[Paris, 13 novembre] Et maintenant, qu’est ce qu’on peut faire ?

« Je ne sais pas quoi faire… »

Cette phrase, hier soir, elle était le centre d’une discussion avec un pote.
Qu’est ce qu’on peut faire, face à l’absurdité, face à l’horreur ? L’impuissance, je pense qu’on est beaucoup à l’avoir ressentie, que ça soit pendant qu’on envoyait des SMS à nos ami.es, nos potes, nos proches à Paris pour avoir des nouvelles et s’assurer que tout le monde (que tout notre monde à nous, en tous cas) était en sécurité et allait « bien », que ça soit en voyant l’horreur de loin et en se demandant comment continuer, comment sortir de la sidération, comment sortir de ces moments où, buggés et scotchés devant BFM TV, on absorbe minute par minute l’horreur…

C’est vrai… Et maintenant, comment on peut faire ?
Qu’est ce qu’on doit faire ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir des réponses universelles à ça, vraiment pas. Je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre pour celles et ceux qui ont perdu un proche dans cette horreur.
Je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre pour celles et ceux qui étaient concrètement sur place, qui ont vu le carnage autour d’eux et qui devront se démerder pour vivre avec ces images là.
Je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre pour celles et ceux qui, de par leur origine ou leur religion, vont passer des très sales moments, chargés de suspicion, de peur, de méfiance, de racisme, d’islamophobie…

Je ne peux répondre que pour moi, proposer mes pistes à moi, qui vous parleront ou pas, que vous partagerez ou pas. Comme une boite à outil, où on prend ce qui nous est utile tout en laissant le reste au fond de la boite.

Soutenir.

Soutenir les proches des victimes pour celles et ceux qui en connaissent. Soutenir les gens qui étaient sur place, et qui devront vivre avec l’horreur. Soutenir les gens choqués, les gens pour qui cette actualité et cette horreur font flamber troubles anxieux et autres problèmes psy. Soutenir les personnes qui, par leur religion, leur nationalité, leur origine ou leur couleur de peau, se bouffent maintenant le racisme, les regards en biais.

Sensibiliser et dialoguer

Partout autour de nous, les gens sont abreuvés par l’actualité, par les médias, et par les sources douteuses qui font le jeu de l’extrême droite.
On a tou.te.s dans notre entourage au moins quelques personnes qui parlent de « mener la guerre », qui se méfient des « arabes », pour qui la peur amène à des réflexions biaisées et dangereuses.
On ne peut pas changer le monde, mais ces personnes là au moins, on peut leur amener des billes pour réfléchir autrement, on peut débunker les sources douteuses qu’elles citent, on peut dialoguer avec elles.
Et plus on sera à le faire, moins on laissera de place aux idées nauséabondes qui font leur lit dans le sang des victimes des attentats.
Et s’il nous reste un peu d’énergie et de temps, on peut faire pareil sur internet, dans les commentaires des articles de journaux, dans les discussions sur les réseaux sociaux. Peut-être qu’on ne convaincra pas, mais au moins on ne laissera pas le champ libre et les coudées franches à la haine, et c’est toujours ça de pris.

Aimer

Depuis vendredi soir, ma photo de couverture Facebook, comme celle de beaucoup de monde, affirme « Il va falloir beaucoup, beaucoup, beaucoup d’amour ». Traitez moi de bisounours si vous voulez. Je ne crois pas à la haine, je ne crois pas à la guerre, je ne crois pas aux kalachs et aux bombes pour répondre aux kalachs et aux bombes. Je crois profondément qu’on peut changer le monde en s’aimant assez fort, de manière assez inconditionnelle, de manière assez tenace et obstinée.
Aimer nos proches. Aimer les autres aussi. Ne pas tomber dans la haine en réponse à la haine, jamais.
Même si bon dieu oui, c’est dur de ne pas haïr, quand on voit les images de corps déchiquetés, et quand on imagine ces vies fauchées, ces gens qui auraient pu être nous, ces gens qui ont fait ce que nous faisons tou.te.s, sortir, boire un verre, aller à un concert, et qui l’ont payé de leur vie pour aucune foutue raison logique.
Et même si on ne peut pas empêcher la colère et la haine de monter en nous par moment, au moins s’interdire d’agir sur cette haine, au moins lutter pour ne pas la laisser diriger nos actions, nos décisions (et nos bulletins de vote, hum…).

Continuer à vivre.

Parce que, bien plus que prendre les armes, c’est en continuant à vivre qu’on ne laissera pas gagner ceux qui veulent faire régner la peur et la mort.
C’est en faisant ce qu’on aurait fait de toutes manières.
Je fais du théâtre. Hier soir, on était sur scène. Inutile de dire que ça n’a pas été tout simple de monter sur scène, inutile de dire qu’on n’était pas vraiment dans l’ambiance, et qu’il a fallu se mettre un grand coup de pied au cul et prendre une grande respiration pour laisser de côté toute cette merde l’espace de deux heures.
Mais comme on le disait avec un pote de troupe : « Les gens ont tous passé une journée de merde aujourd’hui, si on peut leur faire passer un bon moment ce soir, c’est toujours ça de pris ».

Je vous aime. Prenez soin de vous, de vos proches. Vraiment.
Ca va le faire. D’une manière ou d’une autre, ça va le faire. On n’est pas complètement impuissant.es. On est en vie. On est capables de penser, de réfléchir, de parler, de communiquer. Alors on n’est pas complètement impuissant.es

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