Oui, la grossophobie PEUT faire plonger quelqu’un dans l’anorexie

Je crois que cet article, il va justifier à lui seul le titre « Coups de Gueule » de mon blog.
Parce que je suis sacrément furax.
Fureur réactivée par des discussions récentes, mais c’est un truc récurant qui me pique le nez façon moutarde de Dijon extra-forte, ça n’est pas une discussion isolée, ça n’est pas une première, du coup, au lieu de rager stérilement, j’ai décidé d’en faire un article. Probablement très impopulaire, je le sais d’avance. Mais tant pis.

Donc.

Pour commencer, commençons par ce sur quoi nous sommes – je pense – tou.te.s d’accord :

L’anorexie et/ou la boulimie sont des maladies où PLEIN de facteurs rentrent en ligne de compte.
Image de soi, vécu traumatique, autres troubles psy sous-jaçants, divers déclencheurs, toussa.
Ce sont des maladies complexes, multifactorielles, qu’on ne peut en tous cas pas résumer à « Vouloir perdre du poids pour avoir un corps de rêve ».

Là dessus, vous ne me verrez jamais dire le contraire, hein.

Par contre (et c’est là qu’on va commencer à avoir des désaccords, je pense…) :

Oui, parmi cette longue liste de facteurs qui rentrent en ligne de compte, il y a AUSSI la grossophobie de la société.
Ca fait partie de la donne. Pour une partie des personnes atteintes de boulimie / d’anorexie, ça a fait office de déclencheur, et/ou ça a fait partie des facteurs de fragilité.
En aucun cas je dis que ça suffit à expliquer l’anorexie / la boulimie de ces personnes. Je dis que c’est un des facteurs.

Prenons une métaphore.
Chacun des facteurs de risque est un gros caillou.
Vous avez un sac sur le dos.
On met un caillou dans le sac : à l’aise, vous le portez et vous continuez votre chemin.
Deux ? Ca va encore. Peut-être que ça va commencer à tirer un peu sur vos épaules, mais bon, rien qui soit de nature à vous empêcher de porter le sac et de continuer à marcher.
Trois ? Outch, le dos commence à faire la gueule.
Cinq ? Dix ? A un moment donné, vous allez vous casser la gueule sous le poids du sac.
(Et évidemment, le nombre de caillou qui vont suffire à vous faire vous casser la gueule, il n’est pas immuable, chacun.e arrivera à porter un poids différent, et même, selon le moment de votre vie, vous arriverez à en porter plus ou moins).
Évidemment, le dernier caillou ajouté au sac n’est pas LA cause de votre chute. Les autres cailloux pèsent tout autant dans le sac. Le dernier caillou, c’est juste le déclencheur de votre chute. Mais les autres cailloux accumulés dans le cas y jouent tout autant un rôle.

sac de cailloux

Dit comme ça, ça parait logique, non ?

Pourquoi, dans ce cas, nom d’un chien, est-il aussi tabou d’évoquer – parmi les personnes militant pour une déstigmatisation et une meilleure compréhension des TCA – ce foutu facteur « grossophobie » ? Ce foutu caillou, qui joue un rôle dans le fait que des gens se cassent la gueule, et se retrouvent embourbés dans l’anorexie et/ou la boulimie, ça semble impossible de le nommer sans se ramasser une volée de bois vert de la part de personnes concernées par les TCA, mais qui n’ont pas, dans leur sac à elle, ce foutu caillou « grossophobie ».

Bien sur qu’il n’est pas présent pour toutes les personnes atteintes d’anorexie et/ou de boulimie.
Personne ne dit le contraire.
Il y a des personnes anorexiques / boulimiques pour quoi ça n’a jamais joué de rôle.
Qui en sont arrivées à se casser la gueule pour tout plein d’autres facteurs, mais pas celui ci.

Mais ça n’est pas une raison pour nier le fait qu’il puisse faire partie du chargement de cailloux pour d’autres personnes.
Il n’y a pas « un modèle standard » d’anorexique, il y a tout plein de parcours de vie qui amènent à ce que la personne perde pied dans son rapport avec la nourriture / avec son corps / avec le contrôle (parce que oui, le contrôle, c’est un des cailloux très très très souvent présent dans le sac…).

