Vous êtes sur.e.s de gueuler sur Hanouna pour les bonnes raisons ?

Avant toute chose, vu que mon titre est un peu provoc’, je vais commencer par dire quelque chose qui est une évidence pour toute personne qui me connait (mais pas forcément pour les autres) :

NON, je ne défends pas Hanouna. DU-TOUT. Ce qu’il a fait de manière répétitive dans ses diverses émissions, à savoir faire de l’homophobie, du sexisme, du racisme, du validisme, de la grossophobie, de la psychophobie (bref, de tout ce qui peut se trouver comme discriminations crasses) son fond de commerce sous couvert d’humour EST grave, et mérite amplement qu’on gueule très fort et qu’il soit sanctionné.

A plus forte raison, je ne suis pas hétéro, et les conséquences dramatiques de son dernier « canular » (à savoir : un mec de 19 piges s’est fait virer de chez lui par ses parents, qui ont appris à cause d’Hanouna et son canular que leur fils n’est pas hétéro) me touchent tout particulièrement et me prennent au bide.

Si j’avais la possibilité de faire caca sur ses chaussures pour lui exprimer métaphoriquement tout le bien que je pense de son attitude, je le ferai avec un plaisir non dissimulé.

Caca
(Je n’avais pas envie de voir Hanouna en photo sur mon blog. Alors à la place, j’ai mis un caca)

Maintenant que l’évidence est énoncée, je vais pouvoir devenir casse-gonades, et titiller un peu.

Parce que y a quand même un truc qui me chiffonne, dans la levée de bouclier quasi unanime (à l’exception des fans inconditionnels qui défendent leur idole), contre Hanouna (et ce, déjà avant sa dernière bouse).

Vous êtes tellement nombreux.ses à le condamner que je me demande un peu où vous êtes, tou.te.s, quand il s’agit de dénoncer l’homophobie, le sexisme, le racisme, la psychophobie, le validisme dans euh… VRAIMENT BEAUCOUP D’AUTRES EMISSIONS.

Parce que ouais, Hanouna est peut-être un peu moins « subtile » dans ses « blagues » que d’autres, mais n’empêche que la TV mainstream, elle en est complètement truffée, de trucs discriminants crasseux.
Alors pourquoi ca vous fait hurler chez Hanouna, alors que chez les autres, il n’y a que les militant.e.s convaincu.e.s et acharné.e.s qui réagissent ?

Vous êtes où, quand Ardisson humilie les gros.ses ?
Vous êtes où quand Ruquier donne pendant des mois la parole à Zemmour ?
Vous êtes où quand les Enfoirés font de « l’humour » sur les troubles psy en se foutant allègrement des personnes suicidaires (un comble dans un spectacle destiné à récolter des fonds pour les Restos du Coeur, dont une part non négligeable des bénéficiaires ONT des troubles psy…) ?
Vous êtes où quand Arthur fait des vannes plus que douteuses sur l’homosexualité d’un des participants à ses « Vendredi tout est permis » ?

Parce que je vous cherche, hein, mais je vous vois pas beaucoup gueuler. Du moins, INCROYABLEMENT MOINS que s’agissant de Hanouna.

Pour le coup, avide de comprendre, j’ai cherché des réponses en lisant un peu les commentaires, les discussions, les débats sucités par la polémique autour de Hanouna.

Et ce que j’ai lu, j’avoue, ne m’a pas fait très très plaisir.

J’ai lu beaucoup, beaucoup d’élitisme crasseux.
« Ouais, c’est de la télé populaire quoi, de la merde, de la télé pour les gens cons, de la télé de bas étage, faut vraiment manquer d’instruction pour regarder ça ».
Ouais ben pour le coup, les gens, si Hanouna et ses « blagues » homophobes, sexistes, racistes et autres me donnent envie de déféquer sur ses chaussures, ben je viendrais bien déposer le reste du contenu de mes intestins sur les vôtres, hein.

Il va falloir qu’on parle, très sérieusement.
Trasher sur les homos, c’est mal, mais trasher sur les classes populaires, c’est bien ?
Trasher sur les femmes c’est mal, mais on peut trasher sur les personnes qui n’ont pas un niveau « intellectuel » suffisant à votre goût ?
Vous gargariser de votre niveau d’études en trashant sur les gens qui n’ont pas Bac + Tout Plein, c’est supposé être OK ?
L’homophobie est plus acceptable si elle est exprimée avec des grands mots d’universitaire ?

J’ai vu aussi quelques bons « francais de souche », vous savez, ceux qui votent Marine le Pen et ses sbires, en profiter pour caler quelques petites vacheries racistes. Parce que quand même, il est pas très très blanc, Hanouna, et son nom n’a pas l’air sorti d’un village du Périgord.

Et enfin, j’ai vu quelques « antisionistes » (qui cachent leur antisémitisme en l’appelant autrement parce que c’est plus joli) en profiter pour rappeler l’air de rien que Hanouna est juif.

Et là aussi, j’ai senti très fort mon sphincter anal se relâcher en visant leurs godasses, hein.

Alors ouais. Vous qui dénoncez si fort Hanouna… Prenez cinq minutes pour vous demander pourquoi.
Si c’est sincèrement parce que vous vomissez l’homophobie, que vous conchiez le racisme, que vous gerbez le sexisme, que vous avez des boutons à l’idée du validisme… Alors ouais, continuez de dénoncer. Et je le fais aussi.

