Médics : double enjeu de la lutte contre la psychophobie

Bon. Je vais tenter de m’attaquer à un sujet épineux, douloureux, et qui est source de débats sans fin… au sein même des personnes luttant contre la psychophobie :

J’ai nommé : LES MEDICAMENTS PSY.

Médicaments

Classifiés en plusieurs catégories principales (anti-dépresseurs, neuroleptiques, thymorégulateurs – aussi appelés stabilisateurs d’humeur-  anxiolytiques, somnifères; avec quelques médicaments qui cumulent plusieurs de ces usages selon le dosage), les médicaments psy sont des médicaments très prescrits. Et qui font débat.

J’avoue que ma réponse sur le sujet aura bien du mal à être tranchée et absolue, et que c’est un vaste débat, que je vais essayer de débroussailler ici pour en mettre en lumière quelques uns des enjeux :

Arrêtez de traiter les médicaments psy différemment des autres médicaments.

Quand on a une jambe cassée, pas grand monde va trouver hors de propos de prendre des anti-douleurs pour ne pas avoir un mal de chien en permanence, n’est ce pas ?
Pourquoi, donc, quand une personne traverse une période difficile psychiquement (même si ça n’est pas forcément une situation qui est appelée à forcément durer pendant des lustres dans le temps), serait-il forcément critiquable de prendre des anti-dépresseurs et/ou des anxiolytiques et/ou des somnifères, pour que cette période difficile soit un peu moins douloureuse et compliquée à affronter ?

Quand on a une maladie physique chronique (par exemple, le diabète), pas grand monde va remettre en question les injections quotidiennes d’insuline pour que la personne puisse, tout simplement, ne pas mourir de sa maladie.
Pourquoi, pour le coup, serait-il bienvenu de critiquer un traitement psy au long court, comme c’est le cas dans des maladies psychiques chroniques, comme par exemple la bipolarité ou la schizophrénie ?

Les médicaments ne sont pas une fin en soi

Par contre, effectivement, un argument des « anti-médicaments » qu’il est très difficile, et qu’il serait carrément malhonnête de balayer du revers de la main, c’est que les médicaments psy sont prescrits à tour de bras, y compris par des généralistes, et y compris sans travail thérapeutique en parallèle.

Et c’est vrai.

Une anecdote que je cite souvent à ce sujet, c’est un échange un peu houleux que j’ai eu avec mon généraliste, quelques mois après la mort de mon père.
J’étais ado, et effectivement, je n’allais pas très bien suite à la mort de mon papa. Peu de gens sauteraient de joie dans ces circonstances, et je n’ai pas fait exception à la règle.
M’a-t-il proposé une oreille attentive pour en parler ? Non.
M’a-t-il suggéré d’aller voir un psy pour avoir un espace pour évacuer et faire quelque chose de cette période difficile ? Non.
Par contre, il m’a proposé des anti-dépresseurs.
Que j’ai refusé, en lui disant qu’être triste n’est pas une maladie, et que j’avais le droit d’être en deuil de mon père sans qu’on me file des cachetons. (Imaginez ce dialogue avec un petit ton d’ado rebelle… Que je n’ai d’ailleurs jamais perdu, mais bon, ça c’est une autre histoire).

J’ai vu beaucoup (beaucoup trop, d’ailleurs !) de personnes autour de moi – que ça soit des personnes avec un trouble psy avéré ou des personnes traversant une période douloureuse temporairement – être clairement mal prises en charge par des généralistes leur filant des médics sans aucun suivi en parallèle, voire même par des psychiatres basant leur suivi UNIQUEMENT sur les médicaments, sans réel travail thérapeutique en parallèle.

Et c’est un réel problème. Dont les premiers à faire les frais sont les personnes en souffrance.
Et qui est un double problème, parce que ces abus et ces excès rendent aussi difficile de faire entendre que, malgré tout, les médicaments psy sont parfois nécessaires, et n’ont pas à être critiqués en bloc, sans nuance, et sans réelle connaissance du sujet.

Les médicaments sont une béquille, et oui, il y a des gens qui ont besoin de béquilles toutes leur vie.

Un argument souvent entendu de la part des « anti-médics nuancés », mais qui reste quand même problématique pour les personnes ayant besoin d’un traitement à long terme, c’est :

« Les médicaments sont une béquille temporaire, mais à long terme c’est problématique ».

