Lau’ : diminutif d’une non binarité

Petit stress au moment d’écrire cet article, parce que je sais que des personnes de mon entourage, absolument rien à voir avec le « milieu militant » suivent ce blog.
Et que cet article va donc, pour eux, avoir des petits airs de coming out.

Lau’.
Depuis que je traine sur internet, ce diminutif me colle aux basques.
Je ne sais même plus si c’est moi qui l’ai initié, ou si c’est quelqu’un qui me l’a attribué.
J’ai toujours aimé ce diminutif.

Lau’. Impossible à trancher, en lisant ce diminutif : Laurence, ou Laurent ?

Et cette impossibilité de trancher au premier coup d’oeil entre le féminin et le masculin, elle fait écho à ce que je trimballe en moi depuis toujours.

Je me souviens. J’avais une douzaine d’année, j’étais en train d’acheter des fringues avec ma mère. A l’époque, hors de question de me faire porter une jupe, une robe ou whatever : je me sentais déguisée, berk !

Donc, je trainais comme d’hab’ au rayon mec, essayant une de mes habituelles chemises à carreaux. Ma mère trouve une chemise, me la montre.

– « Non, pas celle là, elle fait fille ».
– « Euh, Laurence, tu ES une fille ».
– « … »

Avec le temps, j’ai aussi apprivoisé ma féminité. Je ne me sens plus déguisée en jupe ou en robe. Mais je ne me sens définitivement pas déguisée non plus en chemise à carreaux.

D’aussi loin que je me souvienne, même avant cette histoire de chemise, il y a toujours eu ce « truc là », en moi. Petite, on me prenait constamment pour un garçon, et ça ne m’a jamais dérangée.

Mon père en était ravi, d’ailleurs : il voulait désespérément un fils (il avait eu deux filles d’un premier mariage avant ma naissance, il espérait que je serai un mec, la légende raconte qu’il a passablement tiré la gueule à ma naissance en découvrant que j’avais un vagin et pas un pénis).
Il m’a toujours élevée « comme un mec ». Fait partager ses loisirs « de mec ». Défendu face à ma mère quand elle voulait me faire m’habiller « en fille » et que je n’en avais aucune envie. Transmis le droit à me faire entendre, à gueuler, à ne pas me soumettre, à me battre : « Si on t’emmerde, cogne. Personne n’a le droit de te faire du mal ».
Assez loin des stéréotypes d’une éducation « féminine », donc.

Gamine, « Lady Oscar » était mon personnage de dessin animé préféré. Gare à la personne qui tentait de me faire rater un épisode. Cette personne née fille et élevée comme un mec, elle m’était curieusement familière, et incroyablement sympathique.

A l’heure actuelle, mon look peut aller de « féminin » à « très masculin », voire être un combo des deux (à l’instant où j’écris, je porte une jupe et un t-shirt de mec, le tout avec des chaussures de mec – mais ça c’est pas forcément un choix, je chausse du 45, enjoy pour trouver des chaussures « féminines », même mon corps a décidé de jouer le jeu de ma non-binarité). Carrée d’épaule, ça arrive régulièrement qu’on me genre au masculin : « Bonjour Monsieur ». Ca me fait plaisir. Tout comme ça me fait plaisir quand on me genre au féminin. Les deux sont vrais. Les deux font appel à quelque chose qui existe en moi.

Avant de mettre les pieds dans le « milieu militant », je n’avais aucune fichtre idée du fait que le terme « non-binarité » existait. Je n’avais même aucune fichtre idée du fait que je n’étais pas la seule personne avec ce rapport là avec mon genre.

Je n’en ai jamais vraiment eu honte, mais je n’en ai jamais vraiment parlé non plus : la flemme d’expliquer, de tenter de définir ce que je ressentais, qui était très clair pour moi, mais très compliqué à traduire avec des mots.

Et puis deux ami.es ont fait leur coming out en tant que personnes trans*, ça m’a amenée à mettre le nez dans tout ce schmilblik autour des questions de genre.
Et puis j’ai mis les pieds sur un premier groupe féministe sur Facebook, et pour la première fois j’ai entendu le terme « non-binaire », et, sans dire que ça a été une illumination dans ma vie, mais ça a été un « Oh, c’était donc ça… »

(Vous pouvez remarquer que je me genre au féminin quand j’écris. Si un neutre existait « réellement » dans la langue française, je veux dire, aussi en dehors des milieux militants, j’utiliserais le neutre.
Mais je suis consciente que, à l’heure actuelle, « Iel » et toutes ses variations ne sont utilisés que dans le milieu militant, et que demander, j’sais pas, par exemple à mon employeur et mes collègues de travail d’utiliser ce neutre me vaudrait de passer pour une parfaite illuminée.
Et je n’ai pas envie d’avoir une « double manière d’écrire et de parler », selon que je sois dans le milieu militant ou avec des personnes non averties. Donc je me genre au féminin.
Par contre, je suis carrément à l’aise avec le fait qu’on me genre au féminin, au masculin ou au neutre. Les trois font écho avec des choses qui existent en moi, donc les trois me vont).

