Gros.se : qui dépasse la moyenne de sa catégorie en volume, en épaisseur

Je suis grosse.
Mon poids est supérieur au poids moyen des autres individus humanoïdes peuplant cette planète (pour les autres planètes, je ne sais pas, je ne suis pas allée vérifier).

C’est un fait.
C’est une réalité de dire que j’occupe plus d’espace, relativement à une personne moins grosse.

Et j’ai envie que ça soit un simple fait.
Pas un truc qu’il s’agit d’évacuer sous des périphrases embarrassées (« Je suis ronde », « je suis en surpoids », « je suis forte »). Juste un fait. Neutre.

Si je dois me décrire à un.e inconnu.e que je devrais retrouver dans une gare bondée, je voudrais pouvoir dire :
« J’ai les cheveux frisés assez longs, je suis assez grande, je suis grosse, et je porte généralement un pull à capuche et un jeans ».
Et que chacune de ces informations ait exactement la même valeur informative, factuelle, sans qu’un ou l’autre de ces paramètres ne donne lieu à une évaluation de la valeur de ma personne.

Alors je le dis : « Je suis grosse ».
Je l’affirme, je le martèle.
JE-SUIS-GROSSE.
Non pas par « fierté » de l’être (il n’y a pas de fierté à en avoir. Ni de honte. C’est un paramètre décrivant mon aspect physique. Rien de plus. Rien de moins).
Non pas par provocation.
Mais par besoin de faire entrer dans des cerveaux au raisonnement déformé par la grossophobie le vrai sens de ce mot : « qui dépasse la moyenne de sa catégorie en volume, en épaisseur« .
Et de le débarrasser chaque jour un peu plus de son impact de jugement, d’évaluation de la valeur que peut avoir ma personne, ou la personne des autres gros.ses.

A coté de ça, je vois des camarades de lutte contre la grossophobie traquer le mot « gros » dans toute forme d’expression.
Il ne faudrait pas dire « Un gros emmerdeur » (le terme « gros » se rapportant ici non pas au physique, mais à la taille de l’emmerditude de la personne), pour ne pas véhiculer de sens négatif autour du mot « gros ».
Je vois bien l’idée, hein, je peux comprendre la logique…
Mais elle me fait tiquer, néanmoins.
Si on veut que le mot « gros » retrouve un sens « neutre »… Alors il doit pouvoir être accolé aussi bien à quelque chose de positif (« un gros câlin », « un gros coup de coeur ») qu’à quelque chose de neutre (« un gros coussin », « un gros tas de feuilles mortes ») qu’à quelque chose de négatif (« un gros emmerdeur », « un gros coup tordu »).
Le mot gros doit absolument redevenir un truc qui qualifie un volume (soit physique, soit métaphorique, comme dans le cas du « gros emmerdeur », du « gros câlin », du « gros coup tordu » ou du « gros coup de coeur »). Et plus un qualificatif sur la valeur de… quoi que ce soit.

Et pour arriver à cette « dé-moralisation », j’ai tendance à dire qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, et que si on commence à le faire, à l’affirmer, à l’expliquer, à le démontrer, à le marteler… On peut amener à un changement.
Oh, je suis réaliste, le changement ne se fera pas en deux jours et trois coups de baguette magique (si quelqu’un dispose d’une telle baguette magique, toutefois, sachez que je suis disposée à vous l’emprunter. Y a quelques trucs sur notre planète et dans notre société qui auraient bien besoin d’un bon « ABRACADABRA » bien senti !.. Non ? Personne ? Dommage…).
Mais je crois qu’on peut tou.te.s être vecteur.trices de ce changement. Pas à pas.

Et je ne crois pas qu’on puisse amener à retirer cette valeur de jugement au mot « gros.se » si on se drape dans des périphrases embarrassées pour éviter de le dire, qu’on le remplace par « rond.e », qu’on évite de parler d’un « gros emmerdeur », qu’on évite absolument de parler du volume des corps et des choses, et qu’on s’empêtre les pieds dans un filet d’expressions alambiquées.

A l’inverse des insultes basées, par exemples, sur des diagnostics médicaux (« Mongolien », « Fou », « Débile »), le mot gros n’avait à la base aucune connotation, aucun sens spécifique autre que celui d’indiquer un volume important ou une épaisseur importante.
S’agissant de redonner son sens de base à ce mot, il s’agit donc non pas de lui redonner un sens spécifique (comme quand on revendique que les diagnostics médicaux ne soient pas utilisés comme insultes), mais bien de banaliser et « dé-moraliser » son usage.
C’est un indicateur de volume. Rien de plus. Rien de moins.

Et moi, j’ai un volume important.
Ca n’est ni bien ni mal.
C’est.

Alors ouais.
Je suis GROSSE.

… Tout comme ce pigeon.

gros pigeon

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8 réflexions sur “Gros.se : qui dépasse la moyenne de sa catégorie en volume, en épaisseur

  1. J’aime bien ce site. Quand vous dites que vous êtes grosse, c’est juste un constat, tout comme quand je dis que je suis handicapée, c’est juste un constat. C’est vrai que nous devons arrêter de juger les gens selon le physique (déjà que pour moi le poids n’a aucun impact sur la beauté, alors accorder une valeur ou un défaut à une personne en fonction du physique n’a rien de logique) et d’utiliser un mot neutre qui définit une personne pour insulter voire pour rendre des personnes complexées par un détail de leur physique ou par tout leur corps et même pour aggraver ce genre de complexes. Mais j’ai une question. Dans mon dernier article, j’ai essayé de faire référence à d’autres articles. Or, on peut accéder aux sites en question, mais pas aux articles. Comment vous avez fait pour faire une référence ?