Par contre, si vous en profitez pour cracher à l’aise, planqués dans la masse, votre mépris pour les classes sociales « plus basses » que la vôtre, ou votre racisme et votre antisémitisme, vous seriez bien aimable de FERMER VOS GUEULES, et de commencer par balayer devant votre porte. Il semblerait qu’il y ait un peu de caca sur votre paillasson.

MON esprit, MES choix !

« Tu devrais voir un psy ».
« Ne vas surtout pas voir de psy, c’est tous des vendus aux pharmas qui gavent leurs patient.es de médicaments ».
« Prends tes cachets ».
« Ne prends surtout pas de médicaments ».
« Bois de la tisane ».
« Tu devrais faire de la méditation ».
« Tu devrais aller à l’hôpital ».
« Les hôpitaux psy c’est des prisons, faut surtout pas y aller ».
« Tu ne devrais pas fumer d’herbe, ça va empirer les choses ».
« L’herbe c’est le bien, ça va t’aider à dormir, à être moins angoissé.e ».
« Tu devrais faire du sport ».
« Tu devrais manger bio, les additifs alimentaires causent les troubles psy ».
« Les diagnostics c’est juste des étiquettes du système, il ne faut pas que tu tombes là dedans. »
« Il faut absolument que tu sois diagnostiqué.e »
« Dans telle autre culture, tes symptômes sont considérés comme un don, tu devrais te rendre compte que dans le fond, tu as de la chance »
« Tu ne fais pas ce que je te conseille, c’est que tu ne veux pas réellement t’en sortir »
« Tu dois absolument… »

illustrations injonctions

Il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça, il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça, il faut, tu dois, tu devrais, fais ci, fais pas ça… En boucle.

Ca, c’est le quotidien quand tu es malade psy, neuroatypique, fou, folle, cinglé.e.

Tout le monde se sent en droit d’avoir son petit avis sur ce que TU devrais faire avec TON PROPRE esprit.

Parfois même les autres personnes malades psy ou neuroatypiques, d’ailleurs. Qui oublient que ce qui est vrai pour elles, ce qui marche pour elles… N’est pas forcément une vérité universelle pour toutes les personnes malades psy ou neuroatypiques. Ni même pour toutes les personnes avec le même diagnostic.

Comme si tout le monde savait mieux que toi ce dont tu as besoin, ce dont tu n’as pas besoin, ce qui se passe dans ta tête, ce qui te fait souffrir, ce qui ne te fait pas souffrir, ce qui te soulage, ce qui ne te soulage pas.

Ca ne vous parait pas dingue, à vous ? Aussi dingue que tous les symptômes possibles et imaginables ?
Et ça ne vous rendrait pas dingue, littéralement dingue, au sens médical du terme, qu’on vous ressasse sans cesse que ce que vous ressentez est faux, que ce que vous faites est faux, que ce que vous décidez est faux ?
Ca ne vous rendrait pas dingue, qu’il y ait à peu près autant d’injonctions (souvent contradictoires d’ailleurs) qu’il y a de personnes dans votre entourage, et autant de reproches de ne pas suivre ces injonctions qu’il y a d’injonctions ?

Moi, ça m’impressionne, à quel point on peut être dépossédé de son propre esprit, de son propre cerveau, de ses propres neurotransmetteurs qui fonctionnent ou ne fonctionnent pas, de sa propre lecture du monde.

Alors oui, vous me direz peut-être « Mais c’est logique, vu que la maladie psy altère les perceptions, c’est normal qu’on sache mieux que la personne malade ce qui est bon pour elle ».

Et en plus, vous avez une bonne excuse : là où la maladie physique se voit, s’observe… la maladie psychique ne se voit pas. Elle ne se mesure pas avec des radiographies, des analyses. (Quoi que… ça n’est pas tout à fait vrai : l’imagerie médicale commence à pouvoir mettre en évidence les différences de fonctionnement cérébral entre une personne neuroatypique ou malade psy, et une personne neurotypique ou sans trouble psy. Mais le fait est que malgré tout, savoir que telle ou telle zone du cerveau est plus ou moins active ne vous permet pas, pour autant, d’avoir une « photographie », une idée précise de ce que perçoit et ressent la personne concernée)

Avec toute la bonne volonté du monde, vous ne pouvez PAS voir le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre, fusse-ce une personne très proche.
Donc vous ne comprenez pas tout, vous spéculez, vous essayez d’imaginer, de vous mettre à la place. De trouver des solutions. D’aider (parce que oui, c’est souvent plein de bonnes intentions, sincères qui plus est).
Mais vous savez quoi ? Ca ne marche pas.
Même si vous êtes aussi passé « par là ».
Parce que personne ne passe « par là » exactement de la même manière. Et personne ne gère sa situation exactement de la même manière.

Et en plus d’être forcément faussé parce que vous projetez VOTRE vision de ce qui est bien, bon, aidant sur la vie de quelqu’un d’autre… C’est nocif.

