Vous êtes sur.e.s de gueuler sur Hanouna pour les bonnes raisons ?

Avant toute chose, vu que mon titre est un peu provoc’, je vais commencer par dire quelque chose qui est une évidence pour toute personne qui me connait (mais pas forcément pour les autres) :

NON, je ne défends pas Hanouna. DU-TOUT. Ce qu’il a fait de manière répétitive dans ses diverses émissions, à savoir faire de l’homophobie, du sexisme, du racisme, du validisme, de la grossophobie, de la psychophobie (bref, de tout ce qui peut se trouver comme discriminations crasses) son fond de commerce sous couvert d’humour EST grave, et mérite amplement qu’on gueule très fort et qu’il soit sanctionné.

A plus forte raison, je ne suis pas hétéro, et les conséquences dramatiques de son dernier « canular » (à savoir : un mec de 19 piges s’est fait virer de chez lui par ses parents, qui ont appris à cause d’Hanouna et son canular que leur fils n’est pas hétéro) me touchent tout particulièrement et me prennent au bide.

Si j’avais la possibilité de faire caca sur ses chaussures pour lui exprimer métaphoriquement tout le bien que je pense de son attitude, je le ferai avec un plaisir non dissimulé.

Caca
(Je n’avais pas envie de voir Hanouna en photo sur mon blog. Alors à la place, j’ai mis un caca)

Maintenant que l’évidence est énoncée, je vais pouvoir devenir casse-gonades, et titiller un peu.

Parce que y a quand même un truc qui me chiffonne, dans la levée de bouclier quasi unanime (à l’exception des fans inconditionnels qui défendent leur idole), contre Hanouna (et ce, déjà avant sa dernière bouse).

Vous êtes tellement nombreux.ses à le condamner que je me demande un peu où vous êtes, tou.te.s, quand il s’agit de dénoncer l’homophobie, le sexisme, le racisme, la psychophobie, le validisme dans euh… VRAIMENT BEAUCOUP D’AUTRES EMISSIONS.

Parce que ouais, Hanouna est peut-être un peu moins « subtile » dans ses « blagues » que d’autres, mais n’empêche que la TV mainstream, elle en est complètement truffée, de trucs discriminants crasseux.
Alors pourquoi ca vous fait hurler chez Hanouna, alors que chez les autres, il n’y a que les militant.e.s convaincu.e.s et acharné.e.s qui réagissent ?

Vous êtes où, quand Ardisson humilie les gros.ses ?
Vous êtes où quand Ruquier donne pendant des mois la parole à Zemmour ?
Vous êtes où quand les Enfoirés font de « l’humour » sur les troubles psy en se foutant allègrement des personnes suicidaires (un comble dans un spectacle destiné à récolter des fonds pour les Restos du Coeur, dont une part non négligeable des bénéficiaires ONT des troubles psy…) ?
Vous êtes où quand Arthur fait des vannes plus que douteuses sur l’homosexualité d’un des participants à ses « Vendredi tout est permis » ?

Parce que je vous cherche, hein, mais je vous vois pas beaucoup gueuler. Du moins, INCROYABLEMENT MOINS que s’agissant de Hanouna.

Pour le coup, avide de comprendre, j’ai cherché des réponses en lisant un peu les commentaires, les discussions, les débats sucités par la polémique autour de Hanouna.

Et ce que j’ai lu, j’avoue, ne m’a pas fait très très plaisir.

J’ai lu beaucoup, beaucoup d’élitisme crasseux.
« Ouais, c’est de la télé populaire quoi, de la merde, de la télé pour les gens cons, de la télé de bas étage, faut vraiment manquer d’instruction pour regarder ça ».
Ouais ben pour le coup, les gens, si Hanouna et ses « blagues » homophobes, sexistes, racistes et autres me donnent envie de déféquer sur ses chaussures, ben je viendrais bien déposer le reste du contenu de mes intestins sur les vôtres, hein.

Il va falloir qu’on parle, très sérieusement.
Trasher sur les homos, c’est mal, mais trasher sur les classes populaires, c’est bien ?
Trasher sur les femmes c’est mal, mais on peut trasher sur les personnes qui n’ont pas un niveau « intellectuel » suffisant à votre goût ?
Vous gargariser de votre niveau d’études en trashant sur les gens qui n’ont pas Bac + Tout Plein, c’est supposé être OK ?
L’homophobie est plus acceptable si elle est exprimée avec des grands mots d’universitaire ?

J’ai vu aussi quelques bons « francais de souche », vous savez, ceux qui votent Marine le Pen et ses sbires, en profiter pour caler quelques petites vacheries racistes. Parce que quand même, il est pas très très blanc, Hanouna, et son nom n’a pas l’air sorti d’un village du Périgord.

Et enfin, j’ai vu quelques « antisionistes » (qui cachent leur antisémitisme en l’appelant autrement parce que c’est plus joli) en profiter pour rappeler l’air de rien que Hanouna est juif.

