Pipi, caca, prout, et autres hontes féminines

[Note préalable : je vais mentionner les règles – au sens « menstruations » – dans cet article. Le titre parle de « hontes féminines ». Je sais qu’il n’y a pas que des femmes qui ont leurs règles, c’est le cas aussi d’hommes trans*. Et je sais aussi que pas TOUTES les femmes ont leurs règles. Pour diverses raisons. Le but n’est pas d’exclure ces personnes ou d’oublier qu’elles existent.

Simplement, je vais parler depuis ma position à moi, de ce que j’ai pu observer moi autour de moi.

Je n’ai pas la prétention de parler de et pour toutes les femmes, ni pour toutes les personnes ayant leurs règles.

Et je précise aussi pour les personnes qui verraient une contradiction entre le fait que j’aie pondu un article sur ma non-binarité il y a quelques jours, et le fait que là je parle de moi en tant que femme : je parle de moi en tant que femme (et dans d’autres aussi, passés et à venir), parce que c’est comme ça qu’on me perçois la plupart du temps. Donc je suis « une femme » dans les représentations sociales des gens, et dans leurs réactions à mon égard

Voilà voilà. Ceci étant dit… Je peux continuer]

—-

« Quoi ? Lau’, elle a des serviettes hygiéniques dans sa tente de camping et elle les cache MEME PAS ? ».

Cette remarque, qui m’a fait éclater de rire, je l’ai entendue de la bouche de deux gamines de 10 et 14 ans avec qui je bosse comme éduc dans un foyer.

*imaginer ici deux gamines qui ressortent de ma tente, avec la trousse de secours que je leur avais demandé d’aller chercher, et surtout avec un air choqué-scandalisé-vaguement effrayé*.

Une fois passé le fou-rire que leur remarque m’a fait avoir, une fois passé aussi leur air doublement choqué quand je leur ai répondu « Ben oui quoi, j’ai des serviettes hygiéniques, j’ai mes règles une fois par mois comme la majorité des femmes, c’est pas un scoop que les femmes ont leurs règles, donc… Ca ne vous a pas appris grand chose de nouveau, pas vrai ? »…

Cet « incident » m’a fait cogiter, un peu.

Waow.
A 10 et 14 ans, elles sont déjà suffisamment imprégnées du formatage social pour avoir intégré que « les règles c’est sale, il faut cacher ces serviettes hygiéniques que je ne saurais voir » ?

REALLY ?

Ouais. Really.

Et en fait, quand je réalise ça, j’ai moins envie de rire. Mais alors vachement moins.
Parce que déjà à cette âge là, elles ont intégré que leur corps de femme, il produit des trucs « crades », « honteux », et qu’il faut cacher tout ce qui est « crade et honteux ».

Ca inclut tout ce qui est rapport aux règles, mais ça inclut aussi pas mal de trucs « pas glamour ».

J’vais vous confesser un truc : je suis une grande péteuse. Enfin, j’étais, quand j’étais gamine. Assez décomplexée, comme péteuse, à vrai dire. Genre le bon gros prout lâché parce qu’il était venu à l’improviste et que je n’avais pas eu le temps de sagement serrer les fesses, bah… ça me faisait pas mal rigoler. Comme beaucoup de mes potes mecs, d’ailleurs.

Par contre, on m’a bien rapidement fait comprendre que « une fille qui pète, ça le fait pas ».
Alors bon, entendons-nous, je ne suis pas forcément pour le « open bar à prouts ». Respecter les narines des autres, et ne pas leur infliger le résultat olfactif de la digestion du cassoulet de la veille, c’est normal et ça s’appelle juste du respect.
Par contre, pourquoi est-ce que « une fille qui pète » ça serait moins normal qu’un mec qui pète ? Pourquoi est-ce qu’on ne dit pas, simplement, de manière indifférenciée aux mecs et aux nanas, que « Sérieux, ça pue, c’est pas très agréable pour les autres », mmh ?

Savez-vous que j’ai des amies qui n’osent pas aller faire caca dans des WC publics ? Non pas parce que « c’est crade, j’ai pas envie de m’asseoir sur une lunette de WC inconnue assez longtemps pour poser ma pêche », mais parce que « Oh mon dieu, il pourrait y avoir quelqu’un qui entend le « plouf », ou le « prrrrtch »(selon la consistance de ladite pêche) ».
Curieusement, je n’ai jamais entendu d’amis mecs avoir ce genre de scrupules à l’idée de soulager leurs intestins (ce qui ne veut pas dire qu’aucun mec n’a ces réticences là, hein. Juste, autour de moi, si plusieurs amies sont « caca-shamed », je n’ai aucun ami mec qui soit réticent à aller couler un bronze ou autre terme imagé dans des WC publics, mis à part quand ils sont trop crades pour pouvoir décemment y poser une fesse).