Comment vous vous sentiriez, vous, même sans neurotransmetteurs en pagaille, même sans neuroatypie, même sans trouble psy… Si votre entourage se mettait subitement à vous dire sans cesse que vous devez douter de ce que vous pensez, ressentez, décidez pour vous-même ?
Sachant que pas mal de troubles psy ont déjà en eux-même pour effet de saper la confiance en soi-même, est-ce que vous mesurez à quel point, en donnant à une personne le message que tout ce qu’elle pense est faux, vous faites « le jeu » de la maladie, vous renforcez ce sentiment de ne rien valoir, d’être inapte et incapable ?

Si on parle souvent de respecter le choix des gens concernant leur propre corps (« Mon corps, mes choix » étant une phrase qui parlera surement à pas mal de personnes même vaguement sensibilisées en terme de féminisme), on oublie souvent que c’est vrai aussi concernant l’esprit. Y compris d’un esprit qui ne fonctionne pas tout à fait dans la norme.

Mon esprit, mes choix.

Requiem pour un harceleur

[Ne cherchez pas une vocation militante à cet article. C’est du défoulement, du vidage d’abcès. S’il a une utilité, c’est peut-être d’être un témoignage parmi plein d’autres quant au harcèlement. Fondu dans une masse bien trop massive. Et, aussi, éventuellement, de dire qu’on a le droit de ne pas sacraliser les morts et de garder notre colère contre eux malgré leur mort. La mort n’efface et ne pardonne pas tout.
Je ne pense pas avoir donné dans cet article de détails permettant de le reconnaitre. Si toutefois vous deviez le reconnaitre, je vous demande, par respect pour sa famille, de ne pas rendre public son nom. Ça ne changerait plus rien. Il est mort. Il ne paiera plus rien. Et sa famille n’a pas à payer pour lui. Elle a le droit de faire son deuil, de pleurer sa mort.]

C.

Tu ne seras ici qu’une initiale. Ne crois pas que c’est toi et ta mémoire que j’essaie de protéger, ta réputation je m’en fous, tu n’imagines pas à quel point.
C’est par respect pour ta famille, et uniquement pour elle, que je ne donne pas ton nom. Et aussi par respect pour mes principes. Les dénonciations publiques sont à mon sens une porte beaucoup trop dangereuse pour que j’accepte de la pousser.

Pourtant, je le sais, et tu le sais aussi : je ne mens pas.

Alors tu es mort ?
C’est fini, pfiou, envolé, y a plus.
La nouvelle de la mort d’un mec de mon âge serait supposée me toucher.
Ou la nouvelle de la mort d’un enfoiré est peut-être supposée me faire plaisir.

Mais en fait, non, ça ne me fait pas plaisir.
Ca ne me fait pas plaisir, du tout, de voir les hommages à ton nom, les articles de presse qui vantent ta générosité, ta gentillesse, ta bonté. Qui pleurent la mort d’un homme bien, trop tôt, tellement trop tôt. Bla. Bla. Bla.
Qui parlent du fait qu’il était impossible d’être en conflit avec toi, tellement tu étais merveilleux.
Ouais, les articles de presse. Parce qu’entre temps tu avais « réussi ». Tu avais glâné ta petite respectabilité merdique, ton succès, ta pseudo-célébrité de pacotille de journaliste de bas étage.

Ca ne me fait tellement pas plaisir que ça ré-ouvre, 11 ans après, la plaie des 8 mois d’enfer que tu m’as fait passer.
« Nous a fait passer » serait plus exact, parce que je n’étais pas seule dans cette merde (et c’est d’ailleurs de ça que tu as tiré ton emprise, vu que tu m’utilisais comme arme contre ma meilleure amie, et réciproquement). J’y étais d’ailleurs surement moins qu’elle, vu les liens qu’elle avait avec toi.
Mais je ne vais parler que pour moi. Parce que mes mots ne sont pas les siens, qu’elle dirait surement les choses autrement.

Tu étais le petit ami de ma meilleure amie.
La première fois que je t’ai vu, j’ai été mal à l’aise en face de toi. Pourquoi ? Je n’en sais rien. J’ai cherché à rationaliser ce malaise, cherché à me dire que je n’avais aucune raison d’avoir peur de toi.
Et j’y suis arrivée. J’ai oublié ce signal d’alarme irrationnel, je l’ai laissé dans un coin.
Et je t’ai trouvé « gentil et généreux », moi aussi.
Comme tous ces gens qui pleurent ta mort.
Je t’ai parlé de moi, aussi, un peu. Sans savoir à ce moment là que chaque mot, chaque truc un peu personnel que je t’avais révélé me reviendrait dans la gueule plus tard.

Jusqu’à ce que tu la trompes. Oh, je n’ai pas arrêté de te trouver « gentil et généreux » pour si peu. Je me suis dit, comme elle d’ailleurs, que tu étais paumé, que tu avais fait de la merde.
Tu es venu chialer ton « désespoir » de « l’avoir perdue » en la trompant.
J’ai été triste pour toi, triste que tu ailles mal.

Et puis.

Et puis avec le temps, tu as arrêté de chialer. Tu as commencé à exiger. Exiger que je lui demande de te parler, exiger qu’elle t’écoute, te parle. Alors que TU avais merdé. Exigé. Exigé.
Et à partir de là, tu n’as plus fait que ça. Exiger.
Exiger d’abord poliment, mais exiger quand même.
Et après beaucoup moins poliment. Parce que non. Je ne suis pas la Poste. Je ne fais pas passer des messages. Je n’allais pas tenter de la forcer à aller contre ce dont elle avait besoin.
Et ça, tu n’as pas aimé.