Et là aussi, j’ai senti très fort mon sphincter anal se relâcher en visant leurs godasses, hein.

Alors ouais. Vous qui dénoncez si fort Hanouna… Prenez cinq minutes pour vous demander pourquoi.
Si c’est sincèrement parce que vous vomissez l’homophobie, que vous conchiez le racisme, que vous gerbez le sexisme, que vous avez des boutons à l’idée du validisme… Alors ouais, continuez de dénoncer. Et je le fais aussi.

Par contre, si vous en profitez pour cracher à l’aise, planqués dans la masse, votre mépris pour les classes sociales « plus basses » que la vôtre, ou votre racisme et votre antisémitisme, vous seriez bien aimable de FERMER VOS GUEULES, et de commencer par balayer devant votre porte. Il semblerait qu’il y ait un peu de caca sur votre paillasson.

Le consentement expliqué avec des arachides (ou « Non, consentir à un rapport sexuel ne signifie pas consentir à n’importe quel acte »)

Cet article comporte la description précise d’un abus sexuel. Si vous ne vous sentez pas de lire ça, c’est le moment de fermer cette page. Prenez soin de vous avant tout.

Il y a quelques semaines, à Lausanne, en Suisse, un homme a été condamné pour viol (à de la prison avec sursis, hum. Mais bref. La sanction prononcée n’est pas le sujet de cet article, même s’il y aurait fort à dire sur le fait de condamner un violeur « uniquement s’il recommence », n’est-ce pas ?).

Pour revenir en bref sur ce qui a motivé cette condamnation:

Après s’être connus via une appli de rencontres, l’homme et sa partenaire ont eu une relation sexuelle. Qui était – sur le principe – consentie des deux cotés.
MAIS après une première pénétration avec un préservatif, l’homme a demandé à sa partenaire des jeux sexuels sans préservatif, ce qu’elle a refusé.
Puis, il l’a à nouveau pénétrée, en lui tenant les poignets ce qui fait qu’elle n’avait aucun moyen de voir que, en fait, entre les deux pénétrations, il avait retiré sa capote… Chose qu’elle n’a donc vu qu’à la fin du rapport sexuel.

A plus forte raison, alors que la femme, légitimement très inquiète du risque de MST, demandait à l’homme de passer un test de dépistage, il a disparu de la circulation, ne donnant plus signe de vie.
Pour assurer sa sécurité, la femme a dont dû passer par le (lourd et contraignant) traitement de prophylaxie post-exposition pour au moins éviter le risque de VIH, n’ayant aucun moyen de savoir si l’homme était ou non porteur du virus du SIDA.

Cette condamnation a fait couler beaucoup d’encre dans la presse et dans les commentaires sur les sites des journaux.
Beaucoup d’encre qui, à vrai dire, ne fait pas vraiment du bien à lire. (Si vous tenez vraiment à vous écorcher les yeux, les commentaires de cet article sont représentatifs d’une bonne partie des horreurs qu’on a pu lire sur le sujet…)

Beaucoup de commentateurs (mais aussi un chroniqueur judiciaire d’un journal genevois, avocat de son état, donc faisant figure d’autorité en matière de droit) se permettent des propos carrément infects sur la victime du viol.
Qui « n’assume pas ».
Qui « est une manipulatrice ».
Qui « n’a pas à se plaindre, après tout, elle a voulu du cul, sinon elle n’aurait pas été sur Tinder ».
Qui « n’avait qu’à porter un préservatif féminine », et qui « est irresponsable de ne pas l’avoir fait ».

Et évidemment, plaignent ce « pauvre homme », dont la vie est « brisée » par cette « condamnation injuste ».

J’avoue qu’il m’est assez difficile de rester pédagogue, diplomate et modérée face à de tels propos, mais bon. Je vais essayer quand même.

Et utiliser des arachides pour vous expliquer le problème.

arachide

Et pour ce faire, je vais vous demander un petit effort d’imagination.

Transformons pour un instant cette situation de relation sexuelle en une invitation à manger chez quelqu’un.
Vous acceptez l’invitation d’une connaissance pour un repas, mais au moment de discuter du menu, cette personne vous propose de vous préparer un poulet à l’arachide. Vous lui précisez alors : « Non. Ne mets pas d’arachide dans le repas, j’y suis allergique ».

Au moment du repas, cette personne vous sert un plat contenant des arachides, qu’elle prend soin de dissimuler dans une sauce.
Trouvez-vous ça normal ?

J’imagine que la réponse est unanimement non, n’est-ce pas ?

Vous trouveriez même probablement qu’il est complètement légitime de déposer plainte contre cette personne qui a mis votre santé en danger en toute connaissance de cause, vu que vous aviez pris soin de lui préciser votre allergie à l’arachide. Et que vous trouveriez juste que cette personne soit condamnée alors qu’elle a joué avec votre santé.

Pourquoi cela serait-ce différent concernant la relation sexuelle ?

