C’est l’été, et oui, vous avez le droit de planquer votre corps

Maintenant que c’est l’été pour de vrai (c’est à dire qu’on n’a plus besoin de se trimballer en pull d’hiver en plein mois de juin), que les jupes, shorts, hauts à manches courtes et autres maillots de bain sont enfin à l’ordre du jour… c’est le moment pour moi de faire un article qui va peut-être un peu à contre-sens des messages habituels sur le sujet.

Vous avez le droit de ne pas supporter le regard jugeant sur votre corps qui « sort de la norme ».

Que vous soyez gros.se, maigre, handi, trans, que vous portiez quelques part sur votre peau les marques d’un objet tranchant utilisé pour gérer vos émotions…
Vous avez le droit d’appréhender ce moment.
De ne pas sauter de joie à l’idée du retour des beaux jours.
De ne pas avoir « la body positive attitude » chevillée au corps.

Entendons nous : je ne suis de loin pas en train de vous dire « cachez ce corps, il dérange dans le paysage ». Votre corps, honnêtement, je l’aime, ou au moins je le respecte.
Vos corps qui portent d’une manière ou d’une autre les signes tangibles d’un parcours compliqué, qui indiquent que vous vous bouffez votre ration de regards oppressifs, moqueurs, stigmatisant, de rejets… Ouais, ils me font me sentir un peu plus proche de vous que des personnes dont le corps « se fond dans la masse ».
Alors non, je n’ai aucune raison de vous ordonner de les cacher, vos corps. De loin pas.

Par contre, je comprends que vous ayez, des fois ou chaque jour, du mal à le montrer. Du mal à vous en foutre du regard des autres. Du mal à encaisser les moqueries, le mépris, le dédain, les insultes, les regards lourds de sous-entendus. Du mal à encaisser ce qui est, au fond, notre quotidien quand on a un corps qui sort des normes socialement admises.

Alors oui, je comprends que le retour des beaux jours vous fasse peur.
Alors oui, je comprends que vous envisagiez peut-être de boycotter piscine et plage, et d’avoir trop chaud sous vos habits longs pendant tout l’été plutôt que de montrer quoi que ce soit de votre corps.

Vous n’être pas « lâche » pour autant. Vous n’êtes pas « un.e mauvais.e militant.e » pour autant. Vous n’êtes pas indigne de lutter contre toutes ces oppressions pour autant.

Et je voulais vous dire : je ne vous aime et ne vous respecte pas moins parce que vous avez peur, pas la force, pas l’énergie d’affronter les regards.
Je voulais vous dire : vous n’êtes pas moins beaux/belles/belleaux que les personnes qui ont la possibilité d’affronter ces regards et qui le font.
En mini-jupe  et mini-top, en short et t-shirt, ou en manches longues et jeans, votre corps est digne de respect.
Et vous êtes, de toutes manières, courageux.ses. Et je sais que, de toutes façons, vous luttez. Chacun.e à votre manière.

Envoyez chier les personnes qui vous diront « T’as qu’à t’en foutre, du regard des autres ».
Les Yaka, les Taka, les Yfô, iels ne savent pas. Iels ne sont pas dans votre tête. Iels ne sont pas dans votre vie.

Faites les choses comme vous les sentez.
Vous n’avez pas le sacro-saint devoir d’être une icône militante à chaque fois que vous mettez un pied dans la rue.

Peut-être qu’un jour vous vous sentirez assez sur.e de vous, assez solide pour affronter différemment ces regards, et pour leur répondre par un doigt tendu bien haut, une réplique cinglante ou un souverain mépris.

Vous savez, il y a quelques années, si on m’avait dit que je serais capable d’être en paix avec mon corps, j’aurais ricané jaune.
Et pourtant c’est arrivé.
Alors qui sait… peut-être que demain, dans un mois, dans un an… Vous regarderez aussi derrière vous en vous disant « tiens, je ne me serais pas cru.e capable de m’en foutre, et pourtant oui, ces regards chargés de mépris et d’oppression ne me démontent plus la gueule ».

Mais quoi qu’il en soit… Vous êtes des personnes valables, dignes d’être aimées, dignes d’être respectées. Et vous êtes important.es.

Passez un bel été, quoi qu’il en soit.
Et bonnes vacances pour celleux qui en ont.

no wrong way to have a body
« Il n’y a pas de mauvaise manière d’avoir un corps ». Illustration de Rachele Cateyes

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3 réflexions sur “C’est l’été, et oui, vous avez le droit de planquer votre corps

  1. Perso j’aime l’été parce que j’ai pas à porter de pull ou de veste qui m’emmerde plus qu’autre chose.
    Par contre je n’aime pas mon corps et je le cache comme je peux, mais en essayant quand même de pouvoir ne pas cuire dans mes habits. Alors habillée chez les mecs pour les shorts plus long. Allez chez les grandes ( trop me dirait Lau ), pour cacher ce ventre que je porte comme un boulet. J’essaie de profiter à ma manière (même si c’est assez dur après les remarques sur mon physique que j’ai pu avoir cette année).

    Pourtant quand je vois des filles  » dans la norme », je ne peux pas m’empêcher de les envier. Parce que ça parait si simple de se retrouver au milieu des gens comme ça.

    Et puis y a pas que les  » problèmes d’habits » y a aussi la transpiration à gérer. Moi je transpire beaucoup… de la tête. J’ai les cheveux mouillés dès que je suis dix minutes dans un endroit chaud, et ça non plus c’est pas évident aux yeux des autres qui ont les cheveux secs alors que je croise les doigts pour que les gens en me regardant pensent que je sors de la piscine…

    Aimé par 1 personne

    1. Ben non ils sont pas TROP grands tes t-shirts !
      Portes ce que bon te semble hein.

      Juste, quand tu m’agites un t-shirt dans lequel tu rentres environ une fois et demi sous le nez en me disant « je suis sure que je ne rentre pas là dedans », je te fais remarquer que tu as manifestement un peu de mal à évaluer tes dimensions réelles ^^ (dysmorphophobie bonjour…)

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  2. Merci, Lau’… Juste merci.
    Ca fait longtemps que je n’ai pas lu quelqu’un qui comprenait ce que c’était de vivre avec l’angoisse permanente de subir une remarque sur les (apparemment) discrètes rayures sur un bras.
    Ca fait longtemps que je n’ai pas senti une vraie compréhension de cette tension permanente. Surtout que même si de nos jours, je porte allègrement des T-shirts manches courtes, j’ai toujours quelque part l’angoisse qu’on les remarque. Encore plus au club photo que je fréquente.
    Je fais avec depuis des années à présent… Mais ça fait si longtemps que je n’ai pas lu quelqu’un qui savait ce que c’était, comme expérience sociale, même quand personne ne semble le remarquer, même quand personne ne fait de regard pesant. Le poids du stigmate est toujours là.
    Et moi qui ai un LEGER problème de surpoids (oh bof, que dalle, hein. Juste XXL, le problème.), j’avoue ça me fait du bien de lire qu’on peut respecter un tel corps.
    Ca me manque depuis six mois que je n’ai plus personne pour me le dire à l’oreille…

    Bref. Merci Lau’. 🙂

    Aimé par 1 personne

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