Nier la réalité du facteur « grossophobie », c’est condamner les personnes pour qui les injonctions à la minceur / la grossophobie font partie de la donne à devoir porter leur caillou avec honte, parce qu’il n’est pas reconnu comme un facteur valable pour se casser la gueule.

Nier la réalité du facteur « grossophobie », c’est aussi ne pas tenir compte de ce caillou dans les soins apportés à la personne pour qu’elle puisse décharger son sac et se relever.

Nier la réalité du facteur « grossophobie », c’est, enfin, donner une sorte de feu vert au corps médical, aux gens, aux familles, aux … ‘fin à tout le monde, et à notre société en général… A continuer à enfiler peinard ce caillou dans le sac que portent les personnes en surpoids ou obèses. Et à s’en laver les mains si ça fait partie des choses qui vont faire que la personne s’embourbe ensuite dans le vaste merdier des TCA, « parce que les médecins et des scientifiques et même des personnes concernées ont dit que ça ne jouait pas de rôle dans les TCA ».

Et pourtant, ce déni, ce « non non non ça n’a rien à voir », je le lis souvent, je l’entends souvent.
Avec articles médicaux à l’appui, pour lui donner un peu de légitimité (parce que c’est bien connu, la médecine n’est jamais grossophobe, n’est-ce pas ? Oh… wait…).

Et honnêtement, ça me fout dans une colère noire.

Parce que j’ai vu des gens autour de moi sombrer dans les TCA avec pour déclencheur la grossophobie.
Parce que j’ai vu les TCA de ces personnes être complètement niés par le corps médical parce que « vous ne pouvez pas être anorexique / boulimique, vous êtes gros.se », jusqu’à ce que ces personnes arrêtent d’être grosses, qu’elles soient même en sous-poids, qu’elles aient des carences longues comme le bras, que leur coeur soit menacé par les pertes de potassium liées à la boulimie, et qu’enfin le corps médical se dise « Oh, y a peut-être quand même un problème… ».
Parce que j’ai vu des personnes autour de moi passer à un cheveu de crever à cause de cette merde là…

Et parce que j’ai passé à un demi-cheveux de tomber dans cette merde là, au moment où je suis sortie de mon hyperphagie. Parce que j’en pouvais tellement plus des « T’es trop grosse faut que tu perdes du poids » que j’ai commencé à me nourrir exclusivement de salade et de coca light.
Pendant 6 mois.
Que j’ai perdu du poids à une vitesse vertigineuse sans que personne ne s’en inquiète (bien au contraire, on me félicitait…).
Et que je n’ai réussi à casser la spirale que parce que dans mon boulot, j’avais la responsabilité d’autres vies humaines, et que je ne pouvais pas me permettre de ne pas tenir sur mes jambes sans risquer de foutre en danger d’autres personnes que moi. C’est ça, et uniquement ça, qui m’a donné l’impulsion pour me remettre à manger.
Mais j’ai continué à le porter longtemps, le caillou de la grossophobie. Il a pesé dans mon sac longtemps. Il m’a foutu sur le fil longtemps. Mais « ça n’est pas bien grave, n’est ce pas, vu que je suis grosse, j’ai de la marge »…
Et ça ne fait pas si longtemps que ça que je m’en suis débarrassée, de ce caillou… Et que j’ai pu faire la paix avec mon corps, mon corps gros et gras, mais que j’ai fini par apprendre à accepter.

Alors ouais, le déni sur la question, il m’arrache la gueule.
Il m’arrache déjà bien la gueule quand il vient du corps médical.
Il m’arrache déjà bien la gueule quand il vient du « quidam lambda ».

Mais il m’arrache doublement la gueule quand il vient d’autres personnes touchées par les TCA, dont on pourrait supposer qu’elles aient une ouverture d’esprit sur la question qui dépasse un peu celle du quidam lambda.

Alors s’il vous plait… Même si vous ne portez pas ce caillou là, vous personnellement, dans votre sac… Arrêtez juste de nier son existence. C’est tout ce qu’on demande.