J’imagine aussi que vous serez d’accord pour dire que sous le terme générique de « relation sexuelle », on peut, tout comme en cuisine, avoir une multitude de menus différents. Et que pas tout le monde est tenu d’accepter chaque menu. Et aussi que certains menus comportent plus de risques que d’autres, n’est-ce pas ?

Pourquoi donc ce qui vous parait – totalement légitimement – inacceptable dans votre assiette devient acceptable dans le cadre d’une relation sexuelle ?

Oui, forcer quelqu’un (par la violence ou par la ruse) à un « menu » sexuel qui ne lui convient pas est un viol, MEME SI LE RAPPORT EN LUI-MÊME ETAIT CONSENTI.
Cela ne s’applique pas uniquement au port ou non du préservatif (oui, je t’ai vu, le petit malin là-bas dans le fond, qui pense que mon analogie ne tient que lorsqu’il y a un risque pour la santé physique de la personne…) : subir par exemple (et parce que c’est un grand classique du genre, malheureusement) une sodomie à laquelle on n’a pas consenti met AUSSI notre santé en danger. Peut-être pas directement notre santé physique (quoi que…), mais notre intégrité psychique. Est-il besoin de rappeler l’existence du syndrome post-traumatique très fréquent chez les victimes d’abus sexuels, avec son cortège de troubles anxieux, troubles dépressifs et suicides ?

Dire oui pour une bouffe entre amis ne signifie pas forcément être d’accord de manger des arachides, ni d’ailleurs être obligé de finir son assiette.
Dire oui pour un acte sexuel ne signifie pas forcément être d’accord pour toute forme d’acte sexuel, ni d’ailleurs être obligé d’aller jusqu’au bout de ce qui a été prévu si sur le moment on ne le sent plus.

Et c’est quand même sacrément triste de devoir rappeler ces évidences, parce qu’elles sont visiblement très loin d’être claires pour tout le monde.

De l’idole au vrai salaud, une réflexion utile ?

Il est possible que je choque avec cet article.

Avant de développer précisément ce que mon article EST, je vais préciser ce qu’il N’EST PAS, histoire d’éviter de blesser inutilement.

Donc mon but N’EST PAS de défendre les diverses stars qui se sont retrouvée à la une de l’actualité pour des faits de violence conjugales, d’abus sexuels et autres joyeusetés. Leurs actes DOIVENT être condamnés, c’est une certitude.
Mon but N’EST PAS non plus de dénigrer les personnes qui ont été légitimement choquées par l’annonce qu’un Cantat avait battu à mort sa compagne, qu’un Pistorius avait tué par balles sa copine, ou qu’un Polanski avait sexuellement abusé d’une personne mineure (entre autres exemples). C’est choquant, et c’est légitime d’être choqué.e de l’apprendre.
Mon but n’est pas d’inciter à continuer à admirer l’oeuvre (artistique, sportive) de ces personnes en faisant abstraction de leurs actes. Là dessus, chacun.e fait selon sa conscience, selon son ressenti (par contre, je ne pense pas non plus que continuer d’écouter Noir Désir soit FORCEMENT une manière de légitimer l’acte de Cantat, par exemple, comme on l’entend parfois. Je pense qu’on PEUT – pas qu’on doit, mais qu’on PEUT – séparer l’œuvre et l’artiste, admirer l’œuvre et condamner les actes de l’artiste tout à la fois !).

Voilà.

Maintenant que j’ai expliqué ce que cet article N’EST PAS, je vais pouvoir en venir au but.

A chaque fois qu’une célébrité se retrouve sur le devant de la scène non pas pour son oeuvre, mais pour ses actes de violence, le débat féministe s’empare à pleine main de l’affaire.

star-violentes

Le procès de la personne est fait, refait, analysé.
ll devient le salaud ultime, la personnification de tout ce que la société a de pourri, une incarnation du patriarcat.
Toute forme de nuance est impossible, il a tué / battu « parce que c’est un mec dans un système patriarcal ». Aucun autre facteur ne peut être évoqué.

Tout le monde s’improvise expert en droit, en psychiatrie légale, pour contester toute implication d’une éventuelle maladie psy, pour comparer les peines prononcées, pour (forcément) trouver la peine du coupable trop légère.

Le débat vire systématiquement à la foire d’empoigne, entre les « fans » qui défendent leur idole, et les féministes. Les un.es lui trouvant plein d’excuses irrationnelles, les autres s’appliquant à démonter ces excuses.

Et moi, je me demande en fait : qu’est ce que ça apporte ?

Au delà du fait de gérer émotionnellement le fait qu’on est légitimement choqué.e d’apprendre qu’un artiste ou un sportif qu’on admirait s’est avéré avoir maltraité sa compagne, je veux dire.

Est-ce que ca fait véritablement avancer une réflexion plus globale sur la violence conjugale, sur notre société qui rend implicitement tolérable de fracasser la tronche de sa compagne ?

Est-ce que décortiquer un cas individuel est utile à la réflexion de société ?