Et tu as commencé ton petit jeu. Celui qui a duré 8 mois. D’insultes. De menaces. De tentative pour m’éloigner d’elle, parce que j’étais un obstacle sur ta route. De tentatives pour la forcer – et tu as bien failli y arriver – à planter la vie qu’elle avait construit pour aller te rejoindre. Tout en jouant avec elle.
« On va se remettre ensemble ».
« En fait peut-être pas. »
« Mais si, quand même ».
Pendant 8 mois, mec.

8 mois où je l’ai vue crever à petit feu, où j’ai eu peur pour elle.

8 mois pendant lesquelles je recevais quotidiennement des mails d’insultes odieux, des mails de menaces aussi. Et quand je ne répondais pas aux mails, tu passais aux SMS, jusqu’à ce qu’excédée et lassée je réponde à tes mails.
Et si je ne répondais pas pendant assez longtemps, tu commençais à la harceler elle pour qu’elle me demande de te répondre. Ce que je faisais. Pour éviter qu’elle se ramasse l’orage.
8 mois.

T’as une idée de ce que c’est, 8 mois, C., quand à chaque fois qu’on ouvre sa boite mail, on se demande non pas SI on va avoir reçu de la merde, mais quelle quantité de merde, et de quelle nature cette fois-ci.
Des menaces ? Des insultes ? Les deux ? Ou peut-être quelques invitations à me suicider, en me décrivant précisément les méthodes qu’il te plairait de me voir utiliser. Ou éventuellement dénigrer mes proches, vu que tu savais que je suis capable d’encaisser beaucoup, mais pas qu’on touche aux gens que j’aime.

Il a fallu que j’aille jusqu’à garder consciencieusement tes mails. Oh, pas tous. Juste ceux de la fin. Juste ceux des quelques dernières semaines. Et que je te menace d’envoyer le tout à ton employeur, qui aurait été « ravi » d’apprendre que tu utilisais ta boite mail professionnelle et tes heures de travail à me harceler plutôt qu’à bosser.
A partir de là, étrangement, vu que je menaçais de toucher à ta façade, à ta pseudo-respectabilité de pacotille, à ta réussite professionnelle chérie… Tu as magiquement arrêté ton harcèlement.
J’ai pu le faire parce que mon amie avait trouvé la force de te couper les ponts complètement, et que tu n’avais plus la ressource de la harceler elle pour me me forcer à répondre.

Ces mails, je les ai relus en apprenant ta mort.
Parce qu’à force de lire que tu étais une merveille, j’en venais à douter de mes propres souvenirs.
C’était ta force, ça aussi. Donner une telle apparence de mec gentil qu’on en venait à ne plus rien comprendre à ce qui nous arrivait.

Et il semblerait que tu ne te sois pas arrêté après mon amie et moi.
Que tu aies refait le même genre de plan à la copine suivante. La même manipulation, la même emprise.
Avec elle aussi. Au moins avec elle.
En vrai, tu as fait ça à combien de personnes, Monsieur Respectabilité et Gentillesse incarnées ?

Alors tu vois, les articles dégoulinant de larmes qui annoncent ta mort… Non, ils ne m’ont ni rendue triste, ni fait plaisir. Ils m’ont foutu dans une colère noire. Ton impunité, ton image intacte de fragile, gentil et généreux, ça me fout littéralement la gerbe.

Ma seule satisfaction, ça n’est pas que tu sois mort, parce que les morts sont tellement sacrés et intouchables que jamais personne ne pourra dire ouvertement quel salopard tu étais.
Non. Ce qui me satisfait dans tout ça, c’est que tu es hors d’état de nuire. A plus personne.
Tu n’imagines pas combien je regrette de ne pas avoir porté plainte, et de ne pas t’avoir dénoncé à ton employeur.
Que tu n’aies pas été confronté directement aux conséquences de tes actes.

Contrairement aux articles élogieux sur ta petite personne… Je ne te souhaiterai pas « bon voyage », ni de « reposer en paix ».
Juste de te faire bouffer par les vers.
En espérant que tu sois moins toxique pour eux que pour les humains.

Le consentement expliqué avec des arachides (ou « Non, consentir à un rapport sexuel ne signifie pas consentir à n’importe quel acte »)

Cet article comporte la description précise d’un abus sexuel. Si vous ne vous sentez pas de lire ça, c’est le moment de fermer cette page. Prenez soin de vous avant tout.

Il y a quelques semaines, à Lausanne, en Suisse, un homme a été condamné pour viol (à de la prison avec sursis, hum. Mais bref. La sanction prononcée n’est pas le sujet de cet article, même s’il y aurait fort à dire sur le fait de condamner un violeur « uniquement s’il recommence », n’est-ce pas ?).

Pour revenir en bref sur ce qui a motivé cette condamnation:

Après s’être connus via une appli de rencontres, l’homme et sa partenaire ont eu une relation sexuelle. Qui était – sur le principe – consentie des deux cotés.
MAIS après une première pénétration avec un préservatif, l’homme a demandé à sa partenaire des jeux sexuels sans préservatif, ce qu’elle a refusé.
Puis, il l’a à nouveau pénétrée, en lui tenant les poignets ce qui fait qu’elle n’avait aucun moyen de voir que, en fait, entre les deux pénétrations, il avait retiré sa capote… Chose qu’elle n’a donc vu qu’à la fin du rapport sexuel.