Quand on dit « béquille », on imagine l’entorse, la fracture.
On a plus ou moins tou.te.s déjà eu des béquilles suite à une entorse ou à une fracture, n’est-ce pas ?
Et oui, dans ces cas là, après un certain temps, une fois la blessure suffisamment soignée pour pouvoir marcher correctement, on arrête de se servir des béquilles.
C’est le cas aussi pour une partie des traitements par médicaments psy : ils aident à affronter une période difficile, une dépression réactionnelle à un événement, des troubles du sommeil dans une période de gros stress, ce genre de choses.
Pour poursuivre l’analogie avec une entorse, le fait d’avoir de la kiné aide à soigner l’entorse, tout comme le fait d’avoir un suivi thérapeutique est important pour soigner en profondeur.

Par contre, j’ai un ex-pote de lycée qui marchera toute sa vie avec des béquilles.
Il a une malformation d’un genou, pas opérable, qui fait que, toute sa vie, il boitera et aura des douleurs insupportables s’il marche sans béquilles.
Personne n’aurait l’idée de lui dire « Non mais mec, souffre en silence et marche sans béquilles », n’est-ce pas ?

Pourquoi, alors, n’a-t-on pas le même regard face à une personne qui aura peut-être besoin toute sa vie de médicaments (je dis « peut-être », parce que je connais des personnes qui, malgré une maladie psychique importante et invalidante, ont fait le choix de se passer de médicaments. C’est un choix, tout comme ce pote aurait parfaitement le droit, pour lui, de choisir de serrer les dents et de marcher sans béquilles) ?
Parce que oui, tout comme il existe des situations physiques qui imposeront à long terme d’utiliser des béquilles, il y a des maladies psychiques qui sont chroniques (ou au moins, longues. Pas tout le monde tombe d’accord sur la possibilité d’en guérir, à terme, ou non, mais quoi qu’il en soit, ce sur quoi tout le monde d’accord, c’est que c’est au minimum très long, voire des maladies qui seront présentes à vie)
C’est le cas, notamment, de la schizophrénie, de la bipolarité, du TPL (trouble de la personnalité borderline).

Pourtant, je peux vous assurer que les personnes prenant des médicaments à long terme entendent très régulièrement des personnes « bien intentionnées » leur dire qu’iels devraient arrêter les médicaments, que c’est pas bon, que « les médics ne sont pas une solution », tout ca. Alors même que certaines de ces personnes ne pourraient tout simplement pas vivre avec une qualité de vie un minimum correcte sans ces médics.
Et avoir à se battre constamment contre ces injonctions, avoir à se justifier tout le temps, c’est une réelle source de souffrance.
Et – sous-tendue – il y a l’idée que « les troubles psychiques ne sont pas des maladies ».

« Non mais les médicaments, ça ouvre la porte à la sur-médication ».

Alors oui, la sur-médication, c’est mal.
Et oui, c’est quelque chose qui existe, en particulier – mais pas seulement – en hôpital psychiatrique.
Défoncer les gens aux médicaments et « sédater les troubles », c’est une solution de facilité qui est – trop – utilisée, plutôt que de prendre le temps d’écouter, de réconforter, de parler.
Combien de personnes de mon entourage se sont entendues répondre, alors qu’iels allaient voir un.e infirmier.e pour parler parce qu’iels se sentaient mal : « Je vais vous donner votre réserve de médicament », alors que ça n’était pas du tout la demande de la personne d’avoir un médicament, mais bien d’avoir un échange, une discussion humaine pour gérer l’angoisse ou autre.

C’est inacceptable. On est tou.te.s d’accord là dessus, et les patient.es psy sont les premier.es à le dénoncer.

Mais, OUI, des fois, recevoir sa réserve, c’est un moyen de pouvoir juste aller dormir sans angoisser pendant des heures, et c’est pas un mal dans l’absolu. C’est mal quand c’est utilisé comme solution de facilité, c’est mal quand c’est imposé aux personnes et pas proposé, c’est mal quand c’est la réponse unique.
Mais ça n’est pas mal « dans l’absolu ».

C’est le lobby des pharmas qui dicte la psychiatrie
Oui, c’est vrai.
Et c’est faux, aussi.

(J’arrête là, ou j’essaie d’expliquer un peu plus précisément ?).
(On me souffle dans l’oreillette qu’il serait de bon ton d’expliquer. Ouais. Ok. Mais après venez pas vous plaindre que mon article est un pavé kilométrique, hein ?)