Parce que décortiquer un cas individuel, ça implique deux choses :

– Si on veut être complètement honnête humainement et intellectuellement, ça implique de prendre en compte AUSSI les facteurs individuels. Est-ce qu’il n’y a QUE les facteurs systémiques qui rentre en compte dans la violence : je ne crois pas. EVIDEMMENT qu’ils entrent en compte, qu’ils y sont pour beaucoup, qu’ils sont centraux. EVIDEMMENT qu’ils doivent faire partie de l’analyse. Mais eux seuls ne suffisent pas à TOUT expliquer.
Et si on prend en compte ces facteurs individuels, on s’éloigne d’une réflexion globale, systémique.
– Si on choisit de complètement ignorer les facteurs individuels, on a une analyse tronquée de la situation. Objectivement tronquée. Donc qui prête le flanc à beaucoup de critiques (souvent pleines de mauvaise foi de la part de fans indécrottables et de masculinistes montant au créneau pour défendre le mâle ainsi pourfendu par les « méchantes féminazies »). Mais étant donné que ces critiques ont un fond de vérité tout de même (si on ne prend en compte qu’une partie des facteurs d’une situation, on ne peut pas l’analyser de manière entièrement correcte, c’est une réalité), d’une part il devient très facile de démonter le positionnement des féministes sur la question. Et d’autre part, est-ce qu’on peut revendiquer une meilleure justice, une société plus juste… tout en refusant au coupable, fut-ce d’actes atroces, le fait que tous les facteurs l’ayant amenés à son acte soient pris en compte ?

D’autre part, au delà de la question du fait d’avoir une analyse correcte de la situation… Il y a aussi l’utilité objective du débat, et l’énergie qu’il monopolise :

Pendant qu’on est en train de se prendre la gueule à débattre de la question avec les fans de la star et avec les masculinistes vener, est-ce qu’on agit ?
Pendant que notre attention est focalisée sur le buzz médiatique du moment, qu’est ce qui se passe chez nos voisins, ou dans notre propre couple, ou dans la société de manière globale ?
Les faits divers fascinent, hypnotisent.
(A ce sujet, je vous invite à lire cet article. C’est une premier que je cite Causette, je n’ai vraiment pas une grande affection envers ce magazine qui a écrit beaucoup de grosses bouses sur pas mal de sujets, mais cet article ci me parle).

Mais ne nous font-ils pas oublier l’essentiel ? Le fond ? L’action de fond ? Et ce qui se passe juste sous notre nez ?

Qui peut être sûr.e, vraiment sûr.e, de ne jamais avoir violé ?

Comme tout le monde, jusqu’à y a pas si longtemps que ça, j’avais une vision assez stéréotypée du viol.

Le truc avec de la violence physique, une personne qu’on force physiquement à avoir un rapport sexuel, ou qu’on menace, ou les deux à la fois.

Le truc comme dans les films, quoi.

Puis, je me suis rendue compte que ça n’était pas (que) ça.
Que c’était même assez drastiquement minoritaire, que ça soit ça.

Que la plupart du temps, il y a surtout de l’insistance « jusqu’à ce que l’autre dise oui », de la manipulation, ou un consentement qu’on présuppose sans le vérifier.

Et que cette vision ultra stéréotypée du viol, c’est justement la pierre angulaire de la culture du viol, le truc qui permet aux violeur.euses de légitimer leur attitude derrière un « mais non, c’était pas un viol, iel le voulait aussi ».

Au court du cheminement, j’ai pu réaliser que l’espèce de malaise diffus que je ressentais face à une relation sexuelle passée avait une raison bien précise : j’avais été manipulée pour finir dans le lit d’un mec qui m’a dit ce que j’avais envie d’entendre (que j’étais unique à ses yeux, blablabla… quelques temps avant de servir exactement le même discours à une amie à moi, donc bon, paye ta sincérité…) sans en penser un mot, balayant mes craintes et mes réticences derrière des arguments imparables. Qui n’a pas donné à mes craintes et mes réticences la moindre légitimité, qui m’a fait me sentir ridicule d’avoir des réticences.
Bien entendu, il ne m’a pas mise de force dans son lit.
Il ne m’a pas braqué un flingue sur la tempe.
Mais sa manipulation, son argumentation jusqu’à ce que j’accepte, ma foi, ça porte un nom et ce nom c’est viol.

M’en rendre compte n’a pas été agréable, mais a eu le mérite de faire un peu de rangement dans ma tête au sujet de cette histoire, de me faire arrêter de me sentir complètement conne d’avoir toujours, des années après, ces ressentis déplaisants et angoissant au sujet de cette histoire. Le sentiment angoissant sur cette histoire reste, mais j’ai un mot à mettre dessus, et aussi cliché que ça puisse paraitre, avoir un mot à mettre dessus, ça aide un peu.

Par contre, dans le cheminement, j’ai aussi eu l’occasion de me questionner sur ce MON attitude à moi. Pas par rapport à cette situation là, mais de manière globale, sur « Est-ce que je suis certaine d’avoir toujours fait gaffe au consentement de l’autre, en situation de relation sexuelle ».

