« Ceux qui parlent de se suicider ne le font pas » : démontage d’un mythe dangereux

Encore une fois, cet article ne sera pas « safe ». Il parle de suicide de manière cash, détaillée, et sans prendre de gants.
Si vous ne sentez pas de le lire, si vous pensez que c’est à risque de faire prendre l’ascenseur à vos propres idées suicidaires ou de faire remonter des sales souvenirs de suicides de proches : ne le lisez pas. Vraiment.
De toutes manières, si vous êtes vous-même concerné.e, il y a de fortes chance que cet article ne vous apprenne pas grand chose…

Par contre, il est hors de question que je fasse dans la douceur et dans l’allusif dans cet article.
Parce que le suicide c’est pas glamour, et parce qu’on ne fera pas tomber les idées reçues en effleurant timidement cette réalité du bout des doigts.

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suicide nounours

« Je vais faire mentir le vieil adage qui dit que ceux qui en parlent le plus en font le moins, je suis désolée, je t’aime ».

C’est le SMS qu’une amie a envoyé à sa meilleure amie, sa « soeur de coeur ». Quelques instants avant de mettre fin à ses jours d’une des manières les plus trash possibles : en se jetant sous un train.

« Je suis sur les rails ».

C’est les derniers mots au téléphone d’une autre amie à son copain.
Elle était vraiment sur les rails. Elle est morte quelques secondes après.

Les gens qui parlent de se suicider ne le font pas, disiez-vous ?
J’ai donc dû faire un cauchemar, c’est ça ? Ces deux amies ne sont pas vraiment mortes ?
J’aimerais bien, hein. J’aimerais tellement.
Mais malheureusement, je crois que ça ne marche pas comme ça.

Ces amies sont loin d’être des cas isolés.
Les statistiques démontrent qu’environ 3/4 des personnes qui mettent fin à leur jour en ONT parlé.

Déjà bien avant de perdre trois amies par suicide, je trouvais gerbante cette idée reçue de « les personnes qui parlent de se suicider ne le font pas », avec tout ce qu’elle implique de minimisation de la souffrance des personnes concernées et de non-prise en compte du risque suicidaire BIEN REEL chez ces personnes.

Inutile de préciser que le fait d’avoir perdu trois amies dans ces circonstances là, trois amies qui avaient PARLE de leurs idées suicidaires et n’avaient pas été prises en compte à la juste mesure de leur souffrance n’a fait que décupler ma rage contre cette idée reçue psychophobe.

Elle est dangereuse a bien des aspects, que je vais développer ici :

– Elle amène les gens à se taire sur leur souffrance.

Cette idée reçue est tellement répandue et ancrée dans la société qu’elle ne fait que rendre tellement plus difficile le fait de dire « j’ai envie de mourir », le fait de parler de ça.
Qui aurait envie d’exposer des pensées aussi douloureuses, avec un tel risque de se faire répondre par un haussement d’épaules et une minimisation de la situation ?
Or, parler, c’est quand même LA porte d’entrée pour avoir de l’aide et du soutien.

– Elle peut amener des gens à passer à l’acte.

Exprimer ses idées suicidaires et espérer qu’elles vont être prises en compte, c’est parfois le dernier fil qui retient une personne à la vie.
Se faire envoyer balader et taxer de manipulateur.trice, de « demandeur.euse d’attention qui n’a pas réellement l’intention de mourir » peut sincèrement être LE déclencheur, la goutte d’eau qui amène une personne à effectivement passer à l’acte, ou à le faire de manière tellement radicale qu’il n’y a plus de secours possible…
J’ai très honnêtement la conviction que dans le suicide d’une de mes trois amies, cet élément a été déterminant.
Les urgences psychiatriques, où elle a passé sa dernière nuit « pour se mettre à l’abri », qui pourtant avaient été informées par moi-même ET par son psychiatre du fait qu’elle faisait ses adieux à tout le monde, et qu’elle était vraiment à risque de passer à l’acte, ont taxé ces adieux de « manipulation » (selon les propres mots de l’infirmière qui m’a répondu au téléphone quand je les ai appelé…), et lui ont confisqué son portable « pour qu’elle arrête d’inquiéter ses proches ».

