
Surement. Dans l’absolu, surement que ça serait « le mieux/l’idéal ».
Mais je crois que dans cet échange, la personne aurait surtout eu besoin qu’on la rassure, qu’on lui dise que non, elle n’a pas à vivre ça, que c’est dégueulasse qu’elle ait à subir ces insultes. Et aussi qu’elle n’est pas faible et méprisable d’être atteinte par ces vacheries.

Ce sont deux situations relativement différentes, entre la star homo et la grosse insultée sur son poids, mais…
J’ai l’impression que l’injonction sous-jacente est la même :

C’est aux personnes discriminées d’être fortes et fières, d’être des rocs sur lesquels l’océan des discriminations diverses viendra se briser et s’échouer.

Pour autant… Je suis inquiète. Inquiète que cette nécessaire visibilité ait pour dommage collatéral de mettre un coup de botte supplémentaire sur le crâne des personnes qui, pour x raisons, ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir cette visibilité. Des personnes qui, pour x raisons, n’arrivent pas à rester de marbre sous les insultes.
Non seulement la société les dévalorise et les écrase parce qu’elles sont homo/trans/gros.se/malade psychique/handicapé.e/racisé.e/toute autre catégorie socialement discriminée…
Mais leurs « semblables » les dévalorisent parce qu’elles n’arrivent pas à « s’assumer ».

A ces personnes là, à celles qui restent dans le placard ou qui chialent sous les insultes, j’ai envie d’adresser ce message :
Vous êtes tout autant valables et importantes et précieuses et dignes que les personnes qui brandissent une banderole dans la rue.
Vous êtes tout autant valables et importantes et précieuses et dignes que les personnes qui prennent leur plume ou leur clavier pour écrire des textes militants.
Vous êtes tout autant valables et importantes et précieuses et dignes que les personnes qui peuvent encaisser les insultes sans broncher.

Et surtout : ça n’est pas aux personnes discriminées d’arrêter de souffrir et d’avoir peur… Mais à la société d’arrêter de discriminer et d’écraser.

« La borderline violeuse » et autre bullshit télévisuel

Tiré d’une série télé (New York Unité Spéciale, pour ne pas la nommer) :

« Ah, cette enseignante, accusée d’avoir abusé d’un élève, se scarifiait quand elle était plus jeune ? Et elle a fait une tentative de suicide par le passé ?
*air grave de l’expert psychiatre*
Ca fait penser à un trouble borderline. Et les études ont démontré que les femmes abuseuses sont souvent borderline ».

Voilà voilà…

Vous la voyez, mon humeur de chacal ?
Vous la sentez entre les lignes de mon article ?

Non ?

Moi je vous assure que oui. Je la sens bien, ma mauvaise humeur.

Et je vais vous expliquer pourquoi.

Il fut un temps, dans mon jeune âge, où je suis partie passablement en vrille.
Dépression, automutilation, crises d’angoisse, troubles du comportement alimentaire.

Au lieu de continuer à faire de la merde et à m’enfoncer dans mes emmerdes, je suis allée voir un psy.
Bon, je vous passe les détails, mais bon bref, toujours est-il que le diagnostic de trouble de la personnalité borderline a été évoqué me concernant.

Pas mal d’années après : si je reste une personne qui peut angoisser un peu aléatoirement, je vais nettement mieux. Je garde mes « bizarreries », j’en fais des forces, la dépression est loin derrière moi, l’automutilation aussi (il m’en reste les cicatrices, heureusement pas visibles au premier coup d’oeil parce que cachées sous mes habits, mais ça fait bien longtemps que je n’ai plus touché à une lame).

Tout ça, c’est l’explication de pourquoi je me sens concernée quand on parle de « trouble de la personnalité borderline », et pourquoi je suis carrément hors de moi quand on laisse entendre, même dans une oeuvre de fiction, que le fait d’être borderline est un facteur de risque pour devenir UNE FOUTUE ABUSEUSE SEXUELLE.

Devinez quoi : je travaille avec des enfants.

Vous imaginez les conséquences de ce genre de bullshit ?

Parce que, faut pas croire hein… Ces idées là, elles ne sont pas juste passées aléatoirement dans l’esprit du scénariste de cette série.
Ces idées là, ces préjugés là, ils sont rampants, ils sont partout.
Ils sont chez le scénariste de série, comme ils sont chez le futur employeur qui va refuser de t’embaucher si tu portes des marques d’automutilation, même anciennes.

A ce sujet, je vais vous raconter une mésaventure arrivée à une connaissance à moi.
Tout comme moi, il a une une grosse période de merde dans sa vie, où il a eu recours à l’automutilation pour canaliser ses émotions.
Tout comme moi, il s’est sorti de ses emmerdes, il va bien, il a continué ses études.
Et tout comme moi, il veut bosser avec des enfants.
Donc quoi de plus logique que de chercher un job de vacances avec des enfants, me direz-vous, histoire de se faire un petit bagage d’expérience avant de terminer ses études ?
Ce qu’il a fait.
Il a postulé comme animateur dans une colo.
Le premier entretien s’est bien passé. Il en est reparti avec une promesse d’engagement.
Sauf que lors d’un jour d’essai, une de ses « futures collègues » s’est rendue compte des cicatrices, pourtant visiblement anciennes, sur ses bras.
Exit la promesse d’engagement.
On lui a expliqué que ses cicatrices faisaient craindre un « manque de stabilité », et autres bullshit du genre. Ses explications sur le fait que l’automutilation était derrière lui depuis plusieurs années n’ont eu aucun impact.
Pif paf pouf, au revoir le boulot.

Alors comprenez bien que quand j’entends une série télé reprendre et grossir ces préjugés, je saute au plafond.
Comprenez bien que je rage.

Comprenez bien que ce qui vous parait peut-être être une anecdote insignifiante, si vous n’avez jamais eu de problèmes psy, est pour moi un révélateur de plus de la psychophobie de notre société.

Non, ça n’est pas anodin.
Oui, c’est une fiction, ET ALORS ?
Est-ce que parce que les gens sont en train de regarder une fiction, leur cerveau n’absorbe pas les merdes discriminantes à souhait qui sont véhiculées ?
Est-ce que les scénaristes ont mis ces mots là par hasard dans la bouche de « l’expert psychiatre » ?
Évidemment que non.

Juste pour info : j’ai googlé « abus sexuel trouble borderline ». Juste pour voir si une quelconque étude relevait ce « risque accru de devenir un abuseur sexuel si on est borderline ».
Je n’ai rien trouvé (sur les 3 premières pages de résultats de recherche. J’avoue je ne suis pas remontée plus loin que ça) mentionnant un risque accru pour les personnes borderline de COMMETTRE des abus sexuels.
Par contre, j’ai trouvé beaucoup de pages mentionnant le lien inverse : le fait d’avoir SUBI des abus sexuels augmente le risque d’avoir un trouble de la personnalité borderline, comme conséquence du traumatisme.

Ce qui me donne l’occasion de rappeler, en conclusion de cet article, que contrairement aux idées reçues, les personnes souffrant de troubles psychiques sont de deux à quatre fois plus à risque que le reste de la population d’être VICTIMES de violences (physiques, sexuelles ou psychologiques).
(Source : Association Canadienne pour la Santé Mentale)