Et, aussi détestable que cela soit : la réponse est non.

J’ai le souvenir d’une situation où mon copain de l’époque m’a stoppée net (et j’en suis clairement ravie, qu’il l’ait fait, soyons clairs hein), en me disant « Non mais qu’est ce qui t’a fait croire que j’avais envie de ça, là, maintenant ? ».
Je suis ravie qu’il ait pu réagir, on a pu reparler de ça le lendemain, je lui ai présenté mes excuses, et heureusement, il n’y a pas eu plus de conséquences que ça.
Mais ça, c’est uniquement grâce au fait qu’il a pu réagir.
Et en tous cas pas grâce à mon attention (absolument inexistante sur le moment, soyons honnête) à son consentement.
Donc oui. J’aurais pu être une abuseuse.
Voilà. Ça pique à réaliser. Mais c’est un fait.

Si je parle de cet épisode – qui ne me met pas franchement à mon avantage – ça n’est pas pour tendre le bâton pour me faire battre.

Mais pour vous renvoyer la question. A tou.te.s.
Est-ce que vous pouvez être certain.e.s que jamais, vous n’avez été en situation d’abuseur.euses ?

Parce que la culture du viol, on a tou.te.s été élevé.es dedans, hein.
On a tou.te.s entendu, et intériorisé plus ou moins profondément le message de « qui ne dit mot consent » (qui est quand même le dicton le plus crade qu’on puisse imaginer, quand on y réfléchit de plus près…).
Et qu’on a, pour la plupart d’entre nous, débuté notre vie sexuelle AVANT de commencer à déconstruire tout ce bullshit dans notre tête.
(Et que même le déconstruire n’est pas un antidote absolu, et que l’attention à porter au consentement, elle n’a pas à se relâcher en mode « j’suis mega féministe de la mort qui tue tout, j’suis à l’abri de devenir un.e abuseur.euse »… Piège dans lequel il pourrait être facile de tomber…).

Il n’y a pas que les salopards qui peuvent devenir des abuseur.euses.
Il n’y a pas que les mecs (ou assignés comme tel) qui peuvent devenir des abuseur.euses.
On peut devenir un.e abuseur.euse sans même vraiment le réaliser, et sans que l’autre ne nous dise « Eh, tu m’as fait du mal ».
Lutter contre la culture du viol, c’est aussi (surtout ?) déconstruire cette idée de merde que chacun.e d’entre nous, individuellement, « n’est pas un.e salopard.e et donc ne peut pas être un abuseur.euse », que les violeur.euses c’est les autres, et jamais nous.
Si les violeur.euses étaient uniquement d’infectes personnes dénuées de tout scrupule et qui font du mal volontairement et froidement… Il y aurait BEAUCOUP (mais alors vraiment beaucoup !) moins de personnes abusées sexuellement, aussi.
Le viol, c’est pas quelque chose « d’extraordinaire » (au sens « qui sort de l’ordinaire, de la norme, qui est rare »). C’est au contraire quelque chose de tristement trop ordinaire. Et dont personne n’est à l’abri, que ça soit en tant que victime ou en tant qu’abuseur.euse.

Regarder, déconstruire, juger les mécanismes de la culture du viol chez les autres, c’est assez facile.
Les regarder chez soi-même, ça pique un peu plus.
Mais c’est le seul moyen pour éviter, ouais, de devenir un jour un.e abuseur.euse. Ou de l’être à nouveau (parce que oui, je suis absolument certaine que parmi les personnes qui lisent ces lignes, il y a certes des personnes qui ont été violées, mais aussi des personnes qui ont violé. Peut-être absolument sans le réaliser.)
Et de foutre un sérieux bordel dans la vie de quelqu’un d’autre.

Culture du viol 2

Les attirances sexuelles sont-elles oppressives ?

Bon.

Un sujet qui fait régulièrement débat entre féministes, et que finalement, j’ai envie de décortiquer un peu ici.

Entendons nous, ce que je vais dire là n’engage que moi, ça n’est pas le reflet d’un quelconque courant féministe, c’est juste des réflexions entre moi et moi-même que je mets par écrit et que je fais partager.
Chacun.e en fait ce qu’iel veut, hein !

Donc :

Affirmer une préférence sexuelle (ou juste AVOIR une préférence sexuelle) qui exclut telle ou telle catégorie opprimée est-il synonyme a « être [quelque chose]-phobe » ?

En clair, pour donner un exemple :
L’hétérosexualité est-elle une marque d’homophobie, par exemple ?
Le fait de n’avoir des relations sexuelles qu’avec des personnes minces est-il une marque de grossophobie ?
Ou, à l’inverse :
Une personne mince qui n’est attirée que par des personnes grosses fétichise-t-elle forcément d’une manière malsaine les personnes grosses (ce qui est aussi une forme de grossophobie) ?