Connaissant cette amie, je reste persuadée que cette maltraitance médicale sur fond de « Parler de son suicide = ne pas vraiment vouloir le faire = manipuler ses proches » a contribué à la manière radicale dont elle a mis fin à ses jours (en se jetant sous un train, donc).
Comme une manière de dire à ces personnes qui ne l’avaient pas pris au sérieux : « Ah ouais ? Je voulais pas vraiment crever ? Regardez un peu, pour voir ». (Oh, évidemment, je ne serais pas assez naïve pour penser que ça ait pu être LA seule cause de son suicide hein. Evidemment que non. Elle allait déjà extrêmement mal bien avant cette réaction complètement à chier des professionnels aux urgences psy. Mais contribué. Et c’est déjà beaucoup trop, de « contribuer » au suicide de quelqu’un…).

– On voit ce qu’on veut bien voir, on entend ce qu’on veut bien entendre.

Je rappelle la statistique : 3/4 des suicidé.es avaient parlé de leurs idées suicidaires.
3/4, c’est quand même une majorité indiscutable.
Pourtant, cette idée reçue qui dit que ceux qui en parlent ne le font pas a la vie dure. Très dure.
C’est paradoxal, n’est-ce pas ?

Pas tant que ça, en fait.

Un des biais de l’observation en sciences sociales, c’est la règle suivante : « On observe ce qu’on s’attend à observer ».

En clair :

Si on vous dit : « fais bien attention, si tu vois une pomme rouge c’est hyper important que tu te souviennes d’où elle est », si vous voyez une pomme rouge, elle vous saute aux yeux et il y a fort à parier que si deux heures après on vous demande « Où est la pomme rouge ? », vous soyez capable de répondre précisément.
Si on vous dit : « T’emmerdes pas avec les pommes rouges, c’est pas important », vous allez pouvoir voir une pomme rouge sans y prêter plus que ça attention, sans que ça ne s’inscrive dans les informations dignes d’intérêt et de mémorisation. Et il est probable que deux heures après vous ayez beaucoup plus de mal à vous souvenir d’où elle se trouve.

C’est ce biais cognitif (alimenté par la psychophobie ambiante) qui permet à cette idée reçue de s’auto-alimenter.

On est sûr que les personnes qui se suicident n’en parlent pas, et que les personnes qui en parlent ne sont pas réellement suicidaires.

DONC

Si une personne en parle, c’est perçu comme une information d’importance mineure, pas prise au sérieux dans l’instant, et pas non plus enregistrée comme étant une information importante.

DONC

Si la personne passe réellement à l’acte, il est totalement plausible que les fois où elle a RÉELLEMENT exprimé ses idées suicidaires aient été oubliées, évacuée du champ de pensée des personnes de son entourage.

On a donc une boucle sans fin :

On ne veut pas entendre, donc on n’entend pas, donc on se dit qu’il n’y a rien à entendre…

– Elle amène les professionnels à des réactions complètement inadéquates :

Parce que oui, les professionnels (je viens de le dire juste là au dessus, et je l’avais déjà dit dans un autre article) ne font pas exception à cette idée reçue.
Et si elle est déjà gerbante et choquante dans la bouche de personnes non (in)formées concernant les troubles psy, elle est encore plus à hurler dans la bouche de professionnel.les.
Et pourtant, elle est bien présente, on l’a vu, et les témoignages qui me parviennent via les divers groupes de lutte contre la psychophobie abondent dans ce sens…

Pourtant, pouvoir compter sur les professionnels dans ces situations qui sont DES URGENCES VITALES, c’est capital.

