Quelques souvenirs d’élève neuroatypique

Avant toute chose :

Cet article se base sur MES souvenirs.
Il n’a en aucun cas la prétention d’être représentatif de TOUS les parcours d’élèves neuroatypiques, ni même de tous les parcours d’élèves avec un TDAH (trouble de déficit d’attention avec hyperactivité).

C’est juste un témoignage.

Un témoignage que j’ai envie d’adresser avant tout aux enseignant.e.s, parce que ces personnes peuvent faire une sacré différence entre « un parcours d’élève neuroatypique qui se passe bien », et « un cauchemar qui fait qu’on a la boule au ventre à l’idée d’aller en classe et d’y passer sa journée ».

Je n’ai pas la prétention non plus d’avoir des recettes et des solutions. J’ai juste envie de raconter ce qui m’a aidé, et ce qui m’a déglingué la tronche pendant ces années. A vous d’y regarder, de voir si vous reconnaissez certaines de vos attitudes… et d’en faire ce que vous pouvez.

TDAH

Toute gosse, j’étais infiniment plus à l’aise avec les adultes qu’avec les enfants. Genre VRAIMENT beaucoup plus à l’aise.
Les autres enfants, c’était un peu des créatures étranges fonctionnant selon des codes que je ne comprenais pas tellement.
Ma prof d’école enfantine (« maternelle », pour les français.e.s) m’a littéralement sauvé la mise : elle me trimballait partout avec elle. Elle devait aller chercher un truc en salle des profs ? « Viens avec moi ».
Alors oui, ça faisait que mes camarades me regardaient un peu bizarre, mais ca évitait qu’elle me retrouve en larmes ou plus ou moins prostrée à son retour. Et ça m’évitait pas mal d’angoisses (pour la petite histoire, une fois elle n’a pas pu m’emmener avec elle. J’ai tellement stressé que j’ai somatisé : en quelques heures je me suis couverte de plaques rouges. Une pousse d’eczéma géante. Le médecin a demandé à ma mère si j’avais vécu un truc particulièrement stressant, parce que ce genre de trucs étaient typiquement psychosomatiques. Et oui, j’avais vécu un truc particulièrement stressant : rester seule au milieu d’un groupe d’enfants pendant 5 minutes.)

Elle me laissait aussi – même si ses collègues lui disaient de « ne pas encourager ça » – venir à l’école avec mon doudou. Mon « coïcoï » comme je l’appelais. Un morceau de tissu informe que je secouais devant mon visage (des fois en disant « coïcoïcoïcoï » répétitivement – d’où son nom) pour me rassurer et m’apaiser quand je stressais. J’ai arrêté un jour de le prendre. De moi-même. Parce que je me sentais de m’en passer. Personne ne m’a forcé. Alors que ma maman voulait plutôt confiner le coïcoï à la maison parce qu’elle trouvait ça « trop bizarre », elle lui avait dit que surtout pas, que si j’en avais besoin bah je pouvais le prendre, que le but n’était pas de me faire flipper gratuitement, et que je m’en passerais quand je pourrais m’en passer. Bien vu.

Elle a passé pas mal de temps à m’expliquer.
Oh, pas tellement pour ce qui est de la lecture et de l’écriture, ça, ça allait plutôt bien (elle devait plutôt m’extraire du « coin bibliothèque » où j’avais tendance à me retrancher autant que possible !).
Mais à m’expliquer « comment ça marche avec les autres enfants ».
Elle faisait de la traduction « Laurence – Enfant neurotypique » (et réciproquement), pour me permettre de ne pas trop être un alien dans la classe. Et ça marchait plutôt bien.

Cette enseignante, je lui dois une fière chandelle, vraiment. Si j’avais commencé l’école avec un.e enseignant.e qui avait essayé de me conformer à tout prix à un fonctionnement standardisé, ça aurait été un pur enfer.
Elle, elle m’a permis de voir que l’école ça pouvait être cool. Et ça m’a un peu outillé pour la suite… Parce que par la suite, sa bienveillance et son ouverture se sont avérées loin d’être la norme.

Par la suite, ça a été… Un peu plus compliqué, on va dire.

Je vais donner des exemples en vrac.

Non, tous les enfants n’ont pas la POSSIBILITÉ de rester immobiles à leur place sans se balancer, bouger, tripoter des objets.
En tous cas, moi, je n’avais pas cette possibilité.
Et il ne sert à rien de :
– Leur retirer par surprise leur chaise de sous les fesses (ça fait très peur, et en plus, sans déconner, vous savez que la colonne vertébrale et le cocxyx c’est fragile ?).
Je ne me suis pas blessée sérieusement, mais j’ai eu mal au cocxyx pendant des jours.
– Leur demander de rester assis sur leurs mains (c’est humiliant, c’est inconfortable, et vraiment : c’est inutile).
– Les envoyer hors de la salle de classe avec leur chaise en leur disant « va te balancer dehors ». Effectivement, pour me balancer sur ma chaise, hors de la classe, ça allait aussi. Pour suivre le cours, déjà nettement moins, par contre.

Non, tous les enfants n’ont pas le sens inné du respect des conventions sociales.
Quand j’ai fait remarquer à l’enseignante qu’elle avait fait une erreur d’orthographe au tableau noir, je ne SAVAIS PAS qu’on est supposé se taire quand on voit un adulte faire une erreur. Je ne savais pas non plus que j’allais tellement vexer l’enseignante qu’elle m’a fait la misère pendant deux ans, encourageant littéralement mes camarades à me harceler.