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5 réflexions sur “Oui, la grossophobie PEUT faire plonger quelqu’un dans l’anorexie

  1. la grossophobie ça peut aussi etre un facteur entretenant… notament par ces injonctions du genre « c’est pas grave, t’a encore des réserves! » ou les félicitations de notre entourage…
    meme si mon obésitée commençais à devenir chiante dans mon quotidien je ne ressentais pas de grossophobie autour de moi (ou peu) et puis franchement je ne me suis que rarement préocupée de ce à quoi je ressemblais, à la mode, de comment on doit etre etc… ce n’est donc pas un caillou que j’avais au départ dans mon sac.

    par contre quand j’ai commencé à m’inquiéter du fait que je ne mangeais presque rien et qu’il fallais s’en préocuper avant que ça ne prennes de l’empleur je me suis vite faite rembarée

    en fait la grossophobie je la ressent plus maintenant que je suis mince, que je vais mieux au niveau TCA que quand j’étais obèse… maintenant ça va mieux parce que au fil du temps je me suis blindée et parce que j’ai fait renouvelé ma carte d’identité

    mais combien de fois m’a t’on félicité en sachant que je fesais 130Kg? combien de fois m’a t’on demandé mon régime? combien de fois m’a t’on encoragé à etre fier de ma minceur?
    je ne les compte plus, et à chaque fois ça me met mal à l’aise ce genre de discution…

    Aimé par 2 people

  2. je me vois totalement la dedans: mange pas ci, mange pas ça t ‘as pas besoin de ça! pense à ton corps, tu t’es vu? non tu prends pas de dessert t’es au regime! et dès que je perds du poids(car je suis en grosse restriction) oh felicitations continue comme ça! tu manges pas bcp? oh bah c est pas grave t as des reserves tu vas pas mourrir! wahou ! bravo pour cette mentalité.. le pire c est que ça vient souvent des proches 😥
    merci pour cet article

    Aimé par 2 people

  3. Comme une bonne partie de personnes souffrant ou ayant souffert de TCA, j’ai eu dans ma vie une phase anorexique ( qui n’a pas duré plus de 6 mois), puis une phase boulimique ( qui elle a duré 5 bonnes années ). On appellera ça comme on veut (anorexie, boulimie, anorexo-boulimie, ou tout simplement trouble du comportement alimentaire), ce problème était en partie causé par une dysmorphophobie dont j’avais parfaitement conscience qu’elle était induite par ce culte de la minceur ou plutôt de la maigreur qu’impose la société dans laquelle on vit… Enfin, là où je veux en venir c’est: que l’on subisse les brimades de manière directe du fait d’un physique qui s’éloigne plus ou moins de la « norme » (encore faut-il pouvoir la définir..) ou que l’on subisse ses « propres » peurs et injonctions par rapport à un corps que l’on croit « trop gros » ou complètement anormal (peurs et injonctions qui sont bien sûr le fruit d’une pseudo norme internalisée), le problème reste le même… Cette pression que l’on ressent, qu’elle soit interne ou externe à la base, est capable de modifier l’image que l’on a de son propre corps et notre système de croyance par rapport aux attentes des autres ( ex  » si je suis trop grosse, je ne serai pas aimée », ou ce genre de connerie qu’on est capable de se dire.. « si je n’ai pas beaucoup d’amis, c’est surement parce que je suis moche et grosse ») et ainsi vous faire entrer dans une spirale sans fin. Mais moi aussi, j’ai ressenti cette « discrimination »/bêtise du corps médical, qui affirmait mordicus que je n’étais pas « anorexique » (car pas assez maigre à l’époque et aussi car mon comportement semblait être motivé par une idée de régime), puis qui a carrément occulté ma boulimie quand j’ai repris un poids « correct » ( ma TS et ma phobie scolaire ayant fait totalement diversion…). Pauvres nouilles… Toujours est il que la souffrance et la solitude étaient là, et qu’un IMC, ou le fait d’avoir voulu entreprendre un régime, ne devraient être les seuls critères sur lesquels se baser pour valider ou non le diagnostic d’un TCA [c’était mon coup de gueule à moi, désolée si ça s’éloigne un peu du sujet]

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