Pour toutes ces raisons, j’ai envie de vous dire « passez le message ».
Démontez à votre tour cette idée reçue dans votre entourage.
Dites aussi souvent que possible qu’elle est fausse.
Criez le, peignez le sur les murs, envoyez le par pigeon voyageur, faites comme vous voulez.
Démonter cette idée reçue, c’est sauver des vies. Vraiment.

Prendre au sérieux, c’est pouvoir tendre la main. D’une manière ou d’une autre.

Véhiculer cette idée reçue, concrètement, c’est aussi dangereux que de tenter de faire passer du cyanure pour de l’aspirine.

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21 réflexions sur “« Ceux qui parlent de se suicider ne le font pas » : démontage d’un mythe dangereux

  1. en meme temps quand l’appel à l’aide est pris en compte, bien souvent la « solution » est de nous larguer négligeament en HP… le remède plus agressif que le mal? la question se pose serieusement. trop souvent.

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    1. Je ne sais pas quoi en dire, honnêtement.

      Est-ce que j’aurais voulu qu’on « largue » Cindy en HP quand j’ai appelé les urgences psy ? Honnêtement ouais.
      Non pas en imaginant que ça allait être la solution universelle, mais parce que ça aurait donné un peu de temps pour en chercher, parce qu’elle aurait eu un peu moins d’opportunités de se butter (bon, ok, faut le dire vite. Mais au moins un peu, quoi) en HP.

      Après, l’HP en l’état actuel des HP… c’est sur que le remède peut être pire que le mal, et surtout éventuellement donner des raisons supplémentaires de se butter…

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      1. Exactement, cette dernière phrase est juste.
        MAIS il y a d’autres solutions quand on entend les signes précoces de ces appels à l’aide. Des consultations très rapprochées (jusqu’à tous les jours) ou des appels aussi rapprochés (deux par jour parfois !) avec des soignants de confiance, connus, qui évalueront quasi instantanément et soulageront aussi vite. Un tout petit peu de médicaments (au compte gouttes évidemment !) pour soulager et anesthésier le temps de se relever…
        J’en ai bénéficié, et j’ai été sauvée comme ça. Parce qu’entendue très tôt, avant qu’il soit trop tard. Parce que prise en charge par deux soignants ultra compétents, qui y ont mis du temps, de l’énergie, sur leur temps libre, non rémunéré donc. Ils m’ont évité l’HP (cette fois là) et m’ont sauvée pour de bon.

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    2. Si le risque de suicide est maximal, l’HP a beau être un lieu de maltraitance ordinaire, je ne vois guère comment le remède peut être pire que le mal. A moins qu’on considère l’HP pire que la mort, cela se discute sans doute.

      Par ailleurs, il est possible de partir d’un HP, si la demande n’a pas été faite en HDT, sil n’y a pas eu de suicide, celui qui est rentré de son plein gré peut ressortir de son plein gré… Quitte à signer une décharge.

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      1. « Pire que le mal » dans le sens où j’ai vu des personnes sortir plus suicidaires d’HP qu’elles n’y étaient rentrées.

        Cela dit, assez d’accord quant au fait que quand le risque suicidaire est vraiment maximal, y a pas forcément 1000 options possibles :/

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  2. Je suis étonnée de ce que vous décrivez de la part de professionnel.les. Je travaille en service décentré (pour plus d’accessibilité) d’urgence sociale et psychiatrique, et je n’ai jamais vu quiconque ne pas prendre au sérieux un comportement suicidaire. Les psychiatres et infirmier(e)s en psychiatrie sont formés à pour déceler les symptômes évocateurs de ce risque et surtout, pour y répondre au mieux afin d’assurer la sécurité de la personne suicidaire (généralement présentant des signes de troubles dépressifs) Donc bon, votre critique, et surtout votre généralisation, sont pour le moins surprenantes. Par ailleurs, il existe également des troubles psychiatriques qui poussent les personnes à la tentative de suicide pour aller au plus haut degrés de leurs besoins de manipulation. Ca peut paraître choquant et être difficilement compréhensible pour les personnes équilibrées, et pourtant c’est un fait avéré et observé. Ces personnes nécessitent d’ailleurs une prise en charge pluri-professionnelle rigoureuse car elles sont capables de beaucoup d’actions déviantes tant leur besoin d’emprise est débordant. Pour juger il faut comprendre, et pour comprendre il faut être réellement bien informé et non se baser sur quelques histoires personnelles.

