De l’obligation de perfection au silence radio

Ca fait quelques mois que je n’avais plus écrit ici.
Une certaine lassitude, un ras le bol de passer plus de temps à gérer des shitstorms autour de mes articles, qu’à écrire mes articles.

managing-a-shitstorm

Si au moins les shitstorms et autres réactions parfois surréalistes étaient venues des gros réac’ que j’épingle dans mes articles, des « hommes-hétéros-blancs-pleins-de-thune-cisgenre-valides », j’aurais pris la chose avec plus de philosophie : quand on écorche un système, il se rebiffe, c’est obligé.
Mais, ma foi, les gros réac’, ils m’ont toujours relativement laissé tranquille. Enfin, relativement, quoi. Des insultes par ci par là, quelques bons gros trolls faschos et masculinistes en mal de casser de la militante féministe, mais boarf… Rien qui soit dans le fond de nature à me bouleverser particulièrement. Je suis assez imperméables à ces insultes là.

Mais non.
Les plus massives, et de loin les plus nombreuses, des shitstorms venaient (et viendront encore, je suppose) du milieu militant féministe lui-même.

Pas assez ceci, trop cela, un terme mal choisi, une phrase mal formulée ou piochée au milieu d’un article en faisant caca sur le contexte, un peu trop de nuance, pas assez de réflexion en noir et blanc bien tranchés…

Et des pages et des pages d’échanges sur Facebook, sur Twitter, pour expliquer, recontextualiser, défendre, m’entendre dire que « Tu défends ton article, tu refuses de te remettre en question », m’entendre traiter de raciste, de transphobe, de grossophobe, de ceci, de cela. Et surtout, le sceau ultime du déshonneur, de PERSONNE PROBLEMATIQUE.
Avec les injonctions à « ne pas partager mon blog parce qu’il donne une visibilité à une personne problématique ». Avec, et là je crois que c’est ce qui me reste le plus en travers, les attaques par ricochet sur des personnes de mon entourage : « Ah, tu es en contact avec Lau’… ! Evidemment que tu ne peux dire que de la merde, pour supporter une personne pareille ». Outch. C’est tellement militant, de s’en prendre à l’entourage d’une personne et de lui faire payer l’addition par ricochet, n’est ce pas ?
Avec toutes les dynamiques d’exclusion et de stigmatisation interne au mouvement militant qui vont avec.

J’ai eu beau en rire, j’ai eu beau ironiser, j’ai eu beau me dire et me répéter que ça ne me toucherait pas et que ca ne saperait pas ma motivation, le fait est que le constat est là. Dernier article en octobre, plus rien depuis.

Et là j’ai envie de sortir du silence, et de ne pas laisser crever ce blog.

Je me suis demandé comment recommencer à écrire ici, quel bout de la pelote de ficelle j’allais bien pouvoir attraper pour revenir.

Et je me suis dit, au final, que c’est sur cette obligation de perfection du mouvement militant que j’allais écrire.

Parce que au delà de mon petit ras le bol (qui bon, au final, n’est pas très intéressant à développer, je ne vais pas vous détailler les shitstorms, c’est sérieusement dénué d’intérêt), ça me pose sérieusement question, cette injonction à la perfection militante. Politiquement, je veux dire. En terme de sens du combat, de but du mouvement militant, et de vision globale des choses.

Je vais essayer d’organiser ma pensée là autour pour expliquer ce que je vois de profondément dépolitisé dans cette traque aux « personnes problématiques ».

La personnification des « méchant.e.s oppresseur.euses » empêche de réfléchir à un niveau systémique.

Il y a une grosse contradiction entre la chasse aux « personnes problématiques » dans les milieux militants, et la prise en compte des facteurs systémiques qui amènent à avoir des COMPORTEMENTS, des PREJUGES, des SCHEMAS DE PENSEE, des PAROLES problématiques.

Pointer les PERSONNES problématiques revient à diviser le monde en deux sur une base non pas sociale, mais morale :

– Les gentil.les (traduits en jargon militant par « personnes safe » ou par « personnes déconstruites »).
– Les méchant.es (les fameuses PERSONNES PROBLEMATIQUES).

