Je ne veux pas arrêter d’avoir mal

(TW Suicide)

Cindy. Hélène. Julie.

Une liste chronologique.
Trois noms « gravés sur la liste des disparus », comme le chante Thiéfaine.

Trois nanas géniales. Chacune à leur manière.
Trois personnes qui ont profondément marqué ma vie.
Trois amies.
Trois personnes qui se sont ôté la vie.
20 ans. 25 ans. 21 ans.

Je ne veux pas oublier.
Pire, je ne veux pas arrêter la révolte qui gronde en moi.
Masochisme ? Ou réalisme ?

Elles se sont suicidées, ouais. Mais on les y a poussé, aussi.
On :
La société.
La culture du viol qui fait que deux d’entre elles (au moins deux. Pour Hélène, ça reste un point d’interrogation, et ça le restera à jamais, je suppose) ont été violées, comme un pourcentage hallucinant de personnes assignées femmes.
Le système psychiatrique déshumanisé, déshumanisant, qui distribue des cachets comme des bonbons, qui exclut des lieux de soins les personnes qui ne rentrent pas assez dans le cadre, qui n’écoute pas les appels au secours des personnes et de leur entourage, qui étiquette, qui contribue à la stigmatisation.
Ce monde où si tu n’es pas dans les bonnes cases, au bon endroit de la hiérarchie sociale, tu te rappelles que « Les Hommes naissent libres et égaux en droits », c’est une jolie légende.

Alors bien sûr, on peut regarder tout ça sous l’angle de la maladie uniquement. Parce que oui, elles étaient malades. La maladie psychique EST une vraie maladie. Troubles alimentaires, troubles de la personnalité borderline, dépression sévère. Syndrome de stress post-traumatique. Autant de diagnostics posés sur elles. Sans doutes exacts, je n’en doute pas.

Mais admettre la réalité de la maladie psychique n’empêche pas de se questionner sur ce qui l’alimente. Après tout, en médecine physique, c’est une évidence de chercher quel germe cause quelle maladie et par quel vecteur il se transmet.
La maladie psychique n’arrive pas « out of nowhere », comme ça, sans vecteur, sans cause, sans « germe »…
C’est tellement facile, de se laver les mains en les frottant à une page ou deux du DSM (manuel de diagnostic des maladies psychiques). Tellement facile. Tellement plus facile que de regarder en face une société qui cautionne le viol, qui génère l’isolement, qui nage dans la stigmatisation, qui exclut et qui piétine les gens à terre.

Est-ce que j’ai envie d’arrêter cette révolte qui gronde en moi, nourrie par la douleur de leur absence, par ces vides que rien ne comblera même si la vie continue ?

Non.
Non je n’ai pas envie. Non je ne veux pas arrêter de me révolter. Non, je ne veux pas oublier. Non, je ne veux pas accepter.

« Nous sommes de ceux qui veulent rétablir le contact avec ceux qui sont partis trop tôt
Parce qu’ils savaient pas qu’il y avait une fin cachée
Nous sommes de ceux qui continueront à courir
comme s’ils étaient poursuivis par les balles
Qui desserreront jamais les mâchoires
sauf pour sortir les crocs »

(Fauve – De Ceux)

Je veux rester « de ceux-là ».
Je ne veux pas accepter.

Je ne veux pas me résigner.
Je veux continuer le combat.
Pour elles. Et pour celles et ceux qui restent.

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