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    1. Lilie…

      Ca m’emmerde d’avoir à dire ça, parce que ça me fait vraiment chier de gagner ma légitimité à ouvrir ma gueule à coup de diplômes (parce que ça devrait pas fonctionner comme ca, genre vraiment pas) mais j’ai l’impression qu’il n’y a que cet argument qui risque de vous faire ouvrir vos oreilles – vos yeux en l’occurrence – vraiment et redescendre de votre piedestale condescendant.

      Alors on va commencer par là.

      Je suis éduc spé.

      Je bosse avec des enfants en souffrance psy, et avec leurs parents tout autant en souffrance psy depuis 8 ans.

      Bon. Maintenant que j’ai votre attention vu que j’ai pu sortir mon diplôme de ma poche, on peut discuter ?

      On va commencer par « généralisation », vous voulez bien ?

      Ai-je dit « TOUS LES PSYCHIATRES », ou « TOUS LES INFIRMIERS PSY » ?
      Relisez bien.
      Vous avez relu ?
      NON, je ne l’ai pas dit.

      Dans les commentaires, j’ai même dit que mon psychiatre a très sérieusement contribué à me sauver la peau quand c’est moi qui partais totalement en vrille (Merci Doc, si vous suivez toujours mon blog, d’ailleurs 🙂 )

      Donc vous n’êtes pas obligée de vous poser en défenderesse de votre profession.

      Maintenant, par contre, vu votre attitude condescendante et votre remise en question à priori de ma parole en partant du principe que je ne suis pas « du bon coté de la barrière » (perdu, je suis des deux cotés de la barrière en même temps !), permettez moi de vous dire que vous semblez être une parfaite illustration des attitudes qui sont dangereuses chez les soignant.es.

      Vous vous drapez dans des connaissances théoriques.

      Mais dites-moi : que savez vous VRAIMENT de la vie des personnes que vous « soignez » ?
      Est-ce que vous avez déjà été une de ces personnes « pas équilibrées » ? (excusez moi, on peut parler du coté incroyablement jugeant de la terminologie que vous utilisez, sur ce coup ?)

      Non, je ne dis pas qu’il faut être ou avoir été en souffrance pour être un.e bon.ne soignant.e, mais par contre, je dis – JE GUEULE, MEME – que quand on se drape dans son savoir théorique et qu’on ne prend pas le temps d’écouter vraiment, et de prendre au sérieux ce que dit la personne en face, et qu’on part d’emblée dans l’optique que la personne « manipule »… Non, on n’est pas un.e bon.ne soignant.e.

      C’est des personnes comme vous qui ont contribué au suicide de Cindy (et de plein d’autres).
      Ca vous égratigne de le voir, surement, mais c’est un fait.

      Votre histoire de « le suicide est le plus haut degré de la manipulation blablabla », je vous jure, ca me donne juste envie de hurler. De rage. De colère. De douleur, aussi.

      Pour Cindy et pour plein d’autres, il est trop tard.

      Par contre, pour plein de personnes encore en vie, il n’est pas encore trop tard.
      Il n’est pas encore trop tard pour que les soignant.es se remettent en question et se décrochent de leurs idées reçues.

      Parce que vraiment, en l’état actuel de votre réponse, vraiment, je ne souhaite à aucune personne suicidaire de croiser votre chemin de professionnelle.