J’ai une amie qui est choquée que je dise ouvertement « je vais pisser, je reviens » en présence de potes. Ben… Ouais, je vais pisser. En même temps, les gens vont bien le deviner en me voyant partir en direction des WC, hein, alors pourquoi en faire un tabou ? Pourtant, je ne l’ai jamais entendue être choquée quand un de nos potes communs, surnommé « petite vessie » parce qu’il va pisser un nombre surréaliste de fois en une soirée, dit sensiblement la même chose.

Avez vous remarqué qu’une femme qui, après avoir bu une grande lampée de coca ou de bière, laisse échapper un rot un peu sonore se fait regarder vachement plus facilement de travers que si le même rototo était sorti d’une bouche masculine ?

Savez vous, aussi, qu’un homme qui sent la sueur après une heure de sport, c’est normal et viril, mais qu’une femme qui sent la sueur après une heure de sport, c’est le signe qu’elle n’a pas mis le bon déodorant, celui qui garantit de ne pas sentir des dessous de bras, jamais, sous aucun prétexte ?

Peut-être que vous vous dites que mon article est vachement superficiel et que mes histoires de transit intestinal, de pipi, de caca et de serviettes hygiéniques n’ont rien à foutre sur un blog à priori militant.

Au delà d’une réflexion sur l’odeur du pet au cassoulet et d’un comparatif des bruits dans les WC en fonction de la consistance du caca… Ce que j’ai envie de faire ressortir, c’est que derrière toutes ces considérations peu glamours se cache un aspect du body shaming (littéralement : « faire avoir honte de son corps »).

La Fâme a une sorte de sacro-saint devoir d’avoir un corps « glamour, pur, sentant la fleur des champs ».
On nous martèle de publicités avec une imagerie de petites fleurs et de petits oiseaux voletant joyeusement pour des produits aussi divers que du déodorant, des yaourts « qui donnent un bon transit », des serviettes hygiéniques ou du papier de toilette. Avec toujours des femmes radieuses, jamais un cheveux de travers, jamais quoi que ce soit qui s’écarte du « glamour, pur et sentant la fleur des champs ».
Et tout ce qui s’écarte de ce corps glamour est supposé être tenu aussi secret qu’une confession honteuse.

Pourtant, breaking news, faire pipi, faire caca, avoir ses règles, transpirer ou lâcher un rot, c’est signe, tout simplement, du fonctionnement de nos organes. Rien de plus. Rien de moins.

Bienvenue dans un monde où la société trouve honteux que nos organes fonctionnent, hein.

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9 réflexions sur “Pipi, caca, prout, et autres hontes féminines

  1. Enfin je me sens moins seule !!

    Je bosse qu’avec des mecs et j’ai été victime de ça. Bon les gars ont très vite compris que je suis pas le genre de filles robes-talons-maquillage. Il m’arrive de lâcher un rot ou un pet parce que j’ai le bide qui va éclater sinon. Même si bien sur, au boulot, je me retiens. Mais je leur disais qu’au fond, deux lesbiennes ensemble, ça finit par faire deux gars qui vivent ensemble. Ça fait des concours de pet, de rot, ça a pas de classe et on s’en fou. Et les gars aiment ce côté là de moi.

    Par contre, ils ont été choqués quand ils m’ont vu boire directement au robinet et ne pas prendre un verre. Ils m’ont dit: ha ouais t’es crade comme les mecs à ce point là ! Ce qui a finit en fou rire général parce qu’ils se sont rendu compte que c’était absurde de « réserver ça aux gars ». Et que ouais, quitte à être « crade », autant l’être jusqu’au bout…

    Mais clairement, y a une honte par rapport aux règles. Ici c’est déjà moins pire. Quand j’étais en france, j’ai jamais su quand mes copines étaient menstruées alors qu’ici on se le disait ouvertement.

    Sinon, quand un mec ou une nana me dit que c’est pas bien vu pour une femme de péter, je leur répond invariablement: ouais, même que Titeuf (la BD) y disait: les femmes ça pète pas, c’est pour ça qu’elles ont les nichons qui gonflent… j’me retiens depuis longtemps hein?!

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    1. Ca ne m’étonne pas. Du tout.