A plus forte raison, alors que la femme, légitimement très inquiète du risque de MST, demandait à l’homme de passer un test de dépistage, il a disparu de la circulation, ne donnant plus signe de vie.
Pour assurer sa sécurité, la femme a dont dû passer par le (lourd et contraignant) traitement de prophylaxie post-exposition pour au moins éviter le risque de VIH, n’ayant aucun moyen de savoir si l’homme était ou non porteur du virus du SIDA.

Cette condamnation a fait couler beaucoup d’encre dans la presse et dans les commentaires sur les sites des journaux.
Beaucoup d’encre qui, à vrai dire, ne fait pas vraiment du bien à lire. (Si vous tenez vraiment à vous écorcher les yeux, les commentaires de cet article sont représentatifs d’une bonne partie des horreurs qu’on a pu lire sur le sujet…)

Beaucoup de commentateurs (mais aussi un chroniqueur judiciaire d’un journal genevois, avocat de son état, donc faisant figure d’autorité en matière de droit) se permettent des propos carrément infects sur la victime du viol.
Qui « n’assume pas ».
Qui « est une manipulatrice ».
Qui « n’a pas à se plaindre, après tout, elle a voulu du cul, sinon elle n’aurait pas été sur Tinder ».
Qui « n’avait qu’à porter un préservatif féminine », et qui « est irresponsable de ne pas l’avoir fait ».

Et évidemment, plaignent ce « pauvre homme », dont la vie est « brisée » par cette « condamnation injuste ».

J’avoue qu’il m’est assez difficile de rester pédagogue, diplomate et modérée face à de tels propos, mais bon. Je vais essayer quand même.

Et utiliser des arachides pour vous expliquer le problème.

arachide

Et pour ce faire, je vais vous demander un petit effort d’imagination.

Transformons pour un instant cette situation de relation sexuelle en une invitation à manger chez quelqu’un.
Vous acceptez l’invitation d’une connaissance pour un repas, mais au moment de discuter du menu, cette personne vous propose de vous préparer un poulet à l’arachide. Vous lui précisez alors : « Non. Ne mets pas d’arachide dans le repas, j’y suis allergique ».

Au moment du repas, cette personne vous sert un plat contenant des arachides, qu’elle prend soin de dissimuler dans une sauce.
Trouvez-vous ça normal ?

J’imagine que la réponse est unanimement non, n’est-ce pas ?

Vous trouveriez même probablement qu’il est complètement légitime de déposer plainte contre cette personne qui a mis votre santé en danger en toute connaissance de cause, vu que vous aviez pris soin de lui préciser votre allergie à l’arachide. Et que vous trouveriez juste que cette personne soit condamnée alors qu’elle a joué avec votre santé.

Pourquoi cela serait-ce différent concernant la relation sexuelle ?

J’imagine aussi que vous serez d’accord pour dire que sous le terme générique de « relation sexuelle », on peut, tout comme en cuisine, avoir une multitude de menus différents. Et que pas tout le monde est tenu d’accepter chaque menu. Et aussi que certains menus comportent plus de risques que d’autres, n’est-ce pas ?

Pourquoi donc ce qui vous parait – totalement légitimement – inacceptable dans votre assiette devient acceptable dans le cadre d’une relation sexuelle ?

Oui, forcer quelqu’un (par la violence ou par la ruse) à un « menu » sexuel qui ne lui convient pas est un viol, MEME SI LE RAPPORT EN LUI-MÊME ETAIT CONSENTI.
Cela ne s’applique pas uniquement au port ou non du préservatif (oui, je t’ai vu, le petit malin là-bas dans le fond, qui pense que mon analogie ne tient que lorsqu’il y a un risque pour la santé physique de la personne…) : subir par exemple (et parce que c’est un grand classique du genre, malheureusement) une sodomie à laquelle on n’a pas consenti met AUSSI notre santé en danger. Peut-être pas directement notre santé physique (quoi que…), mais notre intégrité psychique. Est-il besoin de rappeler l’existence du syndrome post-traumatique très fréquent chez les victimes d’abus sexuels, avec son cortège de troubles anxieux, troubles dépressifs et suicides ?

Dire oui pour une bouffe entre amis ne signifie pas forcément être d’accord de manger des arachides, ni d’ailleurs être obligé de finir son assiette.
Dire oui pour un acte sexuel ne signifie pas forcément être d’accord pour toute forme d’acte sexuel, ni d’ailleurs être obligé d’aller jusqu’au bout de ce qui a été prévu si sur le moment on ne le sent plus.

Et c’est quand même sacrément triste de devoir rappeler ces évidences, parce qu’elles sont visiblement très loin d’être claires pour tout le monde.

Des couvertures en hiver ? C’est tellement surfait

C’est rare que je parle ici de sujet qui ne me concernent pas directement, dont je ne suis qu’un témoin dégouté parmi pas mal d’autres témoins (ça serait déjà bien, au moins, si tous les témoins étaient dégoutés, me direz-vous…).

Mais là, hey, y a un truc à dire, je crois.