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      1. A te lire L’eau Rence, j’ai l’impression que tu dit qu’il est impossible que le suicide soit utilisé par des personnes manipulatrices. Tu dit que tu n’as pas accusé les psy d’être tous incompétent par rapport à ce sujet (je suis d’accord qu’il y a des psy nocifs et d’autres bénéfiques et que tu as fait cette nuance), mais d’un autre coté la psy auquel tu répond n’a pas dit que toutes les personnes qui parlent de se suicidé sont manipulatrices. Elle a dit que le suicide peut être parfois utilisé par des personnes manipulatrices pour nuire à leur proches de façon « ultime ».

        Je trouve le même travers dans ton texte sur l’angoisse de l’abandon. En voulant défendre ton point de vue de personne angoissé par l’abandon tu balaye totalement le fait que certaines personnes angoissé de l’abandon sont par ailleurs réellement maltraitantes, perverse et destructrices et tu balaye aussi le fait que certaines personnes sont possessives et se servent d’une prétendu angoisse de l’abandon quant ils ont perdu leur jouet-défouloir-humain. Je trouve plutot sain que les proches s’inquiètent de savoir si il n’y a pas de violences physiques ou psychologique lors des séparation. Et je trouve normal vu les statistiques que les hommes soient particulièrement sous surveillance dans ces moment là. Alors que toi tu reproche a l’entourage des personnes en séparation de soupçonne des violences.

        Des exemples de suicides manipulatoire il y en a pourtant beaucoup dans le rubrique « fait divers ». Des mecs qui se suicident après avoir assassiner leurs gosses pour anéantir leur ex-compagne-victime il y en a chaque semaine. C’est sur que les paroles étaient sérieuses mais si tu refuse d’appeler ca de la manipulation c’est vraiment que tu est aveugle.

        Tu déforme les paroles de Lille de manière vraiment grossière en la citant n’importe comment.

        Elle dit « Par ailleurs, il existe également des troubles psychiatriques qui poussent les personnes à la tentative de suicide pour aller au plus haut degrés de leurs besoins de manipulation.  »

        Et toi tu en fait « Votre histoire de « le suicide est le plus haut degré de la manipulation blablabla », je vous jure, ca me donne juste envie de hurler. De rage. De colère. De douleur, aussi. »

        Là c’est toi qui me donne envie de hurler. De rage. De colère. De douleur, aussi.

        « Il existe également » n’est pas équivalent à « le suicide est ». Tu es en colère pour la disparition de tes proches et je ne te dénie pas cette colère légitime mais ta colère te rend oppressive en niant les cas qui ne correspondent pas à ton vécu.

        J’ai un vécu qui ne colle pas au tien. J’ai subi l’inceste, j’ai demandé de l’aide à ma mère qui m’a seulement dit de me taire à cause de sa grande angoisse de l’abandon. Elle m’a infligé de subir des années de violences sexuelles et morales pour pas qu’elle s’angoisse de l’abandon. Plus tard je l’ai forcé par la menace à se séparé de cet homme. L’angoisse de l’abandon à un moment ca ne fonctionne plus. Je lui ai dit que je porterais plainte contre elle pour complicité, et à ce moment là elle m’a dit qu’elle se suiciderais pour que je ne porte pas plainte. A te lire c’est pas de la manipulation ce qu’elle faisait, pas du chantage, pas de la torture mental contre sa fille, ça n’existe tout simplement pas. Tu nie totalement que le suicide puissent être instrumentalisé ou utiliser pour nuire à autrui. Rend toi compte de la violence du déni que tu me jette à la figure ainsi qu’a d’autres personnes victime de ce type de violences. Tu demande de la nuance, je suis d’accord pour la nuance, et je te fait la même demande, fait preuve de nuance toi aussi.

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  3. Clairement. C’est ce qui m’a évité l’HP à l’époque où je partais total en sky (deux rdv par semaine avec mon psy, possibilité de lui envoyer des mails en cours de semaine si besoin de déverser des trucs, des anxios en « si besoin » pour calmer les plus violentes montées d’angoisse).