Oui, le lobby pharmaceutique a un rôle. En particulier dans la rédaction du fameux DSM, la « bible de la psychiatrie », le manuel le plus utilisé de diagnostic des troubles psy.
Et oui, c’est sacrément problématique, parce qu’il y a clairement un conflit d’intérêt flagrant entre les intérêts financiers des pharmas (qui, pour se mettre des sous-sous plein la popoche, n’ont pas tellement de scrupule à psychiatriser des situations qui n’ont pas lieu d’être vues comme des troubles, et à préconiser des traitements médicamenteux), et l’intérêt des patient.es, qui est d’avoir le traitement le plus adapté, y compris s’il n’est pas celui qui va le plus ramener de fric aux pharmas…

Par contre, il y a aussi beaucoup de psychiatres qui prennent le DSM avec des pincettes, qui l’utilisent comme outils mais pas comme La Vérité Absolue, et qui ne sont pas des distributeurs automatiques à médicaments…

Et il y a (et c’est bien là le problème avec la remise en question absolue, sans nuance, de tout ce qui est dans le DSM) des troubles décrits dans le DSM qui sont bien réels, qui sont des vraies maladies, avec une vraie souffrance pour les personnes qui en sont atteintes.
Et la remise en question – nécessaire – de l’implication des pharmas dans la rédaction du DSM ne doit en aucun cas se faire sans nuance, et au détriment des patient.es.

Or, la remise en question du DSM, elle se fait souvent de manière binaire :
« Les pharmas sont impliqués, donc tout ce que le DSM dit est faux, donc tu n’es pas vraiment malade, vu que c’est imaginé par les pharmas ».
Et vu que la société est déjà de base très encline à ne pas voir les troubles psy comme étant des vraies maladies (« Prends sur toi », « C’est une question de volonté », « Tu t’inventes des problèmes »), cette remise en question de l’implication des pharmas est bien souvent un prétexte à enfoncer les portes ouvertes de la psychophobie…

« Dans d’autres cultures, on traite les troubles psy sans médicaments et on a de très bons résultats ».

Là, je m’aventure sur un sujet que je connais trop peu pour pouvoir vraiment le développer.
Mais, même en partant du principe que c’est uniformément vrai (ce dont je doute, honnêtement. Mais vu mon manque de connaissances dans ce domaine, je ne vais pas aller dans le sens de la critique de ces approches, ça serait déplacé d’avoir un regard critique sur des cultures qui ne sont pas la mienne, à plus forte raison sans réellement les connaître en profondeur), il y a un gros problème à aller dans ce sens là sans nuances et à en tirer la conclusion qu’on pourrait, ici et maintenant, se passer des médicaments.

D’autres cultures, d’autres sociétés, ont une organisation sociale différente. Qui souvent implique plus d’entraide, de solidarité, autour des personnes en difficulté.
Des grilles de lecture différentes au sujet des troubles psy, de la souffrance.

Transposer UN élément (« Le fait de traiter les troubles psychiques sans médicaments ») d’une culture, sans transposer le reste, sans faire évoluer de manière globale la société, est un complet non sens.

Et même en imaginant qu’une évolution de la société aille dans un sens qui permette un accompagnement non médicamenteux uniquement autour des troubles psychiques se fasse… Elle prendra du temps.

Et en attendant, remettre sans nuance en question l’usage des médicaments, c’est laisser des gens en souffrance.
Et donc, encore une fois, sacrifier la qualité de vie et la santé (voire la vie, parce que le suicide est une issue bien réelle et bien trop fréquente aux troubles psychique) de personnes qui n’ont pas à faire les frais d’une réflexion sans nuance et à l’emporte-pièce sur les médicaments.

Réfléchir au sujet des médicaments est une nécessité quand on lutte contre la psychophobie.
Mais le faire sans nuance et au détriment des personnes concernées est, en soi, psychophobe.

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8 réflexions sur “Médics : double enjeu de la lutte contre la psychophobie

  1. Merci pour ton article, très équilibré. Il y a, à mon avis, beaucoup de remise en question à faire du côté des médicaments. Parce que le problème de sur-médication ou de mauvaise médication ne vient pas que des généralistes. En HP, tout le monde avait des médicaments. Absolument tout le monde, et il était interdit de ne pas les prendre. Et c’était fait un peu sans nuances, sans prendre en compte la corpulence ou des choses comme ça.

    À mon sens, il est nécessaire d’établir un diagnostic avant de donner des médicaments. Comme pour n’importe quels autres médicaments sur ordonnance en fait. Sauf que, pour une raison ou pour une autre, dans le cadre des troubles psy, on ne le fait pas toujours.

    Et je pense qu’il serait aussi une bonne chose de réfléchir à comment prendre en charge les choses sans médicaments. Parce que oui, certain-e-s en ont besoin, pas de problème. Mais chez d’autres ça ne fonctionne tout simplement pas, ou la balance bénéfices/risques ne leur convient pas (parce que les effets secondaires des anti-dépresseurs, anxiolytiques ou neuroleptiques peuvent quand même être sacrément violents). Je sais que d’autres formes de thérapies existent, mais je trouve que très peu d’informations circulent là-dessus, y compris dans le milieu médical. Bon, ça, c’est un peu « à-côté » de ton article, mais ça se rejoint quelque part quand même.