Lisez ce post plus comme un billet d’humeur que comme un post construit et réfléchi – qu’il ne sera pas.

Chez vous je sais pas, mais en tous cas, chez moi, on caille sévèrement, en ce moment.
Brr, le bon vieux petit vent qui pique et qui transperce bien les fringues.
Encore plus que d’hab’, je réalise que j’ai sacrément de la chance d’avoir un toit au dessus de ma tête, de ne pas être à la rue, de ne pas être en train de fuir une guerre et de pioncer aléatoirement sur les trottoirs d’un pays dont je ne parle pas la langue et où je n’ai rien.
C’est une foutue chance, quand même, quand il fait moins 10, d’avoir un toit, pis aussi un lit et une couette, et que ma notion de « j’ai froid » se borne à grogner sur ma colocataire qui laisse la fenêtre ouverte.

Y a quelques semaines, j’ai battu le rappel de mes potes pour voir si l’un ou l’autre avait pas un sac de couchage inutilisé, parce que la couverture trouée du mec SDF que je croise tous les jours commençait à sérieusement me faire souci.
Et quand je le lui ai amené, le sac de couchage (un sac de couchage militaire Suisse, j’ai un peu rigolé intérieurement en me disant qu’une fois au moins, avoir une armée inutile qui coute très cher pour que dalle, ça avait eu un petit bout d’utilité, au moins pour ce mec qui se retrouve avec un sac de couchage certifié « résistant aux grands froids » au lieu de sa couverture trouée), j’ai eu l’impression de lui filer la lune tellement il a eu l’air content et soulagé, et ca m’a juste donné envie de chialer, parce que bordel c’est pas normal que ca soit exceptionnel pour lui d’avoir un truc chaud pour pioncer, que ca devrait juste pas arriver, ces situations là. Et quand il m’a dit « merci », je me suis limite barrée en courant, parce que sérieux, y a aucune raison de me « remercier », c’est juste… ché pas, un minimum ?..

Et là, j’apprends quoi ?

Qu’en France, à Paris, donc à 3h de train de chez moi, avec une pauvre frontière à traverser, les flics ont pour consigne de confisquer leurs couvertures, sacs de couchages, toussa, aux migrants qui pioncent dans la rue.
Que c’est pas le quidam lambda qui l’affirme, mais que c’est Médecins Sans Frontières qui dénonce la situation.

Alors au début j’ai pas envie d’y croire, je lis un article, deux articles, un post facebook, un truc, un machin, et ils disent tous la même chose : confisquer – couvertures – migrants.

Et je sais pas, mais je rigole. Jaune. Sacrément jaune. Et aussi un peu un peu bleuâtre (vous savez, la couleur des gens quand ils sont en train de crever de froid ?).

Alors je cherche un sens, je me demande ce qu’on va encore inventer pour justifier ça.

Et je lis que le Ministre de l’Intérieur, à qui je décernerais volontiers le titre supplémentaire « Ministre de l’hypocrisie » dit que c’est pour mettre ces gens à l’abri, les amener à aller dans des centres d’accueil pour ne pas crever de froid dans la rue.

Mais en vrai, ce qui se passe, c’est que ces gens à qui on a volé (oui, désolée, j’arrête d’être faux cul et de parler de « confiscation », appelons un chat un chat et une engelure une engelure : c’est un vol, point barre !) leur seul moyen de se tenir au chaud, bah… Ils vont faire la queue pendant plusieurs jours devant lesdits centres d’accueils, qui sont saturés, et que le jeu de tetris, c’est très cool sur une console, mais c’est quand même sacrément plus discutable quand il s’agit de donner à des humains un endroit pour simplement pioncer au chaud.

Donc pendant plusieurs jours, non seulement ils ont toujours pas un toit au dessus de leur tête, et un matelas sous leur dos pour dormir… Mais en prime, cadeau bonus, leur couverture ou leur sac de couchage a, lui, un toit… dans un commissariat de police où personne ne s’en sert pour dormir (ou dans une poubelle, parce que tant qu’à faire dans l’absurde, pourquoi pas rajouter un peu de gaspillage par dessus l’inhumanité, la décence c’est tellement surfait !).

Et on rajoute une couche à la blagounette, on empêche ces personnes, quand elles font la queue, de s’installer vaguement confortablement (ou, de manière plus terre à terre, de se reposer ne serait-ce qu’un petit peu) en genre… s’asseyant sur le trottoir). S’agirait pas qu’ils prennent trop de place, non plus, on leur permet déjà de rester debout sur le trottoir, s’agirait quand même pas d’abuser de notre  hospitalité, non mais oh !

Et là non plus, c’est pas le quidam lambda qui le dit, c’est toujours MSF.

Alors bon, vous me direz, de quoi ils se plaignent, hein, on a moins froid quand on est debout que quand on est assis ou couché sur le béton froid, n’est ce pas ?

J’ai envie de proposer une reconversion aux braves politicards qui ont pris cette décision absurde.
Dans le cinéma, ou dans l’écriture. Ou peut-être dans l’humour.
Parce que pour faire une aussi bonne blague que voler leurs sacs de couchage à des gens qui fuient la guerre, la misère, et qui crèvent de froid dans nos rues… Faut avoir une bonne dose d’imagination, quand même.
Reconnaissons leur ce talent là, à défaut de pouvoir venter leur humanité..!

couvertures-migrants

De l’idole au vrai salaud, une réflexion utile ?