Combattre un système qui fonctionne en « les tenants de la norme et du pouvoir vs les autres » pour retomber dans une division qui reproduit exactement ce « nous vs les autres », en changeant juste les critères d’admissibilité pour faire partie du « nous », pour vous je ne sais pas, mais personnellement, il y a une grosse « alerte mauvaise idée » qui se déclenche.

En admettant qu’une bonne Fée Ministe débarque demain sur Terre pour créer, d’un coup de baguette magique, un monde plus juste, plus égalitaire, je vous parie mes deux mains que si elle a l’idée pourrie d’en confier la bonne marche à ces super-militant.es safe adeptes de la traque aux personnes problématiques, on ne mettra pas long à constater qu’on a juste déplacé le problème, mais que finalement on n’a rien changé de fondamental : on aura toujours les détenteur.ices de la Vérité (et donc du Pouvoir). Et on aura toujours les personnes qui rament comme des galérien.nes derrière.

On ne transforme pas un système social en personnifiant les « agresseur.euses », les « méchant.es », les « problématiques ».
On ne change rien en désignant des bouc-émissaires porteurs de la culpabilité de toute la merde du monde.

A l’inverse, c’est en sortant de la lecture morale (« bien vs mal ») qu’on peut comprendre (puis modifier) un fonctionnement de société : il n’y a pas de « gentil.les » ni de « méchant.es », il y a des personnes occupant différentes places (qu’elles n’ont pas choisi, ou très partiellement) dans un gigantesque engrenage où chaque roue en entraine une autre.

Les personnes problématiques, ces causes perdues

Si on reste sur cette vision morale qui divise « personnes déconstruites/safe » et « personnes problématiques », quel intérêt y aurait-il à communiquer avec les « problématiques », les « agresseur.euses » ?
Aucun, n’est ce pas, vu que ces personnes ne méritent pas qu’on gaspille notre énergie de bon.nes militant.es safe et déconstruit.es pour elles ?

Ok. Expliquez moi comment on les amène à déconstruire leurs préjugés, leurs comportements, leurs attitudes, tout ça… Sans communiquer avec ces personnes ?
Sans expliquer ?
Sans – au besoin – gueuler très fort dans leurs oreilles ?

Et si on ne les amène pas à un changement quelconque, d’une manière qui leur permette réellement de changer (indice : non, étiqueter quelqu’un comme « personne problématique », ou « raciste », ou « agresseur.euse », ou peu importe quelle étiquette n’aidera jamais en soi quelqu’un à changer d’attitude. Ca serait chouette si c’était aussi facile, si ça faisait office de baguette magique, mais ça ne marche pas), comment peut-on espérer une forme de changement sociétal ?

La seule manière de ne jamais être problématique : fermer sa gueule. Les personnes qui n’agissent pas ne se plantent jamais.

Dernier point qui me fait sévèrement grincer des chicots dans cette chasse acharnée à la personne problématique :

Elle met indiscutablement en danger les personnes qui ESSAIENT d’agir.
Personne n’étant à l’abri de se planter, de dire une grosse merde, d’avoir un raisonnement complètement foireux une fois ou l’autre, toute personne qui essaie de produire des choses (des textes, des actions, quelque chose) se retrouve sous la loupe.

On en arrive donc à avoir des militant.es qui ne militent plus que par la destruction des actions militantes imparfaites des autres.

Faire annuler une conférence, crier très fort qu’il ne faut pas lire tel ou tel blog, désigner des militant.es à ne surtout pas  citer « parce que c’est des personnes problématiques ».

Je ne dis pas que ça n’est jamais compréhensible, hein, de faire annuler une conférence ou de déconseiller la lecture d’un texte qui véhicule des idées pourraves.

Mais par contre, est-ce que ça produit quelque chose, en contrepartie ?

Nope.

Et – là on va surement me dire que je suis très mauvaise langue, hein – mais j’ai tendance à faire la constatation suivante :

Les personnes les plus acharnées à traquer les personnes problématiques, à reprendre les autres sur un terme mal choisi, à critiquer vertement tel ou tel article, telle ou telle action… ça n’est pas très souvent les personnes qui consacrent le plus de temps et d’énergie à essayer d’imaginer des choses, de créer des choses.