    Surtout, remettre en question les médicaments et les lobbies pharmaceutiques (et le DSM), c’est très bien. Mais, comme tu le dis, ce sont souvent les personnes qui prennent ces médicaments-là qui s’en prennent plein la tête alors que… si ça les aide, qui sommes-nous pour leur dire qu’elles devraient arrêter ?

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    1. C’est clairement ça…

      Je n’ai pas forcément développé à mort le sujet « médication en HP » parce que je ne l’ai connu qu’indirectement (une psy commençait à devenir un peu trop pressente à mon gout pour que j’y fasse un tour… J’ai changé de psy en 4ème vitesse ^^… Mais par contre, beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes de mon entourage y sont passé, et… Ouais, j’ai vu des trucs qui m’ont franchement fait hurler, à ce niveau là…
      Entre l’amie tellement assommée au Tercian que, à l’issue d’un mois d’HP, elle se souvenait de, en tout et pour tout… 3 coups de fils entre elle et moi pendant qu’elle était en HP… alors qu’on s’était appelées tous les jours…; l’amie anorexique à qui on a fourgué des cachetons qui lui ont fait prendre 10kg en un mois et demi – et que forcément elle a arrêté à peine un pied mis hors de l’HP, la foutant encore plus mal que ce qu’elle était avant l’HP… et ce qui s’est soldé par son suicide, d’ailleurs…; …)

      Donc ouais, y a clairement sacrément de trucs à remettre en question, vraiment.

      Sans compter les psy qui te font du « si vous ne voulez pas de traitement, je ne peux rien faire pour vous au revoir »… que certain.es personnes de mon entourage ont croisé, quoi…

      Ouais, y a beaucoup de merde.

      Aimé par 1 personne

  2. Bonjour. C’est un article très bien écrit.
    Je suis atteinte de troubles schizo-affectifs et ma famille a eu énormément de mal à s’y faire. C’est tabou, personne n’en parle. Quand le diagnostic est tombé mon père ne m’a plus parlé pendant 5 mois. J’allais de plus en plus mal et mes parents ont quand même pris le temps de venir chez le psy avec moi. Mon père a dit qu’il ne croyait pas en ma maladie parce qu’elle est invisible .. Il n’y a pas de preuves tangibles donc pour les gens ce n’est pas réel.. Donc pas besoin de prendre des médicaments.. Le problème c’est ça je pense. Parce que nombre de mon entourage n’y a pas cru.. Les gens ne disent rien à quelqu’un qui prend des antidouleurs pour une entorse ou une fracture parce que le mal se voit.. Et puis il y a ce que la société dit aussi, même si c’est de plus en plus nuancé, les maladies mentales relèvent de la folie. C’est un terme qui fait peur, et qui a une connotation tellement péjorative quand on parle de maladies mentales.. Mais au fond c’est quoi la folie ?

    Je suis d’accord sur l’aspect lobbying des pharmas et des psy.. Je pense qu’il faut savoir s’entourer et bien choisir. J’ai vu 4/5 psy avant de trouver celui avec qui je me sens le plus en confiance.. C’est long et fastidieux mais c’est quelque chose d’important dans le processus de mieux vivre avec la maladie.

    Désolée pour ce pavé !

    Aimé par 1 personne

  3. Un des gros soucis est le manque de psy prêts à faire des thérapies avec leurs patients…. Ou alors à des prix qui découragent toute personne à revenus modestes…
    J’ai un TPL et je souhaiterais faire une thérapie comportementale, les seuls psy dispo que j’ai trouvé dans un rayon de 200 km me proposaient des séances à 130€ et bien-sûr pas remboursé….
    Si t’as le budget t’as accès à des solutions, si tu l’as pas prends tes médocs et tait toi….

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  4. Ah la la… La France, prescripteur n.1 de psychotropes en Europe!
    Je suis étudiante en médecine et pendant un temps je bossais en gériatrie (déjà que la psychiatrie est plus ou moins occultée par tous les médecins somatiques, mais alors tu imagines l’état de la psychiatrie gériatrique?), quasiment tous les patients avaient une benzodiazépine ou un hypnotique de prescrit (voire les deux)… par leur médecin généraliste, sans suivi ni remise en question du problème sous-jacent. Ces praticiens se contentaient de renouveler des prescriptions pendant des mois et des années, alors que la prescription est restreinte à un temps limité. Bref, ça m’exaspérait de recevoir constamment des patients avec « altération de l’état général, chutes à répétition, troubles cognitifs débutants ».
    Tu m’étonnes… non pas que ces médicaments soient mauvais intrinsèquement, mais leur mésusage est dangereux quand on ne sait pas les prescrire correctement!

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