On m’a demandé une fois si je pensais que l’éducation « masculine » de mon père, et l’éducation « féminine » de ma mère, étaient à l’origine de ce « double genre ».
Honnêtement, je n’en ai aucune idée. Est-ce que ça a toujours été en moi, ou est-ce que cette attente de mon père d’avoir un fils a eu un rôle là dedans ? Honnêtement je m’en fous. Totalement.
Et la question me parait même un peu étrange :
Est-ce qu’on demande à une personne qui se sent pleinement en accord avec son genre assigné si elle pense que l’éducation de ses parents est la cause du fait qu’elle se sente en accord ?
Non hein ?
Alors pourquoi me le demander à moi, tiens ?

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2 réflexions sur “Lau’ : diminutif d’une non binarité

  1. Moi je m’en fous, je t’aime avec des tee-shirt « de mec » ou des jupes « de fille » 🙂

    Et puis ce que tu écris fais écho à pas mal de choses en moi aussi. Je suis pas très penchée sur le milieu militant parce que je le trouve trop violent et trop compliqué à aborder, du moins pour moi, même si je lis quand même pas mal de choses. Je ne connaissais pas le terme de « non-binarité », ou plutôt je l’ai lu de temps à autre sans savoir vraiment ce que les gens mettaient derrière (et je suis trop une feignasse pour avoir cherché, j’avoue).
    J’ai personnellement jamais ressenti le besoin de mettre des termes sur ce genre de trucs, qui pour moi font plus appel à du ressenti qu’à de l’intellectualisation. Mais je pense qu’on a tous en soi une part qui s’identifie à du « masculin » et une autre à du « féminin », et au final ce qui change en fonction des gens, c’est selon moi juste la proportion.

    Perso, je serais incapable de définir une proportion entre ma part féminine et masculine. J’aime me fringuer de façon « féminine », porter des robes, des talons, parfois du maquillage. Mais tout le monde à tendance à me dire que je pense « comme un mec », et aussi sexiste que ça puisse être compris, ça fait aussi écho à ce que je ressens quelque part.
    Mais bon, les concepts de féminin et masculin sont en soit des stéréotypes assez limités. Y-a-t’il vraiment une façon « masculine » et « féminine » de penser ? Une façon féminine ou masculine de s’habiller ? Est-ce que le genre physique est aussi déterminant ? Je ne pense pas.

    Je préfère imaginer les concepts de féminité et de masculinité comme des repères indépendants du genre physique. Ça simplifie les choses, parce que ça remet ces concepts là à leur place, c’est-à-dire des concepts qui ne sont rien de plus que des représentations permettant d’aborder plus facilement les questions d’identification à un système de pensée (ou à d’autres systèmes), et permettant que ces identifications soient plus ou moins comprises par tout le monde d’une manière plus ou moins semblable.
    Pour reprendre mon exemple, je n’ai aucun problème avec mon genre physique, au contraire, mais je m’identifie plus au système de pensée désigné comme masculin, et en m’identifiant de cette manière, tout le monde comprends plus ou moins les caractéristiques qui vont être mise en avant chez moi.

    ENFIN BREF, tout ce roman ne doit pas être bien clair. Ton article m’a juste donné envie de réagir, et puis je me suis paumée en route à force de blablater.

    Layla.

    Aimé par 1 personne

  2. Perso, gamine, j’me faisais traité de p’ti mec. Coupe de cheveux, fringues, etc. Puis y a eu la période ou ma grand mère nous achetaient plein de fringues à ma soeur et moi. Ma soeur ayant été coquette et ultra féminine depuis sa naissance (quasi née avec des talons aux pieds), ma grand mère prenait plaisir à nous acheter les mêmes fringues se basant sur ses goûts à elle.

    Pourtant j’ai toujours été tom-boy, préférant les légo, les p’tites voitures et le surf aux poupées barbie, maquillage et défilés de mode. J’ai toujours détesté (et déteste encore) m’acheter des fringues et quand j’y vais seule, je file au rayon homme. Accompagnée, je fais un effort monstre pour me trouver un truc côté femme. Parfois je me trouve belle en femme. Par contre je suis toujours à l’aise en baggy, pantalon cargo et t shirt large avec dessin et citation à la con dessus (vendu rayon homme ici).

    Depuis gamine, j’me suis dit que ça serait plus « facile » d’être un mec dans la société. Quand j’ai eu les cheveux rasés puis courts, qu’on m’appelait Monsieur quand on me croisait de dos, y avait un sourire dans mes yeux. Hormonalement, je suis androgyne. Reste à savoir si c’est du à une maladie X ou pas. J’ai clairement pensé au changement de sexe pendant longtemps. Mais mon désir de porter des enfants est trop fort.

    Reste qu’avec le temps, en apprenant qu’il n’existait pas juste la définition femme OU homme, bah ça m’a rappelé plein de truc de mon enfance plutôt masculine. Pendant que les gamines de mon quartier jouaient à la poupée dans le bac à sable et se tiraient les cheveux, perso je jouais avec des bulldozers et je filais des coups de poing à ceux qui m,emmerdaient (alors que j’ai reçu une éducation où les coups c’est maaaaaaaaaaal).

    Bref, je viens à peine d’arriver à définir ma sexualité pcq c’était important pour moi. Mon genre, je sais pas trop où il se trouve, et pour le moment j’ai pas envie de me casser la tête à fouiller tout ce qui existe pour trouver ce qui me correspond. Mais v’là, ton post m’a refait pensé à plein de truc^^

    Amande

    Aimé par 1 personne

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