Je suis bien consciente du coté très euh… problématique… de cette dernière remarque, parce qu’elle pourrait largement passer pour du « si tu n’as pas la possibilité de faire activement des choses, tu n’as plus qu’à fermer ta gueule ». Ca n’est pas mon but.
Et mon but n’est pas non plus de dire que toute critique est négative et destructrice.

Par contre, c’est face à une certaine forme de militantisme, qui passe majoritairement par la critique non pas de la société, mais d’autres membres du mouvement militant, que j’ai une certaine colère.

Quand tu produis (des textes, des actions, whatever), tu t’exposes.
Aux yeux de la société « non déconstruite », je veux dire.
Pour prendre mon exemple (parce que c’est celui que je connais le mieux, par la force des choses) : en faisant le choix de diffuser ce blog sans cacher mon identité, avec une photo de moi par ci par là, en le diffusant avec mon compte personnelle sur les réseaux sociaux, je prends une certaine part de risque.
En lançant une pétition signée de mon nom contre un évêque tenant des propos homophobes, j’ai pris une certaine part de risque (qui m’a valu quelques messages d’insultes bien gratinés).
Concrètement, je sais que le jour où je chercherais un boulot, si quelqu’un google mon nom, cette personne a intérêt à être OK d’engager une personne qui assume ouvertement sa non-hétérosexualité, le fait d’avoir une petite dose de particularités psy, et qui est plus ou moins une grande gueule (tout à fait ce que les patrons aiment avoir dans leur équipe, n’est ce pas ?)
D’autres personnes que je connais ont été menacées de mort, de viol, et autres joyeusetés du genre pour leurs articles et leurs prises de position.

Est-ce que c’est vraiment tenable de demander aux personnes qui acceptent de prendre cette part de risque là de devoir complètement tirer un trait sur tout espoir de bienveillance et de soutien de la part d’autres militant.es à la moindre erreur de parcours ?

J’ai vu trop de personnes lâcher toute forme d’action militante non pas à cause des risques encourus vis à vis de la société, mais à cause de l’exigence absolue de perfection au sein des milieux militants.
J’ai vu trop de personnes avoir carrément PEUR d’écrire un article, non pas en se disant « je vais me ramasser de la merde fascho / homophobe / masculiniste / whatever en retour », mais en se disant « si je fais la moindre boulette, je vais m’en prendre plein la gueule dans le milieu militant ».

Est-ce que c’est ça qu’on veut, et est-ce que c’est comme ça qu’on va arriver à faire changer quoi que ce soit, et pas uniquement à s’auto-congratuler d’être très très « safe » et très très « déconstruit.es » ?

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22 réflexions sur “De l’obligation de perfection au silence radio

  1. Tu as mis le doigt et les mots sur quelque chose de bien vrai et problématique. Il n’est déjà pas tjs évident de se faire entendre et de sortir de sa zone de confort pour essayer de faire bouger les choses, mais s’il faut en + affronter ses pairs en plus des trolls reguliers…ça devient une guerre.

    J’ai trouvé ton blog il n’y a pas si longtemps, je l’ai adoré. Je fais partie des « safe » je suppose, je t’admire car tu oses l’ouvrir et t’investir. Moi je ne suis pas armée pour faire face à une seule insulte, troll, ou sous entendu négatifs. Je le vivrais extrêmement mal. Du coup je t’admire d’autant plus, tu gères, même si cela a affecté ton rendement niveau articles.
    Bonne continuation, ce serait dommage que tu arrêtes.

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  2. C’est comme ça que je parle de moins en moins. Ou, plutôt, je raconte de plus en plus ma vie et de moins en moins mes idées.

    Je crois qu’on me considère encore comme « safe », ce qui me fait beaucoup rire (sans compter que dire ça d’une personne me semble un peu étrange), étant donné que, non, ce n’est pas la bienveillance qui me caractérise. Du tout. Et alors que je lis et partage régulièrement ton blog, tu imagines ?

