Qui peut être sûr.e, vraiment sûr.e, de ne jamais avoir violé ?

Comme tout le monde, jusqu’à y a pas si longtemps que ça, j’avais une vision assez stéréotypée du viol.

Le truc avec de la violence physique, une personne qu’on force physiquement à avoir un rapport sexuel, ou qu’on menace, ou les deux à la fois.

Le truc comme dans les films, quoi.

Puis, je me suis rendue compte que ça n’était pas (que) ça.
Que c’était même assez drastiquement minoritaire, que ça soit ça.

Que la plupart du temps, il y a surtout de l’insistance « jusqu’à ce que l’autre dise oui », de la manipulation, ou un consentement qu’on présuppose sans le vérifier.

Et que cette vision ultra stéréotypée du viol, c’est justement la pierre angulaire de la culture du viol, le truc qui permet aux violeur.euses de légitimer leur attitude derrière un « mais non, c’était pas un viol, iel le voulait aussi ».

Au court du cheminement, j’ai pu réaliser que l’espèce de malaise diffus que je ressentais face à une relation sexuelle passée avait une raison bien précise : j’avais été manipulée pour finir dans le lit d’un mec qui m’a dit ce que j’avais envie d’entendre (que j’étais unique à ses yeux, blablabla… quelques temps avant de servir exactement le même discours à une amie à moi, donc bon, paye ta sincérité…) sans en penser un mot, balayant mes craintes et mes réticences derrière des arguments imparables. Qui n’a pas donné à mes craintes et mes réticences la moindre légitimité, qui m’a fait me sentir ridicule d’avoir des réticences.
Bien entendu, il ne m’a pas mise de force dans son lit.
Il ne m’a pas braqué un flingue sur la tempe.
Mais sa manipulation, son argumentation jusqu’à ce que j’accepte, ma foi, ça porte un nom et ce nom c’est viol.

M’en rendre compte n’a pas été agréable, mais a eu le mérite de faire un peu de rangement dans ma tête au sujet de cette histoire, de me faire arrêter de me sentir complètement conne d’avoir toujours, des années après, ces ressentis déplaisants et angoissant au sujet de cette histoire. Le sentiment angoissant sur cette histoire reste, mais j’ai un mot à mettre dessus, et aussi cliché que ça puisse paraitre, avoir un mot à mettre dessus, ça aide un peu.

Par contre, dans le cheminement, j’ai aussi eu l’occasion de me questionner sur ce MON attitude à moi. Pas par rapport à cette situation là, mais de manière globale, sur « Est-ce que je suis certaine d’avoir toujours fait gaffe au consentement de l’autre, en situation de relation sexuelle ».

Et, aussi détestable que cela soit : la réponse est non.

J’ai le souvenir d’une situation où mon copain de l’époque m’a stoppée net (et j’en suis clairement ravie, qu’il l’ait fait, soyons clairs hein), en me disant « Non mais qu’est ce qui t’a fait croire que j’avais envie de ça, là, maintenant ? ».
Je suis ravie qu’il ait pu réagir, on a pu reparler de ça le lendemain, je lui ai présenté mes excuses, et heureusement, il n’y a pas eu plus de conséquences que ça.
Mais ça, c’est uniquement grâce au fait qu’il a pu réagir.
Et en tous cas pas grâce à mon attention (absolument inexistante sur le moment, soyons honnête) à son consentement.
Donc oui. J’aurais pu être une abuseuse.
Voilà. Ça pique à réaliser. Mais c’est un fait.

Si je parle de cet épisode – qui ne me met pas franchement à mon avantage – ça n’est pas pour tendre le bâton pour me faire battre.

Mais pour vous renvoyer la question. A tou.te.s.
Est-ce que vous pouvez être certain.e.s que jamais, vous n’avez été en situation d’abuseur.euses ?

Parce que la culture du viol, on a tou.te.s été élevé.es dedans, hein.
On a tou.te.s entendu, et intériorisé plus ou moins profondément le message de « qui ne dit mot consent » (qui est quand même le dicton le plus crade qu’on puisse imaginer, quand on y réfléchit de plus près…).
Et qu’on a, pour la plupart d’entre nous, débuté notre vie sexuelle AVANT de commencer à déconstruire tout ce bullshit dans notre tête.
(Et que même le déconstruire n’est pas un antidote absolu, et que l’attention à porter au consentement, elle n’a pas à se relâcher en mode « j’suis mega féministe de la mort qui tue tout, j’suis à l’abri de devenir un.e abuseur.euse »… Piège dans lequel il pourrait être facile de tomber…).

Il n’y a pas que les salopards qui peuvent devenir des abuseur.euses.
Il n’y a pas que les mecs (ou assignés comme tel) qui peuvent devenir des abuseur.euses.
On peut devenir un.e abuseur.euse sans même vraiment le réaliser, et sans que l’autre ne nous dise « Eh, tu m’as fait du mal ».
Lutter contre la culture du viol, c’est aussi (surtout ?) déconstruire cette idée de merde que chacun.e d’entre nous, individuellement, « n’est pas un.e salopard.e et donc ne peut pas être un abuseur.euse », que les violeur.euses c’est les autres, et jamais nous.
Si les violeur.euses étaient uniquement d’infectes personnes dénuées de tout scrupule et qui font du mal volontairement et froidement… Il y aurait BEAUCOUP (mais alors vraiment beaucoup !) moins de personnes abusées sexuellement, aussi.
Le viol, c’est pas quelque chose « d’extraordinaire » (au sens « qui sort de l’ordinaire, de la norme, qui est rare »). C’est au contraire quelque chose de tristement trop ordinaire. Et dont personne n’est à l’abri, que ça soit en tant que victime ou en tant qu’abuseur.euse.

Regarder, déconstruire, juger les mécanismes de la culture du viol chez les autres, c’est assez facile.
Les regarder chez soi-même, ça pique un peu plus.
Mais c’est le seul moyen pour éviter, ouais, de devenir un jour un.e abuseur.euse. Ou de l’être à nouveau (parce que oui, je suis absolument certaine que parmi les personnes qui lisent ces lignes, il y a certes des personnes qui ont été violées, mais aussi des personnes qui ont violé. Peut-être absolument sans le réaliser.)
Et de foutre un sérieux bordel dans la vie de quelqu’un d’autre.

Culture du viol 2

Publicités

Une réflexion sur “Qui peut être sûr.e, vraiment sûr.e, de ne jamais avoir violé ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s