Non, tous les enfants n’ont pas la même maitrise de leurs émotions.
Encourager mes camarades à se moquer de moi ne m’a pas fait acquérir une meilleure maitrise de mes émotions, non plus.
« Riez tous, Laurence s’énerve ».
« Regardez le bébé, elle pleure ».
Non, ça ne m’a pas fait apprendre à me maitriser. Ça m’a juste fait apprendre que les adultes, en qui jusque là j’avais une confiance assez aveugle, sont parfois des belles crevures.

Non, tous les enfants n’ont pas les mêmes capacités à coordonner leurs mouvements, à la gym.
Je n’ai jamais su faire une roulade (et je ne sais toujours pas, d’ailleurs).
Me dire de « faire un effort » n’a jamais été un remède miracle contre la dyspraxie, et me faire recommencer et recommencer encore alors que j’avais peur de me faire mal parce que je me retrouvais dans des postions complètement improbables ne m’a pas appris à faire une roulade. Juste à détester la gym, et à détester mon corps, aussi.

Non, un enfant neuroatypique qui se retrouve cible de harcèlement scolaire n’est pas COUPABLE du harcèlement subi.
Pourtant, c’est le message que j’ai eu. Que c’était normal que les autres ne m’aiment pas et m’en foutent plein la gueule. Parce que quand même, je le cherchais un peu, à faire des trucs bizarres.
On me l’a expliqué à moi. On l’a expliqué à mes parents. On m’a envoyé voir la psy de l’école, non pas pour m’aider à supporter ce harcèlement, mais pour que j’apprenne à me comporter « mieux » pour ne pas être harcelée.
J’ai continué à être harcelée. Et en plus, je me disais que j’étais vraiment une grosse merde de « ne pas savoir y faire avec les autres ». Mon estime de moi qui a mis plusieurs dizaines d’années à se reconstruire vous en remercie, vraiment !

Je ne sais pas ce que j’attends de cet article.
Peut-être juste qu’il puisse rappeler aux enseignant.e.s que, même si je conçois tout à fait que ça ne soit pas simple à gérer d’avoir dans sa classe un.e ou des enfant(s) dont le comportement détonne avec le reste du groupe, même si je conçois tout à fait que vous n’êtes pas formé.e.s spécifiquement « pour ça », avoir un poil de bon sens et d’humanité, ça n’est pas en option.
Imaginer qu’humilier un enfant va lui apprendre à se conformer à une norme, c’est complètement absurde. C’est psychophobe, mais c’est aussi ABSURDE. Comment pouvez-vous imaginer une seule seconde que ça va aider l’enfant ? Et même si vous vous en foutez d’aider l’enfant (ce qui est probable, si vous adoptez des comportements de crevure pareils), comment vous pouvez imaginer que foutre un enfant complètement en vrac va l’amener à avoir une attitude plus adéquate en classe ?

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Oui, les fous-folles peuvent s’entraider

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’une idée reçue récurrente sur les personnes atteintes de troubles psy :

« Il ne faut pas rester entre vous, vous vous tirez vers le bas ».

Je pense que pas mal toutes les personnes ayant des troubles psychiques l’ont entendue, donc elle vaut le coup qu’on s’y attarde un peu.

Avant d’être la personne revendicatrice râleuse que je suis aujourd’hui, j’ai passé aussi pas mal de temps, à l’époque où j’allais vraiment mal, à squatter ces « lieux de perdition » que sont les forums d’entraide en ligne entre personnes avec des troubles psy.

Bah je vais vous dire un truc : bien loin de me tirer vers le bas, ça m’a sauvé la vie.

Littéralement.

Sans les personnes rencontrées là, que je pouvais appeler à des heures improbables, et surtout dans des états parfois assez catastrophiques (vous connaissez beaucoup de personnes qui vont vous répondre peinard à minuit quand vous les appelez en pleine crise d’angoisse et que avoir une personne au téléphone vous parait être la seule solution fiable pour éviter de faire n’importe quoi avec votre boite d’anxiolytiques ?), je ne sais pas comment j’aurais géré les moments les plus compliqués.

Sans les personnes rencontrées là, à qui je pouvais dire sans passer complètement pour un alien, que j’étais roulée en boule dans mon lit depuis des heures et que je n’avais pas la force de mettre un doigts de pied hors du lit, et qui sont restés avec moi au bout du fil à m’encourager et me motiver jusqu’à tant que j’arrive à dépasser le blocage, l’angoisse et l’épuisement, il y a pas mal de rendez vous importants auxquels je n’aurais tout simplement pas pu aller.

Sans une des personnes rencontrées là, qui a pris d’autorité pour moi un rendez vous avec une assistante sociale parce que ça me terrifiait de trop de faire cette démarche, j’aurais probablement perdu mon appartement, à un moment donné.

Ces personnes, je leur ai renvoyé l’ascenseur autant que possible, en étant là pour elles quand la situation était compliquée de leur coté.

Des anecdotes dans ce genre là, j’en ai encore plein d’autres me concernant. Et tout autant concernant d’autres  personnes.

Entraide troubles psy

Et pourtant, j’ai pu constater que c’était loin d’être valorisé et encouragé, cette entraide.
J’ai souvent entendu des gens autour de moi me dire que je devrais éviter, que ça me « tirais vers le bas ».
J’ai entendu des gens de l’entourage de mes ami.e.s fous-folles dire que j’étais « une mauvaise fréquentation » pour la même raison.
J’ai entendu des ami.e.s fous-folles dire que leur psychiatre les engueulait de passer autant de temps à échanger avec d’autres fous-folles…
J’ai entendu des trucs encore plus choquants, des personnes interdites de se parler en hôpital psy parce que leur entraide et leur amitié mutuelle déplaisait aux soignants.