    Et puis, parfois, ce n’est pas la peur de dire une boulette. Mais celle de ne pas être d’accord avec la pensée majoritaire d’un groupe donné. Alors, peut-être que ça veut dire que je pense de la merde. C’est sans doute le cas, parfois. Et puis, en discutant dans les coulisses, on s’aperçoit qu’on n’est pas seul-e. Pas du tout. Juste qu’on se tait, parce que ça nous fait peur.

    Quand je m’aventure sur les TCA par exemple, j’ai très peur qu’on m’accuse de « propagande pro-anorexie » (alors je ne parle que d’un point de vue acceptable de la maladie, et ainsi tout le monde fait de même, et il devient très compliqué de comprendre certaines mécaniques). Tu sais, avec ces comptes qui servent normalement à signaler du harcèlement et qui se retrouvent à jeter en pâture les « personnes problématiques »… (Sachant que nous sommes un certain nombre à gueuler contre ces lois « anti-pro-ana », source à l’appui s’il le faut. Mais je crois que je n’ai toujours pas digéré cette histoire.)

    Ou bien de dire des trucs grossophobes (là, j’ai pas peur qu’on me « traite de », mais de réellement dire des trucs qui le sont – et… il semblerait que j’ai eu tort). Du coup, c’est sans doute une peur plutôt saine, alors je vais tâcher de la garder quand même.

    (Voilà, et je finis toujours par raconter ma vie dans tes commentaires.)

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  3. Je me demandais pourquoi la fréquence de post avait connu ce ralentissement.
    C’est vraiment regrettable. J’ai pris conscience de choses importantes grâce à ce blog et c’est toujours un plaisir de lire les articles.

    Les batailles épuisantes sur facebook, les pavés d’explication pour un mot, un contexte, l’utilisation d’une virgule… ça n’en vaut franchement pas la peine. Ce blog est super et les chicaneurs peuvent ruminer de leur côté si ça leur chante.

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  4. Tu as décrit en un article comment j’ai cessé ma chaîne YT et d’aborder ces thématiques (donc de militer sur ces domaines) en public.
    Merci, parce que ça résonne.

    J’ajoute que, lorsqu’on on tente de vulgariser les thématiques militantes auprès du grand public, donc de sortir du langage spécialisé (parfois anxiogène, et qui demande toujours à recontextualiser) et de faire le chemin d’une culture non-déconstruite vers les fabuleux outils et changements de mentalités disponibles, on se retrouve donc entre les codes de deux cultures, antagonistes, ce qui soulève encore plus de hauts cris.

    J’ai dans les réactions aux vidéos que je proposais, un fossé dans les réactions, des retours et des compréhensions diamétralement opposées entre les personnes déconstruites et hyper-spécialisées, et les personnes militantes & non-spécialisées + le grand public.

    Le risque à terme (et à mes yeux), c’est de créer deux cultures hermétiques l’une à l’autre.

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  5. > Les plus massives, et de loin les plus nombreuses, des shitstorms venaient (et viendront encore, je suppose) du milieu militant féministe lui-même.

    Peut-être que le livre d’Annie Le Brun “Lâchez tout!” – quoiqu’un peu ancien maintenant – contient un début d’explication à cet état de fait qui peut sembler surprenant.

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      1. Avec plaisir! On peut lire ce texte en ligne, mais c’est manifestement une numérisation d’assez mauvaise qualité [1]. En faisant ma recherche j’ai aussi pu lire des entretiens [2], eux-aussi mal numérisés mais page 4 on peut y lire ce qui est le thème d’un chapitre dans le livre d’Annie Le Brun:

        > QUESTION: Les féministes comme Simone de Beauvoir ou Élisabeth Badinter ont-elle trahi ce qu’était l’engagement d’une Louise Michel oud’une Flora Tristan ? Ou bien pensez-vous que, dès l’origine, lar evendication identitaire des militantes féministes les condamnait à cette revendication de pouvoir ?