      Je fais ma fière comme ça, mais ça n’est qu’assez récemment que j’ai osé inclure les serviettes hygiéniques sur la liste de course quand c’est le tour de « colloc masculin » de faire les courses.

      Avant, même si je n’étais pas de corvée courses ce jour là, je me démerdais pour y aller moi-même, parce que tu vois, « c’est des serviettes hygiéniques, quand même, pis c’est un mec ».

      Ca n’est aussi que assez récemment que j’ai arrêté d’utiliser des tactiques dignes de James Bond pour planquer la serviette hygiénique que j’emmenais aux WC avec moi, et que je la transporte à la main, sans me prendre la tête avec « OMG QUELQU’UN POURRAIT SAVOIR QUE J’AI MES REEEEEEGLES ».

      Je me souviens, quand j’étais ado, un jour je suis allée acheter des serviettes, et je n’avais pas de sac avec moi pour planquer le paquet de serviettes.
      Et, oh horreur, les sacs donnés par le supermarché étaient TRANSPARENTS ! Je suis rentrée chez moi en 4ème vitesse en croisant les doigts pour ne tomber sur personne que je connaissais, parce que ON VA VOIR QUE J’AI ACHETE DES SERVIETTES.

      Oh, ciel…

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  2. Il y a aussi des différences sociales, pour commencer. Ainsi les bourgeois évitent généralement certains mets « trop ‘populaires' »… parce qu’ils font péter, m’a enseigné quelqu’un. Et j’ai du avouer que je ne mangeais effectivement pas souvent des oignons, des choux divers (sauf du chou fleur). Ensuite il y a les euphémismes : aller où le roi va tout seul, c’est très ‘classe’ n’est-ce pas. Je vais ‘contre un arbre’ (ou ‘derrière un bosquet’), tout le monde a compris (mais souvent les femmes s’éclipsent sans dire le pourquoi).
    D’où cette remarque utile de votre article : il y a une discipline sexiste qui s’impose plus aux femmes qu’aux hommes : elles doivent avoir un corps dont on ne peut pas dire du mal, elles doivent s’en soucier, bref, elles doivent s’en rendre malades et se dire que la perfection de la féminité n’est pas atteinte — comme la virilité parfaite est hors d’atteinte, mais un effort est encore nécessaire). Enfin, les règles sont la quintessence de ce qui précède : cela n’arrive qu’aux femmes. L’homme qui va chercher des tampons n’a pas besoin de préciser : c’est pour… ; et il pense que la caissière pense que cet homme a une complicité intime avec les règles de sa compagne. Or il n’en a aucune (sauf les migraines etc.) et c’est pas les boîtes de tampons/serviettes qui vont changer quelque chose. Car pour inverser la hiérarchie, il faut partir de l’idée que les hommes n’enfantent pas, n’ont pas de règles ni de matrice, n’ont qu’une matrice inversée externe et pas jolie (bref l’inverse de ce qu’a dit Freud : ce sont les hommes ont un manque et ça les travaille).

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  3. Je suis Féministe et milite depuis de nombreuses années maintenant. En tant qu’homme, j’aime poser des questions aux Femmes. Mais me rend compte au fil de mes années de Féministe que nous sommes tous égaux. Si je me lançais dans un discours « à la » Martin Luther-King, je dirais que moi aussi j’ai fais un rêve et que dans celui-ci, toutes les femmes seraient enfin traitées comme il ce doit.

    Bref, vous l’aurez compris(es), je suis Féministe et en temps que telle je trouve chaque Femmes a le droit d’accepter la Nature comme elle se présente. Pourquoi une Femme devrait-elle retenir ses pets alors que dans un même temps, certains hommes ne s’en prive pas ? Pourquoi une Femme serait-elle interdite de rots sous prétexte que « ça ne se fait pas quand on est une Femme » ?

    Loin de moi l’idée d’être scatophile ou tout autre chose, mais je dis non. Non à la contre-Nature. J’ai toujours été un grand amoureux de la Nature, même à ce niveau.

    Quant aux règles, hélas, je ne peux que me sentir faible à ce sujet… Mais ce qui est sûr, c’est que si ma future Femme me laisse faire les courses et qu’elle a besoin de tampons ou autre serviettes, elle pourra compter sur moi.

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  4. Un jour, je faisais caca, quand j’ai entendu deux filles entrer dans les toilettes en train de bavarder. Sans doute elles se remaquillaient, et ca papotait et ca papotait. Puis mon caca a fait plouf. Il y a eu un silence. Puis l’une des deux a dit: « Mais comment ose-t-elle? »
    Pardon?

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