    La première psy que j’avais vu à cette période là le voyait un peu différemment (elle m’a parlé d’HP au bout de deux rdv, inutile de dire que je ne suis pas retourné la voir ^^), mais celui que j’ai eu après (et que j’ai tjs d’ailleurs) m’a clairement sacrément soutenue.

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    1. Pour ma part, ça a été un médecin généraliste et une psychologue. Ca soulage de lire qu’il y a encore des gens qui prennent le temps de nous aider.
      (Je comprends très bien pourquoi on ne retourne pas voir les psy qui parlent d’HP au bout de deux rdv !)

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  4. Lilie

    Personnellement je me suis retrouvé dans la position de la  » personne suicidaire et qui le dit.
    J’ai été, après discussion avec mon psychiatre et mon infirmier psy, en hôpital psychiatrique. Là bas il à été clairement relevé que j’étais une personne suicidaire et que j’avais interdiction de sortir de l’étage. Pour veiller à cela et me rassurer, un infirmier devait passer me voir toutes les heures dans la chambre pour voir si tout allez bien
    Après plusieurs heures seule à ruminer dans ma chambre, pétant littéralement un plomb ( et ayant averti les infirmiers, et psychiatre que je n’étais pas capable de demander de l’aide quand je n’allais pas bien), j’ai fini par sortir de ma chambre, passé devant le bureau ouvert des infirmiers, attendre l’ascenseur ( en face du bureau infirmier) et je suis partie en direction de la gare, passant également devant l’entrée principale.
    Si je n’avais pas eu quelques instants  » émotionnels » qui m’a poussé à faire des adieux a certaines personnes par téléphone, c’est sous un train que les flics m’auraient retrouvés.
    Lau m’a sauvé la vie ce jour là, en envoyant les flics. Parce que ce n’est pas le personnel hospitalier qui a assuré ma sécurité, ma survie.
    Pensait vous réellement que j’ai pu faire cela pour manipuler mes amis ? Si oui, étant toujours suicidaire, est ce que je dois me suicider afin que vous preniez en compte l’incompétence de nombre de vos collègues en psychiatrie ?
    Et j’avoue espérer ne pas tomber sur vous un jour dans un de ces cadres là.

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  5. Linda :

    Je comprends que vous ayez vécu des trucs vachement difficiles (et j’en suis vraiment désolée pour vous d’ailleurs, et j’espère que vous allez aussi bien que possible vis à vis de tout ca).

    Par contre :

    Vous me faites un peu dire ce que je n’ai pas dit, quand même :

    – Jamais je n’ai évoqué la situation de personnes qui tuent leurs enfants (ou leur compagne) puis se tuent.
    Il est quand même UN PEU évidant que c’est UN PEU différent de la situation de personnes qui arrivent aux urgences psy en expliquant avoir envie de crever, ne sont pas entendues et se tuent, non ?

    – Concernant l’angoisse de l’abandon…
    Ce que vous racontez, ça va au delà d’une histoire « d’abandon ». Les relations d’emprise sont pas mal plus complexe que juste une « histoire » d’angoisse d’abandon (et je me risquerai pas à les « décortiquer », je ne suis absolument pas apte à le faire).
    Sincèrement, je comprends ta colère, hein. ‘fin… « comprendre » est un bien grand mot vu que je n’ai clairement pas vécu ce que tu as vécu.
    J’ai aussi vécu, par contre, une situation où ma mère ne m’a pas protégé de la violence (verbale et psychologique dans mon cas) d’une autre personne (sa soeur, en l’occurrence) pour cause d’emprise de ma tante sur ma mère. Et oui, j’en ai voulu énormément à ma mère de ne pas avoir réagi, de l’avoir laissé faire, et de m’avoir tout le temps demandé de faire le poing dans ma poche « parce que ma soeur c’est la seule famille qui me reste à part toi ». Elle m’a aussi dit qu’elle se foutrait en l’air si sa soeur la lâchait à cause de moi. Je ne pense pas que c’était de la manipulation, par contre, je pense que ça aurait réellement pu arriver si ma tante l’avait « lâchée » à ce moment là… (même si sur le moment, je voyais AUSSI ça comme du chantage au suicide, hein. Je suis loin d’avoir réagi de manière zen à ces « menaces », soyons honnête !)