Au-delà de l’anecdotique, il me parait super important de s’attarder à réfléchir à ce qu’implique cette idée reçue, parce que, quand on y regarde de plus près, elle est VRAIMENT complètement… Crade. Destructrice. Dévalorisante.

Je vais passer en revue les choses que cela sous-tend et implique, de dire aux fous-folles que leur entraide, c’est de la merde.

– « Vous êtes incapables de savoir ce qui vous fait du bien ».

Bah ouais.
A chaque fois que vous nous dites que « ça nous tire vers le bas », c’est ça que vous nous dite.
Parce que nous, on le voit bien, que ça ne nous tire pas vers le bas. Et on vous le dit, aussi.
Mais on est manifestement trop cinglé.e.s à vos yeux pour accorder foi à notre évaluation là dessus.

– « Vous êtes incapables d’apporter du positif autour de vous »

C’est bien connu, les « fous-folles » détruisent leur entourage, n’est ce pas ?
C’est ce qu’on entend plus ou moins à chaque fois qu’un article, une réflexion se penche sur l’entourage des personnes avec une maladie psy. La souffrance de leur entourage (c’est hyper valorisant, comme idée, y a pas à dire…).
Alors comment donc pourrions-nous nous entraider ?

Et bien en fait oui, on peut. Et on le fait.
On le fait sur les fameux forums d’entraide. Celles et ceux qui sont hospitalisé.e.s le font aussi dans les services psy.

On s’entraide. On s’écoute. On ne se juge pas. On comprends ce que vit l’autre, parce qu’on vit un truc similaire ou voisin. On se soutient face à la psychophobie ambiante, aussi.
D’ailleurs, ne serait-ce pas aussi cette dernière chose qui dérange les « gens normaux » (Du moins, celles et ceux qui se considèrent comme tel…) ? Le fait qu’on se soutienne et que notre soutien nous donne la force de ne pas accepter stoïquement toutes les idées reçues, toutes les discriminations, toutes les violences ?

– « Vous ne pouvez pas trouver quoi que ce soit de positif dans votre situation ».

C’est vrai quoi, la maladie psy ou la neuro-atypie, c’est voué à être une longue nuit opaque hein.
Imaginer qu’on puisse trouver du positif HORS de la norme neurotypique, ça défrise beaucoup de neurotypiques.

Et quand on y réfléchir, c’est parfaitement logique :

Imaginer qu’il existe des possibilités qui sortent des codes neurotypiques, c’est carrément dangereux pour cette norme.
Elle ne repose sur rien d’autre que sur de l’arbitraire : tel fonctionnement est normal, tel autre est pathologique. Et ce, sur la base de rien de tangible, de rien de concret.
Donc si on commence à pouvoir valoriser des fonctionnements qui sortent de cette norme, si on commence à accepter ne serait-ce que l’idée que tout n’est pas noir et glauque dans les fonctionnements qui sortent de la norme psychiques… On commence à donner aux gens l’autorisation de ne pas se battre à TOUT PRIX (en premier lieu celui de leur bien être…) pour coller à cette norme. Brrr. Attention, danger !

Et pourtant…

Sans cette entraide, on serait beaucoup à ne pas avoir remis la tête hors de l’eau, voire à ne plus être de ce monde.
Gardez ça en tête, vous les proches, vous les psychiatres, vous les « normaux ». Même si ça égratigne votre égo, même si ça vous rappelle que vous ne pouvez pas tout contrôler, et surtout pas NOUS contrôler. Même si ça égratigne vos mythes foireux sur notre compte.

Et si vous êtes concerné.e.s par les troubles psy, gardez en tête que vous êtes valables, que vous apportez du positif autour de vous, que vous êtes capables de vous entraider, et que celles et ceux qui voudront vous prouvez le contraire ne savent en aucun cas mieux que vous même qui vous êtes et ce que vous valez !

Gros.se = riche ? Pas sûr…

Ces derniers jours, un dessin de l’illustrateur Nawak a fait polémique.
Une image d’un gros mangeant du fastfood et écrasant la terre sous son poids.

gros riche nawak
(Dessin par Nawak)

Je n’ai pas envie de nourrir la polémique sur cet illustrateur ou ce dessin en particulier.
Je le cite juste à être d’exemple.
Le problème n’est pas Nawak, mais bien cette idée reçue, qui est TRES répandue.

D’ailleurs, quand on cherche un peu, on trouve plein de dessins humoristiques représentant la société de consommation, les riches, les oppresseurs par… un.e gros.se.

Vous voulez quelques exemples supplémentaires ?
Allons-y.

gros richegros riche 3

 

 

J’aurais pu en citer plein d’autres.

Entendons nous : je vois l’idée que ces dessinateurs essaient de faire passer : dénoncer l’inégale répartition des richesses dans la population mondiale, et la société de consommation. J’imagine bien qu’il n’est pas facile de rendre cette idée « lisible » au travers d’un dessin, mais il n’empêche qu’utiliser constamment les gros.ses comme illustration des consommateur.trice.s riches est une représentation particulièrement fausse.

Statistiquement, il y a beaucoup, beaucoup plus de personnes obèses parmi les classes sociales défavorisées que parmi les riches.
La raison est assez simple à comprendre : vivre sainement coute cher.

S’acheter des légumes frais, des fruits frais, de la viande de bonne qualité (pour les personnes non-végétariennes), c’est notablement plus cher que de s’acheter une pizza surgelée.

