Oui, les fous-folles peuvent s’entraider

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’une idée reçue récurrente sur les personnes atteintes de troubles psy :

« Il ne faut pas rester entre vous, vous vous tirez vers le bas ».

Je pense que pas mal toutes les personnes ayant des troubles psychiques l’ont entendue, donc elle vaut le coup qu’on s’y attarde un peu.

Avant d’être la personne revendicatrice râleuse que je suis aujourd’hui, j’ai passé aussi pas mal de temps, à l’époque où j’allais vraiment mal, à squatter ces « lieux de perdition » que sont les forums d’entraide en ligne entre personnes avec des troubles psy.

Bah je vais vous dire un truc : bien loin de me tirer vers le bas, ça m’a sauvé la vie.

Littéralement.

Sans les personnes rencontrées là, que je pouvais appeler à des heures improbables, et surtout dans des états parfois assez catastrophiques (vous connaissez beaucoup de personnes qui vont vous répondre peinard à minuit quand vous les appelez en pleine crise d’angoisse et que avoir une personne au téléphone vous parait être la seule solution fiable pour éviter de faire n’importe quoi avec votre boite d’anxiolytiques ?), je ne sais pas comment j’aurais géré les moments les plus compliqués.

Sans les personnes rencontrées là, à qui je pouvais dire sans passer complètement pour un alien, que j’étais roulée en boule dans mon lit depuis des heures et que je n’avais pas la force de mettre un doigts de pied hors du lit, et qui sont restés avec moi au bout du fil à m’encourager et me motiver jusqu’à tant que j’arrive à dépasser le blocage, l’angoisse et l’épuisement, il y a pas mal de rendez vous importants auxquels je n’aurais tout simplement pas pu aller.

Sans une des personnes rencontrées là, qui a pris d’autorité pour moi un rendez vous avec une assistante sociale parce que ça me terrifiait de trop de faire cette démarche, j’aurais probablement perdu mon appartement, à un moment donné.

Ces personnes, je leur ai renvoyé l’ascenseur autant que possible, en étant là pour elles quand la situation était compliquée de leur coté.

Des anecdotes dans ce genre là, j’en ai encore plein d’autres me concernant. Et tout autant concernant d’autres  personnes.

Entraide troubles psy

Et pourtant, j’ai pu constater que c’était loin d’être valorisé et encouragé, cette entraide.
J’ai souvent entendu des gens autour de moi me dire que je devrais éviter, que ça me « tirais vers le bas ».
J’ai entendu des gens de l’entourage de mes ami.e.s fous-folles dire que j’étais « une mauvaise fréquentation » pour la même raison.
J’ai entendu des ami.e.s fous-folles dire que leur psychiatre les engueulait de passer autant de temps à échanger avec d’autres fous-folles…
J’ai entendu des trucs encore plus choquants, des personnes interdites de se parler en hôpital psy parce que leur entraide et leur amitié mutuelle déplaisait aux soignants.

Au-delà de l’anecdotique, il me parait super important de s’attarder à réfléchir à ce qu’implique cette idée reçue, parce que, quand on y regarde de plus près, elle est VRAIMENT complètement… Crade. Destructrice. Dévalorisante.

Je vais passer en revue les choses que cela sous-tend et implique, de dire aux fous-folles que leur entraide, c’est de la merde.

– « Vous êtes incapables de savoir ce qui vous fait du bien ».

Bah ouais.
A chaque fois que vous nous dites que « ça nous tire vers le bas », c’est ça que vous nous dite.
Parce que nous, on le voit bien, que ça ne nous tire pas vers le bas. Et on vous le dit, aussi.
Mais on est manifestement trop cinglé.e.s à vos yeux pour accorder foi à notre évaluation là dessus.

– « Vous êtes incapables d’apporter du positif autour de vous »

C’est bien connu, les « fous-folles » détruisent leur entourage, n’est ce pas ?
C’est ce qu’on entend plus ou moins à chaque fois qu’un article, une réflexion se penche sur l’entourage des personnes avec une maladie psy. La souffrance de leur entourage (c’est hyper valorisant, comme idée, y a pas à dire…).
Alors comment donc pourrions-nous nous entraider ?

Et bien en fait oui, on peut. Et on le fait.
On le fait sur les fameux forums d’entraide. Celles et ceux qui sont hospitalisé.e.s le font aussi dans les services psy.

On s’entraide. On s’écoute. On ne se juge pas. On comprends ce que vit l’autre, parce qu’on vit un truc similaire ou voisin. On se soutient face à la psychophobie ambiante, aussi.
D’ailleurs, ne serait-ce pas aussi cette dernière chose qui dérange les « gens normaux » (Du moins, celles et ceux qui se considèrent comme tel…) ? Le fait qu’on se soutienne et que notre soutien nous donne la force de ne pas accepter stoïquement toutes les idées reçues, toutes les discriminations, toutes les violences ?

