Les limites du « body positive »

« Tous les corps sont beaux ».
« Tu peux aimer ton corps, quel qu’il soit ».

Body positive« Beauté dans chaque forme et taille »

Ces messages, courants dans le mouvement « body positive », sont importants.
Il est important de rappeler qu’on peut trouver de la beauté dans chaque corps, qu’on a le droit de sortir des cases établies par une société patriarcale qui définit de manière très stéréotypée quelle est la « vraie beauté » (mince, blanche, sans handicap physique, sans cicatrices, …)
Ce message est nécessaire.

Par contre, ce message a ses limites, et on les franchit parfois allègrement.

Est-ce que seul un corps qu’on trouve beau est digne d’être respecté ?

Si la notion de « beauté » reste subjective (bien qu’il soit important de rappeler que la société nous dicte quels corps sont beaux, et que donc on ne peut pas complètement se cacher derrière « c’est mes goûts personnels »), la notion de respect DOIT être universelle.
Je ne revendique pas qu’on trouve forcément mon corps beau. Des gens vont le trouver beau, d’autres pas, et sincèrement : je m’en fous. Je ne vis pas pour être un élément décoratif dans le paysage visuel d’autrui. Tant mieux si la vision de mon corps est agréable pour la personne en face, mais si elle ne l’est pas, ça n’est pas vraiment un problème pour moi.
Ce qui est un problème, par contre, c’est quand on se prend le droit de juger de la valeur d’une personne en fonction de la beauté qu’on voit (ou qu’on ne voit pas) dans son corps.
Ce qui est un problème, aussi, c’est quand on se permet de manquer de respect à une personne au nom du fait qu’on ne trouve pas son corps beau.
Ce qui est un problème, enfin, c’est quand on se permet des injonctions (« Tu devrais perdre du poids », « tu devrais te lisser les cheveux », etc) à une personne pour qu’elle mette son corps en conformité avec des normes, ou avec ce qu’on estime être « beau ».

Plus que « tous les corps sont beaux », est-ce que l’essentiel n’est pas « tous les corps sont respectables », et « Mon corps, mes choix », pour lutter contre ces injonctions perpétuelles, et contre cette valeur centrale donnée à la beauté physique dans la valeur qu’on attribue aux personnes ?

La dysmorphophobie (définition) n’est pas uniquement sociétale

Un aspect qui me parait particulièrement problématique en terme de dérive dans le mouvement body-positive, c’est le fait que, à force de dénoncer – à juste titre – l’impact des oppressions sociétales (sexisme, racisme, grossophobie, etc), on oublie un peu que des problématiques psychiques peuvent influencer également le regard qu’on a sur son propre corps.
Tout analyser à la lumière d’un regard sociétal, c’est mettre d’emblée à l’écart les personnes qui souffrent de troubles psychiques amenant à avoir un regard biaisé sur son corps, et dé-légitimer leur vécu.
Par exemple, analyser l’anorexie uniquement au travers du « message social qui impose la maigreur », c’est extrêmement réducteur, et c’est source de souffrances pour les personnes anorexiques.
Les personnes malades psychiques sont déjà réduites au silence, dé-légitimées de toutes les manières possibles par la société.
Il serait temps de commencer à les prendre en compte au sein des mouvements militants. Y compris sur ce point précis.

On a le droit de ne pas aimer son corps, de vouloir le changer. Et on a le droit de vouloir se conformer aux normes sociales par « gain de paix ».

Le mouvement body positive ne devrait pas être source d’injonctions.
Et pourtant, il l’est parfois.
Que ça soit envers les gros.ses qui cherchent à maigrir, envers les personnes racisées qui cherchent à lisser leurs cheveux pour se conformer à un look « occidental », envers les femmes qui utilisent la chirurgie esthétique pour avoir un corps qui soit plus à leur goût, ou plus facilement acceptable socialement, le message body positive n’est pas toujours tendre.
J’ai ainsi pu voir des gros.ses se faire basher pour avoir parlé de régime, des personnes racisées se faire enjoindre (de préférence par des blanc.hes qui n’ont pas à subir la pression sociale sur leurs cheveux) à ne pas lisser leurs cheveux. J’ai vu des femmes se faire traiter de potiches parce qu’elles parlaient d’une opération de chirurgie des seins.

Mais qui serions-nous, pour décider à la place de quelqu’un d’autre que cette personne doit, chaque jour, avoir envie de militer par le simple fait d’exister, de sortir dans la rue ?
Pouvoir encaisser la pression sociale, c’est un privilège aussi. Déterminé par plein de trucs sur lesquels on n’a pas de prise (notre entourage, notre santé psychique, notre situation économique…)
La discrimination à l’embauche à laquelle on s’expose si on a un physique non conforme aux normes sociales, on ne peut pas tou.te.s décider de l’affronter plus ou moins stoïquement.
Les insultes dans la rue, on ne peut pas tou.te.s les encaisser sans trop de dommages.
La pression sociale n’est pas la même selon qu’on ait un entourage proche bienveillant ou qu’on soit isolé.e au sein d’un entourage oppressif.

Quand, au nom du message body positive, on se permet de marginaliser des gens AU SEIN MEME DES GROUPES MILITANTS, alors que ces personnes sont déjà fragilisées dans la société en général, on doit se dire qu’il y a un problème quelque part…

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2 réflexions sur “Les limites du « body positive »

  1. Merci. Ca fait plaisir de voir qu’on parle un peu des dérives que le message « body positive » peut avoir, même si dans le fond, c’est plutôt cool, de vouloir être fier.e de son physique et d’être capable de l’assumer. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde.
    J’en profite pour te dire que j’admire énormément ce blog, qu’il m’a fait du bien sur plusieurs sujets concernant notamment les troubles mentaux, que je pense que tu es une personne plein de bon sens et que j’ai en haute estime pour tous ces articles.
    C’est un peu maladroit, mais bon, voilà..
    Bonne continuation!

    Aimé par 2 people

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