L’angoisse de l’abandon n’est pas un caprice

Cet article m’a été inspiré par plusieurs échanges sur des groupes féministes.

A plusieurs reprises, j’ai vu des échanges s’organisant à peu près comme ça :

– Une personne parle de son couple, et du fait que son/sa (ex) partenaire ne gère pas une rupture ou une prise de distance, et va mal.
– Les réponses tournent autour de « C’est de la manipulation / c’est pour te garder / c’est pour te faire souffrir / c’est un.e pervers.e narcissique ». Souvent avec force articles sur « les manipulateurs, comment les reconnaitre ? ».

Ces échanges, je me les prends à chaque fois comme un coup de poing dans la gueule.

Loin de moi l’idée de nier l’existence de relations malsaines, abusives, et de personnes manipulatrices.

Mais par contre, le raccourcis automatique entre une personne qui ne gère pas la rupture et une personne qui le fait sciemment pour manipuler / faire souffrir l’autre / garder l’autre sous emprise, c’est CARREMENT DEGUEULASSE.

(Et un bon petit chouilla psychophobe, aussi…)

Pas mal de troubles psy ont pour conséquence plus ou moins directe une angoisse massive d’être abandonné.e.
Et même sans aller forcément dans des diagnostics ou autres, si on a un vécu de rejet ou d’abandon (dans sa famille, ou dans d’autres cadres, type harcèlement scolaire), l’abandon, on connait, on a vécu, et … On garde les traces.
Et toute situation où on revit un « abandon » (réel ou supposé), c’est panique à bord.

Panique à bord, ça peut être les larmes à n’en plus finir, ça peut être les crises d’angoisses, ça peut être les idées suicidaires, ça peut être l’automutilation, ça peut être plein de trucs pas très glamour. Ca peut être aussi essayer de toutes ses forces de retenir l’autre, pour ne pas crever d’angoisse.

Tout ça je suis fort bien placée pour le savoir, parce que je l’ai vécu.

Par le passé, lors d’une rupture, je me suis littéralement retrouvée à m’accrocher aux jambes de la personne qui me quittait pour l’empêcher de partir (avec le recul, j’ai presque envie de rire tellement la scène a dû avoir l’air surréaliste, moi assise par terre accrochée à ses mollets pour l’empêcher de sortir de l’appartement, mais sur le moment, je peux vous assurer que j’avais surtout l’impression de crever sur place…)
Une autre fois, j’ai dû squatter chez des amis pendant quelques jours, tellement j’étais incapable d’affronter mon appart’, l’endroit où j’avais des souvenirs en commun avec la personne qui m’avait quitté, et encore plus d’affronter la solitude.

Alors ouais, on peut travailler sur soi.
Je l’ai fait, et je ne m’en porte que mieux, mais ça ne se fait pas en une heure ni en un an. C’est long, ça implique de trouver des ressources en soi qu’on est persuadé de ne pas avoir, ça implique de brasser dans des souvenirs douloureux, ça implique de s’accrocher.
L’angoisse de l’abandon, comme toute angoisse, ça n’est pas un caprice dont on peut se débarrasser simplement en le décidant, ou qu’on peut cacher magiquement pour ne pas faire chier les autres.

Et oui, les comportements que peut avoir une personne abandonnique pour tenter d’empêcher cet « abandon » (s’accrocher, supplier, négocier, inonder l’autre de SMS ou d’appels), ils sont difficiles à vivre pour l’autre.
Tout comme l’est le fait de voir l’autre sombrer. Oui, c’est « culpabilisant », mais ça n’est pas le but : on sombre VRAIMENT, on ne fait pas semblant pour faire culpabiliser l’autre.

Je ne doute pas du fait qu’il y ait des gens qui exploitent ça. Qui miment cette angoisse, qui font semblant. Qui utilisent ça pour garder quelqu’un sous leur coupe.
Ca existe. Malheureusement.
Doublement malheureusement, même :
– Pour leurs victimes.
– Pour les personnes souffrant REELLEMENT d’angoisses liées à l’abandon sur qui ça fait planer un doute pesant.