Il est possible que je choque avec cet article.

Avant de développer précisément ce que mon article EST, je vais préciser ce qu’il N’EST PAS, histoire d’éviter de blesser inutilement.

Donc mon but N’EST PAS de défendre les diverses stars qui se sont retrouvée à la une de l’actualité pour des faits de violence conjugales, d’abus sexuels et autres joyeusetés. Leurs actes DOIVENT être condamnés, c’est une certitude.
Mon but N’EST PAS non plus de dénigrer les personnes qui ont été légitimement choquées par l’annonce qu’un Cantat avait battu à mort sa compagne, qu’un Pistorius avait tué par balles sa copine, ou qu’un Polanski avait sexuellement abusé d’une personne mineure (entre autres exemples). C’est choquant, et c’est légitime d’être choqué.e de l’apprendre.
Mon but n’est pas d’inciter à continuer à admirer l’oeuvre (artistique, sportive) de ces personnes en faisant abstraction de leurs actes. Là dessus, chacun.e fait selon sa conscience, selon son ressenti (par contre, je ne pense pas non plus que continuer d’écouter Noir Désir soit FORCEMENT une manière de légitimer l’acte de Cantat, par exemple, comme on l’entend parfois. Je pense qu’on PEUT – pas qu’on doit, mais qu’on PEUT – séparer l’œuvre et l’artiste, admirer l’œuvre et condamner les actes de l’artiste tout à la fois !).

Voilà.

Maintenant que j’ai expliqué ce que cet article N’EST PAS, je vais pouvoir en venir au but.

A chaque fois qu’une célébrité se retrouve sur le devant de la scène non pas pour son oeuvre, mais pour ses actes de violence, le débat féministe s’empare à pleine main de l’affaire.

star-violentes

Le procès de la personne est fait, refait, analysé.
ll devient le salaud ultime, la personnification de tout ce que la société a de pourri, une incarnation du patriarcat.
Toute forme de nuance est impossible, il a tué / battu « parce que c’est un mec dans un système patriarcal ». Aucun autre facteur ne peut être évoqué.

Tout le monde s’improvise expert en droit, en psychiatrie légale, pour contester toute implication d’une éventuelle maladie psy, pour comparer les peines prononcées, pour (forcément) trouver la peine du coupable trop légère.

Le débat vire systématiquement à la foire d’empoigne, entre les « fans » qui défendent leur idole, et les féministes. Les un.es lui trouvant plein d’excuses irrationnelles, les autres s’appliquant à démonter ces excuses.

Et moi, je me demande en fait : qu’est ce que ça apporte ?

Au delà du fait de gérer émotionnellement le fait qu’on est légitimement choqué.e d’apprendre qu’un artiste ou un sportif qu’on admirait s’est avéré avoir maltraité sa compagne, je veux dire.

Est-ce que ca fait véritablement avancer une réflexion plus globale sur la violence conjugale, sur notre société qui rend implicitement tolérable de fracasser la tronche de sa compagne ?

Est-ce que décortiquer un cas individuel est utile à la réflexion de société ?

Parce que décortiquer un cas individuel, ça implique deux choses :

– Si on veut être complètement honnête humainement et intellectuellement, ça implique de prendre en compte AUSSI les facteurs individuels. Est-ce qu’il n’y a QUE les facteurs systémiques qui rentre en compte dans la violence : je ne crois pas. EVIDEMMENT qu’ils entrent en compte, qu’ils y sont pour beaucoup, qu’ils sont centraux. EVIDEMMENT qu’ils doivent faire partie de l’analyse. Mais eux seuls ne suffisent pas à TOUT expliquer.
Et si on prend en compte ces facteurs individuels, on s’éloigne d’une réflexion globale, systémique.
– Si on choisit de complètement ignorer les facteurs individuels, on a une analyse tronquée de la situation. Objectivement tronquée. Donc qui prête le flanc à beaucoup de critiques (souvent pleines de mauvaise foi de la part de fans indécrottables et de masculinistes montant au créneau pour défendre le mâle ainsi pourfendu par les « méchantes féminazies »). Mais étant donné que ces critiques ont un fond de vérité tout de même (si on ne prend en compte qu’une partie des facteurs d’une situation, on ne peut pas l’analyser de manière entièrement correcte, c’est une réalité), d’une part il devient très facile de démonter le positionnement des féministes sur la question. Et d’autre part, est-ce qu’on peut revendiquer une meilleure justice, une société plus juste… tout en refusant au coupable, fut-ce d’actes atroces, le fait que tous les facteurs l’ayant amenés à son acte soient pris en compte ?

D’autre part, au delà de la question du fait d’avoir une analyse correcte de la situation… Il y a aussi l’utilité objective du débat, et l’énergie qu’il monopolise :

Pendant qu’on est en train de se prendre la gueule à débattre de la question avec les fans de la star et avec les masculinistes vener, est-ce qu’on agit ?
Pendant que notre attention est focalisée sur le buzz médiatique du moment, qu’est ce qui se passe chez nos voisins, ou dans notre propre couple, ou dans la société de manière globale ?
Les faits divers fascinent, hypnotisent.
(A ce sujet, je vous invite à lire cet article. C’est une premier que je cite Causette, je n’ai vraiment pas une grande affection envers ce magazine qui a écrit beaucoup de grosses bouses sur pas mal de sujets, mais cet article ci me parle).

