Kayden Clarke, une victime de plus de la psychophobie de la police

Important : cette personne s’appelle Kayden Clarke.
J’ai modifié mon article après avoir appris que c’est un jeune homme trans* et qu’il est mégenré par les médias, ce que je ne savais pas au moment où j’ai écrit mon article.
Par contre, la vignette lors des partages faits avant la modification reste sous le titre que j’avais mis initialement, merci WordPress. Je vais tenter de remédier à ça, mais en attendant que j’y arrive – si j’y arrive – , toutes mes excuses pour le mégenrage dans la vignette)

Il y a quelques mois, un de mes contacts Facebook me passait une vidéo que j’avais trouvée tellement touchante que je l’avais relayée. (lien)
Il montrait comment le chien d’assistance de Kayden Clarke, jeune homme autiste Asperger, aidait son maître à gérer une crise d’angoisse durant laquelle il se frappait.
(Note : la vidéo avait été publiée sous le nom que Kayden portait avant sa transition, vu que Kayden était un jeune homme trans* et qu’il avait transitionné récemment)
Outre le coté touchant de la vidéo, elle m’avait permis de découvrir le fait qu’il y avait également des chiens d’assistance formés à accompagner leur maître pendant une crise d’angoisse, ce que je ne savais strictement pas.

Danielle Jacobs

Aujourd’hui, je suis tombée sur un autre article (lien) concernant Kayden Clarke
Qui m’a foutu les larmes aux yeux, mais cette fois ci pas parce que j’étais touchée par la magnifique complicité entre un chien et son maître…
Mais parce que Kayden Clarke est mort.

Il a été tué d’une balle dans l’abdomen.
Par la police de sa ville.

Appelés parce que Kayden était suicidaire, ils l’ont trouvé un couteau à la main.
Et ils l’ont tué. D’une balle dans l’abdomen.

Alors par pitié, ne venez pas me parler de « légitime défense ».
Que Kayden ait pu menacer les policiers qui débarquaient chez lui alors qu’lui était suicidaire et probablement angoissé : c’est possible. (Soyons honnêtes trois minutes : si des policiers avaient déboulé chez moi à l’époque où je faisais de grosses crises d’angoisse, je ne pense pas que, dans la panique de la crise, je les aurais accueilli à bras ouverts, hein).
Mais c’était UN FOUTU COUTEAU.
Et les policiers étaient plusieurs.
Ils sont formés à désarmer quelqu’un qui les menace avec un couteau.
Ils sont équipés d’armes non létales, aussi (Taser).
Ils SAVAIENT que Kayden était autiste Asperger et suicidaire.
Et quand bien même ils auraient été obligés de faire usage de leur arme à feu… une balle dans l’abdomen n’est pas tirée pour stopper ou pour désarmer. Elle est tirée pour tuer.

Au delà de l’émotion et de la révolte…

Cela met en lumière, une fois de plus, à quel point la police n’est pas formée pour prendre en charge une personne atteinte de troubles psychiques ou neuroatypique.
Cela met en lumière, une fois de plus, que les personnes avec un trouble psy ou une neuroatypie sont en DANGER face à la police.
Kayden est loin d’être la première victime…
Début décembre dernier, à Rennes (France), Babacar Gueye, en pleine crise d’angoisse, armé d’un couteau avec lequel il était en train de s’automutiler, a été abattu de 5 balles.
Et avant Kayden, et avant Babacar… Tellement d’autres.

Pour l’anecdote, une discussion avec un pote, fraichement sorti d’école de police en Suisse, m’avait fait rire jaune.
Il m’expliquait que les consignes qu’ils avaient, face à une personne agitée en crise d’angoisse, étaient de l’immobiliser…
Je ne sais pas si vous avez déjà fait une crise d’angoisse. Moi oui (un peu plus qu’une, d’ailleurs).
Et je peux vous assurer que si un inconnu, même policier, avait tenté de m’immobiliser à ce moment là… Je ne me serais pas laissée faire sans broncher. Parce qu’à ce moment là, le contact physique aurait juste été pour moi insupportable, et le fait de me retrouver immobilisée, sans possibilité de fuir, m’aurait juste mis dans une rage et une terreur qui auraient dépassé toute possibilité de self control.

La police DOIT être formée à ces situations. DOIT apprendre à dialoguer avec une personne en pleine angoisse, ou en plein délire.

Mais quand on voit à quel point l’idée reçue de la prétendue dangerosité des personnes psychiquement malades est répandue dans la société, on peut bien imaginer que c’est sous cet angle là, et uniquement cet angle là, qu’on forme les policiers, ces personnes chargées de « protéger la société ».