Mais ca ne donne pas le droit, à priori, sans autre, de dire « Non mais c’est un.e manipulateur.trice », « ça n’est pas sincère », « c’est une personne malsaine ».
Ca ne vous donne pas non plus le droit d’endosser un costume de psy au rabais pour faire des théories fumeuses comme « c’est de la manipulation inconsciente » comme j’ai pu le lire parfois.

Ca ne vous empêche pas de soutenir votre ami.e, votre pote, votre connaissance qui veut rompre et se retrouve confronté.e aux angoisses de son ex.
Ca ne vous empêche pas de le.a déculpabiliser, en lui rappelant qu’iel n’a pas à se forcer à rester avec quelqu’un qu’iel n’aime plus ou avec qui iel n’est plus heureux.se.
Qu’iel n’est en rien coupable des angoisses, du passé douloureux ou des troubles psy de son ex.
Qu’iel a de toutes manières le DROIT de rompre, qu’iel n’est pas « méchant.e » ou quoi que ce soit du genre.

Tout ça, vous pouvez très largement le dire.

Mais CA NE VOUS DONNE PAS LE DROIT DE JUGER DE LA REALITE OU NON DES ANGOISSES ET DE LA SOUFFRANCE DE QUELQU’UN.
Et je le dis en grand, en majuscule, et si c’était en réalité je vous le hurlerais dans les tympans avec un mégaphone.

L’angoisse autour de l’abandon est déjà source de bien assez de douleur et de panique comme ça.
La stigmatisation et le jugement des personnes autour n’aideront en rien.
Et la psychophobie ambiante non plus.

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4 réflexions sur “L’angoisse de l’abandon n’est pas un caprice

  1. Oui, ce moment de séparation où l’on se retrouve dans un comportement que l’on pourrait comparer à un enfant dans les jupes de sa maman… 🙂
    La blessure de l’abandon et les angoisses qui y sont liées ont souvent comme source, un souvenir de l’enfance où l’on a cru que sa maman partait et ne reviendrait jamais… Du coup, lorsqu’on vit une situation similaire de séparation avec une personne que l’on aime, le cerveau va rechercher automatiquement la manière la plus instinctive de réagir ( = la première fois que l’on a cru qu’on allait nous abandonner … )
    Se rendre compte que cette émotion est en lien direct avec un choc vécu dans l’enfance, ça peut permettre de ne plus permettre à son cerveau de se mettre en automatique et se dire  » Ok, situation similaire mais avec 30ans de plus… J’suis pas obligée de me jeter à ses genoux pour le retenir,.. 😉  » Ahah.

    Je globalise et je ne sais si je suis très claire, je travaille, moi même depuis quelques mois sur cette blessure de l’abandon que je traine depuis 11ans, depuis la mort de ma mère suite à une rupture d’anévrisme… Me rendre compte qu’elle n’avait pas choisi de me laisser m’a déjà fait faire un grand pas en avant… 🙂
    Trouver la source de l’émotion et ne plus se laisser envahir par celle ci, ça peut être une clé vers l’apaisement de cette angoisse, … J’espère!
    Prend soin de toi,
    Namasté! ❤

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    1. Ca a été grosso modo le même cheminement pour moi, à vrai dire (mort de mon père quand j’avais 13 ans, et en prime harcèlement scolaire pendant toute ma scolarité où j’ai REELLEMENT été rejetée, abandonnée, par… l’immense majorité de mes camarades…

      Et oui, pouvoir faire les liens, réaliser que « même si ça ressemble c’est pas pour de vrai la même situation », ca aide à remettre les choses à leur place.
      Et trouver des stratégies pour gérer, aussi.
      Et pouvoir « avoir une vie » qui ne dépende pas des autres, aussi (ses propres intérêts, ses propres loisirs, ses propres espaces…)

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