        > ANNIE LE BRUN: J’ai admiré chez les premières féministes leur refus d’une obligation d’être, leur désertion du rôle. Et je ne peux qu’être pour semblable « affirmation négative » combattant toute identité imposée qui bride l’individu. Or ce que je déplore aujourd’hui, dans tous les mouvements identitaires mais surtout chez les féministes, c’est une attitude inverse. Comme si, à un moment, le refus d’obligation d’être devait se transformer en une nouvelle identité qui devient une autre obligation d’être. Là est le danger de toute revendication identitaire toujours en proie d’être relayée par un désir d’insertion sinon de pouvoir. Quant à la liberté des femmes, elle n’a aucun sens si elle n’est pas posée dans la perspective de la liberté de tous.

        [1]: http://www.revoltagainstplenty.com/index.php/recent/168-lachez-tout-by-annie-le-brun16.html
        [2]: http://inventin.lautre.net/livres/Annie-Lebrun-Entretiens.pdf

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  6. Faut pas se leurrer, il n’est pas rare de croiser des militants qui, malgré leurs valeurs, sont ultra-étroits d’esprits, et vont appeler la cavalerie lourde pour un terme de travers, ou pire, si ton opinion diffère d’un poil de la leur, quand bien même tu défends les mêmes causes… et c’est comme ça qu’on éloigne des alliés potentiels, qu’on empêche la cause d’avancer et qu’on dissuade des gens avec un propos cohérent de l’ouvrir.

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  7. Quant tu dit ; « J’ai vu trop de personnes avoir carrément PEUR d’écrire un article, non pas en se disant « je vais me ramasser de la merde fascho / homophobe / masculiniste / whatever en retour », mais en se disant « si je fais la moindre boulette, je vais m’en prendre plein la gueule dans le milieu militant ». »
    Pour moi c’est normal d’avoir cette peur et je la partage pourtant. Que les personnes aient peur de dire de la merde fasciste, homophobe, masculiniste whatever, alors qu’on est dans un monde raciste, fasciste, masculiniste… qui nous a tou·te·s conditionné·e·s, c’est la moindre des choses. Forcement si on demande de faire attention à nos conditionnements, on peu pas faire l’économie de se rendre compte qu’on en a aussi en soi. Il faut faire attention, très attention, et ca fait peur.
    Les gros masculinistes cis-homophobe du genre Trump ou Hanouna n’ont pas du tout peur de s’en prendre plein la gueule dans le milieu militant. Ils n’en ont rien à fiche, pour eux c’est du bruit ou/et de la rigolade.
    Si ca nous touche c’est parce que c’est proche de nous. Si c’est le milieu millitant qui nous tombe dessus c’est parce que c’est le milieu qui va sur nos blogs, nos fanzines, nos facebook… Ca m’etonnerais que Trump et Hanouna soit des habitués des coups de gueule de Lau.
    Si ce milieu gueule c’est parce que c’est son job, y compris en interne de chercher les conditionnements. Comme tu le fait toi même avec les « coups de gueule de Lau ».
    Si ca fait peur, c’est normal. La peur on a pas le choix, on vie avec h24 et si on arrête d’agir au pretexte d’avoir peur on ne fera plus rien et certainement rien de militant. La peur on doit s’en félicité et s’en servir comme signale pour prendre ses précautions, faire attention, bien se préparé, se souvenir qu’on va commettre des erreurs et accepté de le reconnaître et en faire une force au lieu d’une faiblesse.

    Il y a peu de temps il y a un cis-mec hétéro qui m’a dit qu’il a peur de parlé de féminisme surtout avec moi. Je lui ai dit que c’etait très bien et qu’il avais raison de flippé. Je trouve ca très bien que cet homme ai peur de prendre la parole et qu’il ne se sente pas en zone de confort dans le féminisme et qu’il ai peur de m’infliger son mansplanning. Il avais pas peur de se prendre de la merde fascho whatever, il avais peur de ma colère de militante plutot proche de lui.
    En tant que cis-blanche je vais plutot lire qu’écrire sur ces sujets et ce qui m’a conduit à cette attitude c’est entre autre la peur que j’ai de dire de la merde du fait de ma positions. Et c’est très bien que j’ai cette peur. Et j’ai pas peur de me prendre de la merde des gros faschos whatever, j’ai peur de me prendre la colère des personnes racisées et trans proches de moi.
    Alors les personnes que tu voie avoir carrément peur de se pende la colère du milieu militant à la moindre boulette, à mes yeux c’est une très bonne chose. C’est le signe que ces personnes sont proches entre elles et qu’elles sont vigilantes et attentives les unes aux autres et qu’elles expriment leurs émotions y compris la colère.