Mais la maladie psychique n’est pas un trouble à l’ordre publique…
Mais la maladie psychique n’est pas une menace…

Il faut arrêter de voir les « fous » comme des dangers potentiels. Et enfin commencer à voir la maladie psy pour ce qu’elle est : une source, au contraire, de vulnérabilité.

Et quand on sait que les statistiques prouvent que les personnes psychiquement malades ou neuroatyiques sont bien plus souvent victimes de violences que la population psychiquement dans la norme, il serait temps d’inverser le regard : ça n’est pas la société qui a besoin d’être protégée des fous… Mais les personnes avec un trouble psy ou une neuroatypie qui doivent être protégés de la violence des autres…

Il ne doit plus y avoir de Kayden , de Babacar.

Repose en paix, Kayden.
Et sois assuré que le combat pour la déstigmatisation des troubles psy et des neuroatypies continuera.
Sois assuré qu’on continuera de lutter pour que la police soit formée à ces situations.

Pour toi. Pour Babacar. Pour tou.te.s les autres victimes.
Et pour les personnes encore vivantes, qui n’ont pas à devenir des victimes de plus.

(Note : certaines personnes m’ayant fait remarquer que mon article peut entretenir l’amalgame entre « autisme » et « trouble psychique », je vais me fendre d’une petite explication de pourquoi j’inclus la dénonciation du meurtre de Kayden par la police dans la lutte contre la psychophobie.
D’une part : Kayden évoquait ouvertement, dans ses vidéos, le fait qu’au delà de son autisme Asperger, il était atteint de troubles psychiques (PTSD, troubles anxieux). On peut raisonnablement imaginer que lorsqu’il s’est retrouvé dans la situation où, suicidaire, la police a été appelée chez lui, son autisme Asperger n’était pour le moins pas le seul facteur en cause…
D’autre part : si le terme « psychophobie » était centré de manière plus spécifique sur les troubles psychiques, une solidarité et un rapprochement s’est rapidement créé avec la lutte contre la stigmatisation que vivent les personnes les personnes neuroatypiques. En effet, cette stigmatisation a le même ressort : la société stigmatise les personnes dont la pensée est hors de la norme psychique établie.)

 

Publicités

8 réflexions sur “Kayden Clarke, une victime de plus de la psychophobie de la police

  1. La bêtise, c’est celle de tirer. Très peu de forces armées tirent ailleurs que dans l’abdomen en cas d’engagement On appelle ça en anglais « centermass shot ». La tête? Les mains? Les pieds? Beaucoup trop mobiles et on peut rater son tir, d’autant plus qu’une balle perdue ne l’est pas forcément pour tout le monde.

    Seules des forces spécialisées extrêmement aguerries (tireurs d’élites, GIGN ou autres) se risquent à tirer ailleurs.

    Le but n’étant pas de tuer, mais de « neutraliser », de « stopper ». C’est pour ça que les calibres utilisés par la police sont à peu près toutes du calibre 38. Pas du 45, et encore moins du 50.

    Quand à l’usage du fusil de chasse, je crois qu’il est assez rare chez les policiers. Le SWAT peut en faire usage, ou les forces contre-terroristes.

    Un tir de 38 suffit pour tuer, comme 8 tirs peuvent laisser la personne sans séquelles. On ne meurt jamais instantanément d’un tir. Des blessures mortelles, oui, et si la personne n’est pas soignée très très vite, c’est trop tard.

    Même si ces deux mythes amplement diffusés par la télé et le cinéma (la mort instantanée et le fait qu’on a le choix de la partie sur laquelle on va tirer) viennent d’être démolis ici, la question de fond demeure : pourquoi il y a eu tir.

    Et là encore, c’est une histoire de formation. Savoir à qui on a affaire en face. Et si on obligeait les détenteurs d’armes à passer autant de temps devant un psy (que ce soit pour l’information, la formation ou le dépistage) qu’au stand de tir, beaucoup de carnages auraient pu être évités.

    J'aime

  2. Cette histoire est tout bonnement effrayante. J’ai aussi fait des crises d’angoisse mais qui n’ont jamais dépassé certaines limites, c’est à dire celle d’une souffrance imperceptible aux yeux des autres, mais je peux comprendre que l’automutilation, les coups soient une réponse à cette souffrance. Quand j’ai vu l’histoire de cette personne, j’ai trouvé fantastique que ce chien soit en mesure d’apaiser et de désamorcer une crise majeure. J’étais bien loin d’imaginer le dénouement. J’en suis toute retournée.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s