Le temps de travail rentre en ligne de compte, aussi.
Beaucoup de personnes venant de classes sociales pauvres cumulent les boulots, ou ont des horaires de travail difficilement compatibles avec le fait de passer du temps aux fourneaux.
Des postes de travail notablement plus pénibles, aussi. Vous auriez envie de passer une heure debout dans la cuisine après 8h de travail à la chaine à l’usine, ou sur un chantier ?

A coté de ça, faire du sport aussi a un certain coût financier et en terme de temps. Que beaucoup ne peuvent pas se permettre.

Pour toutes ces raisons, les classes sociales les plus touchées par l’obésité sont celles qui sont en bas de l’échelle sociale.

Utiliser un.e gros.se pour représenter la richesse et la société de consommation est donc non seulement réducteur, mais en premier lieu complètement faux.

Cette idée reçue amène à des situations particulièrement dégueulasse.

Je vais vous raconter une anecdote.

Un mec fait régulièrement la manche près du supermarché où je fais mes courses. Je lui fais, quand je peux, quelques courses alimentaires.
Il m’est plusieurs fois arrivé d’entendre des gens dire des trucs du genre « Va pas me faire croire qu’il a pas de thune, gros comme il est ».

Sauf qu’en fait, « gros comme il est », ça lui arrive de me demander « tu peux m’acheter un kilo de carottes / de pommes ? Ca fait une semaine que j’ai pas pu manger de fruits ou légumes… ». Parce que ouais, avec l’argent de la manche, il va plutôt s’acheter du pain et du fromage qui tiennent au bide… que des fruits et légumes. Logique, n’est ce pas, quand on y réfléchit trois minutes ?

Pour rester sur la « richesse » des gros.ses, je rappellerais également que les gros.ses font parties des personnes les plus discriminées à l’embauche, et également des personnes à qui ont permet le moins d’accéder à des promotions sur leur lieu de travail.

Plutôt un mauvais point, si on veut devenir riche, vous en conviendrez…

Alors, ami.e.s dessinateur.trice.s, ça serait vraiment chouette que vous arrêtiez de renforcer de cliché quand vous voulez dénoncer les inégalités sociales ou la société de consommation. Ce que vous faites est contreproductif si vous avez en ligne de mire plus de justice sociale, dans la mesure où en faisant ça, vous enfoncez une catégorie de personnes qui est DEJA plutôt en bas de l’échelle.

Vous êtes sur.e.s de gueuler sur Hanouna pour les bonnes raisons ?

Avant toute chose, vu que mon titre est un peu provoc’, je vais commencer par dire quelque chose qui est une évidence pour toute personne qui me connait (mais pas forcément pour les autres) :

NON, je ne défends pas Hanouna. DU-TOUT. Ce qu’il a fait de manière répétitive dans ses diverses émissions, à savoir faire de l’homophobie, du sexisme, du racisme, du validisme, de la grossophobie, de la psychophobie (bref, de tout ce qui peut se trouver comme discriminations crasses) son fond de commerce sous couvert d’humour EST grave, et mérite amplement qu’on gueule très fort et qu’il soit sanctionné.

A plus forte raison, je ne suis pas hétéro, et les conséquences dramatiques de son dernier « canular » (à savoir : un mec de 19 piges s’est fait virer de chez lui par ses parents, qui ont appris à cause d’Hanouna et son canular que leur fils n’est pas hétéro) me touchent tout particulièrement et me prennent au bide.

Si j’avais la possibilité de faire caca sur ses chaussures pour lui exprimer métaphoriquement tout le bien que je pense de son attitude, je le ferai avec un plaisir non dissimulé.

Caca
(Je n’avais pas envie de voir Hanouna en photo sur mon blog. Alors à la place, j’ai mis un caca)

Maintenant que l’évidence est énoncée, je vais pouvoir devenir casse-gonades, et titiller un peu.

Parce que y a quand même un truc qui me chiffonne, dans la levée de bouclier quasi unanime (à l’exception des fans inconditionnels qui défendent leur idole), contre Hanouna (et ce, déjà avant sa dernière bouse).

Vous êtes tellement nombreux.ses à le condamner que je me demande un peu où vous êtes, tou.te.s, quand il s’agit de dénoncer l’homophobie, le sexisme, le racisme, la psychophobie, le validisme dans euh… VRAIMENT BEAUCOUP D’AUTRES EMISSIONS.

Parce que ouais, Hanouna est peut-être un peu moins « subtile » dans ses « blagues » que d’autres, mais n’empêche que la TV mainstream, elle en est complètement truffée, de trucs discriminants crasseux.
Alors pourquoi ca vous fait hurler chez Hanouna, alors que chez les autres, il n’y a que les militant.e.s convaincu.e.s et acharné.e.s qui réagissent ?

Vous êtes où, quand Ardisson humilie les gros.ses ?
Vous êtes où quand Ruquier donne pendant des mois la parole à Zemmour ?
Vous êtes où quand les Enfoirés font de « l’humour » sur les troubles psy en se foutant allègrement des personnes suicidaires (un comble dans un spectacle destiné à récolter des fonds pour les Restos du Coeur, dont une part non négligeable des bénéficiaires ONT des troubles psy…) ?
Vous êtes où quand Arthur fait des vannes plus que douteuses sur l’homosexualité d’un des participants à ses « Vendredi tout est permis » ?

Parce que je vous cherche, hein, mais je vous vois pas beaucoup gueuler. Du moins, INCROYABLEMENT MOINS que s’agissant de Hanouna.

Pour le coup, avide de comprendre, j’ai cherché des réponses en lisant un peu les commentaires, les discussions, les débats sucités par la polémique autour de Hanouna.

Et ce que j’ai lu, j’avoue, ne m’a pas fait très très plaisir.