L’argument des personnes défendant ce point de vue est que nos attirances sexuelles font partie des construits sociaux, tout comme tout ce qui régit nos relations sociales / interpersonnelles.
Et que donc, on ne peut pas extraire les attirances sexuelles du champ de tout ce qui est influencé par les constructions oppressives de notre société (racisme, sexisme, homophobie, transphobie, etc etc).

Il me serait bien difficile de réfuter en bloc cet argument, à vrai dire.
Bien sûr que « qui nous trouvons belle/beau » et « qui nous trouvons attirant.e » est influencé par les critères de notre société.
A plus ou moins grande mesure, selon la prise de conscience et de distance que nous avons faite vis-a-vis de ces critères dominants, certes (et aussi selon que nous soyons nous-même plus ou moins proches des critères dominants).

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Mais par contre, je suis toujours mega mal à l’aise quand on en arrive à des débats comme :

« une personne qui ne couche pas avec des personnes grosses est-elle grossophobe ? ».
« une personne qui ne couche pas avec des personnes racisées est-elle raciste ? »
« une personne qui ne couche pas avec des personnes trans est-elle transphobe ? ».

Parce qu’en allant aussi loin que ça dans la réflexion, on en arrive vite à un truc TELLEMENT PAS ORIGINAL dans notre société, à savoir les injonctions autour du sexe.

Il y en a BEAUCOUP (beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup. J’ai dit beaucoup ?).
Il faut aimer le sexe, mais pas trop quand même si on est une femme – ou assignée comme telle. (coincée vs salope, quoi).
Il faut aimer telle ou telle position sinon on manque de piquant (ou on est une vieille bique coincée qui ne vit pas avec son temps).
Il faut … il faut plein de trucs, chacun.e a surement sa propre liste de « il faut » à fournir.

Et toutes ces injonctions, elles foutent un merdier sans nom dans une notion quand même UN TOUT PETIT PEU capitale autour du sexe, j’ai nommé :

LE CONSENTEMENT.

Et bon. Le consentement, c’est pas comme si notre société était vraiment vraiment très très protectrice envers cette notion hein. Mais alors vraiment, vraiment pas, même.
On est nourri.es dès le biberon à la culture du viol en poudre, diluée dans un jus d’injonctions, aromatisée avec un fort arôme de culture patriarcale.

Le devoir conjugal à satisfaire, l’injonction à une sexualité reproductrice efficace, tout ça tout ça tout ça… C’est déjà autant d’obstacles à une sexualité épanouissante, consentie, sans violence.

Chaque injonction autour de la sexualité en rajoute une petite couche à la difficulté d’avoir un consentement réel, complet, sans pression extérieure ni auto-pression.

Donc je suis quand même fichtrement mal à l’aise quand on va sur le terrain de la sexualité, des préférence et des attirances sexuelles, pour donner le message à des gens qu’iels sont oppressif.ves.

Parce que même si les critères de beauté communément admis (qui sont, comme il se doit, blancs, minces, valides, hétéro et cis, hein !) ont forcément un impact dans la représentation de la personne qu’on va avoir envie d’avoir dans notre lit…
La sexualité reste un sujet éminemment intime.

Alors oui, « le privé est politique ».

Mais quand il s’agit de risquer de renforcer la culture du viol en rajoutant tout pleins de leviers de pressions implicites ou explicites (« Quoi ? Tu ne veux pas coucher avec moi ? Tu ne serais pas un peu grossophobe ? »), en rajoutant tout plein d’auto-pressions aussi (« Merde, je n’ai pas envie de lui donner l’impression de le.a rejeter à cause de son poids, mais quand même, je ne suis pas attiré.e par ellui, merde qu’est ce que je dois faire, merde merde merde »)…

J’ai quand même envie de dire qu’on se balade sur une pente allègrement savonneuse.

Et que je n’ai honnêtement pas envie – en l’état actuel de la société avec l’omniprésence de la culture du viol – de voir empruntée, pour ma part. Trop dangereux. Même « pour la cause », pour la déconstruction des préjugés, pour tout ca. TROP-DANGEREUX.

Il y a encore trop à faire dans la démolition caillou par caillou de la culture du viol pour pouvoir – à mon sens – se permettre de rajouter des pressions et des injonctions autour de la sexualité.

Par contre, qu’on s’entende bien, hein.

C’est pas une porte ouverte à dire tout plein de trucs cradement oppressifs à tour de bras et la bouche en coeur sous prétexte de justifier tes préférences sexuelles hein.
Ouais, toi là bas dans le fond, je t’ai vu, en train de préparer ton argumentation toute pleine de préjugés pour expliquer avec qui tu couches et avec qui tu ne couches pas.
Oublie l’idée. Tout de suite. Vraiment.

