« j’espère que son psy lui a dit que manger c plus important dans la hiérarchie des priorités que de faire chier le monde parce qu’elle a pas l’air au courant »

Le titre de cet article, c’est un copier coller d’un des critères de recherche qui ont amené quelqu’un sur mon blog.

Y a beaucoup de trucs un peu absurdes dans les critères de recherche qui ont amené des gens à se retrouver sur mon blog (j’ai notamment tout un lectorat à la recherche d’images scatophiles, à cause du référencement de mon article « Pipi caca prout et autres hontes féminines« … sisi, je vous assure. Ca me fait toujours beaucoup rigoler que des personnes à la recherche d’images scatophiles arrivent sur mon blog. Les pauvres… ça ne doit vraiment pas correspondre à leurs attentes !)

Par contre, c’est la première fois que, en lisant les termes du critère de recherche, j’ai eu envie de pleurer de rage…

« j’espère que son psy lui a dit que manger c plus important dans la hiérarchie des priorités que de faire chier le monde parce qu’elle a pas l’air au courant ».

Au-secours. Vraiment.

Alors, cher.e lecteur.trice qui manifestement, te préoccupe du fait que la personne de ton entourage qui est anorexique (ou autre difficulté psy qui lui rend difficile le fait de manger) « arrête de faire chier le monde », je tenais à te répondre personnellement. Et publiquement.

Promis, je vais te répondre constructivement dans quelques secondes, mais d’abord…

Tu es prié.e d’aller bouffer une poignée de clous et de t’étouffer avec.

Voilà, c’est dit. Et très honnêtement, j’ai déjà fait un effort : les phrases qui me venaient spontanément étaient pas mal plus violentes et gore.

Bon.

Maintenant que je suis raisonnablement défoulée, et donc apte à répondre constructivement…

Je voudrais rappeler quelques fondamentaux :

– Si une personne ne mange pas, elle a des raisons pour le faire.

Soit elle a une maladie physique qui nuit à son appétit (mais curieusement, je ne pense pas que tu aurais parlé de « son psy » dans ce cas là, n’est ce pas ?).
Soit elle a une maladie psychique type dépression qui lui coupe l’appétit.
Soit elle a une maladie psychique qui se cible spécifiquement sur l’alimentation, à savoir un trouble du comportement alimentaire, et, dans le cas précis, probablement l’anorexie.

Et C’EST PAS UN CAPRICE.

Aucune de ces raisons n’est « un caprice ».

Aucune de ces raisons n’est « pour faire chier le monde ».

– Les troubles du comportement alimentaire tuent.

Excuse moi d’être un peu plus inquiète pour la personne anorexique que pour son entourage. Mais en vrai, l’anorexie tue. Parce que en vrai, le corps humain, il a besoin de bouffe pour fonctionner. T’sais, les organes, le coeur, le cerveau, les muscles, tout ça.

Donc oui, une personne que des troubles psy empêchent de manger suffisamment est en danger de mort. Rien que ça. A terme, hein. Pas en deux jours. Mais quand même. C’est un risque bien réel.

– Les réactions merdiques de l’entourage sont une réelle source de souffrance.

Et, excuse moi de te dire ca, te préoccuper du fait qu’elle « arrête de faire chier le monde » et voir sa difficulté à manger comme étant une manière de « faire chier le monde », ouaip, ça rentre vraiment dans la catégorie « réaction merdique ».

Vivre avec un trouble psy – quel qu’un soit – est déjà en soi source de souffrance, de difficultés, je t’assure. On n’a vraiment pas besoin qu’on nous voit comme des personnes capricieuses qui « font chier le monde » avec nos « bizarreries ».
On a besoin de soutien, pas de jugement.

– Pourquoi je t’ai répondu publiquement ?