    C’est clairement à des années lumières de l’enfer que vous avez vécu, mais ça me donne un petit avant gout de la colère qu’on peut ressentir en n’étant pas protégé.e par un parent contre une personne violente à cause de cette emprise.

    Pour autant, je pense qu’on ne peut pas résumer une telle réaction à « l’angoisse de l’abandon » de nos mères respectives.
    Une relation d’emprise, c’est d’abord la destruction massive de toute estime de soi et de toute capacité à réagir…

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  6. Linda,

    Je n’ai pas envie de faire long, parce que je pense que pas mal de choses dont j’aurais pu parler, ou des arguments que j’aurais pu avancer, ont déjà été mentionnés par Lau Rence.
    Néanmoins je vais parler de mon histoire personnelle avec ma mère. Si elle n’a jamais fait concrètement de chantage au suicide, elle a plus d’une fois, lorsque j’étais en voiture avec elle et mes deux sœurs, menacée et accélérée en voiture pour nous envoyer dans le mur. Était-ce de la demande d’attention ? Non je ne le pense pas, et je pense que si je n’étais pas parvenu à calmer ma mère et mes sœurs, je ne serais peut être pas là pour en parler.
    Donc oui, il y a des différences entre les personnes qui demandent de l’aide parce qu’elles sont suicidaires, et des personnes qui se suicident et parfois entraînent des personnes avec elles.
    La gestion de ces cas n’est clairement pas la même.

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  7. Merci pour cet article qui donne une vision différente de celle que l’on entend. Je me suis demandé à quelques occasions, à quelle point prendre au sérieux une personne qui parle de suicide. Et on m’a toujours répondu que les personnes qui passent à l’acte n’en parle pas. J’ai comme l’impression que cette pensée est là pour nous rassurer. Or je pense que ce n’est pas les personnes extérieures à être rassurés dans une situation d’urgence.
    Pour ma part, je n’ai jamais pensé réellement au suicide (quoi que). La seule fois où j’ai énoncé clairement que j’y pensais, que je « n’avais que cette issu » on ne m’a pas prise au sérieux. J’étais la fille paumée et mal dans sa peau qui essaie de se faire remarquer parce qu’elle ne sait pas quoi faire de son mal-être. On m’a dit « mais non », mes amies ne s’en fichaient pas, mais ne m’ont rien montrés et pas prise au sérieux, et c’est à ce moment là, que c’est devenu sérieux. Car je me suis sentie plus seule que jamais.

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  8. (Navrée si mon commentaire est un peu à côté de la plaque, j’ai envie de vous remercier et de partager quelque chose.)

    Je suis contente d’être tombée sur votre blog car je prends conscience de quelque chose qui m’avait toujours un peu échappé comme ce dénigrement de la souffrance psychique. J’ai toujours du mal à admettre que cette souffrance est légitime et à placer au même niveau que n’importe quelle souffrance physique. J’y travaille et je vais vous expliquer pourquoi cela est si ancré en moi:

    Aussi surprenant que cela puisse paraître, je viens d’un pays où une telle souffrance est méprisée, rabaissée et dénigrée alors que ce pays est économiquement plus en avance que la France où je vis maintenant. Ce pays c’est le Japon. Ouais, le pays qui fait rêver les jeunes, le pays qui leur parle avec toute cette culture nouvelle de mangas, d’animes et jeux vidéos.

    En Asie, il y a une sincère culture du mépris de l’individualité. Là-bas, les gens ne vont pas aux urgences psychiatriques. Ils sont isolés, seuls avec leur malheur qui est perçu comme une mollesse mentale. Je ne crois même pas qu’il soit concevable pour quelqu’un d’aller au urgences psychiatriques. Cela n’existe même pas. Les professionnels de la santé mentale sont là pour les « fous » et les criminels. Pourquoi? Parce qu’aller dans de tels établissements est synonyme de mort sociale.
    Ca c’est le Japon. Que dire alors des autres pays moins développés et permissifs sur l’individualité comme la Chine? Il y a près de quatre milliards d’asiatiques sur terre. Une majorité de personne qui ont donc appris ce mépris.