Tu couches avec qui tu veux hein. C’est pas le problème. (Ouais enfin. Tant que l’autre personne en a envie aussi. Cela va sans dire, mais dans notre société, j’ai quand même envie de le préciser, figurez vous !).
Mais, si tu as le droit de dire que tu te sens plus à l’aise de coucher avec [x type de personne], ça ne te donne absolument pas le droit de donner des raisons faussement « objectives » pour expliquer que les autres types de personnes sont repoussantes, hein.
Non.
Personne n’est « repoussant ».
C’est juste toi qui n’est pas attiré.e.
C’est pas pareil.
Et la différence est VRAIMENT VACHEMENT IMPORTANTE.

[Meurtre de Marie] Un « cas d’école » sur le victim blaming…

Pour les non-Suisses, qui n’ont pas bouffé à longueur de pages de journaux jusqu’à l’overdose d’indécence et de voyeurisme « l’affaire Marie »… Rapide explication des faits :

Marie
Marie.
Une jeune femme de 19 ans, qui a été violée et assassinée en 2013 par Claude Dubois, un criminel récidiviste (il avait déjà, plusieurs années avant, violé et tué son ancienne petite amie) qui avait bénéficié d’une peine convertie en arrêts domiciliaires avec surveillance par bracelet électronique).
Marie entretenait une relation avec lui, sans savoir pourquoi il portait un bracelet électronique (il lui avait semble-t-il menti sur son passé criminel).
Le fait que Dubois soit resté au régime d’arrêts domiciliaires fait polémique, parce que des signes avant coureur avaient permis de remarquer une montée en violence de l’homme (notamment des témoignages de ses collègues de travail à qui il avait tenu des propos inquiétants, mais aussi des posts évoquant ses fantasmes sexuels sur les réseaux sociaux), mais un vice de procédure avait fait qu’il était resté à ce régime d’exécution de sa peine.
Marie a été enlevée à la sortie de son travail, puis violée, tuée, et son cadavre abandonné dans une forêt.
Claude Dubois a avoué son crime.

Ca, c’est pour ce qui est des (tragiques) fait de cette horrible histoire, pour que tout le monde comprenne de quoi je parle. (Je me mets volontairement, pas de lien vers des articles de presse évoquant l’affaire, parce que je n’en ai honnêtement trouvé aucun qui parle de l’affaire d’une manière un minimum décente, en parlant des faits sans tomber dans le voyeurisme et la polémique « pour faire vendre »).

Avec l’approche du procès du tueur, l’affaire réapparait dans les journaux.

Outre l’habituel voyeurisme (tiens, si on fouillait l’entourage, qu’on exposait la famille du tueur et de la victime, etc etc), un aspect particulièrement gerbant en terme de victim blaming ressort allègrement dans la presse.

On épilogue sans fin parce que des posts du blog de la victime laisseraient penser qu’elle pratiquait le sexe rémunéré.
C’est d’ailleurs le centre de la défense mise en place par l’avocat de Claude Dubois.

Donc… Pour les journaux, pour la presse, pour beaucoup de monde… Le fait que la victime ait été une travailleuse du sexe (si c’est bien le cas) serait… Une foutue circonstance atténuante ?!
Comme si, quand même, elle l’avait un peu mérité, un peu cherché ?

Vous êtes sérieux, les gens, vraiment ?

Une fois de plus, on cherche chez la victime – qui de fait n’est même plus là pour se défendre – une part de la culpabilité.
Parce qu’elle était une femme, Marie aurait dû, pour avoir le droit d’être VRAIMENT mise complètement « hors de cause », être chaste, pure, ne pas aimer le sexe.
Parce qu’elle était une femme, la vie de Marie est scrutée au microscope.
Parce qu’elle était une femme et peut-être une travailleuse du sexe, Marie n’est pas « vraiment une victime », manifestement…
Et pourtant, Marie est morte.
Et pourtant, Marie, avant de mourir, a été torturée.

J’ai juste envie de répondre à ces journalistes, à ces avocats :

Qu’est ce que ça change, qu’elle ait ou non été travailleuse du sexe ?
Est-ce que ça donnait le droit de la violer ?
Est-ce que ça donnait le droit de la tuer ?
Est-ce que vous pouvez vraiment vous regarder dans un miroir en donnant publiquement le message que « tuer une prostituée, c’est moins grave que tuer une autre femme » ?
Est-ce que vous vous rendez compte que, dans chacun de vos articles qui épiloguent sur le sujet et dans chacune de vos prises de positions publiques sur le sujet, vous donnez le message « si vous avez envie de tuer ou de violer une meuf, choisissez une travailleuse du sexe, vous aurez moins d’emmerdes », et dédouanez non seulement Claude Dubois, mais aussi tous les potentiels futurs agresseurs ?

Ou plus simplement : Vos gueules !

Les limites du « body positive »

« Tous les corps sont beaux ».
« Tu peux aimer ton corps, quel qu’il soit ».

Body positive« Beauté dans chaque forme et taille »

Ces messages, courants dans le mouvement « body positive », sont importants.
Il est important de rappeler qu’on peut trouver de la beauté dans chaque corps, qu’on a le droit de sortir des cases établies par une société patriarcale qui définit de manière très stéréotypée quelle est la « vraie beauté » (mince, blanche, sans handicap physique, sans cicatrices, …)
Ce message est nécessaire.

