« T’es enragée, Lau' »

« T’es enragée, Lau’. T’as les yeux écarquillés sur le monde et t’es enragée. Fais en quelque chose, de cette colère, parce qu’elle peut te porter comme elle peut te cramer ».

Tu vois, Julie, je t’écoute. J’en fais quelque chose, de cette colère. J’essaie, du moins.
A mon échelle, avec mes armes, avec mon ordi et quelques mots balancés sur un blog.
Enfin, « tu vois »… J’en sais rien, si tu vois, en fait.
Il parait que y a toujours pas de wifi dans l’au-delà, hein.

Mais bon. Admettons que tu vois.

Tu sais, Julie…

Toi, Cindy et Hélène, vous êtes derrière chacun de mes articles.
Vous êtes pas les seules hein, j’écris pas QUE pour les morts.
Mais j’écris pour vous aussi.
J’écris parce que j’ai aussi un peu l’impression de donner une voix à vos mots et à vos morts (surement imparfaite, surement un peu infidèle à ce que vous auriez dit avec vos mots à vous, mais j’y suis pour rien, moi, si vous n’êtes plus là pour rectifier mes erreurs et pour redonner vos mots à vos idées).
Et j’écris aussi avec l’espoir un peu dingue de contribuer à ce que l’histoire puisse se finir autrement pour d’autres.

Ouais, je suis enragée.
Figure toi que ton suicide a pas vraiment contribué à faire diminuer ma rage, ma grande. Tu t’en doutes.

Faute de pouvoir cracher au visage du mec qui t’a violée, je gueule sur la culture du viol, et j’essaie de faire ouvrir quelques yeux dans la foulée.
Faute de pouvoir cracher au visage des psychiatres qui ont contribué à te détruire plus qu’à t’aider, je gueule sur la psychophobie, sur la maltraitance médicale.
Faute de pouvoir beugler sur les gens qui te regardaient de travers, avec ta sonde dans le pif, je parle encore et encore d’à quel point il est urgent de déstigmatiser les troubles psychiques.

J’en fais quelque chose, de ma colère, parce que t’as raison : sinon elle me brûle, sinon elle me fait exploser.

Je n’ai pas la prétention de changer le monde hein, mais je me dis que quelque yeux de plus ouverts, « écarquillés », c’est toujours ça de pris.

Tu étais sacrément en colère, aussi.

C’est dommage que ton blog n’existe plus. Y a plein de fois où j’aurais voulu le relire, mais aussi le FAIRE lire.

Parce que tu disais mieux que je ne pourrai jamais le faire la réalité de tes TCA, de l’HP, de la stigmatisation de tes troubles psy parfois même par des gens très proches.
Tu le disais avec tes mots trash mais poétiques, ou poétiquement trash, j’sais pas trop.

Voilà Julie. J’voulais juste que tu le saches, que tu es derrière mon épaule à chaque fois que j’écris ici.
Et j’crois que je voulais aussi que les autres personnes qui lisent ce blog le sachent.
Et que je suis toujours enragée. Plus que jamais, même. Et que je le resterai.

Parce que t’étais une meuf tellement géniale que j’aurais aimé te faire connaitre à tout le monde autour de moi, mais que tu m’en as pas vraiment laissé le temps.
Alors je le fais à ma manière.

Tu manques, Julie.
Ca fait trois ans tout pile que tu nous a tiré ta révérence.
Mais tu es incroyablement présente dans ma vie. Comme Cindy. Comme Hélène.

Julie
(illustration d’Agnes Cecile, qui était une sorte de fil rouge visuel entre Cindy, Julie, moi et pas mal d’autres… Et parce que Agnes Cecile, ca vaut vraiment la peine d’être vu et revu, je vous mets ici le lien de son tumblr)

 

 

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