J’ai lu beaucoup, beaucoup d’élitisme crasseux.
« Ouais, c’est de la télé populaire quoi, de la merde, de la télé pour les gens cons, de la télé de bas étage, faut vraiment manquer d’instruction pour regarder ça ».
Ouais ben pour le coup, les gens, si Hanouna et ses « blagues » homophobes, sexistes, racistes et autres me donnent envie de déféquer sur ses chaussures, ben je viendrais bien déposer le reste du contenu de mes intestins sur les vôtres, hein.

Il va falloir qu’on parle, très sérieusement.
Trasher sur les homos, c’est mal, mais trasher sur les classes populaires, c’est bien ?
Trasher sur les femmes c’est mal, mais on peut trasher sur les personnes qui n’ont pas un niveau « intellectuel » suffisant à votre goût ?
Vous gargariser de votre niveau d’études en trashant sur les gens qui n’ont pas Bac + Tout Plein, c’est supposé être OK ?
L’homophobie est plus acceptable si elle est exprimée avec des grands mots d’universitaire ?

J’ai vu aussi quelques bons « francais de souche », vous savez, ceux qui votent Marine le Pen et ses sbires, en profiter pour caler quelques petites vacheries racistes. Parce que quand même, il est pas très très blanc, Hanouna, et son nom n’a pas l’air sorti d’un village du Périgord.

Et enfin, j’ai vu quelques « antisionistes » (qui cachent leur antisémitisme en l’appelant autrement parce que c’est plus joli) en profiter pour rappeler l’air de rien que Hanouna est juif.

Et là aussi, j’ai senti très fort mon sphincter anal se relâcher en visant leurs godasses, hein.

Alors ouais. Vous qui dénoncez si fort Hanouna… Prenez cinq minutes pour vous demander pourquoi.
Si c’est sincèrement parce que vous vomissez l’homophobie, que vous conchiez le racisme, que vous gerbez le sexisme, que vous avez des boutons à l’idée du validisme… Alors ouais, continuez de dénoncer. Et je le fais aussi.

Par contre, si vous en profitez pour cracher à l’aise, planqués dans la masse, votre mépris pour les classes sociales « plus basses » que la vôtre, ou votre racisme et votre antisémitisme, vous seriez bien aimable de FERMER VOS GUEULES, et de commencer par balayer devant votre porte. Il semblerait qu’il y ait un peu de caca sur votre paillasson.

MON esprit, MES choix !

« Tu devrais voir un psy ».
« Ne vas surtout pas voir de psy, c’est tous des vendus aux pharmas qui gavent leurs patient.es de médicaments ».
« Prends tes cachets ».
« Ne prends surtout pas de médicaments ».
« Bois de la tisane ».
« Tu devrais faire de la méditation ».
« Tu devrais aller à l’hôpital ».
« Les hôpitaux psy c’est des prisons, faut surtout pas y aller ».
« Tu ne devrais pas fumer d’herbe, ça va empirer les choses ».
« L’herbe c’est le bien, ça va t’aider à dormir, à être moins angoissé.e ».
« Tu devrais faire du sport ».
« Tu devrais manger bio, les additifs alimentaires causent les troubles psy ».
« Les diagnostics c’est juste des étiquettes du système, il ne faut pas que tu tombes là dedans. »
« Il faut absolument que tu sois diagnostiqué.e »
« Dans telle autre culture, tes symptômes sont considérés comme un don, tu devrais te rendre compte que dans le fond, tu as de la chance »
« Tu ne fais pas ce que je te conseille, c’est que tu ne veux pas réellement t’en sortir »
« Tu dois absolument… »

illustrations injonctions

Il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça, il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça, il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça… En boucle.

Ca, c’est le quotidien quand tu es malade psy, neuroatypique, fou, folle, cinglé.e.

Tout le monde se sent en droit d’avoir son petit avis sur ce que TU devrais faire avec TON PROPRE esprit.

Parfois même les autres personnes malades psy ou neuroatypiques, d’ailleurs. Qui oublient que ce qui est vrai pour elles, ce qui marche pour elles… N’est pas forcément une vérité universelle pour toutes les personnes malades psy ou neuroatypiques. Ni même pour toutes les personnes avec le même diagnostic.

Comme si tout le monde savait mieux que toi ce dont tu as besoin, ce dont tu n’as pas besoin, ce qui se passe dans ta tête, ce qui te fait souffrir, ce qui ne te fait pas souffrir, ce qui te soulage, ce qui ne te soulage pas.

Ca ne vous parait pas dingue, à vous ? Aussi dingue que tous les symptômes possibles et imaginables ?
Et ça ne vous rendrait pas dingue, littéralement dingue, au sens médical du terme, qu’on vous ressasse sans cesse que ce que vous ressentez est faux, que ce que vous faites est faux, que ce que vous décidez est faux ?
Ca ne vous rendrait pas dingue, qu’il y ait à peu près autant d’injonctions (souvent contradictoires d’ailleurs) qu’il y a de personnes dans votre entourage, et autant de reproches de ne pas suivre ces injonctions qu’il y a d’injonctions ?

Moi, ça m’impressionne, à quel point on peut être dépossédé de son propre esprit, de son propre cerveau, de ses propres neurotransmetteurs qui fonctionnent ou ne fonctionnent pas, de sa propre lecture du monde.

Alors oui, vous me direz peut-être « Mais c’est logique, vu que la maladie psy altère les perceptions, c’est normal qu’on sache mieux que la personne malade ce qui est bon pour elle ».