– « Vous ne pouvez pas trouver quoi que ce soit de positif dans votre situation ».

C’est vrai quoi, la maladie psy ou la neuro-atypie, c’est voué à être une longue nuit opaque hein.
Imaginer qu’on puisse trouver du positif HORS de la norme neurotypique, ça défrise beaucoup de neurotypiques.

Et quand on y réfléchir, c’est parfaitement logique :

Imaginer qu’il existe des possibilités qui sortent des codes neurotypiques, c’est carrément dangereux pour cette norme.
Elle ne repose sur rien d’autre que sur de l’arbitraire : tel fonctionnement est normal, tel autre est pathologique. Et ce, sur la base de rien de tangible, de rien de concret.
Donc si on commence à pouvoir valoriser des fonctionnements qui sortent de cette norme, si on commence à accepter ne serait-ce que l’idée que tout n’est pas noir et glauque dans les fonctionnements qui sortent de la norme psychiques… On commence à donner aux gens l’autorisation de ne pas se battre à TOUT PRIX (en premier lieu celui de leur bien être…) pour coller à cette norme. Brrr. Attention, danger !

Et pourtant…

Sans cette entraide, on serait beaucoup à ne pas avoir remis la tête hors de l’eau, voire à ne plus être de ce monde.
Gardez ça en tête, vous les proches, vous les psychiatres, vous les « normaux ». Même si ça égratigne votre égo, même si ça vous rappelle que vous ne pouvez pas tout contrôler, et surtout pas NOUS contrôler. Même si ça égratigne vos mythes foireux sur notre compte.

Et si vous êtes concerné.e.s par les troubles psy, gardez en tête que vous êtes valables, que vous apportez du positif autour de vous, que vous êtes capables de vous entraider, et que celles et ceux qui voudront vous prouvez le contraire ne savent en aucun cas mieux que vous même qui vous êtes et ce que vous valez !

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15 réflexions sur “Oui, les fous-folles peuvent s’entraider

  1. Tellement ! J’y ai eu droit quand j’ai parlé à un conseiller des amis que je me suis faits en ligne, et du fait qu’on partage beaucoup de points communs au niveau de nos problèmes.

    J’étais enthousiaste mais il m’a séchée avec un « mais ce serait bien de ne pas rester que entre vous » et je ne sais plus quoi à propos d’une « bulle » dans laquelle on « s’enfermerait ». Tiens donc.

    Je regrette de ne pas lui avoir rétorqué que si je choisissais de parler à ces personnes, c’était pour une sacrée bonne raison. Et que je n’allais pas changer de fréquentations juste histoire de.

    C’est vrai que ce serait dommage de pouvoir trouver du soutien et être à égalité avec d’autres êtres humains, mieux vaut se cantonner aux gens bien normaux qui n’ont pas la moindre idée de ce qu’on vit, c’est tellement mieux pour nous aider à nous accrocher, l’incrédulité et l’incompréhension.

    « Imaginer qu’on puisse trouver du positif HORS de la norme neurotypique, ça défrise beaucoup de neurotypiques. »

    Ça me rappelle beaucoup une personne de ma famille qui se débrouille toujours pour peindre ma situation plus noire qu’elle ne l’est. Elle me sort que je « traîne des casseroles » (faisant allusion au fait qu’il y a eu beaucoup de ratés dans ma vie. Elle ignore apparemment le sens de ces mots, qui veulent dire qu’on traîne une sale réputation) et n’hésite pas à me rabrouer d’un « tu n’as pas de vie sociale » (qu’elle commence par se demander si j’en veux une, et pourquoi ?). On n’a pas besoin de s’entendre dire qu’on « a une vie de merde » alors qu’on tâche de s’en sortir, de faire avec les périodes difficiles et d’apprécier les moments de répit.

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    1. Certains de vos articles sont vraiment dangereux.

      Ils vont sûrement incité des personnes souffrants de TB à arrêter leur traitement et repartir dans une montagne russe.

      Les phases dépressives sont extrêmement violente et pousse au suicide la plupart du temps. Seul les médicaments calmes la chose…

      Et certains de vos articles ont l’air de sous-entendre qu’on ne devrais pas prendre de médicaments… C’est tellement irresponsable…

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    2. Ahah, vous faites parti de ces gens qui pensent qu’on peut guérir d’un TB, juste en buvant des jus de fruit…

      Non, mais sérieusement. C’est une honte de mettre en danger les gens comme cela…

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      1. Cher Rekt-Rez… Vous avez fait une lecture pour le moins créative de mon blog hein.