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    1. Je pense que pouvoir s’offrir le luxe de supporter cette peur, c’est plus ou moins un privilège, en fait.

      Beaucoup de monde n’est pas en situation de la supporter, et de pouvoir tout de même chercher à s’impliquer dans le milieu militant, en fait.

      Une certaine dose de peur est supportable. Je suis d’accord. Et effectivement, dans une certaine mesure, ca permet d’être / de rester vigilant.e.

      Mais.

      Beaucoup de monde n’a pas le luxe de pouvoir avoir peur sans y laisser des plumes.
      Que ça soit à cause de neuroatypies, troubles psy, ou à cause d’un vécu où la peur a justement pris UN PEU trop de place. Violences, toussa.

      Donc oui, beaucoup de monde ne peut pas s’offrir le « luxe » d’avoir peur comme ca, de cette manière là.
      Parce que cette peur les mets carrément en danger. En danger réel et objectif, je veux dire. Décompensations de troubles psy, crises d’angoisse, voire suicide.

      La bonne blague étant que les personnes les moins à même de supporter cette peur sont souvent exactement les même personnes qui ont le plus de raison de vouloir militer, de vouloir faire changer des choses.
      Parce que le lien entre oppressions systémiques et violences subies (et leurs conséquences en termes de troubles psy éventuels) est quand même sacrément avéré, hein.

      Donc non, je ne trouve pas tolérable qu’on doive avoir PEUR du milieu militant.
      Je ne trouve pas qu’on puisse faire changer les choses tout en mettant sur la touche les personnes qui n’ont pas la possibilité de s’offrir le luxe d’avoir peur…

      Qui plus est, très honnêtement, je pense que tu as une vision relativement biaisée de la violence des procédés du milieu militant.
      Parce qu’il y a une grosse différence entre avoir peur de se brouiller avec des gens dont on est proche… et avoir peur de se faire harceler, insulter, cataloguer, à la moindre maladresse, ou à la moindre position qui sort d’un discours complètement uniforme (parce que oui, c’est important de respecter la parole des personnes concernées. Mais c’est aussi important de réaliser que les réalités des personnes concernées sont souvent multiples, qu’il n’y a pas une seule manière d’être concerné.e par telle ou telle oppression, aboutissant à des réflexions parfois contradictoires les unes avec les autres… Mais pas pour autant illégitimes et condamnables…).

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      1. C’est genial ! je ne suis pas assez légitime pour avoir une réponse sur le fond. Tu m’accuse d’être dans le privilège des neurotyques tu m’accuse d’idéalisé les milieu militants, tu m’accuse de parlé sans connaitre sans être concerné. Alors tu me force à dire ici que je suis une survivante de l’inceste. Que je souffre de trouble post-traumtiques severes, que j’ai été revictimé maintes fois, que j’ai été exclue de milieux militants à cause de mes problèmes psy en lien avec mes traumas. Merci de me contraindre à dire ceci en publique par ecrit sur internet pour avoir droit à une réponse de fond sur mes arguments.

        Est ce que j’aurais le droit à une réponse sur mes arguments ou bien cette fois tu va t’en prendre à mon orthographe ou me demander un certificat de victime ?

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  8. Woow. Tu me fais dire bcp de choses que je n’ai pas dit, quand même.
    Je ne t’ai en aucun cas dit que TOI PERSONNELLEMENT tu n’es pas concernée, j’ai parlé de l’argument de « cette peur est une bonne chose », et signalé que non, pas pour tout le monde.

    Si toi, malgré ton vécu, tu es OK pour vivre avec cette peur, c’est ton choix, y a pas de problème hein. Jveux dire, c’est ta vie, c’est ta manière de réagir, aucun souci avec ca.

