Comment la société nous pousse à nous tirer dans les pattes entre femmes

Y a un truc qu’il faut que je vous confesse :

Pendant très longtemps, j’ai été une slut-shameuse de compet’.
« Oh la pouf’, là, avec son haut qui est pas plus grand qu’un soutif et la ficelle de string à l’air », c’est totalement le genre de truc qu’on pouvait m’entendre dire.

Et sans le dire à voix haute (parce que j’avais un petit reste de décence malgré tout), j’avais dans un coin de la tête que s’habiller comme ça, c’était un peu de l’appel au viol. ‘fin, je me disais que le violeur restait le premier coupable, hein, mais quand même, c’était peut-être bien un peu une circonstance atténuante…

Outre le fait que j’ai sérieusement envie de me coller des baffes d’avoir pu penser ce genre de grosse bouse, j’ai pris le temps de réfléchir un peu à « comment j’ai pu en arriver à penser ce genre de merde ».
Parce que bon, je me dis que je ne suis pas la dernière des crevures, être cruelle avec les gens n’a jamais été vraiment mon passe temps favori, et pourtant, WOW, c’est quand même vachement violent, ce que j’ai pu penser !

Et en regardant autour de moi (y compris des fois un peu dans le mouvement féministe, d’ailleurs, parce que les réflexes bien ancrés, ça prend du temps à les désincruster…), je remarque à quel point les femmes sont éduquées à scruter les autres femmes, et à leur trouver tout plein de tares physiques et morales.

On dit souvent que les ambiances « majoritairement féminines » sont particulièrement « bitchy », qu’on est des vraies pestes les unes envers les autres. Pour avoir été dans des classes majoritairement féminines pendant une bonne partie de ma scolarité et de ma formation professionnelles, effectivement, c’était ultra bitchy, comme ambiance. Et vas-y que je critique les fringues de l’une, le poids de l’autre, la vie sentimentale et sexuelle de la 3ème, tout ca. (Et je ne me mets pas au dessus du lot, j’ai contribué bon nombre de fois aux critiques, tout comme j’en ai reçu largement mon lot dans la gueule).

Par contre, là où les mecs et les personnes pas sensibilisées au féminisme voient la preuve que les femmes sont des créatures profondément superficielles et par essence cruelles entre elles …
Moi je vois la preuve qu’on est soumises à tellement d’injonctions que notre situation est proprement intenable.

On doit à la fois :
– Etre séduisantes (mais pas trop)
– Etre pures (mais pas trop)
– Etre bien fringuées (mais pas trop)
– Etre intelligentes (mais pas trop)
– Aimer le sexe (mais pas trop)
– Avoir des formes (mais pas trop)
– BlablablablaBLA (je pourrais continuer cette liste à peu près à l’infini, mais ça deviendrait très vite ultra chiant à lire, et bon, je pense que vous avez pigé l’idée, hein ?)

Vous connaissez une femme, une seule, qui est capable d’être tout ça à la fois, et toujours en respectant le très important MAIS PAS TROP ?
Si oui, présentez la moi, hein. Moi je n’en connais pas. Du tout.

Vu que toutes ces injonctions nous sont servies dès le biberon (rose, pour les filles, le biberon. Très important, le biberon rose !), on ne peut pas ne pas être influencées par ces injonctions.
On peut s’en débarrasser, en prendre conscience, refuser d’y céder, mais il n’empêche que ces injonctions, elles sont là, dans un coin de notre crâne, en permanence, et nous poussent à critiquer notre propre comportement et celui des autres femmes.

Avec toutes ces injonctions, la société (patriarcale, comme il se doit) s’assure de mettre autour des femmes un nombre incalculable de chaines.
Et s’assure aussi que nous serons en première ligne pour ramener « dans le droit chemin patriarcal » les femmes qui auront l’audace de s’en écarter.

C’est fort, hein ?

Savoir ça, c’est pouvoir combattre nos propres chaines, et aussi pouvoir nous rendre compte quand nous sommes en train d’en passer autour des chevilles des autres.

Du coup… Choisissez votre arme :

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8 réflexions sur “Comment la société nous pousse à nous tirer dans les pattes entre femmes

  1. Bonjour,
    merci pour ce chouette blog! J’aimerais partager une chose, mon ressenti qui me semble erroné mais dont j’ai du mal à me défaire parce qu’il me semble « logique ».
    Par rapport au viol, je suis ferme depuis toujours, la tenue d’une victime n’influence en rien le crime du violeur!! Par contre, pourquoi les femmes ont d’une certaine façon l’injonction de se découvrir pour être femme, féminine ou que sais-je?
    Je n’ai jamais vu un homme se dire, je suis trop beau, il faut que tout le monde voit ça je fais péter le mini short, pourquoi les femmes ont « ce privilège »/cette obligation qui pèse sur elle?

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  2. Je comprends bien ça, donc pourquoi s’y plier justement, c’est là que je tique un peu mais je suis pour les libertés donc je continuerai à me poser la question silencieusement 🙂

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    1. Pour ne pas s’y plier, encore faut-il se rendre compte de ce conditionnement, et pouvoir s’en extraire… Pour beaucoup de monde, ça reste « normal », sans réaliser qu’il pourrait y avoir d’autres fonctionnements… C’est le principe même du conditionnement, le fait d’arriver à faire croire aux personnes que c’est « normal de penser / d’agir de telle ou telle manière »…

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      1. Et puis oh, c’est pas non plus facile de résister à cette injonction, parce que dès qu’on le fait, si on a pas au naturel un physique de compet’, pour une bonne partie des gens, de tous les genres, on est pas vraiment un être humain… Résister à l’épilation par exemple, c’est pas la même chose quand t’es blonde avec du duvet et quand t’es brune avec des poils noirs d’un cm de long. Sans compter tous les boulots dans lesquels c’est tout simplement pas admis de ne pas être « féminine ».

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  3. Sauf que les hommes font exactement la même chose et qu’on ne dit pas que les hommes sont « bitchy » envers les femmes quand ils critiquent constamment ceci cela ???????? Genre, tu fermes les yeux dessus…

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    1. Pour répondre un peu plus en détail que tout à l’heure, parce que j’ai un peu plus de temps :

      Concrètement (du moins dans les milieux féministes, hein), les mécanismes qui poussent les hommes à avoir ce regard critique, dominant, jugeant envers les femmes, ils sont passablement compris, analysés, décortiqués.

      D’où le fait que j’ai choisi, dans cet article, de me centrer sur quelque chose qui est moins analysé, à savoir comment entre femmes, on intériorise ces normes patriarcales, souvent absolument sans nous en rendre compte, et on reprends à notre compte ces jugements.
      Comment on peut, alors qu’on est les premières victimes du système patriarcal, et que au premier abord, ça pourrait sembler logique qu’on se révolte contre ces injonctions, on peut au contraire être porteuses de ces injonctions dans le regard qu’on pose sur les autres femmes, entre femmes.

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