        Je vous invite à me citer les passages d’où vous déduisez que je parle de refuser à tout prix les médicaments, hein… Parce que je ne me souviens en aucun cas de l’avoir écrit.

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  2. Bonsoir !

    J’ai un coup de gueule… Je suis une personne qui aime la zététique.

    Je trouve que ça permet d’amené un très bon esprit critique.

    Récemment, je lisais un zététicien blogeur… Et j’ai tout de suite été frapper d’une remarque…

    Je cite :

    « La santé mentale de Monsieur K me semblait discutable, et mon éthique personnelle m’incite à ne pas débattre publiquement avec une personne mentalement perturbée ou ne disposant pas de toutes ses facultés intellectuelles. C’est un service à rendre aux individus diminués que de ne pas profiter de leur situation. Ma position était donc aussi bienveillante et stoïque que possible. »

    Si même les défenseurs de la logique et de l’humanisme se mettent à être des psychophobes aussi virulent… On est pas dans la merde…

    Je vais aller trouver une île déserte, se sera mieux.

    Aimé par 1 personne

    1. Dans ce cas, ce n’est pas de la psychophobie. Si la personne n’est pas en mesure de soutenir son point de vue et est susceptible d’aller encore plus mal après s’être faire démonter dans un débat public (Commentaires atroces sur youtube, subreddits, twitters, j’adore le net 2.0 pour ça, vraiment), c’est de la prévention.
      Un vrai de vrai zététicien va toujours avoir une approche bienveillante face à son interlocuteur, qu’il soit zét ou non, qu’il aie un point de vue valable ou non (voir les vidéos de Samuel Buisseret avec Jean-Pierre Petit). Et ce n’est absolument pas de la condescendance.
      Il faut avoir un ego surdimensionné à la Grimault pour ne pas sortir complètement détruit après un débat qui s’est pas très bien passé, surtout si, derrière, la communauté zét reprend les faiblesses des arguments au point d’en faire des memes.
      Et Acermendax de la Tronche en Biais (car c’est de lui qu’il s’agit) est quelqu’un d’extrêmement respectueux de la personne. Même avec Grimault. Même avec Freeman, Et c’est pour éviter de jeter une personne affaiblie en pâture médiatique qu’il ne veut pas débattre avec lui, rien d’autre.
      Il y a des lois qui empêchent d’exploiter des personnes en position de faiblesse, il a juste élargi ce concept.
      Histoire d’éviter que K aille plus mal.
      Des personnes fragilisées sont mortes d’une surexposition médiatique. Haters gonna hate. L’exemple qui me reste en travers de la gorge est la principale développeuse de Dolphin, un émulateur très fidèle de la GameCube. Les gens de 4chan se sont ligués pour taper sur le clou. Elle s’est suicidée.
      Si on peut éviter ça, ce n’est pas plus mal.
      Ce qui m’amène à quelques autres questions, centrales :
      Doit on revendiquer notre différence ou faire que l’on nous traite comme les autres ? Personnes souffrant d’un handicap, défavorisés, transgenres, malades chroniques, étrangers, bref, tous les aliens dans une société extrêmement normative, comment doivent-elles réagir ? Dans quel référentiel peuvent-elles vivre ? Le leur au risque de se couper des autres, ou dans la norme au risque de se blesser continuellement en voulant s’hyper-intégrer ? Un équilibre quasi impossible à trouver pour « Nous, les Martiens ».
      Oui, Bradbury n’a pas écrit que Fahrenheit 451. À relire d’urgence.
      PS: Lau, je signe ici de mon pseudo youtube. Strike pas mon comm’ ! Zoubis.

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  3. Super blog, super article, pardon supers articles au pluriel. J’en rebloguerai / citerai certains quand j’écrirai sur les mêmes sujets, c’est tellement bien dit ! Et j’approuve totalement : ado, les fous-folles qui m’entouraient (virtuellement ou physiquement) m’ont sauvé la vie. Ils m’ont manqué par la suite… aujourd’hui, les blogs que je lis de personnes « atypiques » comptent parmi les lectures qui me nourrissent et me réconfortent le plus !

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  4. Avant je faisais partie de ces gens qui pensaient que parler avec d’autres personnes dans le même cas était nocif mais maintenant avec le temps, je me suis rendu compte que c’était stupide. Il n’y a pas qu’une personne qui veut s’en sortir, tout le monde le veut. Et c’est pur ça, qu’il est important que les personnes mal puissent se retrouver avec quelqu’un dans le même cas, pour s’entraider.

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