    Je ne crois pas à « l’uniformité des concerné.es » (quelle que soit l’oppression), donc oui, il y a des personnes avec un PTSD, NA, toussa, qui vont tout de même être OK avec cette peur de se manger des shitstorms (bah, genre… Je suis NA, j’ai un passé de harcèlement scolaire bien crade qui m’amène à être très sensible aux situations de harcèlement, mais pour autant, j’écris des articles sur un blog, hein…).

    J’ai mentionné le fait que BEAUCOUP DE (et non pas TOUS, ce qui fait quand même une sacré différence, et je t’assure, le jour où tu me verras parler « des concerné.es » comme d’un bloc uniforme, il n’est pas arrivé, parce que c’est aux antipodes de mon positionnement…) personnes concernées par les troubles psy / NA qui éprouvent de sacré difficultés à pouvoir trouver leur place dans le milieu militant à cause de cette violence intra-militante et du fait que c’est A MON SENS sacrément merdique. Ouaip.
    Mais en aucun cas je ne t’ai demandé de te justifier de ton parcours à toi hein.

    (et je n’ai jamais attaqué qqun sur son orthographe, donc… tu peux te rassurer d’emblée là dessus).

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  9. Par contre, effectivement, c’était surement mal dit ou autre, quand j’ai dit que « tu as une vision biaisée du milieu militant », effectivement ca pouvait donner le message que je partais du principe que tu parlais sans connaitre.
    My bad là dessus.

    Par contre, est-ce que tu vois la marge que je mets entre le risque de se brouiller avec des proches / des contacts militants, en disant quelque chose de merdique… Et le risque de se manger harcèlements et shitstorms bien violentes ?

    Jveux dire… je trouve quand même relativement bizarre et perturbant de me dire que …

    Alors que je vais régulièrement (sur internet du moins) à l’affrontement frontal avec des gros fachos… Je me sois certes fait insulter, mais … quel les seules menaces explicites de mort et de violences physiques diverses que j’aie eu dans le cadre de mon militantisme aient été le fait de militant.es avec qui je n’avais JAMAIS échangé, sur la base, manifestement, de propos que je suis supposé avoir tenu et qui ont carrément passé dans un filtre déformant, quoi.

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  10. Bonjour,
    C’est simplement pour dire que je suis heureuse de vous voir revenir et recommencer à écrire.
    Pas mal d’articles sont très bien faits et ont quelque chose qui manque beaucoup aujourd’hui : la bienveillance.
    Bref, continuez et bon courage face aux critiques.
    Ne perdez surtout pas foi en vous, vous faites quelque chose de bien.

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  11. Je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis… Merci!
    J’aimerais militer IRL et en ligne (je l’ai un peu fait par le passé) mais le côté toxique de certains milieux militants m’en a découragé… Je le ferai à nouveau quand je serais mieux dans ma peau et que j’aurai trouvé une asso ou parti qui me convienne.

    Des pensées en vrac qui me viennent en lisant ton article :

    -ce dogmatisme militant DÉTRUIT le débat, parce que forcément personne veut être catalogué « méchant•e » comme tu dis. le résultat c’est qu’on est tous « d’accord » entre nous, mais dans le fond les gens sont frustrés, et ça finit par péter à la figure.

    Moi c’est pour ça que j’ai arrêté le militantisme IRL : en effet, en faisant rien (ou des trucs mignons mais inutiles, genre taguer un mur avec un slogan cool), tu t’en prends moins la figure que si tu fais remarquer que le groupe dont tu fais parti devrait peut-être modifier sa tactique … et autre questions…. problématiques, (comprendre : complexes) lol.

    Typiquement, le syndicat étudiant dont je faisais parti ne servait à rien ou presque, ou écrivait en langage non sexiste et on distribuait des tracts moches que personne ne lit, mais il aurait été de très mauvais goût d’être honnête. Non, c’était mieux de pinailler sur des détails, sur les défauts des autres orgas étudiantes *eyeroll*

    -c’est aussi lié à l’idée que « les concerné•es » ont TOUJOURS raison. OK, il faut éviter le splaining et le paternalisme, mais déso pas déso, si une personne concernée dit une bêtise je vais lui dire (gentiment bien sûr ^^) et ce y compris si je suis privilégiée sur l’axe d’oppression dont on parle.