Déjà, parce que je n’ai aucun autre moyen de m’adresser à toi.
Et ensuite : parce que franchement, je sais que vous êtes beaucoup à penser comme ça. Et que tant qu’à faire, si vous pouviez être quelqu’un.es à pouvoir réfléchir un peu sur vos préjugés pourraves, ça serait toujours ça de pris, et toujours ça de souffrances en moins pour vos proches…

Allez… Bye.
Et tout mon soutien à ta pote, ta soeur, ton amie, ta copine ou qui sais-je encre qui « fait chier le monde en ne mangeant pas ». J’espère qu’elle va se sortir de là, et qu’elle n’est SURTOUT PAS tombée sur un psy qui va la voir comme une emmerdeuse capricieuse. Parce que figure toi que oui, des psy comme ca, il y en a.
Et j’espère que son entourage n’est pas composé uniquement de personnes qui pensent qu’elle fait chier le monde.

tu-voudrais-pas-te-taire

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4 réflexions sur “« j’espère que son psy lui a dit que manger c plus important dans la hiérarchie des priorités que de faire chier le monde parce qu’elle a pas l’air au courant »

  1. Les TCA (et l’automutilation), c’est peut-être ce avec quoi je faisais le plus « chier le monde ». C’était chiant de me faire à manger quand je ne voulais plus avaler la moitié des ingrédients qui existent. C’était chiant de voir qu’on ne pouvait m’inviter nulle part parce que je n’allais pas manger.

    Mais l’anorexie encore, ça a été. Je ne disais rien, je me contentais de faire semblant de manger ou je donnais ma part aux autres. Je me faisais des repas à part et je laissais les autres avec leur huile et leur beurre.

    Par contre la boulimie… là, ça y est, j’étais la plus chiante du monde. Celle qui vidait les placards et à cause de qui il n’y avait plus de gâteaux / chocolat / pâtes / yaourts ou je ne sais quoi. Celle qui se levait la nuit pour s’empiffrer. Celle qui, surtout, bouchait les canalisations. C’était chiant ça. Et puis j’avais déjà été si chiante avant, avec l’anorexie… Tout ce qu’on m’a dit, c’est d’arrêter d’emmerder les autres en bouchant les tuyaux. De continuer si je voulais, mais dans mon coin. Invisible.

    En fait, le problème des gens avec mes TCA, c’est quand iels les voyaient. Quand iels savaient et ne pouvaient plus ignorer. On avait honte que je sois maigre, alors il fallait répéter à tout le monde pourquoi je l’étais quand j’allais acheter des vêtements à ma taille (qui n’existait pas). On avait honte que je vomisse, alors on me demandait de le faire en secret et en silence. Je faisais chier, en somme, à être visible, avec mes problèmes insolubles.

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    1. Ah tiens, on a vécu un peu la même chose…

      Moi aussi, on m’a douloureusement foutu dans la gueule le fait que j’emmerdais le monde avec mes crises de boulimie. « Tain y’a plus rien à manger, on a fait les courses hier, c’est infernal ! Il faut mettre un verrou sur les placards ou quoi ?! », « Ca pue la gerbe dans les WC ! » et « Tu as vomi dans la baignoire ?! Mais t’es dégueulasse, dé-gueu-lasse ! Ca a fait un énorme bouchon, on a été obligé d’appeler le plombier ! ».
      C’est vrai après tout, qu’est-ce que j’étais casse-couilles. J’avais voulu ne jamais grandir en maigrissant : j’étais désormais prisonnière de ce piège. Je resterai pour toujours la petite chose malade et maladroite, incapable de se gérer. Dans les yeux de ma famille, je reste québlo au stade anal : je suis incapable de retenir mon vomi hors de mon corps.

      …Alors qu’avant de devenir boulimique, c’était différent. Ils s’inquiétaient, bien sûr, mais en silence. Je ne mangeais pas, mais j’étais dans le contrôle permanent : ils avaient pris l’habitude de manger avec une espèce de figure christique aux joues creuses, aux bras recouverts de mitaines même en été et aux ongles noircis (je cumulais dérives autodestructrices et fanatisme pour le black metal : ou comment cocher toutes les cases de l’adolescence compliquée). Je ne mangeais pas, mais j’étais une excellente élève et je passais mon temps à bosser, donc c’était pratique pour se justifier aux yeux des autres : « C’est le stress du passage en seconde, elle a beaucoup de travail. »
      Le déni avait été poussé si loin que même à 32kg pour 1m32, ma mère continuait d’affirmer que c’était le « stress des études ». Mère pour qui l’idéal féminin en terme de beauté, c’était Audrey Hepburn. Notoirement anorexique. Bref.

      …Excusez, je « dégueule » ma rage et ma peine, mais lire des histoires fortement similaires à la mienne, ça fait tout rejaillir en un flot inextinguible de souvenirs douloureux.

      Alors, à vous, mes chères compagnes de galère, vous qui lisez cela : permettez-moi vous serrer dans mes bras maigres et vous susurrer au creux de l’oreille : « Ca va aller. »

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