Et en plus, vous avez une bonne excuse : là où la maladie physique se voit, s’observe… la maladie psychique ne se voit pas. Elle ne se mesure pas avec des radiographies, des analyses. (Quoi que… ça n’est pas tout à fait vrai : l’imagerie médicale commence à pouvoir mettre en évidence les différences de fonctionnement cérébral entre une personne neuroatypique ou malade psy, et une personne neurotypique ou sans trouble psy. Mais le fait est que malgré tout, savoir que telle ou telle zone du cerveau est plus ou moins active ne vous permet pas, pour autant, d’avoir une « photographie », une idée précise de ce que perçoit et ressent la personne concernée)

Avec toute la bonne volonté du monde, vous ne pouvez PAS voir le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre, fusse-ce une personne très proche.
Donc vous ne comprenez pas tout, vous spéculez, vous essayez d’imaginer, de vous mettre à la place. De trouver des solutions. D’aider (parce que oui, c’est souvent plein de bonnes intentions, sincères qui plus est).
Mais vous savez quoi ? Ca ne marche pas.
Même si vous êtes aussi passé « par là ».
Parce que personne ne passe « par là » exactement de la même manière. Et personne ne gère sa situation exactement de la même manière.

Et en plus d’être forcément faussé parce que vous projetez VOTRE vision de ce qui est bien, bon, aidant sur la vie de quelqu’un d’autre… C’est nocif.

Comment vous vous sentiriez, vous, même sans neurotransmetteurs en pagaille, même sans neuroatypie, même sans trouble psy… Si votre entourage se mettait subitement à vous dire sans cesse que vous devez douter de ce que vous pensez, ressentez, décidez pour vous-même ?
Sachant que pas mal de troubles psy ont déjà en eux-même pour effet de saper la confiance en soi-même, est-ce que vous mesurez à quel point, en donnant à une personne le message que tout ce qu’elle pense est faux, vous faites « le jeu » de la maladie, vous renforcez ce sentiment de ne rien valoir, d’être inapte et incapable ?

Si on parle souvent de respecter le choix des gens concernant leur propre corps (« Mon corps, mes choix » étant une phrase qui parlera surement à pas mal de personnes même vaguement sensibilisées en terme de féminisme), on oublie souvent que c’est vrai aussi concernant l’esprit. Y compris d’un esprit qui ne fonctionne pas tout à fait dans la norme.

Mon esprit, mes choix.

Requiem pour un harceleur

[Ne cherchez pas une vocation militante à cet article. C’est du défoulement, du vidage d’abcès. S’il a une utilité, c’est peut-être d’être un témoignage parmi plein d’autres quant au harcèlement. Fondu dans une masse bien trop massive. Et, aussi, éventuellement, de dire qu’on a le droit de ne pas sacraliser les morts et de garder notre colère contre eux malgré leur mort. La mort n’efface et ne pardonne pas tout.
Je ne pense pas avoir donné dans cet article de détails permettant de le reconnaitre. Si toutefois vous deviez le reconnaitre, je vous demande, par respect pour sa famille, de ne pas rendre public son nom. Ça ne changerait plus rien. Il est mort. Il ne paiera plus rien. Et sa famille n’a pas à payer pour lui. Elle a le droit de faire son deuil, de pleurer sa mort.]

C.

Tu ne seras ici qu’une initiale. Ne crois pas que c’est toi et ta mémoire que j’essaie de protéger, ta réputation je m’en fous, tu n’imagines pas à quel point.
C’est par respect pour ta famille, et uniquement pour elle, que je ne donne pas ton nom. Et aussi par respect pour mes principes. Les dénonciations publiques sont à mon sens une porte beaucoup trop dangereuse pour que j’accepte de la pousser.

Pourtant, je le sais, et tu le sais aussi : je ne mens pas.

Alors tu es mort ?
C’est fini, pfiou, envolé, y a plus.
La nouvelle de la mort d’un mec de mon âge serait supposée me toucher.
Ou la nouvelle de la mort d’un enfoiré est peut-être supposée me faire plaisir.

Mais en fait, non, ça ne me fait pas plaisir.
Ca ne me fait pas plaisir, du tout, de voir les hommages à ton nom, les articles de presse qui vantent ta générosité, ta gentillesse, ta bonté. Qui pleurent la mort d’un homme bien, trop tôt, tellement trop tôt. Bla. Bla. Bla.
Qui parlent du fait qu’il était impossible d’être en conflit avec toi, tellement tu étais merveilleux.
Ouais, les articles de presse. Parce qu’entre temps tu avais « réussi ». Tu avais glâné ta petite respectabilité merdique, ton succès, ta pseudo-célébrité de pacotille de journaliste de bas étage.

Ca ne me fait tellement pas plaisir que ça ré-ouvre, 11 ans après, la plaie des 8 mois d’enfer que tu m’as fait passer.
« Nous a fait passer » serait plus exact, parce que je n’étais pas seule dans cette merde (et c’est d’ailleurs de ça que tu as tiré ton emprise, vu que tu m’utilisais comme arme contre ma meilleure amie, et réciproquement). J’y étais d’ailleurs surement moins qu’elle, vu les liens qu’elle avait avec toi.
Mais je ne vais parler que pour moi. Parce que mes mots ne sont pas les siens, qu’elle dirait surement les choses autrement.

Tu étais le petit ami de ma meilleure amie.
La première fois que je t’ai vu, j’ai été mal à l’aise en face de toi. Pourquoi ? Je n’en sais rien. J’ai cherché à rationaliser ce malaise, cherché à me dire que je n’avais aucune raison d’avoir peur de toi.
Et j’y suis arrivée. J’ai oublié ce signal d’alarme irrationnel, je l’ai laissé dans un coin.
Et je t’ai trouvé « gentil et généreux », moi aussi.
Comme tous ces gens qui pleurent ta mort.
Je t’ai parlé de moi, aussi, un peu. Sans savoir à ce moment là que chaque mot, chaque truc un peu personnel que je t’avais révélé me reviendrait dans la gueule plus tard.