    Moi ce que j’ai constaté c’est que dans certains groupes, Machin•e qui est le/a seul•e opprimée sur tel ou tel point (seul•e homo/ racisée/ handicapée…) du groupe va s’ériger en « expert•e » et si tu remets son analyse en question c’est FORCÉMENT pour défendre tes privilèges. Alors que tu peux très bien être concerné•e et dire des bêtises, c’est pas incompatible! avec ce genre «  » »d’analyse » » » digne du café du commerce, on laisse passer tout et n’importe quoi pour ne pas être accusé•e de splainer, c’est ridicule. le splaining existe, et c’est desservir ce concept que de l’utiliser excessivement pour ne pas se remettre en question…

    en fait, cette chasse à la personne problématique est souvent l’oeuvre de petit•es chefs qui veulent assoir leur pouvoir, pas de gens qui veulent changer le monde (ou de gens qui ont peur d’être la prochaine victime…)

    -le « safe », s’il est mal utilisé, peut devenir de la manipulation psychologique de bas étage.
    Si on s’en sert pour parler de bienveillance militante, de dire les problèmes sans hurler sur les « fautifs » qui sont quand même de bonne volonté, je suis pour! à 3000% !
    Si on s’en sert pour dire aux gens « je me sens pas safe quand tu dis ça » « tel personne est pas safe » sans précision ou argumentation sérieuse, c’est juste une manière plus « sophistiquée » de dire « J’T’AIME PAS! » lol. (article pas mal ici : https://paranormaltabou.wordpress.com/2012/12/24/feminisme-du-ressenti-texte-integral/ )
    à noter que c’est aussi une bonne manière d’exclure des gens sous des prétextes pas safe du tout parce qu’ils ont fait un truc pas cool (j’ai vu bcp de femme trans se plaindre de ça sur le net : apparemment à la moindre connerie que dit une femme trans, c’est l’occasion en or de la virer d’un cercle militant… mais c’est pour la « bonne cause » hein, pas par transmisogynie heeeeiin)

    -la perfection militante crée un élitisme digne de l’ENA. il faut parler comme il faut, s’habiller comme il faut, manger comme il faut (et pourtant je suis végétarienne, mais faut pas que ça devienne un critère d’exclusion)… mais FAIRE ce qu’il faut, on s’en bat les steaks.
    Je me souviens d’une personne que je fréquentais dans un cercle militant : elle était « parfaite » : elle s’habillait un peu butch mais pas trop, était végane, aimait les bons produits culturels, détestait les oeuvres qu’il faut détester, etc.. mais n’était pas foutu d’organiser une activité militante à l’heure! mais elle était quand même la reine de son mini cercle (que j’ai quitté au bout d’un jour)

    -la perfection militante épuise les gens, (en particulier les plus gentils et attentifs aux autres), fair rester les connards opportunistes qui sont là pour la gloriole, bref c’est un gâchis humain et militant.

    -Un jour faudra remettre au goût du jour la bonne vieille analyse matérialiste marxiste, plutôt que de tout baser sur du ressenti ou un vision tronquée de l’oppression.

    j’arrête le pavé ici ^^
    il était un peu vénèr mais pas contre toi bien sûr, merci encore d’avoir écrit cet article! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Oh la vache (<— Oui je sais, propos spéciste spotted), ton commentaire a littéralement fait ma journée !
      Merci ! Et je ne peux que plussoyer des deux mains, des deux pieds aussi, pis je plussoierais des dents aussi, si j'avais pas une clope dans la bouche et pas envie de la bousiller sur mon clavier !

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      1. AU bûcher la spéciste!!! les vaches sont très offensées de tes propos !!! xD
        Merci beaucoup ^^ (ta réponse m’a fait à la fois très plaisir et rire)
        ça me rassure de voir que je suis pas seule à voir le n’importe quoi que peut devenir un certain type de militantisme !

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