[Meurtre de Marie] Un « cas d’école » sur le victim blaming…

Pour les non-Suisses, qui n’ont pas bouffé à longueur de pages de journaux jusqu’à l’overdose d’indécence et de voyeurisme « l’affaire Marie »… Rapide explication des faits :

Marie
Marie.
Une jeune femme de 19 ans, qui a été violée et assassinée en 2013 par Claude Dubois, un criminel récidiviste (il avait déjà, plusieurs années avant, violé et tué son ancienne petite amie) qui avait bénéficié d’une peine convertie en arrêts domiciliaires avec surveillance par bracelet électronique).
Marie entretenait une relation avec lui, sans savoir pourquoi il portait un bracelet électronique (il lui avait semble-t-il menti sur son passé criminel).
Le fait que Dubois soit resté au régime d’arrêts domiciliaires fait polémique, parce que des signes avant coureur avaient permis de remarquer une montée en violence de l’homme (notamment des témoignages de ses collègues de travail à qui il avait tenu des propos inquiétants, mais aussi des posts évoquant ses fantasmes sexuels sur les réseaux sociaux), mais un vice de procédure avait fait qu’il était resté à ce régime d’exécution de sa peine.
Marie a été enlevée à la sortie de son travail, puis violée, tuée, et son cadavre abandonné dans une forêt.
Claude Dubois a avoué son crime.

Ca, c’est pour ce qui est des (tragiques) fait de cette horrible histoire, pour que tout le monde comprenne de quoi je parle. (Je me mets volontairement, pas de lien vers des articles de presse évoquant l’affaire, parce que je n’en ai honnêtement trouvé aucun qui parle de l’affaire d’une manière un minimum décente, en parlant des faits sans tomber dans le voyeurisme et la polémique « pour faire vendre »).

Avec l’approche du procès du tueur, l’affaire réapparait dans les journaux.

Outre l’habituel voyeurisme (tiens, si on fouillait l’entourage, qu’on exposait la famille du tueur et de la victime, etc etc), un aspect particulièrement gerbant en terme de victim blaming ressort allègrement dans la presse.

On épilogue sans fin parce que des posts du blog de la victime laisseraient penser qu’elle pratiquait le sexe rémunéré.
C’est d’ailleurs le centre de la défense mise en place par l’avocat de Claude Dubois.

Donc… Pour les journaux, pour la presse, pour beaucoup de monde… Le fait que la victime ait été une travailleuse du sexe (si c’est bien le cas) serait… Une foutue circonstance atténuante ?!
Comme si, quand même, elle l’avait un peu mérité, un peu cherché ?

Vous êtes sérieux, les gens, vraiment ?

Une fois de plus, on cherche chez la victime – qui de fait n’est même plus là pour se défendre – une part de la culpabilité.
Parce qu’elle était une femme, Marie aurait dû, pour avoir le droit d’être VRAIMENT mise complètement « hors de cause », être chaste, pure, ne pas aimer le sexe.
Parce qu’elle était une femme, la vie de Marie est scrutée au microscope.
Parce qu’elle était une femme et peut-être une travailleuse du sexe, Marie n’est pas « vraiment une victime », manifestement…
Et pourtant, Marie est morte.
Et pourtant, Marie, avant de mourir, a été torturée.

J’ai juste envie de répondre à ces journalistes, à ces avocats :

Qu’est ce que ça change, qu’elle ait ou non été travailleuse du sexe ?
Est-ce que ça donnait le droit de la violer ?
Est-ce que ça donnait le droit de la tuer ?
Est-ce que vous pouvez vraiment vous regarder dans un miroir en donnant publiquement le message que « tuer une prostituée, c’est moins grave que tuer une autre femme » ?
Est-ce que vous vous rendez compte que, dans chacun de vos articles qui épiloguent sur le sujet et dans chacune de vos prises de positions publiques sur le sujet, vous donnez le message « si vous avez envie de tuer ou de violer une meuf, choisissez une travailleuse du sexe, vous aurez moins d’emmerdes », et dédouanez non seulement Claude Dubois, mais aussi tous les potentiels futurs agresseurs ?

Ou plus simplement : Vos gueules !

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Une réflexion sur “[Meurtre de Marie] Un « cas d’école » sur le victim blaming…

  1. Merci d’avoir partagé cette histoire, elle n’avait pas franchi la frontière Suisse.

    Comme quoi, le sexisme est plus performant que le nuage de Tchernobyl qui a eu la décence de s’arrêter au niveau des Alpes.

    Aimé par 1 personne

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