Campagne de la Société Suisse des Entrepreneurs : la psychophobie au service du fric !

En vue des votations qui auront lieu tout prochainement en Suisse, les affiches politiques fleurissent comme un champ de fleurs au printemps (Bon, en moins joli…).

Parmi elles, une affiche a particulièrement retenu mon attention.
Et ma colère.
Surtout ma colère, d’ailleurs !

Elle a pour but de militer contre une initiative des Verts, visant à la réduction de la consommation des ressources de l’environnement et à leur utilisation d’une manière plus responsable dans une optique écologique.

Initiative qui est jugée liberticide par la Société Suisse des Entrepreneurs.

Je n’ai pas envie de débattre ici du fond du débat concernant cette initiative (ça serait très intéressant aussi, mais c’est pas le sujet).

Donc.

Ces Messieurs-Dames de la Société Suisse des Entrepreneurs, pour illustrer cette « privation de liberté », n’ont rien trouvé de mieux à faire que…

CA !

psychophobie-sse

Bon.

Petite description de l’image pour mes éventuels lecteurs.trices non-voyant.es qui liraient ce blog avec une synthèse vocale (habituellement je ne le fais pas parce que les images d’illustration sont relativement anecdotiques et peu importantes pour la compréhension du texte, mais là, c’est un peu le cœur du problème) :

Donc le texte, c’est : « Privations massives pour tous; non à l’initiative extrême des verts ».
Au centre de l’image, une personne dans une camisole de force verte, encore renforcée par deux sangles. On ne voit juste le bas du visage de la personne.

Donc : quel est le problème avec cette image, me direz vous peut-être si la notion de psychophobie vous est un peu inconnue ?

Attendez, j’vais vous expliquer (mais d’abord, je m’allume une clope, parce que vraiment, ça me fout en colère, vraiment vraiment).

Premier problème :

L’utilisation de la maladie psychique comme illustration / exemple dans une campagne qui n’a absolument rien à voir avec le sujet.

Devinez quoi ? On n’est pas des pions, des « exercice de style », des « figures rhétoriques ».
Grande nouvelle, oyé oyé bonne gens… LES PERSONNES VIVANT AVEC UNE MALADIE PSYCHIQUE SONT DES VRAIES PERSONNES, avec des vraies vies, des vrais souffrances, des vraies joies aussi. Bref. Une vie.

En prime : habituellement, la question de la maladie psychique est (cruellement) absente des préoccupations des politiciens. On s’en cogne un peu, en politique, des malades psy, de leurs conditions de soins, de leurs conditions de vie.

Donc sortir cet exemple de sa manche pour illustrer la privation de liberté, c’est particulièrement hypocrite.

Second problème :

La banalisation de l’image de la contention en psychiatrie.

Vous imaginez peut-être que c’est révolu, que c’est d’un autre temps, que c’est « Vol au dessus d’un nid de coucou ». Détrompez-vous. La contention (et ses abus massifs) est encore d’actualité en psychiatrie. Sangler à son lit un.e patient.e « agité.e » (ou parfois juste un peu trop rebelle face au cadre de l’hôpital psychiatrique…), c’est ENCORE d’actualité.

Le banaliser, le voir comme une figure de style, comme une anecdote, c’est complètement nier ce que vivent les patient.es soumis.es à ces contentions (qui sont critiqué.es par bien des associations de patient.es, d’ailleurs, tellement elles sont souvent des souvenirs traumatisants, déclancheurs d’un véritable Syndrome de Stress Post-Traumatique (SSPT) chez de nombreux.ses patient.es psychiatriques.

Et vous, chère Société Suisse des Entrepreneurs, vous prenez le droit d’utiliser cette image comme une « figure de style » ?
Le respect, c’est optionnel ? Manifestement oui. Le respect envers les fous-folles, hein, on va quand même pas s’emmerder avec ça !

Troisième problème

Je l’ai précisé dans ma description de l’image : on ne voit pas le visage de la personne sur l’affiche.
Vous me direz peut-être que je chipote, mais c’est significatif : les fous-folles n’ont pas de visages. Les fous-folles sont uniquement leurs troubles, leur camisole. Pas des personnes. Pas des humain.es à part entière.
Dans l’opinion publique, je veux dire.
Déshumanisation ? Noooon, rien qu’un tout petit peu…

Quatrième problème

(Ce dernier point m’a été soufflé par un ami à la lecture de mon article, m’amenant à une lecture de cette affiche à laquelle je n’avais pas pensé)

La camisole est VERTE. Comme le parti politique à l’origine de l’initiative qui est combattue par cette campagne.
Donc on peut également faire la lecture suivante :

« Les Verts sont des fous !
Empêchons-les de nuire. »

Et là encore, on arrive dans un cliché tellement utilisé : « les personnes à qui on s’oppose en politique sont des fous, des malades mentaux, leur crédibilité politique est donc nulle ».
Utiliser « fou » et « pas crédible » comme quasi-synonyme EST un cliché psychophobe terriblement nocif, vu qu’il renforce l’image que la parole d’une personne malade psychique n’a aucune valeur, rien, du vent.

Et accessoirement… Les fous qu’ils faut « empêcher de nuire », dangereux, bons à enfermer, qu’on ne veut surtout pas côtoyer dans la société… C’est un des clichés à l’origine du plus de solitude, d’isolement et de souffrance chez les personnes vivant avec une maladie psychique.

Quel que soit l’opposant politique… NON, ça n’est pas un fou. C’est un politicien. Arrêtez de mêler la folie à vos désaccords politiques de tous bords !

Chère (dans tous les sens du terme, vu la masse de fric que vous brassez) Société Suisse des Entrepreneurs… Votre affiche pue à plein nez le manque de respect envers les personnes vivant avec une maladie psychique. Et votre manque de respect s’étale en format mondial sur les murs un peu partout en Suisse. Félicitations. Vous venez de renforcer des clichés et une stigmatisation qui tuent chaque année un nombre difficile à évaluer de personnes. Partout dans le monde. Y compris en Suisse.

Publicités

3 réflexions sur “Campagne de la Société Suisse des Entrepreneurs : la psychophobie au service du fric !

    1. Ahah. En Suisse ? Nope.

      Les affiches ultra racistes de l’UDC ont passé crème même quand il y a eu une plainte. Le tribunal a rejeté la plainte.

      Alors je ne crois pas une demi minute qu’ils vont intervenir pour un truc psychophobe, alors que globalement, tout le monde se balance allègrement de la psychophobie…

      J'aime

  1. Moi j’ai pensé directement au « quatrième point »… La parade stylistique visant à discréditer « l’ennemi » est tellement minable, et le syllogisme qui la résume l’est tout autant.

    Les Verts sont des fous.
    Or les fous sont dangereux.
    Donc les Verts sont dangereux.

    On va taper là où ça fait mal, là où ça fait peur. On brandit l’étendard de la FOLIE et de l’individu incontrôlable, celui qui par ses cris risque de semer le trouble dans le (dés)ordre public. On fait clairement l’amalgame entre lubies dérangeantes de personnes dérangées et idées dangereuses.
    C’est minable.

    Dire que des dir’com, des graphistes ont bossé là-dessus… Dire que la « copy-strategy » (déformation professionnelle, ‘scusez pour le jargon pompeux) a été développée autour de cette idée centrale me rend verte.
    De rage !

    Alors encore une fois, merci Lau de prendre la plume pour offrir des mots à ceux qui n’ont, parfois, même plus l’énergie de se défendre eux-mêmes.

    Aimé par 2 people

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s