Mais ne nous font-ils pas oublier l’essentiel ? Le fond ? L’action de fond ? Et ce qui se passe juste sous notre nez ?

Si vous êtes gros.se, pour manger tranquille, mangez caché.e.

Loin de moi l’idée de vous le conseiller sérieusement, de vous cacher pour manger, hein.

Mais le fait est que dans notre société grossophobe, on en est là.

Un.e gros.se qui mange publiquement est supposé, forcément, être en train de se gaver.
Peu importe qu’il soit midi, donc une heure ma fois assez logique pour manger vite fait un sandwich dans le bus pour gagner du temps. Un.e gros.se est automatiquement présupposé être en train de manger son 10ème sandwich.
Peu importe qu’il fasse 40° et que la moitié des gens de la ville ait une glace à la main. Un.e gros.se ne devrait pas, oh non surtout pas, manger de glace. C’est forcément sa 5ème de la journée de toutes manières.

Un.e gros.se qui mange et qui, affront ultime au bon goût visuel de ces concitoyen.nes minces, a le culot de le faire publiquement, c’est forcément QUELQU’UN QUI SE GAVE.

Vous voulez un exemple ?

Allez, cette petite situation juste tout à l’heure, dans le bus.

Une amie et moi, toutes deux grosses, mangeons nos sandwichs (t’sais, le truc que pas mal de gens font à midi quand ils ont pas le temps / pas l’envie de faire à manger).

sandwich
En vrai, il était moins beau que ça le sandwich, mais celui ci a l’air délicieux !

Mon amie mange un bout de son sandwich, puis le repose dans le sac parce qu’elle n’a plus faim.

Je lui demande :

« Tu cales ? »

En face de nous, un petit groupe de meufs :

« Lol ! La grosse qui lui demande si elle cales, pis l’autre qui répond que oui, alors que vu comme elle est grosse, elle doit en manger 10 par jours ».

Je n’ai malheureusement pas entendu ce qu’elles disaient sur le moment, c’est mon amie qui m’a dit ça une fois descendue du bus. Gros regret, parce qu’elles se seraient pris la honte de leur vie à se faire afficher dans les règles de l’art dans le bus bondé.

Et non, ça n’est pas « exceptionnel ». C’est habituel.
Un pote qui s’est retrouvé avec moi dans le métro une fois où je mangeais mon sandwich m’a dit avoir été choqué des regards et des remarques.
Moi je n’avais même pas remarqué. Parce que je ne remarque plus, la plupart du temps, tellement c’est habituel et quotidien. Ca fait partie du paysage quotidien dès que je suis hors de chez moi.

J’ai entendu une responsable hiérarchique me dire que « le regard que les gens posent sur toi quand tu manges au travail n’est pas neutre, tu devrais faire attention à ça. ». (Je présume que « les gens », c’était surtout elle, hein, mais bon… S’agirait pas d’assumer de trop sa grossophobie, quand même).

Au travail. Relax.
Non, je n’ai pas à faire attention à ça.
Si j’ai la dalle, j’ai parfaitement le droit de manger un truc. Exactement comme mes collègues minces. Et si ça les dérange de voir une grosse manger, ma foi, d’une part c’est peut-être à eux de se poser des questions sur leurs représentations. Et d’autre part, si vraiment c’est insoutenable pour leurs pauvres mirettes, bah qu’ils regardent ailleurs, au pire !

Je pourrais en lister des centaines, d’anecdotes sur des remarques, des regards concernant le fait que j’aie l’audace de manger devant des gens.

Si ça ne m’atteint plus, c’est loin d’avoir toujours été le cas.
Et si ça ne m’atteint plus, c’est bien loin d’être le cas de tou.te.s les gros.ses.

J’en connais beaucoup (trop) qui n’osent pas manger en public pour éviter ça.
J’en connais beaucoup qui, s’iels doivent vraiment manger en public, vont éviter de manger à leur faim pour bien prouver qu’iels ne mangent pas trop. C’est bien connu. Une gros.se qui mange une salade verte (sans trop de sauce s’il vous plait !), ça passe. C’est bien, iel essaie de perdre du poids, iel essaie de revenir vers la sacro sainte norme !

Alors j’ai envie de faire un petit rappel :

– Les gros.ses ont aussi besoin de manger pour vivre. Un.e gros.se qui arrête de manger, à terme, iel meurt.
– On peut être gros.se et manger parfaitement normalement en terme de quantité. Sisi. Vraiment. Donc non, le sandwich que vous nous voyez manger dans le bus n’est pas forcément le 10ème. Il est même assez probable que ça soit notre sandwich tout ce qu’il y a de plus normal, pour un repas tout ce qu’il y a de plus normal.
– Si ca n’est pas le cas et qu’on surbouffe réellement (oui, ça existe, les troubles du comportement alimentaire), ça n’est en tous cas pas votre mépris, vos moqueries et vos remarques de merdes qui vont aider à guérir de ces troubles alimentaires.
– Vos gueules. Ouais en fait, juste ça. Taisez vous. Et regardez ailleurs si on vous dérange tant. Mais foutez nous la paix.