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    1. Je colle simplement le lien de l’article.
      Mais je crois que ton blog est sur une autre plateforme que WordPress, donc je ne suis pas sure que ça soit pareil pour ton blog.

      C’est déjà quoi, la plateforme que tu utilises ?
      Peut-être que quelqu’un d’autre aura des lumières à t’apporter là dessus 🙂

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    2. Ah si, tu es sur wordpress… Uh. Bizarre.

      Bon. Alors je détaille un peu ce que je voulais dire :

      – J’écris une phrase ou un mot qui va renvoyer à l’article. Par exemple « Voici l’article dont je parle ».

      – Je sélectionne cette phrase, et je clique sur « insert link » (l’espèce de boucle avec un trait au milieu).

      Ca me donne une boite de dialogue.

      – Je copie l’URL de l’article que je veux citer.

      – Je la colle dans cette boite de dialogue.

      Et… voilà.

      C’est comme ca que tu fais aussi ?

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      1. J’avoue avoir mal procédé. D’abord, j’ai cru que l’URL était juste l’adresse web, ensuite, j’avais eu du mal à exécuter ce procédé. En même temps, j’utilise un iPad, pas un PC, et leur fonctionnement diffère un peu. Mais je m’en suis sortie.
        Mais l’article dont je parle évoque l’écologie, donc je ne suis pas sûre que cela vous intéresserait. Par contre, j’y parle aussi d’un message de solidarité. Pour moi, c’est bien d’avoir des sujets variés sur son blog. 😉

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  2. Bonjour,
    Je viens seulement de découvrir ton article et ton blog que je lis. Je… J’ai une véritable question. Difficile de la formuler directement, je vais m’expliquer. Je ne suis pas grossophobe… Enfin je ne suis rien et tout bref. Voilà. J’accepte tout et tout le monde. Oui ce préambule est important. Cependant, j’ai des TCA… Enfin aujourd’hui ce sont juste des TCA plus ou moins léger mais j’ai été/suis anorexique de base… Avec des crises d’hyperphagie après mais anorexique majoritairement. Et donc… Je… J’ai peur de grossir. Oui j’en ai la peur irrationnelle (anorexie :|). Pourtant le mot oui est neutre, pourtant je ne suis pas grossophobe ou alors dans l’étymologie propre phobie de grossir. Quelqu’un de gros de mince de bidule je m’en fous c’est quelqu’un, cette peur ME concerne (et ma jument pour sa santé la fourbure qui peut arriver le surpoids étant très grave chez les chevaux même si je la préfère un peu grosse que même normale… Ses côtes quand je les ai vues un jour j’ai eu peur pour elle et sa santé). Donc je sais qu’en crise irrationnelle ou même au normal j’ai peur de grossir, je vais le dire, mon alimentation, mon mode de vie… Peur de grossir. Et donc plus ou moins ma question, cela rentre-t-il dans la grossophobie ? Parce que c’est vraiment moi et c’est pas tant physique enfin si mais non… Ce n’est pas tant esthétique je peux trouver tout les types de corps beaux (peux parce que nous avons des goûts évidemment… Mais pas liés au poids chez moi). Ce n’est pas pour autrui mais moi. J’ai peur d’être blessante lorsque je le dis, notamment à mon amie qui est grosse (comme tu l’as écrit, neutre et descriptif). Bon aussi la peur du jugement de superficialité blabla. Néanmoins, je ne veux pas paraitre grossophobe, faire acte de grossophobie (plutôt qu’être je dirais faire acte)… Enfin les TCA quoi…

    Je ne sais pas si je suis très très claire dans mon commentaire… Je me sens juste assez mal parce que je… Parce que c’est une maladie qui peut me faire dire des propos discriminants, blessants… Dans le sens gros ou maigre. En effet quand je déplorais ma maigreur ou que je la crains… Je dois expliquer que c’est la mienne, ou celle de ceux pour qui elle n’est pas naturelle et maladive qui me pose problème. Je sais que certaines personnes le sont naturellement, maigres, et cela ne me gêne pas, au contraire je peux les trouver belles si je trouve la personne belle indépendamment de son poids. Comme ma jument, elle n’est pas naturellement mince et lorsqu’elle l’est c’est qu’un facteur extérieur comme le froid ou la faim l’y place et l’y maintient. Enfin… Voilà… C’est une véritable question. Désolée. Bonne soirée

    Dulsao

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    1. Non, c’est clairement pas de la grossophobie.

      La dysmorphophobie qui accompagne l’anorexie est irrationnelle, ça n’a rien à voir avec le mépris qu’a la société envers les gros.ses.

      Alors oui, ça peut amener à avoir des propos pas très tendre (une amie anorexique m’a dit un jour, absolument sans réaliser que c’était « UN PEU » blessant, que « si elle devenait un jour aussi grosse que moi elle se butterait ». C’est sorti tout seul, elle l’a dit de manière complètement irrationnelle, elle a réalisé trois secondes plus tard ce qu’elle venait de dire et s’est excusée platement pendant des heures alors que je ne l’avais pas mal pris parce que je la connaissais assez pour savoir que c’était SA peur qui parlait, et pas du mépris envers moi. Mais bon ouais, j’aurais pu mal le prendre quoi ^^). Mais pour autant, ça n’est pas de la grossophobie.

      Aimé par 1 personne

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