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    1. C’est probablement une des raisons pour lesquelles le Japon est chroniquement dans le haut du tableau des statistiques de taux de suicide.

      Quant à la Chine, son taux de suicide est, selon les sources que je trouve, « non communiqué ». Ce qui en dit long sur le tabou sur le sujet… :/

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  9. J’ai subi du chantage au suicide par un manipulateur (que j’ai fui, qui m’a moi-même conduite à vouloir me suicider…) et cela n’a rien à voir, mais alors vraiment rien, avec une crise suicidaire traversée par ceux qui en parlent car ils souffrent au point de vouloir arrêter de vivre (ce qu’ils vivent au moment M). Quand une pathologie diagnostiquée amène aux idées suicidaires (alors que les crises suicidaires peuvent être vécues par n’importe qui), ce n’est pas forcément de la manipulation non plus. Sans pathologie diagnostiquée, on ne peut présager de rien et on doit prendre en compte les idées suicidaires comme un danger imminent, non comme un chantage.

    C’est la seule règle qui puisse être universelle, et non pas tenter de savoir s’il en parle parce que ceci ou cela, et probablement que ceci ou cela, et si jamais c’était sans intention on va attendre un peu (ah mais zut, si jamais c’était avec intention ?). D’abord on allume le voyant danger, après le moment aigu de la crise on avise. Les manipulateurs seront vite démasqués si on est attentif à tous sans distinction a priori.

    On ne peut pas mettre dans le même sac les manipulateurs utilisateurs de chantage, peu importe la raison, et ceux qui expriment leur extrême souffrance par des idéations suicidaires. Ces derniers sont évidemment les plus nombreux. L’auteur de chantage n’ira pas évoquer ses pseudo idées suicidaires à ceux qui peuvent l’aider mais à ceux qu’il veut manipuler… et qu’il faut aider s’ils se confient sur ce qu’ils subissent.

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  10. Pour avoir vécu cette situation dans tout les rôles possible, MERCI.
    Merci pour ce magnifique article qui défend la cause des personne atteintes par les souffrance Psy bien trop souvent rabaissée au caprice ou à la manipulation sentimentale.
    Même si la vie d’une personne peut paraitre parfaite, matériellement et socialement, les souffrance psy peuvent être présentes.
    C’est souffrance sont aussi nocives et mortel que les cancers, mais on les nies.
    Même dans les H.P, si vous avez le malheur d’être jeune (20 pour ma première expérience) on arrive à vous dire « Mais mademoiselle vous êtes trop jeune pour avoir des problèmes, vous êtes juste pas encore assez mature et en peine crise d’ado retarder » (texto de la part d’une psychologue), non mais franchement c’est inadmissible.
    J’ai fini par me tourner ver l’Allemagne ou il ont des thérapie beaucoup plus intéressante que de vous enfermer dans une chambre d’isolement en attendant que vous vous calmiez.
    MERCI encore pour cette article qui m’a vraiment rassuré sur le faite de ne pas être la seule à penser ça.

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  11. Merci pour cet article mais il y a à un autre côté de l’analyse qui a été évacué sans pour autant remettre en cause la justesse de ce que tu dénoncés .
    Cet autre côté c’est quand tu as été manipule.e en tant que gosse à coup de menaces et de « passages à l’acte » et que c’était autant conscient qu un appel despéré. ..mais peut on faire porter à une personne pendant de très longués périodes ce poids et cette responsabilité ? Comment aide t on ces autres personnes qui deviennent responsables sans l’avoir demande d’autant plus qd on eSt gosse et qu on n’est pas censé.es être responsablés de ses parents ?

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