Jusqu’à ce que tu la trompes. Oh, je n’ai pas arrêté de te trouver « gentil et généreux » pour si peu. Je me suis dit, comme elle d’ailleurs, que tu étais paumé, que tu avais fait de la merde.
Tu es venu chialer ton « désespoir » de « l’avoir perdue » en la trompant.
J’ai été triste pour toi, triste que tu ailles mal.

Et puis.

Et puis avec le temps, tu as arrêté de chialer. Tu as commencé à exiger. Exiger que je lui demande de te parler, exiger qu’elle t’écoute, te parle. Alors que TU avais merdé. Exigé. Exigé.
Et à partir de là, tu n’as plus fait que ça. Exiger.
Exiger d’abord poliment, mais exiger quand même.
Et après beaucoup moins poliment. Parce que non. Je ne suis pas la Poste. Je ne fais pas passer des messages. Je n’allais pas tenter de la forcer à aller contre ce dont elle avait besoin.
Et ça, tu n’as pas aimé.

Et tu as commencé ton petit jeu. Celui qui a duré 8 mois. D’insultes. De menaces. De tentative pour m’éloigner d’elle, parce que j’étais un obstacle sur ta route. De tentatives pour la forcer – et tu as bien failli y arriver – à planter la vie qu’elle avait construit pour aller te rejoindre. Tout en jouant avec elle.
« On va se remettre ensemble ».
« En fait peut-être pas. »
« Mais si, quand même ».
Pendant 8 mois, mec.

8 mois où je l’ai vue crever à petit feu, où j’ai eu peur pour elle.

8 mois pendant lesquelles je recevais quotidiennement des mails d’insultes odieux, des mails de menaces aussi. Et quand je ne répondais pas aux mails, tu passais aux SMS, jusqu’à ce qu’excédée et lassée je réponde à tes mails.
Et si je ne répondais pas pendant assez longtemps, tu commençais à la harceler elle pour qu’elle me demande de te répondre. Ce que je faisais. Pour éviter qu’elle se ramasse l’orage.
8 mois.

T’as une idée de ce que c’est, 8 mois, C., quand à chaque fois qu’on ouvre sa boite mail, on se demande non pas SI on va avoir reçu de la merde, mais quelle quantité de merde, et de quelle nature cette fois-ci.
Des menaces ? Des insultes ? Les deux ? Ou peut-être quelques invitations à me suicider, en me décrivant précisément les méthodes qu’il te plairait de me voir utiliser. Ou éventuellement dénigrer mes proches, vu que tu savais que je suis capable d’encaisser beaucoup, mais pas qu’on touche aux gens que j’aime.

Il a fallu que j’aille jusqu’à garder consciencieusement tes mails. Oh, pas tous. Juste ceux de la fin. Juste ceux des quelques dernières semaines. Et que je te menace d’envoyer le tout à ton employeur, qui aurait été « ravi » d’apprendre que tu utilisais ta boite mail professionnelle et tes heures de travail à me harceler plutôt qu’à bosser.
A partir de là, étrangement, vu que je menaçais de toucher à ta façade, à ta pseudo-respectabilité de pacotille, à ta réussite professionnelle chérie… Tu as magiquement arrêté ton harcèlement.
J’ai pu le faire parce que mon amie avait trouvé la force de te couper les ponts complètement, et que tu n’avais plus la ressource de la harceler elle pour me me forcer à répondre.

Ces mails, je les ai relus en apprenant ta mort.
Parce qu’à force de lire que tu étais une merveille, j’en venais à douter de mes propres souvenirs.
C’était ta force, ça aussi. Donner une telle apparence de mec gentil qu’on en venait à ne plus rien comprendre à ce qui nous arrivait.

Et il semblerait que tu ne te sois pas arrêté après mon amie et moi.
Que tu aies refait le même genre de plan à la copine suivante. La même manipulation, la même emprise.
Avec elle aussi. Au moins avec elle.
En vrai, tu as fait ça à combien de personnes, Monsieur Respectabilité et Gentillesse incarnées ?

Alors tu vois, les articles dégoulinant de larmes qui annoncent ta mort… Non, ils ne m’ont ni rendue triste, ni fait plaisir. Ils m’ont foutu dans une colère noire. Ton impunité, ton image intacte de fragile, gentil et généreux, ça me fout littéralement la gerbe.

Ma seule satisfaction, ça n’est pas que tu sois mort, parce que les morts sont tellement sacrés et intouchables que jamais personne ne pourra dire ouvertement quel salopard tu étais.
Non. Ce qui me satisfait dans tout ça, c’est que tu es hors d’état de nuire. A plus personne.
Tu n’imagines pas combien je regrette de ne pas avoir porté plainte, et de ne pas t’avoir dénoncé à ton employeur.
Que tu n’aies pas été confronté directement aux conséquences de tes actes.

Contrairement aux articles élogieux sur ta petite personne… Je ne te souhaiterai pas « bon voyage », ni de « reposer en paix ».
Juste de te faire bouffer par les vers.
En espérant que tu sois moins toxique pour eux que pour les humains.

Le consentement expliqué avec des arachides (ou « Non, consentir à un rapport sexuel ne signifie pas consentir à n’importe quel acte »)

Cet article comporte la description précise d’un abus sexuel. Si vous ne vous sentez pas de lire ça, c’est le moment de fermer cette page. Prenez soin de vous avant tout.