Par contre, ce message a ses limites, et on les franchit parfois allègrement.

Est-ce que seul un corps qu’on trouve beau est digne d’être respecté ?

Si la notion de « beauté » reste subjective (bien qu’il soit important de rappeler que la société nous dicte quels corps sont beaux, et que donc on ne peut pas complètement se cacher derrière « c’est mes goûts personnels »), la notion de respect DOIT être universelle.
Je ne revendique pas qu’on trouve forcément mon corps beau. Des gens vont le trouver beau, d’autres pas, et sincèrement : je m’en fous. Je ne vis pas pour être un élément décoratif dans le paysage visuel d’autrui. Tant mieux si la vision de mon corps est agréable pour la personne en face, mais si elle ne l’est pas, ça n’est pas vraiment un problème pour moi.
Ce qui est un problème, par contre, c’est quand on se prend le droit de juger de la valeur d’une personne en fonction de la beauté qu’on voit (ou qu’on ne voit pas) dans son corps.
Ce qui est un problème, aussi, c’est quand on se permet de manquer de respect à une personne au nom du fait qu’on ne trouve pas son corps beau.
Ce qui est un problème, enfin, c’est quand on se permet des injonctions (« Tu devrais perdre du poids », « tu devrais te lisser les cheveux », etc) à une personne pour qu’elle mette son corps en conformité avec des normes, ou avec ce qu’on estime être « beau ».

Plus que « tous les corps sont beaux », est-ce que l’essentiel n’est pas « tous les corps sont respectables », et « Mon corps, mes choix », pour lutter contre ces injonctions perpétuelles, et contre cette valeur centrale donnée à la beauté physique dans la valeur qu’on attribue aux personnes ?

La dysmorphophobie (définition) n’est pas uniquement sociétale

Un aspect qui me parait particulièrement problématique en terme de dérive dans le mouvement body-positive, c’est le fait que, à force de dénoncer – à juste titre – l’impact des oppressions sociétales (sexisme, racisme, grossophobie, etc), on oublie un peu que des problématiques psychiques peuvent influencer également le regard qu’on a sur son propre corps.
Tout analyser à la lumière d’un regard sociétal, c’est mettre d’emblée à l’écart les personnes qui souffrent de troubles psychiques amenant à avoir un regard biaisé sur son corps, et dé-légitimer leur vécu.
Par exemple, analyser l’anorexie uniquement au travers du « message social qui impose la maigreur », c’est extrêmement réducteur, et c’est source de souffrances pour les personnes anorexiques.
Les personnes malades psychiques sont déjà réduites au silence, dé-légitimées de toutes les manières possibles par la société.
Il serait temps de commencer à les prendre en compte au sein des mouvements militants. Y compris sur ce point précis.

On a le droit de ne pas aimer son corps, de vouloir le changer. Et on a le droit de vouloir se conformer aux normes sociales par « gain de paix ».

Le mouvement body positive ne devrait pas être source d’injonctions.
Et pourtant, il l’est parfois.
Que ça soit envers les gros.ses qui cherchent à maigrir, envers les personnes racisées qui cherchent à lisser leurs cheveux pour se conformer à un look « occidental », envers les femmes qui utilisent la chirurgie esthétique pour avoir un corps qui soit plus à leur goût, ou plus facilement acceptable socialement, le message body positive n’est pas toujours tendre.
J’ai ainsi pu voir des gros.ses se faire basher pour avoir parlé de régime, des personnes racisées se faire enjoindre (de préférence par des blanc.hes qui n’ont pas à subir la pression sociale sur leurs cheveux) à ne pas lisser leurs cheveux. J’ai vu des femmes se faire traiter de potiches parce qu’elles parlaient d’une opération de chirurgie des seins.

Mais qui serions-nous, pour décider à la place de quelqu’un d’autre que cette personne doit, chaque jour, avoir envie de militer par le simple fait d’exister, de sortir dans la rue ?
Pouvoir encaisser la pression sociale, c’est un privilège aussi. Déterminé par plein de trucs sur lesquels on n’a pas de prise (notre entourage, notre santé psychique, notre situation économique…)
La discrimination à l’embauche à laquelle on s’expose si on a un physique non conforme aux normes sociales, on ne peut pas tou.te.s décider de l’affronter plus ou moins stoïquement.
Les insultes dans la rue, on ne peut pas tou.te.s les encaisser sans trop de dommages.
La pression sociale n’est pas la même selon qu’on ait un entourage proche bienveillant ou qu’on soit isolé.e au sein d’un entourage oppressif.

Quand, au nom du message body positive, on se permet de marginaliser des gens AU SEIN MEME DES GROUPES MILITANTS, alors que ces personnes sont déjà fragilisées dans la société en général, on doit se dire qu’il y a un problème quelque part…