Il y a quelques semaines, à Lausanne, en Suisse, un homme a été condamné pour viol (à de la prison avec sursis, hum. Mais bref. La sanction prononcée n’est pas le sujet de cet article, même s’il y aurait fort à dire sur le fait de condamner un violeur « uniquement s’il recommence », n’est-ce pas ?).

Pour revenir en bref sur ce qui a motivé cette condamnation:

Après s’être connus via une appli de rencontres, l’homme et sa partenaire ont eu une relation sexuelle. Qui était – sur le principe – consentie des deux cotés.
MAIS après une première pénétration avec un préservatif, l’homme a demandé à sa partenaire des jeux sexuels sans préservatif, ce qu’elle a refusé.
Puis, il l’a à nouveau pénétrée, en lui tenant les poignets ce qui fait qu’elle n’avait aucun moyen de voir que, en fait, entre les deux pénétrations, il avait retiré sa capote… Chose qu’elle n’a donc vu qu’à la fin du rapport sexuel.

A plus forte raison, alors que la femme, légitimement très inquiète du risque de MST, demandait à l’homme de passer un test de dépistage, il a disparu de la circulation, ne donnant plus signe de vie.
Pour assurer sa sécurité, la femme a dont dû passer par le (lourd et contraignant) traitement de prophylaxie post-exposition pour au moins éviter le risque de VIH, n’ayant aucun moyen de savoir si l’homme était ou non porteur du virus du SIDA.

Cette condamnation a fait couler beaucoup d’encre dans la presse et dans les commentaires sur les sites des journaux.
Beaucoup d’encre qui, à vrai dire, ne fait pas vraiment du bien à lire. (Si vous tenez vraiment à vous écorcher les yeux, les commentaires de cet article sont représentatifs d’une bonne partie des horreurs qu’on a pu lire sur le sujet…)

Beaucoup de commentateurs (mais aussi un chroniqueur judiciaire d’un journal genevois, avocat de son état, donc faisant figure d’autorité en matière de droit) se permettent des propos carrément infects sur la victime du viol.
Qui « n’assume pas ».
Qui « est une manipulatrice ».
Qui « n’a pas à se plaindre, après tout, elle a voulu du cul, sinon elle n’aurait pas été sur Tinder ».
Qui « n’avait qu’à porter un préservatif féminine », et qui « est irresponsable de ne pas l’avoir fait ».

Et évidemment, plaignent ce « pauvre homme », dont la vie est « brisée » par cette « condamnation injuste ».

J’avoue qu’il m’est assez difficile de rester pédagogue, diplomate et modérée face à de tels propos, mais bon. Je vais essayer quand même.

Et utiliser des arachides pour vous expliquer le problème.

arachide

Et pour ce faire, je vais vous demander un petit effort d’imagination.

Transformons pour un instant cette situation de relation sexuelle en une invitation à manger chez quelqu’un.
Vous acceptez l’invitation d’une connaissance pour un repas, mais au moment de discuter du menu, cette personne vous propose de vous préparer un poulet à l’arachide. Vous lui précisez alors : « Non. Ne mets pas d’arachide dans le repas, j’y suis allergique ».

Au moment du repas, cette personne vous sert un plat contenant des arachides, qu’elle prend soin de dissimuler dans une sauce.
Trouvez-vous ça normal ?

J’imagine que la réponse est unanimement non, n’est-ce pas ?

Vous trouveriez même probablement qu’il est complètement légitime de déposer plainte contre cette personne qui a mis votre santé en danger en toute connaissance de cause, vu que vous aviez pris soin de lui préciser votre allergie à l’arachide. Et que vous trouveriez juste que cette personne soit condamnée alors qu’elle a joué avec votre santé.

Pourquoi cela serait-ce différent concernant la relation sexuelle ?

J’imagine aussi que vous serez d’accord pour dire que sous le terme générique de « relation sexuelle », on peut, tout comme en cuisine, avoir une multitude de menus différents. Et que pas tout le monde est tenu d’accepter chaque menu. Et aussi que certains menus comportent plus de risques que d’autres, n’est-ce pas ?

Pourquoi donc ce qui vous parait – totalement légitimement – inacceptable dans votre assiette devient acceptable dans le cadre d’une relation sexuelle ?

Oui, forcer quelqu’un (par la violence ou par la ruse) à un « menu » sexuel qui ne lui convient pas est un viol, MEME SI LE RAPPORT EN LUI-MÊME ETAIT CONSENTI.
Cela ne s’applique pas uniquement au port ou non du préservatif (oui, je t’ai vu, le petit malin là-bas dans le fond, qui pense que mon analogie ne tient que lorsqu’il y a un risque pour la santé physique de la personne…) : subir par exemple (et parce que c’est un grand classique du genre, malheureusement) une sodomie à laquelle on n’a pas consenti met AUSSI notre santé en danger. Peut-être pas directement notre santé physique (quoi que…), mais notre intégrité psychique. Est-il besoin de rappeler l’existence du syndrome post-traumatique très fréquent chez les victimes d’abus sexuels, avec son cortège de troubles anxieux, troubles dépressifs et suicides ?

Dire oui pour une bouffe entre amis ne signifie pas forcément être d’accord de manger des arachides, ni d’ailleurs être obligé de finir son assiette.
Dire oui pour un acte sexuel ne signifie pas forcément être d’accord pour toute forme d’acte sexuel, ni d’ailleurs être obligé d’aller jusqu’au bout de ce qui a été prévu si sur le moment on ne le sent plus.

Et c’est quand même sacrément triste de devoir rappeler ces évidences, parce qu’elles sont visiblement très loin d’être claires pour tout le monde.